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Déchéance de nationalité : les calculs politiciens cyniques s’inscrivent dans le choix de faire le lit du racisme pour fracturer la société française. S’indigner mais surtout riposter, ensemble, dans la lutte des classes.

EDT pour vivelepcf, 24 décembre 2015 

VOIR AUSSI (liens):

Réaction du PCF Paris 15 en 2010 quand Sarkozy réclamait la déchéance de nationalité de « certains délinquants d’origine étrangère ».

Alain Bocquet (PCF) : « la déchéance de nationalité, c’est une question qui peut se poser ». NON!

Ne nous laissons pas enrôler dans leur sale logique de guerre ! tract après les attentats

Nationalité : après « Charlie », les slogans d’extrême-droite doivent-ils rentrer dans le « consensus républicain » ?

Hollande et Valls, avec l’extension des cas de déchéance de la nationalité française, mais aussi Bartolone, avec son récent dérapage sur la « race blanche », font le lit du racisme et de la xénophobie. Ce sont des mots lourds mais ce sont les mots qui conviennent.

Les calculs politiciens bien réels, à court terme pour les élections régionales (conserver des régions en dopant le vote FN) ou à moyen terme en vue de renforcer la diversion FN et de favoriser une certaine recomposition de la « gauche » d’ici 2017, infâmes en eux-mêmes, ne doivent pas cacher la cohérence d’ensemble des discours des plus hauts dirigeants du pays. Avec la déchéance de nationalité, il s’agit, sous couvert de s’occuper de quelques cas exceptionnels, de montrer du doigt une composante supposée de la population, de renforcer voire créer des identifications collectives, de fracturer la société française pour mieux réserver la domination patronale et capitaliste.

L’indignation devant ce tels propos, devant leur grossièreté voulue, est spontanée chez beaucoup, notamment chez nous communistes.

En entendant Bartolone à son meeting électoral du 10 décembre, assimilant ceux de « race blanche » aux riches de Neuilly et Versailles dont sa concurrente Pécresse serait la candidate, j’ai bondi. Le dérapage voulu, puisqu’assumé par son auteur, n’a pas eu le résultat électoral recherché, au contraire. Il a fait voter pour Pécresse une frange qui s’est sentie atteinte. Si le but était de capter des électeurs issus de l’immigration, ça été raté aussi. Comment voter, sinon à ses propres dépens, pour quelqu’un qui a une conception raciale de la société ? J’ai été profondément choqué aussi de voir rester impassibles, pendant le meeting commun, les alliés dociles de « gauche » qui ont rejoint les listes Bartolone.

De même, le 16 novembre, à Versailles à la réunion en congrès des députés et des sénateurs, pas un seul orateur, même à gauche, ne s’est offusqué des annonces de Hollande sur la déchéance de nationalité : tous se sont rangés docilement dans l’unité nationale et l’état d’urgence derrière Hollande, avant de faire de même, en tout cas pour les député Front de gauche, en faveur de la prolongation de l’état d’urgence. Il s’est même trouvé un député PCF, vétéran de l’Assemblée, pour approuver publiquement la déchéance de nationalité proposée par Hollande. Certains s’inquiètent aujourd’hui devant la prolongation et la constitutionnalisation de l’état d’urgence, devant l’extension des cas de déchéances de nationalité, après les annonces de Valls du 23 décembre. Nous disons : « mieux vaut tard que jamais ».

Après l’indignation, vient le temps de la dénonciation. Celle-ci est nécessaire. Mais elle ne suffit pas sous peine notamment de rentrer dans des combinaisons politiques stériles, induites et même recherchées, par la campagne idéologique gouvernementale.

D’abord, évacuons quelques faux débats.  

Valls le dit lui-même : l’extension des cas de déchéance de nationalité est avant tout « symbolique ». Elle ne sert à rien dans la lutte contre le terrorisme. En effet, on se demande bien en quoi la perspective d’être privé de la nationalité français pourrait dissuader un assassin prêt à une attaque suicide. Par ailleurs, la plupart des auteurs présumés des attentats du 13 novembre ne possédaient pas de bi-nationalité, sinon franco-belge. Profitant du contexte des attentats, Valls reprend en réalité en 2015 une opération idéologique déjà portée par Sarkozy en 2010, après le débat imposée sur « l’identité nationale ». A l’époque, Sarkozy avançait la déchéance de nationalité dans le cadre d’une « guerre contre la délinquance », assimilant alors personnes issues de l’immigration (et gens du voyage en l’occurrence) à délinquants. La seule différence avec aujourd’hui tient à ce que Hollande et Valls sont officiellement de « gauche ».

Un autre débat ne soit pas être mélangé avec la campagne idéologique du moment : le principe de la bi-, multi-nationalité. Au fil du temps, la France a signé des conventions avec d’autres pays qui maintiennent réciproquement aux naturalisés leur nationalité d’origine, parfois avec des pays qui appliquent le droit du sang et non le droit du sol et qui revendiquent comme leurs citoyens des descendants d’immigrés en France. L’évolution de cette situation peut être légitimement discutée. Mais cela n’a rien à voir avec la disposition présente du gouvernement français concernant les « terroristes ».

S’il y avait eu une double nationalité franco-allemande en 1914, on aurait pu imaginer que les personnes concernées aient été contraintes d’opter pour l’une ou l’autre. Mais nous ne sommes pas en temps de guerre contre un pays dont des binationaux sont ressortissants. Il est inacceptable que les autorités françaises considèrent qu’un assassin terroriste franco-marocain, par exemple, doivent être refilé au Maroc ! Quant à l’affirmation d’un attachement à un autre pays que la France, d’un soutien à la politique d’un autre pays, cela fait partie de la liberté d’opinion de chacun. Quand Manuel Valls fait allégeance à une puissance étrangère qui ne respecte pas le droit international, en l’occurrence Israël, nous dénonçons et combattons ses positions, d’autant plus qu’il est premier ministre, mais il ne vient à l’idée de personne (sauf des Le Pen !) de remettre en cause sa naturalisation française.

Avec l’extension de la déchéance de nationalité, dans le contexte, le pouvoir cherche à jeter une suspicion générale, dans la majorité de la population, à l’encontre des Français d’origine étrangère, binationaux ou non, des étrangers vivants en France. Sont visés, avant tout, ceux qui sont originaires des pays où la religion musulmane est dominante. Parmi les Français, il y en aurait des bons et des moins bons suivant leur origine. Ces derniers étant invités à manifester leur loyauté. S’il voulait les éloigner, notamment ceux qui sont dans les situations sociales les plus difficiles, de la vie en commun dans la société française, les renvoyer à tel ou tel élément identitaire, le pouvoir ne ferait pas mieux. Plus les Hollande, Valls ou Bartolone parlent des « valeurs de la République », de la « communauté nationale », plus ils les détruisent.  Quelle hypocrisie et quel danger !

Les objectifs politiciens immédiats sont limpides. La mesure du pouvoir banalise, légitime ceux qui l’ont le plus tôt et le plus bruyamment défendue. Les dirigeants du PS viennent de scandaleusement servir la soupe au FN avant les régionales. D’ici les présidentielles de 2017, la focalisation du débat sur le FN, ses positions anti-immigrés est le moyen à la fois d’écraser la contestation de la politique économique et sociale du pouvoir et de garantir un vote « utile », en réalité un vote par défaut contre le pire, pour un de tenants directs des intérêts des puissances d’argent.

Au-delà, le développement du germe de la division à tous les niveaux de la société, parmi les exploités, profite au système capitaliste qui en est l’instigateur. En même temps que nous dénonçons les mesures qui font le lit du racisme, de façon indissociable, nous devons intensifier et élargir la lutte contre toute sa politique.

On commence à voir comment la question de la déchéance de nationalité et celle de la constitutionnalisation de l’état d’urgence, la focalisation du débat public sur elles, préparent également le terrain à une recomposition politique à gauche. C’est sans doute un des objectifs du pouvoir. Après l’incorporation générale dans l’union nationale suite aux attentats du 13 novembre, maintenant, des voix plus nombreuses s’élèvent de la « gauche de la gauche », des « écologistes », du PS pour se désolidariser de Valls sur ces questions. Les débats parlementaires dans chaque chambre puis en congrès à Versailles, à partir du 3 février 2016 vont occuper l’opinion et aboutir à davantage de vote contre. Que l’on ne compte pas sur nous, communistes, pour y voir la perspective d’une quelconque matérialisation d’une nouvelle alternative « unitaire » à gauche d’ici 2017. Ceux qui voteront contre auront raison. Mais notre approbation se limitera à ça. Les « frondeurs » viennent de voter massivement le budget antisocial pour 2016. EELV est plus européiste que jamais … quant à faire passer Anne Hidalgo, complice et héritière du social-libéralisme à Paris comme une égérie de gauche, comme le font plusieurs organes de presse ces derniers temps, c’est risible (d’autant plus pour mes camarades et moi qui l’affrontons dans le 15ème depuis son parachutage en politique).

Communistes, il est nécessaire pour nous de dénoncer l’opération du gouvernement sous tous ses aspects. Cet effort, face à une idéologie dominante qui a rarement été aussi dominante, ne saurait nous détourner, au contraire, de la riposte essentielle : l’élévation du niveau de conscience des luttes, leur extension avec toutes les composantes du peuple et du monde du travail, d’où qu’ils soient originaires, pour défendre les acquis sociaux et démocratiques gagnés historiquement dans notre pays par son peuple et ses travailleurs, d’où qu’ils soient venus.

Installation de la nouvelle Assemblée de Corse et rapport de force avec l’Etat français (Michel Stefani – PCF Haute-Corse)

Installation de la nouvelle Assemblée de Corse et rapport de force avec l’Etat français

Repris du blog de Michel Stefani, Conseiller à l’Assemblée de Corse , 19 décembre 2015

Passation de serment, Dio vi salvi régina, l’intronisation des présidents de l’exécutif et de l’Assemblée de Corse a eu lieu sous le regard ému du père spirituel du nationalisme contemporain dont l’acte fondateur, nous dit-on, a eu lieu à Aléria le 22 aout 1975. La Collectivité territoriale de Corse a donc vibré ce 17 décembre aux accents du nationalisme victorieux après 40 ans de lutte contre « l’Etat français colonial ». Le discours du nouveau président de l’Assemblée de Corse, prononcé en Corse sans traduction, en était imprégné.

Parsemée de nombreux assassinats, plasticages et autres dérives pas toujours distinctes du banditisme, cette période de la violence indépendantiste, au-delà de l’engagement militant et désintéressé de certains, fut effectivement douloureuse pour la Corse et son peuple. Avec insistance, il a été fait rappel que les indépendantistes ne cesseront jamais de réclamer l’indépendance même si cette revendication ne figure pas au « contrat de mandature » établi au moment de la fusion des deux listes indépendantiste et autonomiste.

La passation de serment renvoie elle à un exercice des fonctions électives proche de l’esprit anglo-saxon mais pas forcément républicain au sens de la souveraineté populaire. Tout le monde aujourd’hui s’accorde, à tout le moins dans le propos, s’agissant de l’éthique, de la transparence, du bon usage de l’argent public, de l’honnêteté… mais le contrôle démocratique et citoyen reste indispensable à plus forte raison quand se dessine la création d’un pouvoir unique sans consultation des Corses.

La référence à la « Giustificazione della Rivoluzione di Corsica » de don Grégorio Salvini, interpelle car elle ne peut être, au détour d’une phrase, extraite du contexte de l’époque (1729 1764) et maladroitement située dans la Philosophie des Lumières alors qu’elle s’inspirait de la pensée de Saint Thomas d’Aquin en prônant, non l’égalité, mais le maintien des droits de noblesse tout autant que la fin de la domination génoise.

Pour ce qui est de l’émancipation du peuple, se placer sous la protection de la vierge Marie ne semble pas être le chemin le plus approprié pour s’émanciper du droit divin. Quant à la domination on ne peut interpréter les choses qu’avec la symbolique donnée à cette installation et l’objectif de faire abstraction d’une partie de notre histoire en occultant le 9 septembre 1943 et par la même le choix du peuple corse confirmant celui de Pascal Paoli le 30 novembre 1789 « notre adhésion à libre Nation française n’est pas servitude mais participation de droit ».

Le paradoxe est bien celui là désormais pour les élus nationalistes d’exercer des fonctions exécutives dans une institution de la République française tout en rejetant celle-ci. De fait, dans un hémicycle où théoriquement la pluralité des opinions se traite avec égard, les usages républicains, cette installation l’a montré, n’ont été respectés que partiellement même si la stricte conformité au code général des collectivités territoriales a prévalu.

Cette volonté hégémonique dès le début de la mandature, repose sur une vision politique déformante de la légitimité du suffrage universel, indiscutable certes, mais limitée somme toute à une majorité relative. Deux votants sur trois n’ont pas voté nationaliste le 13 décembre et ceux-ci peuvent en effet se sentir déconsidérés à l’issue de cette installation officielle, historique pour le nationalisme corse et sans doute pour l’institution elle-même qui n’a jamais connu ça depuis sa création en 1982.

Toute en faisant la part des choses, nous ne pouvons que partager l’inquiétude de nombreuses personnes, qui ressentent le discours du président de l’Assemblée de Corse, non comme la « main tendue » à celles et ceux dont les origines sont autres, mais au sens contraire. C’est d’autant plus justifié que Corsica libéra a indiqué dans sa campagne : « la seule communauté de droit sur la terre corse est le peuple corse ». Cela est complété par la revendication d’un statut de résident assorti d’obligations telles que la résidence depuis dix ans et la maitrise de la langue corse. En résumé le droit du sang.

Nous pourrions également égrener les propositions libérales qui mises en cohérence, structurent un programme anti France, appuyé sur les quatre décennies écoulées et la promesse « d’un rapport de force avec l’Etat français ». Nous restons convaincus que la perspective de progrès, économique, social, écologique et démocratique se situe ailleurs, dans une France solidaire, respectueuse de l’originalité de la Corse dans toutes ses dimensions. Cela implique d’écrire une autre Constitution pour sortir de la sclérose actuelle et promouvoir la République sociale, comme Jean Jaurès l’imaginait, pour « l’avènement d’une société plus harmonieuse et plus juste ou le travail sera souverain ».

Michel Stefani

Secrétaire de la Fédération de Haute-Corse du PCF

Lire aussi: Un point de vue sur la situation politique en Corse après les élections territoriales : celui de Michel Stefani, secrétaire de la fédération du PCF de Haute-Corse

Meeting du 6 décembre 2015 (Paris 15ème) – Intervention de Corinne Becourt, secrétaire de la section du PCF Saint-Quentin, responsable nationale du réseau « Vive le Parti communiste français »

Nous reproduisons sur vivelepcf.fr les interventions politiques prononcées au banquet/meeting de fin d’année de la section du PCF Paris 15. Ci-dessous celle de Corinne Bécourt, secrétaire du PCF à Saint-Quentin et coordinatrice du réseau « Faire vivre et renforcer le PCF » , après les inquiétantes nouvelles prises de position de la direction du PCF, à « contresens de la raison d’être de notre parti », en faveur de « l’unité nationale », l’état d’urgence, la guerre impérialiste après les attentats, en soutien à la politique antisociale de Tsipras en Grèce, ou encore en alliance avec les pro-UE d’EELV aux régionales etc.  Corinne Bécourt expose l’état d’esprit de lutte qui anime des camarades de toute la France décidés à faire vivre le PCF « sur les rails de la lutte des classes ».

 

PCF Paris 15ème, repas fraternel du 6 décembre 2015, rencontre politique

Intervention de Corinne Becourt, secrétaire de la section du PCF Saint-Quentin, responsable nationale du réseau « Vive le Parti communiste français

Chers amis, chers camarades,

Je suis heureuse d’être à nouveau avec vous et de partager ce moment de fraternité. Notre première réunion ensemble remonte à 2008.

Aujourd’hui la direction du PCF Paris 15 m’a sollicitée pour vous présenter notre situation nationale dans le PCF à ce moment grave où la direction du Parti vient d’approuver l’intensification d’une guerre impérialiste et l’état d’urgence.

D’abord, avec les quelques camarades de Saint-Quentin qui sont venus avec moi, nous témoignons de notre expérience. Depuis plusieurs années, nous nous renforçons dans les quartiers populaires, dans la jeunesse mais aussi, de nouveau, dans les entreprises. En 3 ans, plus d’une cinquantaine d’adhésions sérieuses. Cela, nous le devons à notre activité mais aussi au travail en commun avec des camarades comme ceux de Paris 15 qui nous permis par exemple d’être très présents dans la lutte contre la « réforme ferroviaire ». Notre poids et l’écoute de ce nous disons dans l’Aisne augmente d’autant.

Au plan national, nous travaillons avec une trentaine de sections, aussi avec les fédérations de Haute-Saône et du Tarn, et des centaines de camarades plus ou moins isolés. Cela ne nous empêche pas d’être entièrement dans le Parti mais cela compense le déficit organisé d’échanges réels dans les fédérations et au plan national. D’une façon ou d’une autre, aussi par ma présence sur les « réseaux sociaux » (sourires), je participe à construire ce réseau pour l’instant informel, par choix. Mais à l’approche du congrès du Parti, avancé par Pierre Laurent en juin, nous sentons qu’il faut passer à une autre étape.

Dans les derniers mois, l’absence de point de vue communiste organisé s’est fait lourdement sentir. La défaillance, la faillite de la ligne direction du PCF aussi. Au moins sur trois points.

Le premier, le plus récent, je l’évoquais à l’instant, c’est le ralliement unilatéral, sans consultation du Conseil national du Parti, de la direction du PCF à l’Union nationale demandée par Hollande. Cela s’est traduit notamment dans les interventions des parlementaires à Versailles le 16 novembre, alignées. Puis les députés « Front de gauche » ont approuvé la prolongation de l’état d’urgence et l’intensification des bombardements en Syrie.

L’état d’urgence est destiné à réprimer la contestation du système dominant dans la société française et n’a rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Nous l’avons montré, en nous appuyant sur les analyses de nos camarades députés de 1955…

Je tiens à faire savoir notre condamnation totale des récents propos du député Alain Bocquet approuvant les déclarations sur la « déchéance nationale » faites par Hollande après les attentats avec le sous-entendu évident d’aider les partis xénophobes.

La guerre impérialiste et le terrorisme sont les deux faces de la même pièce. Daesh, Al Qaïda sont des monstres produits par l’impérialisme, l’OTAN et son alliée l’UE. La direction de notre parti se trouve même aujourd’hui dépassée sur sa gauche par le Parti travailliste britannique qui refuse les frappes sur la Syrie et met en cause les alliés saoudiens, turcs et qataris de l’OTAN, soutiens directs du terrorisme.

Comment s’expliquer ces positions de la direction du PCF ? Par électoralisme avant les régionales, vu la pression de l’idéologie dominante ? Par soumission au PS pour garder quelques places ? Et/ou parce qu’elle a viré sa cuti. En 1999, la liste « Bouge l’Europe » a fait élire, déjà, 3 députés européens ouvertement favorables aux bombardements de la Serbie par l’OTAN…

Deuxième défection grave récente et révélatrice de la ligne de la direction du PCF : la Grèce.

Vous avez sans doute suivi le voyage la semaine dernière de Tsipras en Israël et son alliance diplomatique, économique et militaire avec Netanyahou. Cela ne modifie pourtant rien au soutien indéfectible du Parti de la gauche européenne et de son président, Pierre Laurent, à Tsipras. Syriza est érigé en modèle politique de la « gauche alternative » en Europe alors que ce parti est en train d’infliger la pire politique antisociale qu’un peuple a eu à subir sur le continent. Tsipras et Hollande s’embrassent. Le Parti communiste grec – le KKE – alerte. Rien n’y fait : La direction du PCF reste collée à son anti-modèle. Quel projet de société pour notre pays ! De nombreux camarades ne comprennent pas, n’acceptent pas ces positions et sont en colère.

Le troisième point que je veux relever, c’est l’immédiat, la stratégie politique telle que la direction du PCF la prépare à l’occasion des élections régionales.

Je le dis tout de suite : nous ne sommes pas, communistes, tous dans la même situation. Dans certaines configurations régionales et locales, des camarades peuvent porter le sens du vote communiste à ces élections. Dans d’autres endroits, à Saint-Quentin ou à Paris 15, nous avançons nos propositions dans les luttes dans la période. Dans les régions où les directions du PCF sont parvenues à s’allier aux socio-démocrates d’EELV et à s’aligner derrière eux, aucune campagne n’est possible. Pour nos camarades de Haute-Garonne ou du Tarn, comment appeler à voter pour un co-rédacteur de la constitution européenne de Giscard, anticommuniste patenté et supporter de Cohn-Bendit 2017. Dans les Bouches-du-Rhône, comment supporter la candidature d’une soi-disant « écolo » qui en appelle à la candidature en 2017, du marchand de déodorant, Nicolas Hulot. On ma transmis un tract de cette région où les candidats EELV-Front de gauche promettent d’améliorer le dialogue social pour réduire la « conflictualité » (quel vocabulaire de patron et RH !) à la SNCF. C’est un front anti-luttes !

Les régionales traduisent une option politicienne indéfendable du PCF, néfaste pour les luttes. Les élus PCF seront restés jusqu’au bout dans les exécutifs régionaux PS qui ont relayé les pires mauvais coups du gouvernement, notamment en termes de marchandisation des services publics.

Pour s’en distinguer, les directions du PCF choisissent de faire des offres d’alliance à un parti sans réalité populaire dont la raison d’être est la collaboration avec l’UE du capital : EELV. « Europe, écologie les verts » : ils portent bien leur nom.

Les pauvres propositions en découlent : l’humain d’abord comme si quelque se présenterait en appelant à l’humain derrière ! Des aides au patronat plus ou moins contrôlées. Du baratin.

Il est significatif que la direction du Parti, qui finit de faire son deuil du Front de gauche, dont Mélenchon conserve la propriété, ne sache pas comment dénommer sa nouvelle formule d’alliance réformiste.

Stop ! Pierre Laurent nous discrédite complètement lorsque, tour à tour, il annonce qu’il ne sera pas candidat avant de changer d’avis et se désigner tête de file aux régionales en Ile-de-France pour gagner en notoriété face à Mélenchon et aux Verts dans la perspectives d’une candidature aux présidentielles.

Ils appellent cela « une nouvelle façon de faire de la politique ». Je préfère l’ancienne du PCF, le parti de la classe ouvrière et de la lutte des classes ! Celui auquel j’ai adhéré !

Plus aucun camarade ne doit se laisser posséder par le discours résigné et opportuniste selon lequel le rassemblement passerait par l’effacement du parti et de nos positions communistes, marxistes et léninistes.

Communistes, nous ne pouvons pas être autrement qu’à contre-courant de l’idéologie capitaliste dans l’intérêt des travailleurs et du peuple, et sur le fond !

Nous serons amenés, encore davantage ce soir, à mesurer le jeu dangereux que jouent les possédants, avec le FN, notamment pour éteindre les contradictions de classes, comme avec l’union sacrée contre le terrorisme, éventuellement contre le climat. Nous serons amenés à réagir sans doute dès ce soir.

En aucun cas pour nous, communistes, l’objectif ne doit être d’occuper un espace politicien, « à gauche de la gauche », sous des couleurs tantôt rouge, verte ou rose, suivant des postures préparées par l’idéologie dominante. En vue d’une place de figurant aux présidentielles ou pour autre chose.

20 ans maintenant de « mutation » du parti ont fait leur démonstration par le vide et la destruction. Ce parti, unique dans l’histoire de France, ils ont voulu le détruire nous voulons le préserver et le faire vivre !

Nous ne voulons pas d’un parti petit bourgeois, qui offre des espaces de discussions stériles, le soir, à ceux pour qui c’est un passe-temps de réfléchir à des combinaisons politiques. Plus que jamais, nous avons besoin d’un parti tourné vers l’entreprise, la lutte contre l’exploitation, les quartiers populaires et les campagnes, acteur de la vie syndicale.

20 ans d’adaptation au réformisme et de résignation à l’UE ont montré tout leur contre-sens. L’internationalisme, la défense de la souveraineté des peuples, la promotion de leur coopération sont inconciliables avec l’UE du capital.

La rupture avec l’UE, ses directives, avec l’idée illusoire du réformisme, que l’on pourrait la changer, la rupture avec l’OTAN sont des priorités pour nous.

Pour des nationalisations démocratiques, pour la défense du financement solidaire de le Sécurité sociale, nous devons être intransigeants.

Je ne veux pas m’étendre maintenant sur toutes les luttes que nous voulons mettre en avant, convaincus que l’alternative politique aujourd’hui, ne peut provenir que du mouvement populaire.

Le PCF, par ce qu’il représente historiquement, par la légitimité qu’il continue à posséder dans le mouvement syndical, ne peut être laissé à ceux qui renient sa raison d’être.

Telle est plus que jamais notre conviction. Je mentionnais tous les camarades, de toute la France, qui travaillent et militent suivant la même conviction que nous. Nous allons continuer.

La direction du PCF a décidé d’avancer le congrès à juin. Est-ce pour mieux le ficeler ? Est-ce pour mieux le concentrer sur une candidature bidon aux présidentielles ? Est-ce pour nous rejouer la mascarade de « rallumer les étoiles » le texte fumeux envoyé à la dernière minute en 2013 ?

Les camarades du 15ème ici présents et les autres peuvent être certains que nous ferons tout, pour le congrès, et d’ici-là dans les luttes, pour que le PCF se soit pas identifié à cette sinistre perspective.

Ensemble, nous pouvons faire vivre un PCF sur des bases de classes ! C’est une nécessité !

Merci à vous !

« 

 

Régionales 2015. PS, ex-UMP : ils ont fait le choix du pire et ils sont contents d’eux ! L’urgence d’une riposte politique partant des luttes avec un PCF qui retrouve sa raison d’être !

Déclaration d’Emmanuel Dang Tran, membre du Conseil national du PCF, au soir du 2nd tour des élections régionales, 13 décembre 2015(voir notre analyse du 1er tour)

Les résultats du 2nd tour des régionales représentent tout sauf une surprise. Les tenants du système (capitaliste) et de la politique de casse générale des acquis sociaux et démocratiques ont de quoi se réjouir.

Les partis au service du système peuvent tous se dire gagnants.

Le PS au pouvoir parvient à masquer le désaveu massif de sa politique en conservant 5 régions métropolitaines sur 13. La droite « classique » va gagner 7 grandes régions dont les plus peuplées, malgré un score historiquement bas au 1er tour. Des « régionalistes » pro-capitalistes l’emportent en Corse. Le FN aura atteint un résultat inégalé, en pourcentage au premier tour 27,8% et même en voix au second, rejoignant avec 6,5 millions de suffrages le résultat de Marine Le Pen en 2012, mais cette fois dans le cadre d’une échéance locale.

L’idéologie dominante a réussi à écraser toute expression politique électorale de la contestation populaire de la politique menée par les gouvernements successifs.

La promotion éhontée du FN, ces derniers temps surtout par le PS, Valls et Hollande, a parfaitement fonctionné. Ces derniers n’ont pas hésité à instrumentaliser cyniquement les attentats du 13 novembre pour, d’abord, intégrer le FN dans l’Union nationale et valider certaines de ses positions racistes, avant d’ensuite, asséner à nouveau la rhétorique du « Front républicain » contre lui.

Finalement, le FN ne conquiert aucune région. En fait, cela fait bien l’affaire de sa crémerie. Une région ce n’est pas comme une commune. A la tête même d’une seule, l’extrême-droite aurait été amenée à dévoiler pleinement sa politique en faveur du patronat.

D’ici au moins 2017, sans hésiter à raviver les spectres fascistes, le système mise plus que jamais sur le FN comme dépotoir électoral, comme dérivatif des colères sociales vers les haines et le nationalisme, comme repoussoir validant notamment la politique de l’UE du capital. L’hypocrisie du président du MEDEF, Pierre Gattaz, appelant à voter contre le FN, en est le signe récent le plus éclatant. Les régionales ont montré que cela marche pour l’instant.

Il n’y a surtout aucun reproche à faire aux électeurs, qui, comme nous, se sont trouvés enfermés dans une alternative électorale insoluble : tout faire pour empêcher immédiatement le FN d’accéder à des positions institutionnelles mais en n’ayant comme moyen immédiat que le vote pour ceux dont la politique fait son lit.

Mais des reproches, nous en faisons tout autrement aux porte-parole de la « gauche de la gauche » et aux dirigeants de notre parti dont la faillite a pesé et pèse très lourd.

Le PCF et ses positions ont été invisibles. Pierre Laurent et la direction ont choisi de les effacer pour draguer, à droite, certains des plus opposés aux positions révolutionnaires, notamment EELV et ses leaders, suppôts de l’anticommuniste, militants pro-UE , comme Cohn-Bendit ou le marchand de shampoing Hulot. Ce « rassemblement » contre nature n’a rassemblé personne !

On peut faire une différence entre la « gauche » et la droite sans avoir besoin de s’aligner docilement derrière un baron du social-libéralisme comme M. Bartolone. Les images du meeting de Créteil du 10 décembre avec Pierre Laurent en première partie du sinistre numéro de Claude Bartolone sont rédhibitoires. C’est encore pire – mais cela nous regarde pas – pour les personnalités groupusculaires qui se disent « d’extrême-gauche », donneuses de leçons devant l’éternel, telles Mme Autain ou M. Piquet, mais qui ont lorgné, affamées, avec succès ou non, sur les miettes et places laissées par le PS ! Qu’avons-nous à faire, communistes, avec ces marionnettes politiques ?

Pierre Laurent s’est présenté en tête de liste en Ile-de-France pour renforcer sa notoriété en vue des présidentielles de 2017, dans le cadre du Front de gauche. Le résultat coupe court à cette perspective politicienne, d’autant que l’échec du Front de gauche, éclaté, est acté. Pierre Laurent a avancé de 6 mois la tenue du congrès du PCF à juin 2016 : cela ne saurait être, pour nous, dans le but d’aggraver encore le processus de dissolution du Parti entamé par Robert Hue et Marie-George Buffet. Prenons plus de temps éventuellement ! En tout cas, les communistes n’accepteront pas une nouvelle fuite en avant.

La soumission à la social-démocratie, au mythe de l’Europe sociale, au réformisme sont moins que jamais acceptables. Le soutien effréné de Pierre Laurent et des parlementaires derrière André Chassaigne à Alexis Tsipras et sa politique violemment antisociale en Grèce, leur alignement sur l’union nationale de Hollande et l’état d’urgence montrent à quel point ils vont à contre-courant des attentes du mouvement populaire, de ce qu’il attend du grand parti historique de la classe ouvrière dans notre pays.

Avec des camarades de toute la France, après ce nouveau désastre électoral, nous sommes décidés à ce que qui doit changer dans notre parti change vraiment. A ce que l’on cesse d’entraver le dynamisme révolutionnaire de ces membres honnêtes, éloignés de toute préoccupation alimentaire, de tous les ceux qui attendent qu’il se reprenne.

Dans les semaines qui viennent, face aux tentatives d’intimidation et aux provocations du patronat et du pouvoir, sous l’état d’urgence, à Air France, à Goodyear, dans les services publics, nous affirmerons qu’il y a des communistes, des organisations du PCF prêts à opposer, au service de la lutte des classes, des positions de rupture politiques conséquentes.

Contre la politique d’exploitation, contre l’état d’urgence, contre la guerre impérialiste, contre les ferments du fascisme, pour la rupture socialiste, les communistes montreront qu’ils sont là, avec, sans ou malgré la direction en faillite de leur Parti, mais pour leur parti car pour le changement révolutionnaire.