Brève vivelepcf, 30 juin 2019 

Le Conseil départemental de l’Aisne a adopté, ce 24 juin 2019, un dispositif dénommé « Aisne Actifs Plus » en direction des allocataires du RSA. Le département a décidé de conditionner une partie de leur allocation à une somme d’activités – formation, recherche d’emploi, bénévolat, petits boulots – dont ils devront rendre compte. Le président du CD, Nicolas Fricoteaux (UDI) a donné toute la philosophie du projet en fixant à 35 heures « d’activités de réinsertion » par semaine, l’équivalent de la semaine de travail des salariés, le minimum imposé aux allocataires. Le prétexte affiché est évidemment d’encourager le retour à l’emploi, un autre objectif est  d’économiser 10% des versements du RSA…

Sur le site du Conseil départemental, le président se targue d’un vote unanime des conseillers. Il est préoccupant que les élus de gauche étiquetés PCF-Front de gauche aient approuvé ce plan qui correspond exactement à la politique, aggravée par Macron, que, communistes, nous combattons résolument, de précarisation, de bas salaires, de remise en cause de la définition même du chômage.

Immédiatement, le dispositif fournit une main d’œuvre, vulnérable, sur le marché du travail, à certains patrons. Pour justifier de ses heures, les allocataires seront désormais poussés, par exemple, en plus de faire les vendanges (exception déjà prévue), à cueillir des endives ou à ramasser des pommes de terre, contre un salaire minimal, en sus de leur RSA. Quant aux heures de « bénévolat », elles s’apparentent de plus en plus nettement à du travail gratuit, à du travail obligatoire. Nous avions dénoncé des précédents dans ce sens dans des départements, déjà dans l’Aisne ou dans le Haut-Rhin (liens).

Dans un cas comme celui des aides ménagères aux personnes âgées, on saisit tout de suite le risque, la tentation pour des entreprises, même à statut associatif, de substituer des salariés par des  « bénévoles ». On mesure au passage la dévalorisation et la déqualification des métiers et les risques pour la société.

Le département de l’Aisne se place à l’avant-garde de la contre-réforme de l’assurance chômage que Macron entend poursuivre, après avoir déjà basculé les cotisations chômage vers la CSG. On sort d’une logique d’assurance des salariés, mutualisée nationalement, devant le risque chômage dont l’entreprise est reconnue à l’origine. On passe à une logique de revenu minimal, d’administration, de sa mise à disposition du patronat d’une main d’œuvre, rendue responsable elle-même, culpabilisée, de sa situation de chômage.

Dans un système et Etat capitalistes tout puissants, communistes, nous nous interrogeons, à nouveau, sur les « utopies » ou « projets systémiques » agitées par une partie de la « gauche » (et de la droite), comme le revenu minimum universel ou même les visées de « sécurité sociale professionnelle » ou de « sécurité emploi formation ». Dans un rapport de force défavorable, notamment sur le plan idéologique, on mesure, avec des exemples comme celui de l’Aisne, les possibilités de récupération de ces idées par le système contre les acquis sociaux existants.

Le 3 juin 2019, le gouvernement a justement lancé la « concertation » sur son projet de « revenu universel d’activité » destiné un certain nombre de dispositifs dont le RSA.

Il n’en est que plus important de dénoncer et combattre la mesure du Conseil départemental de l’Aisne.    

Voir aussi :

http://vivelepcf.fr/7085/manifestation-a-colmar-pour-sopposer-au-rsa-contre-benevolat-force-dignite-pour-les-prives-demploi-et-acces-a-des-formations-qualifiantes-et-de-vrais-emplois-un-ele/

http://vivelepcf.fr/6315/conjuguer-la-bataille-pour-de-vrais-emplois-pour-les-travailleurs-declasses-en-contrats-aides-avec-la-bataille-contre-les-ordonnances-macron-refuser-de-rentrer-dans-le-piege-de-la-defe/