Brèves

Une « mission de sécurité » de l’Union européenne en Ukraine pour aider la police locale à mater les rebelles : c’est décidé !

Anthony Crézégut pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net

L’Union européenne « au-dessus de la mêlée » dans le choc des puissances en Ukraine ? Qui peut bien y croire en dépit de la propagande anti-russe après le krach de l’avion malaisien. L’occasion de revenir sur une information peu commentée : l’envoi envisagé de forces de police européennes pour soutenir le gouvernement illégitime de Kiev.

Vous verrez les images terribles de l’avion de Malaysia Airlines, les corps sans vie, dans un climat de chaos et de guerre civile, sous le poids des commentaires vous livrant déjà le coupable parfait, les ordres pour la guerre à venir. Mais il est des informations cruciales que vous aurez du mal à vous procurer.

A commencer par ces documents du Conseil de l’Union européenne et du Service européen pour l’action extérieure, filtrée à la fin du mois de juin par l’ONG britannique « Statewatch », et brièvement référencée par le site « Euractiv ».

Le constat biaisé de l’UE : hostilité anti-russe, peur de l’instabilité sociale, besoin de réformes structurelles (du FMI)

L’Union européenne n’entend pas rester les bras croisés dans la crise ukrainienne.

En un combat douteux, face à des séparatistes pro-russes guère identifiables, une Russie jalouse de ses intérêts, un président élu démocratiquement chassé, un gouvernement putschiste mené par le « roi du chocolat », rempli d’éléments fascistes, néo-nazis, anti-sémites, va-t-en guerre.

L’UE a choisi son camp : le Conseil de l’Union européenne du 18 juin a acté la décision d’envoyer au plus vite – selon des modalités et des temporalités encore à décider avec Kiev – une force de sécurité et de police en soutien du gouvernement actuel, dans le cadre de la PESC (Politique étrangère de sécurité commune), pour la « réforme du secteur de sécurité ».

Le document du Conseil de l’Union européenne dresse un tableau manichéen de la crise.

D’un côté, des « ingérences continues de la Russie » ainsi que l’ « annexion illégale de la Crimée » après le « départ de Yanoukvitch suite à des manifestations populaires » ont conduit au chaos et à l’ « émergence de combattants pro-russes qui ont pris le contrôle de territoires près de Luhansk et Donetsk, s’attaquant aux forces de police locales, ayant recours systématiquement à la violence ».

De l’autre, un « nouveau gouvernement ayant manifesté une attitude plus ouverte envers la société » (sic), décidé à réaliser les « réformes nécessaires sur l’Etat de droit, la gouvernance économique, les droits de l’Homme ». Entendez, l’accord de libre-échange avec l’UE, les réformes structurelles du FMI.

L’attitude criminelle de la Russie, le poids de l’ancien régime sont jugés de façon unilatérale responsables du piètre niveau d’organisation, du moral faible et du haut niveau de corruption de la police ukrainienne, reconnue par le document de l’UE.

Ce que craint l’Union européenne, c’est un affaiblissement critique du gouvernement putschiste, avec la perte de contrôle déjà effective d’une partie de l’appareil de sécurité, une défiance de plus en plus grande de la population, une incapacité à mettre en œuvre les réformes structurelles.

Pour le Conseil de l’UE, il y a un risque à moyen-terme de « désillusion, de protestation et de troubles sociaux majeurs ».

L’envoi de formateurs/conseillers de l’UE pour aider la police locale

C’est dans ce contexte, et sur une requête du Ministère des Affaires étrangères ukrainien datée du 20 mars 2014 où le dignitaire ukrainien appelle de ses vœux la mise en place d’une mission de la PESC de l’UE pour contribuer à la désesclade de la situation sur place, en « raison de l’attitude désastreuse de la Russie ».

Dans ce document officiel, l’UE rappelle que les programmes d’aide ne manquent pas : projet de soutien à la réforme du secteur de justice (9 millions d’€), partenariat entre forces de police (5 millions d’€, mené par la Pologne), programme général de coopération est-européen (30 millions d’€, en 2015), programme pour la gestion des frontières (66 millions d’€), etc.

Dans ce dispositif, un nouveau pas serait franchi avec une coopération directe dans le secteur des forces de sécurité dans un pays en guerre civile, et l’envoi de forces sur place.

La « mission civile de la PESC » serait centrée sur la « réforme radicale du secteur de la sécurité », avec l’encadrement de la création de la Garde nationale. Elle serait initiée par l’envoi de 40 « conseillers stratégiques » à Kiev, complétés par des équipes de formation de personnel.

Par la suite, la mise en place de bureaux régionaux à Kharkov, Odessa et Lvov est envisagée.

Le rôle des consultants et formateurs de l’UE devrait être d’épauler (mais comment?) les forces de police ukrainienne au niveau central, régional, puis local, conseiller et former pour mater la rébellion et faciliter la mise en œuvre des réformes, jusqu’à ce que le gouvernement ait repris le dessus.

Une coordination avec l’OTAN, comme au Kosovo : un modèle ?

Le document du Conseil de l’Union européenne évoque explicitement la « coordination étroite » avec les conseillers militaire envoyés en parallèle par l’OTAN, de quoi encore plus démasquer les arguments éculés de la « défense de la paix et de la sécurité » en Ukraine.

Dans le billet consacré à cette nouvelle dans Euractiv – portail accompagnant les décisions de l’UE avec un faible esprit critique –, l’envoi de cette mission civile est présenté comme un pendant de l’action menée il y a une dizaine d’années au Kosovo.

Quinze ans après, le Kosovo est l’État le plus pauvre d’Europe ; une zone de non-droit accaparée par des mafias sordides, plaque-tournante en Europe du trafic d’armes, de drogue et d’organes ; sans oublier la prolifération des combattants islamistes soutenus par l’UE ; dans un pays sous protectorat européen (avec un drapeau inspiré de l’UE, le Mark puis l’Euro comme monnaie !).

Un modèle excitant à n’en pas douter quand on nous présentait le combat des « indignés de Maidan » comme celui pour les droits de l’Homme, la démocratie, la souveraineté, la prospérité !

Démasquons la propagande médiatique d’où qu’elle vienne … mais d’abord dans « notre » propre camp. L’Union européenne n’est pas engagée à défendre la paix, l’unité, la démocratie en Ukraine, elle attise le feu pour défendre ses propres intérêts économiques et politiques.

Suite de la sape du financement de la Sécu : le Conseil constitutionnel, la droite, les « frondeurs » veulent du sérieux et du durable !

Brève, vivelepcf, 8 août 2014

Les voies du Conseil constitutionnel sont loin d’être impénétrables.

Le gouvernement dispose avec le Conseil d’Etat d’un organisme hautement compétent qui examine tous les projets de loi et alertent, entre autres, sur les risques d’inconstitutionnalité de chaque disposition.

Des principes aussi vagues que « le principe d’égalité devant la Loi » laissent ensuite une latitude aux Conseil constitutionnel pour censurer ou non. Mais ces décisions sont toujours très politiques. Il n’y a qu’à voir qui le compose : Jean-Louis Debré, Jacques Barrot, Michel Charasse, Valéry Giscard d’Estaing pour citer les plus connus du grand public.

Plus que jamais, communistes, nous sommes pour la suppression du Conseil constitutionnel.

Le 6 août, celui-ci a censuré l’article 1 de la loi de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2014. En clair, il a supprimé la disposition ajoutée par Hollande au « Pacte de responsabilité » prévoyant d’exonérer totalement de cotisations sociales maladie et retraite les salariés à plein temps payés au SMIC et partiellement ceux payés jusqu’à 1,3 fois le SMIC.

Ce serait un non-sens de voir dans cette censure une remise en cause du Pacte de responsabilité dans son ensemble.

Le gouvernement perd seulement le maigre bénéfice politique – et encore on est en plein été – d’une mesure perverse dont affichage social n’a de toute façon pas fonctionné. Il pourra revoir sa copie à la rentrée. D’ailleurs, il ne se trouve guère que la CFDT pour pleurer.

La droite a la petite satisfaction dans l’immédiat de dénoncer « l’amateurisme » du pouvoir. Cela ne va pas loin.

Communistes, nous avons fermement dénoncé cette mesure. Augmenter les bas salaires nets en puisant dans le salaire socialisé, le financement de l’assurance maladie et l’assurance vieillesse, c’est mettre dans une poche ce que l’on a volé dans l’autre. C’est opposer les salariés entre eux. Ce n’est absolument pas augmenter le pouvoir d’achat. C’est surtout à nouveau saper les bases du financement de notre système solidaire de protection sociale.

C’est sur ce dernier point qu’il faut apprécier la décision du Conseil constitutionnel. Il l’a motivée par la « distinction entre cotisations sociales et impositions de toute nature » inscrite dans la Constitution et par le lien légalement nécessaire entre le droit à des prestations et le versement effectif de cotisations. Notons au passage que la conception du Conseil constitutionnel est très contestable : les cotisations sociales patronales encore versées (ou compensées) sont également liées au travail du salarié assuré et devraient suffire à l’ouverture des droits.

A droite, comme à gauche, sous l’influence du patronat, beaucoup jugent que la casse du financement de la sécurité sociale ne doit plus passer par une suite de mesures ponctuelles mais par des réformes structurelles globales.

A droite, depuis toujours, certains militent pour la remise en cause du monopole de la Sécurité sociale, une mise en concurrence avec des acteurs privés, tout en maintenant le caractère obligatoire des versements de base.

A « gauche », l’aile aubryiste du PS, avec les « frondeurs » tel le député Jean-Marc Germain, auparavant parrain à l’assemblée de la loi de facilitation des licenciements (ANI), s’engouffrent dans la fissure ouverte par le Conseil constitutionnel pour remettre en avant la proposition de fusion entre la CSG et l’impôt sur le revenu.

Cette mesure structurelle serait d’une extrême gravité et porterait la destruction de tout le système. Elle effacerait tout ce que la CSG représente encore de prélèvement direct sur la création de richesse par le travail, son lien au salaire. Elle finirait presque totalement de déresponsabiliser les entreprises du financement de la protection sociale. Elle conduirait à son étatisation et rapidement à la réduction à un minimum à l’américaine de ses prestations.

L’expérience le montre depuis 30 ans, en particulier pour casser la sécurité sociale, droite et gauche d’alternance savent se répartir les rôles, casse des prestations pour les premiers, casse du financement solidaire pour les seconds.

De nouvelles grandes batailles pour la défense de la Sécurité sociale sont à prévoir.

Aubry, « l’aile gauche » du PS ? Vous y croyez, vous ?

Ukraine : 730.000 réfugiés. Mais pourquoi fuient-ils en Russie et non vers Kiev si les miliciens de Porochenko sont des libérateurs ?

Brève, vivelepcf, 7 août 2014

Selon le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), 730.000 personnes ont fui l’Ukraine depuis le début de l’année pour gagner la Russie. Le chiffre est considérable : des villes se sont vidées de moitié. De sérieux problèmes d’accueil commencent à se poser sur le plan humanitaire.

En France, nourris des informations des médias dominants, nous pouvons bien comprendre que la population fuit les zones de combat. Les médias ne peuvent plus cacher que les destructions sont importantes, que les attaques d’artillerie et depuis hier, les bombardements aériens (sur Donetsk) touchent des quartiers résidentiels. Peu bavards sur les chiffres – quelle différence avec la Syrie où ils comptaient à l’unité près le nombre de victimes par jour ! – ils concèdent que la guerre en Ukraine aurait causé 2000 morts, chiffre qui paraît bien faible eu égard aux moyens militaires déployés.

Restons toujours dans la version de l’idéologie officielle américaine ou française, là, il y a quelque chose qui n’est pas logique.

Les groupes armés « séparatistes » sont présentés comme des « terroristes » prenant en otage la population et la Russie comme leur base arrière. Les gouvernements occidentaux viennent encore d’élever les sanctions à l’encontre de ce méchant pays. Au contraire, le nouveau régime de Kiev, son armée – ou plutôt ses milices – sont présentés comme des « libérateurs ». Les gouvernements occidentaux les aident massivement. On ne nous cache plus que les Etats-Unis ont envoyé des conseillers militaires et que 400 mercenaires américains secondent les milices de Porochenko.

Mais alors pourquoi les habitants de l’est de l’Ukraine se réfugient-ils en Russie plutôt qu’à l’ouest du pays, dans « l’Ukraine démocratique », protégée par les USA et l’UE ?

Dans la panique, ils se sont peut-être laisser manipuler et désinformer.

Ils n’ont peut-être pas compris que les destructions et les exactions commises dans les villes conquises par les milices de Kiev n’étaient que des dommages collatéraux inhérents à toute guerre.

Ils ont peut-être pris à la lettre aux exagérations des partis ouvertement fascistes qui participent au gouvernement à Kiev ou à celles de Mme Timochenko qui exprimait, en mars, son souhait de « fusiller avec des armes nucléaires huit millions de Russes restant sur le territoire de l’Ukraine ».

Les plus intoxiqués s’imaginent peut-être que la mise de l’Ukraine sous tutelle des Etats-Unis et des puissances européennes occidentales, avec le traité d’association avec l’UE et l’extension – de droit ou de fait – de l’OTAN, leur promet des jours encore plus sombres qu’au reste de la population ukrainienne. Russophones, ils seraient toujours considérés comme des alliés naturels de l’adversaire russe, comme des éléments opposés au gouvernement nationaliste ukrainien qui a commencé son œuvre par supprimer le statut officiel de leur langue.

Mais assez de spéculations ! Allons demander à Bernard Henri-Lévy ce qu’il en pense !

Notre dossier Ukraine :

Assassinat d’un responsable du Parti communiste d’Ukraine. Répression, bientôt interdiction du PCdU. Exigeons une protestation officielle de la France !

Terrible explosion de l’avion malais : Paix en Ukraine ! Pas d’huile sur le feu ! Arrêt des ingérences et des surenchères impérialistes!

« Arrêt immédiat de la guerre en Ukraine ! Aucune tolérance pour les forces néofascistes. » Appel de la Fédération internationale des résistants – association antifasciste (FIR)

Sur la situation en Ukraine : déclaration commune de 18 partis communistes et ouvriers

Ukraine – 8 mai 1945 : la nécessité de commémorer encore accrue en 2014 avec les événements d’Ukraine.

Impérialistes français, allemands, polonais, UE, USA : Bas les pattes d’Ukraine !

A 90 ans, l’Unita cesse de paraître

Brève, vivelepcf, 1er août 2014

« Ils ont tué l’Unita » : voilà le titre à la une choisi par la rédaction du numéro du célèbre quotidien italien du 30 juillet. Le 1er août, il a cessé de paraître, placé en liquidation judiciaire. Il y a très peu de chances pour qu’un repreneur se présente.

C’est une dernière étape – post mortem – de la liquidation du Parti communiste italien par autodissolution en 1991.

L’Unita meurt à 90 ans après une douloureuse agonie. Le journal a été fondé par Antonio Gramci le 12 février 1924. Il est resté l’organe central du PCI jusqu’en 1991, suivant déjà toutes les dérives de sa direction. On sait que l’appareil de l’ex-PCI a muté le Parti, par étapes, en « Parti démocrate ». Le PD aujourd’hui au pouvoir, avec le président du conseil Matteo Renzi, se revendique à mi-chemin entre la social-démocratie européenne et le Parti démocrate américain.

L’Unita a été embarquée dans cette évolution. Elle a été privatisée tout en restant en fait sous le contrôle de la mouvance dirigeante du Parti. Son déclin politique et économique a été organisé. Ces derniers temps, elle tirait à 21.000 exemplaires. Vu l’histoire et le prestige du titre, l’Unita a été destinée à représenter plutôt l’aile « gauche » du nouveau parti.

Il semble que la direction du PD ne trouve plus d’intérêt à maintenir le journal, du moins en tant que quotidien, d’autant plus dans un contexte de crise aigüe de la presse.

Pour les communistes, le deuil a commencé depuis longtemps mais les conditions de la reconstruction du Parti et de son journal restent confuses.