PCF : dans les fédérations

Cantonales 2011 – Le vote communiste, plombé par le Front de gauche, régresse mais reste à 7,46%

En 2011, sur la moitié des cantons, dont les élus sont renouvelés ces 22 et 29 mars 2015, le vote PCF atteignait 7,46%, en baisse dans le cadre de la stratégie de dilution dans le Front de gauche et dans un contexte d’abstention massive.

Cantonales 2011 : analyse des résultats pour vivelepcf (22 mars 2011)

1- Le vide d’alternative politique,

2- Le FN, dangereuse roue de secours du système,

3- Le vote communiste plombé par le « Front de gauche » (- 360.000 voix par rapport à 2008, – 140.000 voix par rapport à 2004).

Aux cantonales, l’abstention a été la plus faible dans les années 70. En 1976, en 1979, ces élections ont été marquées par le fort rejet de la politique d’austérité de Barre et Giscard, par des progrès importants des partis de gauche dans le cadre d’un affrontement politique intense sur le fond.

En 2011, le rejet de la politique de Fillon et Sarkozy est sans doute encore plus large. Mais le fait majeur des élections cantonales du 20 mars est l’abstention. Comme aux régionales et aux européennes de 2010, elle atteint un niveau record pour ce type d’élection : 55,63% (auxquels s’ajoutent 1,25% de blancs et nuls).

Le désaveu du parti au pouvoir atteint un niveau historique. Seul un Français sur 12 a voté pour l’UMP. Certes beaucoup de candidats de droite ont cherché à masquer leur appartenance. Mais au total, on n’arrive qu’à un électeur sur 7 (32% des suffrages exprimés – 15% des inscrits) ayant voté pour un candidat soutenant la politique du gouvernement.

En face, l’opposition parlementaire remporte indiscutablement le 1er tour avec 50% des suffrages exprimés. Mais cela ne représente qu’à peine un électeur inscrit sur 5. Avec 4,5 millions de voix, la gauche perd plus de 1 million de voix par rapport à 2004.

Comme aux régionales de 2010, sa victoire est une victoire par défaut, sans aucun élan. La gauche se contente de perdre moins de voix que la droite.

Comment expliquer un tel niveau abstention ?

 

Il est vrai que les media ont peu parlé des cantonales et de leurs enjeux propres. Il est certain que tout le débat public est tourné, depuis des mois déjà, dans pratiquement chaque parti, vers l’élection présidentielle de 2012, seule étape présentée comme décisive. Le fait est aussi que la gauche, comme elle gère la quasi-totalité des régions, se trouve déjà à la tête d’une majorité des départements.

Autant de facteurs de démobilisations.

Mais, plus profondément, comment ne pas voir que la contestation populaire, telle qu’elle s’est manifestée massivement à l’automne pour défendre les retraites, qu’elle se manifeste de plus en plus fort depuis 2005 contre l’Union européenne du capital, ne trouve pas d’expression, encore moins d’organisation politiques portant son aspiration au changement ?

La gauche unie, derrière le PS de Aubry et Strauss-Kahn, dirige le FMI, vote les traités européens, accepte l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, fait corps derrière Sarkozy (Mélenchon compris) pour bombarder la Libye.

Même en politique, la nature a horreur du vide. Aussi les tenants du système mettent en avant un dérivatif à la colère populaire : le FN.

La promotion de Marine Le Pen est incessante depuis des mois dans les media. La suite de déclarations incendiaires sur la sécurité, l’immigration et l’islam des Sarkozy, Hortefeux, Guéant et autres ont pour effet de banaliser les positions racisantes, de sortir le FN de son isolement sur ces positions, de le « dédiaboliser ».

Le parti d’extrême-droite apparaît comme le seul parti opposé au consensus de ceux qui gouvernent à tour de rôle le pays. L’inflexion sociale du discours du FN – en termes de démagogie, rien ne retient les fascistes – complète le dispositif de captation politique d’une partie de la révolte populaire.

Après les régionales, les cantonales marquent une inquiétante progression de ce plan. Le FN obtient 15,06% des suffrages exprimés, contre 12,1% en 2004, seulement 4,9% aux cantonales de 2008. Dans de nombreux cantons où les travailleurs subissent désindustrialisation, crise et désespoir, le FN est le seul à progresser en voix et atteint des niveaux alarmants : 27% à Calais-centre, 34% à Roubaix-est, 30% à la Seyne-sur-Mer, 37% à Noyon etc. Des scores à évidemment à relativiser avec l’abstention.

Posons la question dans le bon sens : à quoi sert le FN pour le système ?

- La fille Le Pen, comme les autres, contribue à tout ramener politiquement à l’échéance institutionnelle de 2012, à occulter le terrain de la lutte.

- En complicité avec la droite au pouvoir, le FN détourne la colère sociale vers le bouc émissaire idéal, les immigrés, sachant jouer de toutes les conséquences de la dégradation des conditions de la vie quotidienne des uns et des autres. Diviser les travailleurs est toujours au centre des calculs des patrons et des possédants !

- La promotion de Le Pen permet aussi d’écraser le débat politique, comme nous l’avons déjà constaté en 2002 avec l’union sacrée derrière Chirac.

La gravité de la menace fasciste sert de prétexte aux partis dominants pour faire accepter leur consensus politique de fond, celui même qui fait le lit de l’extrême droite, au nom du rassemblement.

L’extrême droite a ainsi pour fonction de disqualifier certaines positions fondamentales, en particulier l’opposition à l’UE du capital, en les associant au nationalisme et au racisme.

Le cynisme, les calculs des classes possédantes et de leurs représentants les conduisent à jouer avec le feu, à mettre en danger les acquis démocratiques fondamentaux. L’histoire ne nous le montre que trop.

Dans un tel contexte, seul le PCF, peut et devrait, par son analyse marxiste, son organisation de classe donner une perspective d’alternative politique basée sur les luttes, combattre le choix du capital de recourir au pire.

Notre responsabilité de communistes se situe à ce niveau.

C’est bien pour cela qu’il n’y a pas matière à ce réjouir du résultat attribué au « Front de gauche » aux élections cantonales. Il est indécent de se rengorger, comme le fait Mélenchon par exemple, d’essayer de saouler de mots ces militants communistes qui ont tant contribué aux résultats.

Il y avait une très grande diversité dans les candidatures. Des candidats se sont présentés comme PCF ou apparentés, d’autres comme « PCF soutenus par le Front de gauche », d’autres comme communistes sous des appellations reflétant des accords départementaux. Ailleurs, des candidats ont masqué leur appartenance au PCF sous le vocable « Front de gauche ». Dans d’autres cas, ils étaient candidats de la gauche unie avec le PS (ex : Thourottes, Cabestany…). Ailleurs encore, le PCF soutenait des candidats du PG. Des candidats du PG se sont aussi présentés au nom du Front du gauche mais en hostilité aux candidats du PCF (ex : Saint-Martin-d’Hères dans l’Isère, Saint-Paul-Cap-de-Joux dans le Tarn…).

La très grande diversité des situations locales a contrasté avec la volonté forcenée de la direction du PCF de mettre en avant nationalement sa stratégie du Front de gauche.

Globalement, les résultats sont les suivants : les candidats PCF et apparentés (métropole), classifiés automatiquement  « Front de gauche » par le ministère de l’intérieur, obtiennent 7,46% des suffrages exprimés. Les candidats PG et apparentés, classés aussi dans le Front de gauche, obtiennent 1,01%. Au total, cela représente 8,47% et 775.806 voix pour les candidats classés « Front de gauche », soit 3,64% des électeurs inscrits.

En 2004, sur la même série de cantons, les candidats PCF et apparentés – les candidats PG roulaient alors pour le PS – avaient obtenu 7,9% des exprimés, 957.000 voix, 4,77% des inscrits. Ajoutons qu’en 2011, les partis d’extrême-gauche ont presque totalement fait l’impasse sur les cantonales. En 2004, ils avaient obtenu 367.000 voix et 2,99% ; en 2011, 53.000 voix et 0,58%.

En 2008, sur l’autre série de cantons, dans une situation politique, après l’élection de Sarkozy, plus proche de celle d’aujourd’hui, les candidats PCF et apparentés ont réalisé un résultat de 8,82% des suffrages exprimés, 1.157.000 voix, représentant 5,49% des électeurs inscrits.

Deux constations globales s’imposent.

Le « Front de gauche », même tout assimilé, régresse fortement en voix, stagne en pourcentages sur les résultats du PCF. Il n’a pas constitué une alternative à l’abstention, malgré le mouvement des retraites et le développement des luttes.

Les résultats du « Front de gauche » sont massivement ceux obtenus par les candidats et militants du PCF (7,46% sur 8,47%), ce que reflète, globalement encore, la carte électorale.

Les résultats mériteront une analyse beaucoup plus localisée. Mais on peut déjà dégager quelques tendances :

-          L’étiquette « Front de gauche » a permis de mordre sur l’électorat social-démocrate dans des départements où le PCF est traditionnellement faible. C’est le cas dans des cantons de Bretagne ou des Pays de Loire. C’est le cas dans le Puy-de-Dôme, vieille terre social-démocrate, où le Front de gauche fait des résultats pratiquement jamais atteints dans l’histoire du PCF. Le pari « Front de gauche = social-démocratie de gauche » marque des points aussi en Haute-Vienne.

-          Quand les candidats « Front de gauche », la plupart du temps PCF, notamment les sortants, passaient pour les candidatures les plus influentes à gauche, ils ont pu bénéficier d’une forme de vote utile à gauche. Le solde en élus devrait être à peine négatif. Dans l’Allier (où il y avait alliance avec Europe-Ecologie), dans le Val-de-Marne, les prochains présidents des conseils généraux devraient rester PCF.

-          Dans de nombreux secteurs ouvriers où le Parti était traditionnellement fort, nous enregistrons, malgré l’investissement militant local, un nouveau recul parfois très important en voix (ex : dans presque toute la Picardie, dans le Var, dans l’Hérault…). Cela correspond souvent aux secteurs où le FN fait ses meilleurs scores, sans que, vu l’abstention, on puisse parler d’un transfert.

-          Dans des secteurs urbains de banlieue, par exemple en Seine-Saint-Denis, où le PCF a des positions historiques, la campagne n’ont pas arrêté l’abstention (ex : 72% à Aubervilliers).

Il sera temps après le second tour qui mobilise une partie de nos camarades d’aller plus avant dans l’analyse fine des résultats. De fortes progressions de candidats communistes, clairement PCF, (+12% à Jumilhac en Dordogne, +7% à Vesoul en Haute-Saône,…) seront aussi à étudier.

Il n’en reste pas moins que le bilan de la stratégie nationale du Front de gauche, entièrement basée sur les échéances électorales, se traduit à nouveau par un échec aux cantonales, après la perte de la moitié des élus PCF aux régionales.

Le Front de gauche est incapable de donner une traduction politique et électorale aux luttes qui se développent dans le pays, au discrédit des forces politiques dominantes, à la remise en cause même du capitalisme.   

 

Communistes, nous avons pourtant une responsabilité historique à ne pas laisser ce mouvement être détourné et dévoyé par l’extrême-droite, le racisme, la haine complices de la domination effrénée du capital.

L’image, dès le soir du scrutin, de Pierre Laurent, entourant Martine Aubry, avec Cécile Duflot est décourageante, les uns et les autres évoquant déjà les contours du programme partagé de la gauche après une éventuelle victoire électorale en 2012.  Le « Front de gauche » s’enferme dans la perspective d’une nouvelle gauche plurielle en 2012, d’alliances politiciennes dans cette direction. C’est une impasse. Mélenchon, sénateur PS honoraire, laisse aux dirigeants du PCF le soin de s’afficher avec ceux du PS. Quel hypocrite !

Mélenchon est pour Maastricht. Il remercie Sarkozy de bombarder la Libye. Il défend mordicus l’euro, « condition d’un SMIC européen » (à 500 euros ?). Le PCF ne peut pas suivre cette voie, celle du PGE ou de la Confédération européenne des syndicats, principale propagandiste du Traité de Lisbonne. L’ouverture d’un grand débat dans le PCF, pour actualiser notre opposition fondamentale à l’UE du capital est essentielle. Il est gravissime de laisser ce terrain au FN.

Face aux provocations du FN et du pouvoir sarkozyste, le point de vue et l’organisation de classe, visant l’unité des travailleurs sont déterminants. Ne laissons pas un seul porte-parole, même marginal, du PCF leur emboîter le pas sur les thématiques sécuritaires et « islamophobes » ! Ne rentrons pas non plus dans les discours sociétaux et sentimentaux qui gomment le principal et nous engagent des rassemblements mous.

L’heure ne devrait pas être aux primaires dans le Front de gauche pour la candidature aux présidentielles, aux marchandages pour le programme de gouvernement après 2012.

Cessons de nous effacer derrière le Front de gauche ! Faire vivre et renforcer le PCF, sur des bases de lutte de classe, partant des réalités quotidiennes de l’exploitation et du profit – 82 milliards d’euros pour les entreprises du CAC 40 - : c’est essentiel !

C’est aussi l’exigence que traduisent et confirment les résultats du premier tour des élections cantonales.

90ème anniversaire du PCF au Colonel Fabien : mémoire infidèle !

Vivelepcf, 11 décembre 2010

La direction du PCF marque l’anniversaire du Parti par une série de débats et de projections au siège, place du Colonel Fabien les 10 et 11 décembre 2010.
La lecture du programme à de quoi étonner sur les objectifs politiques de l’initiative.
Cet anniversaire devrait être l’occasion de réaffirmer la raison d’être de notre parti, notre fidélité aux choix fondateurs du Congrès de Tours, à la rupture avec l’opportunisme réformiste. Le besoin de l’outil historique au service des travailleurs dans la lutte des classes, contre le capitalisme, qu’a été le PCF vient de s’exprimer encore plus nettement dans les dernières luttes.
Les communistes ont fait le choix en 2007 de maintenir leur parti le PCF, quand les principaux dirigeants remettaient en cause son existence même puis invitaient à sa « métamorphose ».
Les communistes sont en droit d’attendre aujourd’hui que la direction assume, défende l’histoire de leur Parti et sa continuité, sans hésiter à pousser la critique, mais en combattant fermement les attaques anticommunistes et révisionnistes d’où qu’elles viennent.
La commémoration à Fabien ne se place pas dans ces objectifs, c’est le moins que l’on puisse dire.
Le carton d’invitation met en exergue : « PCF réseau social depuis 1920 ». Voilà l’organisation de classe structurée, qui a permis l’intervention politique de millions de travailleurs dans leurs cellules de quartiers et d’entreprise, réduite au statut de Facebook !
Que signifie l’intitulé de la journée, « PCF : vers un nouveau siècle d’émancipation » ? L’émancipation de qui, de quoi, pour quoi ? Pour les communistes depuis 1920, sur la base de l’analyse marxiste, notre perspective politique porte un nom : le socialisme pour rompre avec le capitalisme. Il semble être passé aux oubliettes de Fabien.
Nous ne sommes pas contre la confrontation avec des personnalités politiques et des historiens qui nient la raison d’être du PCF, qui le combattent, encore qu’une célébration n’est guère le bon moment pour cela. Les 10 et 11 décembre, point même de confrontation : sur le plan historique, il n’y a que les mouvances « refondatrice », gauchiste et social-démocrate qui sont représentées.
Roger Martelli vient de quitter le PCF avec un fracas calculé. Pour lui, la « forme » parti, surtout la plus achevée, la forme « parti communiste », sont dépassées. Depuis une décennie, ses travaux « historiques », jadis mieux inspirés, s’efforcent péniblement d’étayer ce révisionnisme, de démontrer notre déclin inéluctable.
Le voilà qui préside au « cédérom sur l’Histoire du PCF » présenté ce jour. Le voilà qui est invité au débat « historique » sur « Maurice et Jeannette, un couple dans le siècle » (sic !). Il s’y retrouve aux côtés de l’historienne, pour le moins non communiste, auteur d’un livre du même titre, qui pratique le révisionnisme par le petit bout de la lorgnette.
Le sujet de l’autre débat historique est bien choisi aussi. Il est consacré à Charles Tillon, évidemment pour en retenir sa place de martyr d’un « stalinisme à la Française ». Parmi les intervenants, on trouve M. Claude Pennetier, historien de tendance trotskyste, auteur en 2007 d’un xème livre malhonnête, proprement dégueulasse, sur le PCF en 1940, accusé de collusion avec les nazis, que nous avons eu l’occasion de dénoncer sur ce site (lien).
Comme film, les programmateurs n’ont pas trouvé mieux que « Goodbye Lénine » dont le sentimentalisme ne doit pas faire oublier la thèse centrale : le rejet de Lénine et du léninisme dans le passé révolu. « L’Atlantide, une histoire du communisme » de Marcel Trillat et Maurice Failevic s’applique d’une tout autre manière, mais toujours avec sentimentalisme, à force d’anecdotes et de témoignages vaseux, à montrer les erreurs, le sectarisme du communisme « balayé par le vent de l’Historie » et à faire passer la résignation à la fin (la « transformation-métamorphose ») du PCF.
Pour finir, un débat sur « la visée communiste pour le XXIe siècle » rassemble Anicet le Pors, qui a quitté le Parti en 1994, Marie-Pierre Vieu pour qui le PCF est un « parti outil usé » et les dirigeants de la JC et du PCF, Pierrick Annoot et Patrice Bessac, « responsable » des transformations du PCF au « congrès » extraordinaire de juin 2010. On voit la « visée » !
La table de livres est éclectique et reprend tous les titres des éditeurs invités. Du coup les noms de Maurice Thorez, Louis Aragon, Georges Politzer côtoient ceux de Robert Hue ou de Jean-Christophe Le Duigou et même ceux de Daniel Bensaïd, Olivier Besancenot ou de Marc Lazard. Pour l’anniversaire, les portes sont ouvertes, bien au-delà de la famille et même des amis.
Voudrait-on brader l’héritage ?
Fort heureusement, la plupart des commémorations, un peu dans toute la France, à l’initiative de fédérations, de sections du Parti ont adopté un tout autre parti-pris.

Elections cantonales 2008: Le PCF remonte à 8,82%

En 2008, sur la moitié des cantons, dont on remplace ce 22 mars 2015 les élus sortants, le vote communiste, encore identifiable comme tel, était remonté à 8,82%. Notre communiqué d’alors ci-dessous.

Elections cantonales 2008: Le PCF remonte à 8,82%

Communiqué du site vivelepcf, le 12 mars 2008

Le résultat national des élections cantonales est presque totalement occulté dans les principaux media qui se contentent de totaliser les voix de la « gauche » et de la « droite » et du Modem.

Pourtant, le détail des totalisations par parti est du plus haut intérêt, en particulier pour les communistes. Les candidats du PCF ont rassemblé 8,82% des suffrages exprimés. Ce résultat est d’autant plus significatif que dans l’immense majorité des cas, les candidats communistes étaient confrontés à des candidats socialistes. Notons aussi que le PCF n’était présent que dans 1248 cantons sur 1918 cantons (sans les DOM), au lieu de 1615 en 2001.

Par rapport à 2001, le parti recule légèrement, de 0,9%. Mais par rapport aux cantonales de 2004, sur l’autre moitié des cantons, il progresse de 1,0%, alors que le PS stagne. Ces bons résultats du PCF se retrouvent aux municipales dans les villes où il présentait des listes de rassemblement sans le PS.

Pour les communistes dans les mois qui viennent, pour les luttes comme pour la préparation du congrès de la fin de l’année, ces résultats sont riches d’enseignements.

La thèse du « déclin inéluctable », reprise par de nombreux dirigeants, est clairement démentie. 8,8% pour un parti annoncé au bord de la disparition, ce n’est pas mal ! Le nom et l’histoire du PCF sont loin d’être un repoussoir pour une grande partie des électeurs et du monde du travail.

On entend déjà certains partisans de la disparition du PCF essayer de relativiser le résultat des cantonales. Il serait dû principalement au caractère local de l’élection, à l’implantation personnelle des candidats.

Cet ancrage dans 1248 cantons atteste a contrario que le Parti continue d’avoir un rayonnement national et le décalage avec le résultat des présidentielles est beaucoup trop grand pour valider cette analyse.

Sur une seule moitié du pays, malgré 15% d’abstention supplémentaire, les candidats du PCF aux cantonales rassemblent 1,166 million de voix quand Marie-George Buffet n’en a rassemblé que 707.000 nationalement.
Les cantonales mettent à nouveau en évidence la responsabilité des choix stratégiques de la direction nationale dans l’affaiblissement du Parti. A titre de comparaison, aux cantonales de 1982, le PCF avait recueilli 15,9% des voix, à peine plus que Georges Marchais à la présidentielle de 81 (15,3%).

Ce que représente le PCF, l’engagement de ses militants ont redonné son utilité au vote communiste pour exprimer le rejet de la politique au service du MEDEF et la volonté de s’y opposer. C’est heureux et logique lorsque l’on constate l’absence d’opposition sur le fond du PS aux contre-réformes du gouvernement contre lesquelles se développent les luttes.

Cette bonne tenue du vote communiste ne se traduira pas nécessairement par un gain de sièges. Le PS a progressé par rapport à 2001 (à l’époque, c’était lui qui souffrait du vote sanction) et devance certains sortants communistes quand localement ilne cherche pas à rassembler, même à droite, pour les battre (Seine-Saint-Denis).

Cela ne changera rien aux résultats du 1er tour. Les communistes qui s’opposent au processus de liquidation de leur parti peuvent sont confortés dans les débats internes comme dans leur démarche militante.
Malgré l’absence d’impulsion nationale, faisons vivre les organisations de base du PCF, renforçons-les voire recréons-les ! Démentons dans l’activité militante la ligne d’effacement du parti et d’alignement sur le PS !

Déclaration du Parti communiste français sur la situation en Algérie

8 novembre 1954

La situation devient chaque jour plus sérieuse en Algérie. Plusieurs régions sont mises en état de siège, des villages entiers sont ratissés, des organisations dissoutes, des centaines d’hommes emprisonnés, des journaux démocratiques saisis ou suspendus. Les colonialistes et la presse à leur service poussent à une répression sans cesse accrue. Une telle situation préoccupe à juste titre la classe ouvrière et l’ensemble des Français.

Le Parti communiste français souligne que les événements qui se déroulent actuellement en Algérie résultent essentiellement du refus opposé par les gouvernants français aux revendications nationales de l’immense majorité des Algériens, ce refus s’ajoutant à une misère généralisée et croissante, conséquence directe du régime colonial qui sévit dans ce pays.

En prétendant nier l’existence en Algérie de problèmes politiques de caractère national, en s’obstinant à camoufler le régime colonial sous le vocable de « trois départements français », le gouvernement tourne le dos à la réalité algérienne et notamment à la volonté de tout un peuple de vivre libre et de gérer démocratiquement ses propres affaires.

Le Parti communiste français dénonce les mesures de violence prises pour tenter de briser le mouvement national algérien, qu’il s’agisse des véritables opérations de guerre actuellement en cours ou de la dissolution arbitraire du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques, prétexte à une répression encore accentuée. La politique de force pratiquée par le gouvernement ne résoudra pas davantage les problèmes qui se posent en Algérie qu’elle n’a résolu ceux qui se sont trouvés posés en Indochine, en Tunisie et au Maroc ; ainsi qu’il en a été dans ces divers pays, une telle politique ne peut qu’aggraver la situation et rendre les problèmes encore plus difficiles à régler.

En de telles circonstances, fidèle à l’enseignement de Lénine, la Parti communiste français, qui ne saurait approuver le recours à des actes individuels susceptibles de faire le jeu des pires colonialistes, si même ils n’étaient pas fomentés par eux, assure le peuple algérien de la solidarité de la classe ouvrière française dans sa lutte de masse contre la répression et pour la défense de ses droits.

Il demande aux travailleurs, à tous les démocrates de manifester leur solidarité agissante à l’égard des centaines de milliers de travailleurs algériens obligés de s’exiler en France parce que les conditions du colonialisme les empêchent de vivre dignement, eux et leurs familles, dans leur propre pays.

Les travailleurs, les démocrates, les patriotes français s’opposent d’autant plus vigoureusement à la politique férocement colonialiste pratiquée en Algérie et dans toute l’Afrique du Nord qu’elle est étroitement liée à la politique de renaissance du militarisme allemand. Elle tend, en effet, à faciliter l’implantation de l’impérialisme germanique sur le sol africain, suivant les projets « d’industries franco-allemandes en Afrique du Nord et au Sahara » annoncés par le Président du Conseil. Elle en est, par cela même, plus néfaste encore et plus contraire à l’intérêt français et à la cause de la paix.

Le Parti communiste français déclare avec force que la seule voie permettant de mettre un terme à la situation présente consiste :

1-      A arrêter immédiatement la répression et à ramener en France les troupes et les forces de police acheminées en Algérie depuis trois mois ;

2-      A reconnaître le bien-fondé des revendications à la liberté du peuple algérien ;

3-      A discuter de ces revendications avec les représentants qualifiés de l’ensemble de l’opinion publique algérienne : délégués de tous les partis et mouvements nationaux, délégués des organisations démocratiques, professionnelles et culturelles, personnalités.

4-      C’est là le seul moyen d’avancer vers une solution démocratique des problèmes qui se posent en Algérie ; une solution conforme à la volonté ou à l’intérêt de l’ensemble des hommes et des femmes vivant en Algérie, mise à part une poignée de profiteurs de la colonisation ; une solution assurant la défense des intérêts de la France, ceux-ci ne pouvant être garantis que si les relations entre les peuples algérien et français se situent dans un climat d’amitié et de confiance réciproques.

5-      Le Parti communiste français est ainsi, une fois de plus, l’interprête de l’internationalisme des travailleurs, inséparable de l’intérêt national.

LE PARTI COMMUNISTE FRANçAIS.

Le 8 novembre 1954