Histoire

Histoire et actualité de mai 68: introduction au débat du PCF Tarn Bastides du 20 mai 2018

Par Philippe TILLARD, secrétaire de l’Union locale CGT de Gaillac, militant communiste. Fête de la Section des bastides et du Gaillacois. 20 Mai 2018

Chères, Chers Amis et Camarades,

Mesdames et Messieurs,
Tout d’abord, je vous demanderai d’être conciliant avec l’entrée en matière de notre débat sur la période Mai/Juin 1968. J’ai essayé de faire de mon mieux avec mes connaissances et mon éducation de militant syndical et politique : je précise que je ne suis ni conférencier encore moins historien professionnel. Volontairement et afin de ne pas nuire au débat, en accord avec la Direction de la Section, mon propos ne devrait pas dépasser une quinzaine de minutes et permettre ainsi de situer ce que nous a légué ce formidable mouvement en corrélation avec ce qu’aujourd’hui le Patronat et le Pouvoir capitalistes mettent en place , guidés, s’il en était besoin, par ce Président des riches, le plus extrême que nous ayons connu depuis 50 ans (et pourtant, il y en a eu des « pas mal »).

Il ne s’agit pas ici de tomber dans une célébration nostalgique voire théâtrale comme beaucoup voudraient nous entraîner à leurs côtés (tous ceux qui veulent habiller l’histoire à leur façon…) mais au contraire de tenter une confrontation entre le mouvement de mai/juin 68 et les luttes d’aujourd’hui.

Comme tout autre date marquante de notre histoire (et plus particulièrement l’histoire des peuples et de la Classe ouvrière), force est de constater qu’à chaque fois que nous avons fait reculer le Capitalisme, ce dernier, même affaibli, s’est redonné de l’air progressivement jusqu’à remettre en cause les acquis de la lutte. 1936, ses acquis sociaux et Patronat et Gouvernement déclarant : « Hitler plutôt que le Front Populaire », après 1945, la remise en cause du Programme du CNR que De Gaulle avait été contraint d’accepter tant le rôle de la Résistance et de ses responsables communistes étaient indiscutables. Rappelons que le CNR a permis entre autres mesures de nationaliser la Banque de France, le Gaz et l’Electricité, les grandes Compagnies d’assurance, le rétablissement des 40 heures, l’extension du nombre et des attributions des Comités d’entreprise, la généralisation de la Sécurité sociale et la mise en place de la retraite « des vieux », l’instauration du statut de la Fonction publique… Cette énumération ne vous rappelle t-elle pas ce « qu’ils nous ont pris »depuis et ce « qu’ils veulent nous prendre » maintenant ? Le 22 mai, il faudra y être afin qu’ils n’arrivent pas à leurs fins : démanteler le statut de la Fonction publique.

1968 fut le détonateur d’une contestation grandissante qui n’est pas née en mai 68 … Mais qui s’est poursuivie et qui se poursuit encore… La révolte des travailleurs et des étudiants découle d’une multitude de luttes (les luttes anticoloniales comme l’Indochine et l’Algérie, les mineurs en 1963, les grandes grèves de 1966 puis 1967 qui a battu tous les records de journées de grève avec 450 000 journées de grève. Des conflits longs éclatent dans des grandes entreprises comme Sud Aviation, Dassault, Berliet, Rhodiaceta, Saviem, les raffineries, les Chantiers de l’Atlantique, dans les mines et la Sidérurgie. Les lycéens et étudiants exprimeront leur colère face à une politique autoritaire et leur désir de Liberté. Résumer cette colère à la seule histoire de Cohn Bendit ou Geismar utilisée complaisamment par les médias et qui, depuis, ont dévoilé leur vrai visage (opportunistes, collabos, défenseurs de la société libérale, soutien de Jupiter) reflète la volonté du Pouvoir à faire un trait sur l’Histoire quitte à utiliser le mensonge et la force comme en son temps Papon, Ministre de l’intérieur en 68 (pétainiste, condamné pour crime contre l’Humanité avec la déportation de plusieurs milliers de juifs, responsable en 1962 du Massacre du Métro Charonne).

Le mouvement mai/juin 1968 déboucha sur des avancées sociales énormes arrachées par les grèves : hausse générale des salaires (globalement autour de 10%), augmentation du SMIG de 35%, engagement sur la semaine de 40 heures, affermissement des conventions collectives et reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise. D’autres segments de la Société furent mis au grand jour comme l’émancipation et le droit des femmes, une nouvelle approche de la question de la liberté sexuelle, une amorce discrète mais palpable concernant la conditions de nos camarades travailleurs immigrés avec leur implication dans les luttes, la mobilisation des créateurs et des intellectuels…1968, c’est aussi la Victoire du Peuple vietnamien contre l’impérialisme américain (la Paix fut signée en 1975 à Choisy le roi)après la victoire du Peuple algérien, en 1962, pour son indépendance. En 1967, CHE GUEVARA a dit : «  Nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux si, 2, 3, plusieurs Vietnam victorieux fleurissaient sur la surface du Globe ».

Notons que les grèves se poursuivirent après Grenelle dans un certain nombre d’entreprises comme Renault Billancourt pour obtenir satisfaction à leurs revendications de branche.

C’est pour toutes ces raisons qu’avec acharnement, les Présidents et Gouvernements successifs soutenus par la droite ou, malheureusement, par les socialistes, tentent de reprendre ces avancées. Si la situation n’est pas simple pour des millions de nos concitoyens avec une aggravation de leur condition de vie, il faut cependant admettre que malgré tous les moyens qu’ils mettent en œuvre, ils n’y sont pas encore parvenus. Rappelons- nous que Sarkozy, Président, avait juré de «  liquider une bonne fois pour toute l’héritage de Mai 68 ». Il avait engagé le processus avant de perdre dans les urnes devant Hollande qui, sans reprendre au mot son prédécesseur continua la besogne… avant également de perdre lui aussi dans les urnes. Aujourd’hui, Macron a pris le relais ayant retenu la leçon dès le biberon dans la petite bourgeoisie avant de côtoyer le must avec les Rothschild puis dans les couloirs élyséens ou dans les bras de sa mamie Brigitte…

Du côté syndical, les résultats de la Lutte furent palpables immédiatement et même quelques années plus tard .Mais la question s’est posée et se pose encore de savoir comment ce mouvement de 10 millions de grévistes, avec des milliers d’usines occupées, des services publics à l’arrêt, des Sociétés nationales comme la SNCF, EDF/GDF, l’Aéronautique, les Raffineries et la Sidérurgie n’a pas débouché sur un changement politique ?…

Des démagogues anarcho-guignolesques ont tout fait pour récupérer un mécontentement et un mal être réel des lycéens et étudiants en laissant entendre que « le Grand soir » était pour demain, que l’autogestion était à portée de mains et que dès aujourd’hui, on pouvait trouver« sous les pavés la plage ». Ils ont sans doute eu un impact sur une issue qui n’était pas de leur goût, déjà engagés dans des stratégies libérales… II leur importait plus de diviser le mouvement ouvrier en utilisant un anticommunisme primaire (encore en vigueur par les mêmes personnages de nos jours) que de rassembler pour gagner. Cohn-Bendit se dévoile sans filtre quand il déclare après la manif du 13 mai  68: « ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est d’avoir marché à la tête d’un défilé où les crapules staliniennes étaient à la remorque ». Il a démontré depuis qu’il n’avait pas changé… et même progressé sur le sujet. A ce sujet, je partage le point de vue de l’écrivain Arno Bertina lorsqu’il écrit dans l’Humanité des débats : « l’image de mai 1968 a été confisquée par les petits bourgeois (étudiants) au dépens du monde ouvrier. Cette confiscation devient une chose folle (sur le plan des mœurs) quand on mesure que, 50 ans plus tard, la régression est colossale. Au pouvoir depuis 50 ans, les acteurs de mai 68 n’ont pas fait vivre leurs audaces ; en soutenant Macron, ils valident des choses invraisemblables (appel à l’Eglise catholique, à la Manif pour tous, absence de dénonciation des identitaires se transformant en milices ségrégationnistes, etc…), tout en cautionnant les coups de butoirs contre l’autre pan des acquis de 68 arrachés par les ouvriers. …. Il n’est plus possible, de parler de mai 1968 sans parler de 2018 et du couronnement des renégats et des vendus (Wolinski a dit, dans les années 1980, que sa génération avait fait mai 68 pour ne pas devenir ce qu’ils sont devenus)

Geismar n’eut pas la même couverture médiatique mais resta toujours en lien avec le pouvoir (en particulier socialiste), exerçant des fonctions de conseiller auprès de Rocard, Glavany, Delanoé et même Strauss Khan.

Sauvageot disparaitra des médias se consacrant à sa vie professionnelle. Comme Geismar, il fut l’un des dirigeants du PSU mais, tout à son honneur, défendit ses convictions dans l’honnêteté et la discrétion qui me permettent de le différencier des deux autres vassaux du Capitalisme.

S’il faut reconnaître que la jeunesse fut un accélérateur du mécontentement grandissant du peuple français, il faut tout aussi bien reconnaître que ce dernier grondait de plus en plus bruyamment avec les multiples mouvements , grèves voire occupations que connaissait notre Pays, à l’initiative, en particulier de la CGT et du Parti communiste français. Déclencheur mais pour aller où ?

Ce mouvement ne peut pas être réduit ni à une grève générale ouvrière ni à une révolte étudiante, ce sont les deux à la fois. Le PCF, à cet instant, est de loin la première force progressiste et révolutionnaire : cette situation « de confort » est le résultat de notre engagement clair et sans compromission auprès de la Classe ouvrière, dans les circonstances les plus dures comme celles de la Résistance. Rappelons-nous que le PCF lors des élections législatives de novembre 1946 recueillait 28% des suffrages. En 1969, Notre Camarade Jacques Duclos recueille 21% des suffrages alors même que les évènements de 1968 ne nous ont pas été favorables et que l’anticommunisme des gauchistes voulait nous couper des travailleurs en lutte : ils n’y sont jamais arrivés et les organisations gauchistes qui, en 68, combattent la CGT et le PCF sont mal reçues dans les usines. Il faut cependant s’interroger sur nos difficultés du moment face à ce mouvement où s’investissent tout un tas de nouvelles catégories professionnelles, l’intervention nouvelle des femmes et des jeunes… Le PCF semble un peu pris de court tellement l’essentiel de sa démarche reste autour de la classe ouvrière (et même de la dictature du prolétariat, notion abandonnée lors du 22ème congrès en 1976).

Cet immobilisme n’était qu’apparent tant l’activité de « nos amis et meilleurs ennemis » était grande. Le 20 mai 1968, Waldeck Rochet apprend que des tractations se déroulent entre Mitterrand, Mendès France et Lecanuet pour créer une 3ème force, excluant le Parti communiste. Notre Secrétaire général va taper du poing sur la table mais, au final, Mitterrand annoncera sa candidature… Le 27 mai, à l’appel de l’UNEF, est organisé un grand rassemblement à Charléty où seront présents, entre autres et autour des « gauchistes », la CFDT et le PSU et auquel participera Mendès France : le point commun, l’anticommunisme. La suite, vous la connaissez… Après son « évasion » en Allemagne, De Gaulle organisera la grande marche de la Droite le 30 mai qui lui permit de garder le pouvoir…

1968 a commencé par un mouvement social, sans équivalence durant tout le 20ème siècle mais n’a pas débouché sur une victoire électorale. Peut-être « le Parti communiste n’était pas disposé à reconnaître qu’on puisse organiser des mobilisations anticapitalistes en dehors de lui » comme le souligne René Piquet. Dans les années 80/90, le PCF abandonne la représentation des classes populaires au profit de la France des diversités. La lecture de la Société de classe s’efface au profit de la participation citoyenne. Si en 1981, Georges Marchais réalise encore 15,3% en 2007, nous atteignons péniblement 1,9%. A notre engagement révolutionnaire marxiste s’est mise en place une rhétorique humaniste partagée. Tout le monde peut s’y retrouver ; on se fond dans un moule réformiste tout en perdant notre identité… Même le mot ouvrier disparaît de nos discours. Nous abandonnons le terrain et en particulier celui de l’entreprise.

1968 put être un révélateur de nos faiblesses sans que pour autant le Parti communiste n’ait failli un seul instant au soutien des travailleurs en lutte et aujourd’hui encore, il est toujours de leur côté. Cependant, il doit, tout en tenant compte de « l’analyse concrète de la réalité concrète », se positionner sans équivoque sur des positions de classe et revendiquer son rôle révolutionnaire. Il n’est plus possible d’être dans des débats à « fleurets mouchetés » avec les socialistes ; il ne peut y avoir de concessions entre ceux qui prônent la gestion sociale du Capitalisme – les réformistes – et ceux qui prônent le dépassement du Capitalisme, pour aller vers une société communiste – les communistes. Il n’y a pas plus de place à laisser croire (les médias et le pouvoir s’y emploient) à une 3ème voie qui se situerait entre les deux comme voudrait le faire croire Mélenchon par exemple . Rappelons que ce dernier se réfère encore aujourd’hui à Mitterand , ce qui me laisse plus que perplexe quant à sa réelle volonté de combattre jusqu’au bout le Capitalisme. Je crains également que sa volonté affichée d’un large rassemblement du Peuple et de ses forces progressistes ne cache, si l’on n’y prend garde,celle de l’utiliser comme tremplin pour accéder au pouvoir, aux pleins pouvoirs si l’équilibre des forces et des sensibilités n’en sont pas respectées, mais ceci n’est que mon sentiment et n’engage que moi….
La seule voie possible est le développement des luttes, dans la diversité des branches professionnelles comme des secteurs géographiques (industrielles, services, secteur public, santé, transports, bâtiment, etc…). Lançons les passerelles qui permettent d’aller vers une plus grande convergence des luttes : nous n’en sommes pas si loin et « en même temps » pas si près. Il nous faut nous appuyer encore plus sur les luttes existantes comme bien sûr les cheminots, les travailleurs des hôpitaux ou des EHPAD, AIR France, les territoriaux, etc…

Notre Fête d’aujourd’hui, si localisée soit-elle, est une étape pour aller à la reconquête de nos droits et libertés reniés chaque jour un peu plus par « le rejeton à Hollande ». Elle doit également être un tremplin pour le Parti communiste pour regagner une place correspondant plus à ses valeurs et à son poids historique dans notre Pays. Je ne peux que vous inciter à répondre favorablement aux sollicitations de nos Camarades pour adhérer au Parti communiste français.

Je suis conscient que cette introduction puisse vous laisser sur votre faim ; je pense qu’elle ouvre plusieurs pistes de réflexion qui vont bien au-delà de la simple « célébration de mai 1968 » ; elle fait de la sincérité son fil conducteur en évitant, de fait, toute interprétation complaisante.

Merci de votre attention et que la discussion soit riche…

HOMMAGE À CHE GUEVARA PAR LE PC DU VENEZUELA – 50ÈME ANNIVERSAIRE DE SON ASSASSINAT

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Che Guevara : toujours vivant, les yeux tournés vers le futur

Par Natalya M. Garcia, pour Tribuna Popular, organe du Parti communiste du Venezuela, traduction MlJ pour « Solidarité internationale PCF – vivelepcf », 8 octobre 2017

D’Ernesto « Che » Guevara, on ne peut jamais parlé au passé. De l’Argentin de naissance, le rôle dans la lutte des classes, en tant que force motrice de l’histoire, est reconnu par les travailleurs conscients de leur classe et organisés et par les peuples du monde entier.

C’est jeune et déterminé qu’Ernesto entreprit ses premiers voyages à travers l’Amérique Latine. A chaque étape, il découvrait, par lui-même, les réalités et faiblesses de chaque endroit qu’il parcourait. Cette expérience allait servir à l’endurcir sans qu’il perde jamais sa tendresse.

Ces voyages allaient le conduire, en juillet 1955, jusqu’à sa rencontre avec Fidel, par une nuit froide, au Mexique. De là, Fidel, exilé de Cuba après avoir passé près de deux ans en prison, commençait juste à préparer, avec son frère Raul, ce qui serait l’expédition révolutionnaire du Granma. Plus tard, le Che devait résumer cette rencontre ainsi : « quelques heures plus tard cette nuit-là, à l’aube, j’étais de toutes les expéditions à venir ».

Communiste, il s’avéra être un combattant dévoué à sa cause pour la liberté, l’indépendance et le bonheur du peuple. Et, n’en déplaise aux opportunistes, le Che s’est toujours reposé sur les fondements du matérialisme historique et du matérialisme dialectique.

Après avoir débarqué du bateau Granma, le Che a assumé plusieurs responsabilités, de médecin à commandant de la huitième colonne de l’armée rebelle, et après le triomphe de la révolution, le 1er janvier 1959, de la tête du département de l’industrialisation, à celle de l’Institut national de la réforme agraire, jusqu’à la présidence de la Banque nationale et au ministère de l’industrie dans le gouvernement révolutionnaire. Toujours conscient de la mission qui lui était assignée.

« L’ennemi ne veut pas que nous planifions. Il ne veut pas que nous nous organisions. Il ne veut pas que nous stabilisions notre économie et il lutte avec toutes ses forces contre cela … parce que c’est précisément dans l’anarchie de la production capitaliste que celles-ci pressent le jus des travailleurs, là aussi que se forment les mentalités qui poussent chacun à tenter de se battre seul, à coups de coude, de pied ou donnés de la tête […] sans se rendre compte que si tous étaient ensemble et coordonnés, ils constitueraient une force immense et pourraient avancer bien plus loin, dans l’intérêt de tous ». Sous ces prémisses, a été construit le paradigme de l’homme révolutionnaire.

A cause de la clarté de ses idéaux et de l’harmonie entre la théorie et la pratique dans ses actes, l’ennemi a déployé ses forces contre lui, jusqu’à l’assassiner, il y a cinquante ans, le 9 octobre 1967. Même après sa mort, la bourgeoisie a poursuivi son attaque, essayant par tous les moyens d’empêcher la classe ouvrière de s’identifier à l’exemple du Che et en faisant même tout pour que sa figure se limite à un simple portrait estampillé sur des articles commerciaux.

L’impérialisme peut être sûr de s’être débarrassé physiquement du Che. Mais il n’empêchera jamais sa figure de grandir tant que s’aiguiseront les contradictions, qu’existeront l’exploitation et l’injustice, le chômage, la pauvreté, la faim et la misère dans la société. Son exemple continuera de désigner la véritable révolution prolétarienne et populaire.

Hommage à Charles Duquesnoy, Saint-André-en-Barrois Meuse 55

Saint André en Barrois,

Le 26/08/2017,

Hommage rendu à l’occasion du stage de formation d’été organisé par les initiateurs du texte alternatif n°4 lors du 37ème congrès.

Écrit et lu par Alain Girard.

Juillet 1940, le Nord Pas de calais devient la Zone interdite et se trouve rattachée au commandement allemand de Bruxelles.

Dans la même période, en Alsace Lorraine, la frontière de 1871 est rétablie, la Lorraine est coupée en 2. La Moselle est rattachée au territoire de Sarre Palatinat, c’est l’annexion. Les richesses industrielles et minières, comme celles du Nord, expliquent évidemment la place accordée par le pouvoir nazi dans le cadre du Reich millénaire.

Pour tenir en mains la Lorraine française, un préfet collabo, fervent anti communiste, Jean Schmidt qui déploiera tout son zèle dans les départements demeurés français mais constituant la Zone réservée, il déclarera « cette amputation doit être acceptée par le patient et exécutée vite pour ne pas être recommencée ou étendue ». Tout était dit.

3 Corps d’armées allemands occupent la Meurthe et Moselle particulièrement dévastée par les combats.

 Dans le Nord Pas de calais c’est le Préfet Fernand Carles qui officie avec le même engouement.

A l’évocation de ces régions,  ces particularités : industries et agriculture et de fait, c’est à un mouvement syndical puissant, un Parti Communiste français et ses militants très actifs et structuré que se trouve confronté le pouvoir nazi et ses sbires français et autres fidèles serviteurs de cette classe bourgeoise qui avait choisi Hitler plutôt que le front populaire, choix de caste, de classe, choix de la trahison.

La Meuse demeure le point faible de par sa très faible industrialisation et son isolement géographique, la résistance connaît de nombreuses difficultés, cependant dans ce territoire différents mouvements émergent : essentiellement  de ce qui allait devenir la mouvance gaulliste et celle des communistes.

La faiblesse organisationnelle du PCF, de ses effectifs, une répression féroce, active et efficace parviennent à quasiment liquider toute notre organisation dans ce département.

Cependant dans les environs, le groupe de Giovanni Paci, communiste, sabote la centrale électrique qui alimente le haut fourneau d’Auboué,  c’est avec l’appui de la préfecture de Pétain que le groupe est démantelé, des otages exécutés. Le groupe Marcel Simon, ouvrier chaudronnier communiste, prend la relève,  les sabotages contre l’appareil de production sont spectaculaires.

La résistance, de fait, se militarise, la lutte armée se dessine.

Juillet 1941, le groupe Mario, communiste, en Moselle, met en place les premiers groupes de combat, les dépôts d’armes, l’aide au passage des réfractaires et toujours les sabotages. 2000 membres, l’hiver 1943-1944, le groupe est quasiment anéanti, 752 camarades sont arrêtés.

Si les mineurs du Nord Pas de Calais ont mené au bout la grève et la terminent en réclamant des armes,  sans oublier les grèves qui touchent des usines  du Nord, mouvement animé par les femmes du textile essentiellement,  au prix d’une répression d’une sauvagerie sans nom, en Lorraine, la classe ouvrière paie également le prix. Sur les 752 arrêtés, 57% sont des ouvriers d’usine, 22% des mineurs (charbon et fer), 11% des cheminots et parmi eux, une centaine de camarades  italiens et une cinquantaine de camarades polonais.

Oui, Lorraine et Nord Pas de Calais, la lutte pour la Libération nationale et au-delà pour nombre d’entre eux, le combat pour une société débarrassée des antagonismes de classe, cette lutte est celle de la classe ouvrière et de ses éléments les plus conscients, les plus avancés.

Dès lors, la Meuse voit une répression terrible, le PCF est en voie de disparition, avant guerre, il ne recueille que 3% des voix, ses dirigeants sont tous tombés les 21 et 23 juin 1941 et seront internés au camp de Compiègne, vous imaginez ce qu’ils sont devenus et pourtant le Maquis d’Argonne tient bon.

Le maquis regroupe 1080 combattants, parmi eux 250 étrangers, polonais mais également soviétiques, évadés des mines de fer où ils ont été déportés.

Alors que s’approche le 100ème anniversaire de la révolution d’Octobre 17, nous pouvons aujourd’hui rendre hommage aux Groupe Stalingrad du maquis d’Argonne, 37 évadés des camps lorrains, 37 soldats de l’Armée rouge. Hommage au groupe Tchapaiev, encore du Maquis d’Argonne dont la mémoire est aujourd’hui enfouie dans un silence étonnant…

Nos camarades de la cgt Meuse ont initié le rappel à la mémoire ouvrière, ici même, l’an passé et le feront à nouveau cette année.

Autre hommage et là, il faut aller lire la presse russe, comment ne pas saluer ces femmes héroïques, le mot reste si faible.

1er Mai 1944, Thil, mine de fer, à 90 kms d’ici, 37 femmes, toutes originaires des Républiques d’Union soviétique, déportées là, défilent, elle ont fabriqué en cachette leur drapeau rouge, elle portent au front des foulards de la même couleur. Du train qui les amène sur le lieu d’esclavage, elles osent marcher jusqu’à la mine en chantant notre chant, notre Internationale.

Honneur aux 37 femmes du détachement Rodina, qui, en pleine nuit, finissent par s’évader, marchent 90 kms et rejoignent… Le maquis d’Argonne où elles exigeront de participer aux combats.

Pendant ce temps, décapitée, la direction de la Résistance communiste se réorganise, Charles Duquesnoy et 9 autres camarades ont rejoint la Meuse pour rétablir l’organisation du parti.

Venus du Pas de calais, les 10, vous l’aurez deviné, sont tous des ouvriers, des mineurs, comme leurs frères de combat en Lorraine, le charbon, le Fer.

 Ils sont  les FTPF.

On pourrait dire ici, pour reprendre un chef d’œuvre de la littérature soviétique, que chez nous, c’est avec eux, par eux, que « L’acier fut trempé ».

Belgique, Allemagne, Luxembourg, les 3 frontières de proximité de cette Meuse qui nous accueille ces jours ci. 3 nations où, là également, la Résistance communiste fut déterminante.

Nos camarades venus de Belgique et du Luxembourg en savent quelque chose !

Charles Duquesnoy, mineur ouvrier, tombe ici, il a combattu aux côtés de Catherine Varlin, chargée d’organiser les évadés soviétiques, future journaliste de L’Humanité, alors organe central de notre parti.

Charles Duquesnoy, devait-il demeurer dans les tréfonds de l’Histoire, comme désormais dans bien trop d’endroits, la mémoire s’efface, est gommée, volontairement, sciemment.

En cet instant, celui  qui devrait être celui de la minute de silence , je vous demande de fermer les yeux, quelques instants, et d’entendre :

Guy Moquet, mort au combat

Danielle Casanova, morte au combat

Gabriel Péri, mort au combat

Eusébio Ferrari, mort au combat

Hersz Pawlowski, mort au combat

Manoukian et ceux de l’Affiche rouge, morts au combat

Olga Bancic, morte au combat

Georges Politzer, mort au combat

Emilienne Mopty, morte au combat

Pierre Semard, mort au combat

 Colonel fabien, mort au combat

Joseph Epstein, mort au combat

Vous les avez revus, j’en suis certain, notre Histoire, celle  qui nous a été transmise fait ce que nous sommes : des communistes.

ET désormais nous pouvons ajouter  , Charles Duquesnoy et  ceux du maquis d’Argonne.

Nous sommes les descendants du Parti des Fusillés, nous en sommes le prolongement, les reconstructeurs dirait la presse. Notre combat est celui de celles et ceux qui n’acceptent pas que, devenus ignorants de notre propre passé, nous nous condamnerions à le revivre.

Nous sommes là, avec nos drapeaux rouges, comme celui des 37 femmes soviétiques, comme celui des soldats de l’Armée rouge enterrés à Valleroy en Meurthe et Moselle, morts en esclavage.

 Il y a quelques jours, autres anniversaires, Hiroshima, Nagasaki, folie meurtrière d’un Etat qui en 2017, envisage de bombarder le monde, de la Corée du Nord au Vénézuela et que dire de l’Irak, de la Libye, de la Syrie, que dire de ce nouvel impérialisme  qui se voit s’accoupler à leur Union Européenne, celle-ci amarrée à un Donald Trump, pas bien pire que ces prédécesseurs qui cependant lessivent leurs conscience, faudrait il oublier que sous Obama, sous Clinton et sous Bush, père et fils, Mumia pourrit toujours en prison, comme des milliers de ses frères.

Le capitalisme c’est la guerre, l’impérialisme c’est la fin de tout. Alliés de  toujours contre les peuples, ennemis de demain pour les profits et les tranchées pour qui ? Verdun , c’est à 20  kms d’ici.

Le 23 septembre, dans toute la France, il s’agira de porter le combat pour la paix, pour le désarmement nucléaire, à commencer par chez nous, pour s’opposer à ces « opérations extérieures » au relent colonialiste et de pillages, pour porter l’exigence immédiate de la sortie de la France de l’Otan, cette arme de destruction massive.

Nous avons ce devoir de connaître, de transmettre ce qui fait notre raison d’être : Résister et Vaincre.

Nous ignorons tout ou presque, des 10 du Pas de calais, nous savons que Charles Duquesnoy avait 22 ans, à quoi rêvait-il à 22 ans, à quoi rêvions-nous ou rêvons-nous à cet âge ?

A quoi rêvait sa petite fille, sa femme qui accouchera de leur second enfant en étant veuve ?

Charles Duquesnoy a, aujourd’hui, repris sa place dans notre Histoire, nous ignorons bien sûr ce qu’il aurait pensé de nos jours alors, contentons-nous d’être fidèles à ce qui l’a amené au sacrifice ultime :

LE SOCIALISME POUR LA FRANCE !

Noël de chômage ! Noël de misère ! Lutte des classes ! – P. Vaillant-Couturier, édito de l’Huma du 25/12:1934

Nous reproduisons l’éditorial de Paul Vaillant-Couturier de l’Humanité du 25 décembre 1934. Des voix comparent les politiques prônées par Fillon, dans la continuité de l’austérité de Hollande et Valls, à la politique « déflationniste » des politiciens face à la crise économique des années 30. Mêmes remèdes empoisonnés, mêmes conséquences. 

Noël de chômage ! Noël de misère ! Lutte des classes !

Noël de chômage ! Noël de misère ! Noël des enfants sans cheminée et des enfants sans souliers…

Le capitalisme et les politiciens à son service viennent, en une année, de donner toute la mesure de leur malfaisance.

Les « sauveurs » du 6 février inscrivent cette année à leur bilan 100.000 chômeurs « reconnus » de plus qu’à la Noël dernière…

Tous les remèdes se sont révélés inefficaces, toutes les expériences ont été des faillites. Le préfascisme a déjà montré ce qu’apporterait le fascisme.

La misère a frappé à de nouvelles portes. Les classes moyennes ont été ravagées. Le petit commerçant a été saisi, le petit fermier a été vendu, le vieillard a vu sa pension diminuée, l’ancien combattant a vu tomber un pas de la « dette sacrée » qui lui reste due.

Le fonctionnaire a rejoint l’ouvrier et l’employé frappés dans leurs salaires. On a fait des économies sur les rations des soldats, l’instruction des enfants et les secours aux malades au profit des munitionnaires…

Une politique conséquente de classe, avide de profits a réduit à la sous-consommation devant des greniers pleins et des celliers bondés les masses laborieuses. La famine a ravagé les colonies et les balles de la répression ont répondu aux ventres qui criaient.

Au moment où Citroën jetait 18.000 ouvriers à la rue, Flandin a jugé politique et prudent d’offrir à quelques milliers d’enfants de chômeurs, sous la surveillance d’une nuée d’inspecteurs de police, des « cadeaux de Noël » – trois bouts de sucre, deux chaussettes et un dé à coudre de confiture dans un très grand carton – qui sont une insultante dérision à leur détresse.

La nuit passée et ce soir, cependant, dans les quartiers riches, des sommes énormes ont été et seront dépensées… Certains réveillons représentent une somme qui aurait permis à toute une famille de chômeurs de vivre pendant un mois…

Les chômeurs – 2 millions et demi pour 400.000 inscrits – n’ont pas réveillonné, les chômeurs n’auront pas de repas de Noël. Les chômeurs, las d’user leurs souliers à la recherche d’un travail qui les fuit, sont restés étendus sous ce qui leur reste de couvertures et ont demandé au sommeil de clamer leur faim, leur froid et leur tristesse.

Et leur réveil de Noël leur a apporté le même angoissant problème pour eux et leurs petits : mangers…

L’image de la joie et des bombances de leurs exploiteurs doit être pour eux un nouveau levier vers l’action.

Que les ouvriers, provisoirement encore au travail, s’unissent à eux pour les aider à faire triompher leurs revendications et que les chômeurs épaulent les ouvriers dans la défense de leurs salaires.

A ce Noël de collaboration de classes que ce gouvernement voulait réaliser pour masquer ses responsabilités dans la misère des masses, qu’ils répondent par un Noël de classe, un Noël de colère.

En vérité, l’on ne peut s’empêcher de penser – quand on a fait la guerre et qu’on voit ce Noël de crise – à ce qu’étaient nos Noëls des tranchées quand, de part et d’autre des fils de fer, des peuples entiers de jeunes hommes, enterrés dans la boue, sous les fusées et les marmites, recevaient la charité du colis de Noël avec sa tablette de chocolat pour cinq et son cigare pour deux, tandis qu’à l’arrière les bénéficiaires du massacre s’empiffraient joyeusement à coup de louis gagnés sur les morts…

Noël de guerre… Noël de crise…

Encore et toujours l’impitoyable lutte des classes !

P. VAILLANT-COUTURIER.