Politique
Pour Mme Marie-Noëlle Lienemann, le « Nouveau pacte majoritaire à gauche » coïncide avec la casse de la SNCF ! Que pouvait bien faire Pierre Laurent à la conférence de presse de « gauche avenir » ?
Brève, politique, EDT pour vivelepcf.fr, 13 juillet 2014
Le 10 juillet 2014 a été une journée chargée dans l’agenda de la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann. Au Sénat avec ses 127 collègues PS, elle votait en scrutin public pour la «contre-réforme ferroviaire » et le démantèlement de la SNCF. Au même moment, elle présentait à la presse avec son club « Gauche avenir » un document intitulé « Pour un nouveau pacte majoritaire à gauche ».
L’acte au Sénat en dit plus long que les 10 pages de « bonnes intentions » du texte.
Lienemann et son club s’efforcent de se placer dans la recomposition du PS pour préparer l’avenir, à la fois comme force d’appoint critique de Hollande et Valls aujourd’hui et comme voie de recours « à gauche » d’une social-démocratie discréditée demain, avant les élections de 2017.
Visant les premières places, Montebourg, pourtant au gouvernement, a fait son show critique cette même semaine. De leur côté, les lieutenants d’Aubry se font passer pour des « frondeurs » mais votent aussi la casse de la SNCF (voir lien).
Les fils de l’opération « Restore Hope au PS » sont gros.
Le document de Lienemann et de ses comparses est une accumulation prudente de poncifs « droits des nouvelles générations », « investissements d’avenir », la « transition écologique » répétée 50 fois pour satisfaire sans doute les capitalistes du secteur des énergies renouvelables, etc.). Le texte ne vaut pas le détour sur internet.
On notera qu’implicitement le « Nouveau pacte » proposé invite au retour au programme de Hollande ou même, sur l’UE, aux « mémorandums européens de 1984 repris par Jacques Delors ».
La « sérieuse inflexion »de la politique gouvernementale souhaitée passe, entre autres, par la « publication par les entreprises de l’usage des fonds touchés au titre du CICE », par « une présence renforcée des salariés dans les conseils d’administration bien au-delà de ce que prévoit l’ANI », « par des nationalisations, fussent-elles temporaires », par « l’entrée dans les actes du non cumul des mandats », par « la promotion d’un mode de consommation plus sobre ». Prudemment, rien sur les services publics, vu l’assistance (Quilès) et le vote du jour (SNCF).
On ne peut pas faire plus minimal dans la contestation des contre-réformes structurelles de Hollande, Ayrault, Valls et Montebourg ! Ne seraient-ils pas allés assez loin pour Lienemann ? Selon le texte, « tout indique que les abus qui ont provoqué la crise de 2008 sont toujours là ».
Tout indique plutôt que la « Gauche avenir » de Lienemann et de ses amis est tout sauf anticapitaliste. C’est le moins que l’on puisse dire.
Force est de reconnaître en même temps que Lienemann ne se renie pas vraiment. Depuis 40 ans qu’elle navigue au PS, elle a traversé tous les courants : rocardienne, fabiusienne, amie de Mélenchon, secrétaire d’Etat de Jospin… Sévèrement battue aux élections dans le Pas-de-Calais, où elle avait migré après ses déboires dans l’Essonne, elle s’est vue attribuer par la direction du PS une position de sénatrice de Paris qui lui permet de continuer à alimenter les gazettes de « gauche ».
Mais que signifie la présence à la tribune de Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, aux côtés de Lienemann à la conférence de presse du 10 juillet, aux côtés aussi de la secrétaire national d’EELV, Emmanuelle Cosse et de Pierre Quilès l’ancien ministre PS qui a amorcé la casse et la privatisation de France Télécom et de la Poste ?
L’Huma du 11 juillet cite Pierre Laurent : « Le rassemblement de la gauche ne peut pas être une invocation, il doit se construire sur un travail de contenu ». La journaliste complète : « On a bien vu ces dernières semaines de vraies convergences se créer à l’Assemblée nationale sur le fond des textes examinés, mais rien de durable se constituer dans la gauche parlementaire ».
« De vraies convergences » ? Non, des divergences frontales, dernièrement sur la « réforme ferroviaire » notamment, qui est un texte capital !
« Un travail de contenu d’ici 2017 » entre courants politiciens ? Non, la place des communistes est dans les luttes pour la rupture politique dès maintenant ! Et pour le contenu, Lienemann n’est pas en avance sur Hollande !
Depuis le Conseil national du PCF des 14 et 15 juin, Pierre Laurent et la direction du PCF ont lancé le slogan du « Front du peuple » (combiné à un « Front de gauche élargi »). L’expression, peu heureuse et vague, révèle son sens pour ses initiateurs : une recomposition politique à gauche entre les courants du PS pour préparer de nouvelles illusions électorales avant 2017!
La place des communistes n’est pas dans ces calculs, mortifères pour le mouvement social et le PCF lui-même.
Après leur vote pour la « contre-réforme ferroviaire », le numéro des députés PS « aubryistes » fait un flop !
PCF Paris 15, 7 juillet 2014
On allait voir ce qu’on allait voir. On allait entendre ce qu’on allait entendre.
Depuis les désaveux électoraux cinglants du PS aux municipales et aux européennes, certains courants et personnalités du PS s’efforcent d’incarner une critique de « gauche » de la politique menée par leur président et leur gouvernement.
Quelques-uns se sont dits « atterrés » ou « affligés ». Mais les chefs de file du mouvement se plaisent plutôt à être qualifiés de « frondeurs » par les médias : de quoi donner – espèrent-ils – une image de « rebelles » à ces cadres de la politique soucieux de passer des cabinets aux premiers postes.
Ils ont ourdi leur plan de bataille dans les couloirs et les antichambres de l’Assemblée et du Sénat. Ils ont aiguisé leurs armes dans les restaurants en compagnie de politologues avisés. Ils les ont testées dans des réunions de clubs politiques.
L’attaque héroïque était programmée dans la discussion à l’Assemblée à partir d’une série d’amendements techniques au projet de loi de finances rectificative pour 2014.
Ils espéraient voir chaque soir au JT la carte, avec de petits drapeaux, de leurs avancées parlementaires, gagnées, pied à pied, par quelque entremise judicieuse à la buvette de l’hémicycle. Des conjurés, de tout le pays, par dizaines, retenaient déjà leur souffle, se préparaient à dévoiler leur sympathie pour la rébellion dans un bulletin d’élu local.
Mais voilà, la lutte, la vraie, celle des cheminots a grippé l’opération médiatique calculée.
La détermination des cheminots à s’opposer à l’éclatement de la SNCF, à l’une des contre-réformes structurelles les plus lourdes de conséquences du pouvoir PS, a dépassé les attentes du pouvoir. La réalité du projet de loi a été démasquée. Le mouvement social a retrouvé un repère. La grève des cheminots s’est prolongée jusqu’au « vote solennel » à l’Assemblée, le 24 juin, lendemain du début de la « joute parlementaire » sur le budget rectificatif.
Quand la lutte des travailleurs s’intensifie contre la politique « ultra-libérale » pilotée par l’UE du capital, les députés PS sont obligés de faire front. « Indignés, affligés, frondeurs » : pas une voix de député n’a fait défaut contre les cheminots. Cela aurait été trop risqué pour le pouvoir de faire passer sa « réforme » avec des voix de droite et d’en trahir encore plus ouvertement la nature. Dans les circonscriptions desdits « frondeurs », les cheminots en lutte ont été frappés par la méconnaissance crasse de la « réforme » par les députés ou par leurs attitudes évasives et dilatoires : « Nous nous prononcerons en fonction des amendements adoptés » (ex : le député Christian Paul de la Nièvre). On a vu !
Du coup, les numéros des quelques députés frondeurs sur le budget, en nocturne devant quelques collègues à l’Assemblée, ont fait un véritable four.
Une seule chose est restée – la plus significative - : leur vote final POUR le budget rectificatif, les mesures du « Pacte de responsabilité » conforme au vote à celui de leurs camarades PS « orthodoxes » ! Cette chute était évidemment programmée d’avance. Mais bien loin d’apparaître comme le résultat d’acquis dans la bataille d’amendements, ce vote faire ressortir crûment le caractère réel de la démarche des « frondeurs » : l’hypocrisie.
La suite de leur agitation politicienne sur le projet de loi de financement rectificatif de la sécurité sociale – où là Valls les autorisent à s’abstenir – ne changera plus rien l’image justement lamentable que donnent ces politiciens.
Le calcul du pouvoir PS avec ses « frondeurs », jouant comme toujours sur ses « courants » aux contours mouvants, est limpide depuis le départ.
Le PS poursuit loyalement, avec zèle, la politique au service du capital. Dans le système d’alternance, il lui revient notamment de démolir les services publics et le financement de la Sécurité sociale que la droite a historiquement bien plus de mal à imposer.
Le désaveu populaire est inévitable. Il atteint des sommets en période de crise.
La fonction première des « frondeurs » pour le compte du PS, mais surtout du système, est de canaliser « à gauche » une partie de cette colère, des désillusions. Il faut faire croire que le PS reste un parti de « gauche », même s’il mène une politique de droite… Il faut faire croire que la perspective de rupture peut se jouer dans une recomposition parlementaire, voire dans des primaires de la gauche avant 2017, et non à partir des luttes sociales présentes.
Leur deuxième fonction est d’accompagner la politique actuelle du gouvernement en prétendant pouvoir l’amender dans le détail pour mieux en valider le fond. La levée du gel des plus petites pensions était déjà prévue par Valls : elle ne change rien au scandale de la perte de pouvoir d’achat générale des retraites et des allocations. Les « frondeurs » ne contestent pas le principe des milliards d’euros de cadeaux au profit capitaliste contenus dans le « pacte de responsabilité » mais seulement leur fléchage. Et plus pro-UE qu’eux, c’est difficile à trouver.
Leur troisième fonction est de préparer l’après-Valls, en 2017, ou possiblement avant. Avec sa politique encore plus violemment antisociale, Valls se prépare à rejoindre Hollande en termes d’impopularité. Son contrat de mission est de faire passer en force et vitesse certaines contre-réformes structurelles fondamentales comme la « réforme ferroviaire », le « pacte », tout ou partie de la « réforme territoriale ». La relève se prépare pour quand Valls sera grillé. Objectif : adopter une posture de gauche pour mieux entériner les mauvais coups passés de Valls et Ayrault mais aussi pour passer à l’étape suivante de la politique commanditée par le patronat.
Martine Aubry, ou Arnaud Montebourg, assistés de politiciens qui se replacent comme Cécile Duflot après son départ du gouvernement, pourraient être les personnalités à même d’incarner cette nouvelle phase.
Les « frondeurs » préparent le terrain.
Aucune illusion n’est permise. Dans leur « Appel des 100 », ces socialistes se réclament du président du Conseil italien social-libéral Mattéo Renzi.
En fait de soutien à la « consommation », Renzi met en œuvre une flexibilisation sans précédent du droit du travail, un nouveau programme de privatisation et une remise en cause complète de la fiscalité progressive.
Les lieutenants de Mme Aubry, responsable et coupable, au nom des « 35 heures », des pires mesures – jusqu’à présent – de flexibilisation du temps de travail et d’exonération de cotisations sociales patronales, portent une nouvelle et profonde contre-réforme : la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu. Le Medef appelle de ses vœux les plus chers cette proposition de Hollande qui finirait de couper le lien entre la CSG et les salaires, qui exonérerait encore davantage les patrons du financement de la sécurité sociale. Les « frondeurs » proposent aussi le financement de 300.000 contrats « aidés ». Rien de nouveau là non plus : souvenons-nous des emplois jeunes d’Aubry. Il s’agit toujours de livrer une main d’œuvre encore meilleur marché au patronat et de tirer l’ensemble des salaires vers le bas.
Le petit jeu des Aubryistes ne prend pas pour l’instant, grâce à la montée des luttes. C’est doublement tant mieux !
Leurs tentatives de trouver des cautions de gauche, les tentations de recomposition politique à gauche, sont également mises en échec.
Les députés communistes notamment ont finalement voté contre la « réforme ferroviaire », du bon côté de la barricade, face aux « frondeurs ». La perspective promue par Pierre Laurent d’un « Front du peuple », suivant l’étonnante expression utilisée pour désigner l’assemblage de courants politiques du PS, d’EELV, du FdG…, est disqualifiée d’avance. Au meeting des clubs socialistes « un monde d’avance », à la tribune duquel avait pris place Pierre Laurent, le soir même de la réunion du Conseil national du PCF le 14 juin, la majorité des orateurs étaient contre les cheminots en lutte…
Une personnalité « montante » du PS, courant « frondeur », est Jean-Marc Germain, député, très proche collaborateur de Martine Aubry. Il aura autant de mal à se faire faire une figure de « gauche », lui qui, l’an dernier encore, était rapporteur parlementaire d’une loi de Hollande qualifiée « d’historique », arrangée entre le gouvernement et le Medef avec la complicité de la CFDT à laquelle Germain n’aura cessé de rendre hommage dans les débats parlementaires : la loi de « sécurisation de l’emploi », autrement la transposition de l’ANI, l’accord pour faciliter les licenciements…
Les cheminots ont ouvert la voie : la rupture politique ne pourra venir que des luttes et de leur convergence ! Et c’est la place de notre parti, le PCF, sa raison d’être, d’y contribuer, loin des combinaisons politiciennes, sans issue pour les travailleurs, suicidaires pour notre Parti.
Sans surprise, l’Assemblée nationale vote largement contre les cheminots. Les élus Front de gauche émettent finalement un vote négatif.
Vivelepcf, 24 juin 2014
Cet après-midi, les mille manifestants, principalement des gares parisiennes, présents sur esplanade des Invalides étaient partagés entre la rage de voir finalement voter la dissolution de la SNCF et la détermination à poursuivre le combat.
Les députés ont, sans surprise, largement voté pour la « réforme ferroviaire », par 365 voix contre 168.
Les députés socialistes ont voté contre les cheminots comme un seul homme, affligés, indignés et autres « frondeurs » compris. Voilà qui finit de discréditer les amendements de complaisance et d’accompagnement que ces derniers produisent depuis hier sur les budgets rectificatifs et le « pacte de responsabilité ».
Les « verts » ont confirmé leur choix « européen » et régionaliste d’affidés au PS.
A droite, la plupart des députés UDI et 24 députés UMP ont préparé le ralliement d’autant de sénateurs à la « réforme » en soutenant le gouvernement. Cette savante répartition des votes dévoile combien, derrière les postures d’opposition adoptées dans les débats, le processus de privatisation des services publics, coordonnée par les directives européennes, est le parti pris commun du PS et de la droite.
Les 10 députés du « Front de gauche », dont les 7 députés membres du PCF ont finalement voté contre le texte.
Ouf ! Ce vote, annoncé dans l’après-midi seulement, contredit – heureusement – les votes précédents de leur porte-parole André Chassaigne qui s’est abstenu sur l’ensemble du texte en commission en mai puis sur l’article dissolvant la SNCF le 18 juin dernier. Il est très regrettable qu’il arrive en fin de débat, en fin de lutte alors qu’au nom « d’avancées » imaginaires, d’amendements qualifiés de « surface » par la direction de la CGT-cheminots, André Chassaigne appelait à l’arrêt de la grève jeudi 19 juin, jour de la première manifestation interprofessionnelle de soutien aux cheminots.
Ces positionnements avaient soulevé dans les syndicats en lutte et parmi les militants et responsables du PCF un vent d’incompréhension et de colère. (Voir en lien la lettre aux députés PCF de membres du CN, de responsables du PCF)
Le vote des députés du « Front de gauche » permet, pour l’avenir, de souligner les collusions entre le PS et la droite, de marquer l’hypocrisie des députés PS frondeurs et l’impasse d’une perspective politicienne avec ces politiciens rivés sur 2017.
Leur vote ne corrige malheureusement pas les graves ambiguïtés et compromis qui ont rendu illisibles les positions de Chassaigne et du Front gauche, absente des luttes quasiment jusqu’au bout l’expression de la direction du PCF.
Les cheminots grévistes commencent à tirer les enseignements de leur lutte, syndicalement notamment, pour la reprendre et la poursuivre. Les communistes, cheminots ou non, commencent aussi à tirer les enseignements de la défaillance de la direction de leur Parti dans cette lutte essentielle, des complaisances d’André Chassaigne vis-à-vis du PS.
Enrichis de ces expériences, nous serons plus forts ! Les cheminots continuent à ouvrir la voie !
Nous appelons solennellement les députés communistes à voter contre le projet de « réforme ferroviaire ».
Nous appelons solennellement les députés communistes à voter contre le projet de « réforme ferroviaire ».
Les conditions d’un renforcement de la lutte cheminote et de larges convergences existent dans les prochains jours. La place des communistes est d’y contribuer.
Lettre ouverte adressée aux 7 députés membres du PCF.
Le 22 juin 2014,
Mardi 24 juin 2014 se déroulera le vote solennel à l’Assemblée nationale du projet de loi portant « réforme ferroviaire », en fait la dissolution de la Société nationale des chemins de fer français créée par le Front populaire et l’abrogation du statut de cheminots SNCF, fruit de 74 ans de lutte.
L’objectif de la « réforme » est de lever les derniers obstacles au processus de mise en concurrence et de privatisation du rail voulue par l’Union européenne, d’abattre des normes sociales faisant référence pour tous les salariés. Les conséquences désastreuses de cette politique sur le service public, la réponse aux besoins des peuples et les conditions sociales sont observables, sans contestation possible, dans tous les pays.
Depuis 11 jours, les cheminots, à l’appel des syndicats CGT et SUD, poursuivent une grève hautement consciente de ces enjeux. Le pouvoir, le Président et le Premier ministre en tête, surpris par la détermination du mouvement, déploie tout son arsenal de propagande et multiplie les menaces. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas entendu et lu une telle campagne de haine orchestrée contre des travailleurs.
Mais l’opération médiatique « menace sur le baccalauréat » s’est écrasée lamentablement. L’affaire des « TER trop larges pour les quais » se retourne contre ses responsables patronaux et gouvernementaux. La fable de la « réunification de la SNCF et de RFF » est démentie : le gouvernement ne peut plus cacher qu’il éclate la SNCF maintenant en 3.
Dans ce contexte, les prises de position à l’Assemblée et les interventions dans les médias, du porte-parole du groupe de la « Gauche démocrate et républicaine », où siègent les députés communistes, suscitent notre stupéfaction et notre colère.
Il y a un mois déjà, bien avant la grève, dans la confidentialité de la Commission parlementaire[1], André Chassaigne montrait son état d’esprit défaitiste en ne votant pas contre le projet. Il avait déclaré partager les objectifs affichés du texte. Il était, déjà, rentré dans une logique d’amendement validant de fait l’éclatement de la SNCF. Dans l’opposition de postures PS/droite, les surenchères de la droite ne peuvent pas occulter leur identité de vues étroite au niveau européen ou en France quant à la politique de privatisation des services publics.
La force de la grève aurait pu et dû renverser la logique du « moindre pire » et l’état d’esprit de résignation. Mais non ! En séance publique le 18 juin, Chassaigne s’abstient lors du vote de l’article 1, central, puisqu’il porte l’éclatement de la SNCF et sa disparition. Dans les médias, par exemple sur RMC, le jeudi 19 juin, jour de la première manifestation interprofessionnelle de convergence des luttes, Chassaigne appelle explicitement à la fin de la grève au nom « d’avancées » obtenues dans la discussion parlementaire.
Quelles avancées ! Le deuxième verre de rhum au condamné ?
La direction de la CGT-Cheminots a clairement qualifié ces « avancées » de tentative « d’enfumage », de « modifications de surface». Ces « concessions » gouvernementales téléphonées étaient prévues de longue date. Soucieux de désamorcer au plus vite la grève, le secrétaire d’Etat Cuvilier les avait déjà accordées le 14 juin en en attribuant le bénéfice aux syndicats de collaboration, CFDT et UNSA, (qui n’ont pas appelé à la grève…), court-circuitant la mise en scène prévue de l’adoption d’amendements à l’Assemblée.
Ne laissons aucune ambiguïté ! La création de la « holding de tête » est une disposition provisoire, en attendant la mise en concurrence complète. Politiquement « l’EPIC de tête » masque la division étanche entre les nouvelles entités « mobilités » et « réseau ». Techniquement, elle assume certaines fonctions centrales destinées à être réparties ultérieurement entre les autorités régulatrices, dont les euro-régions, où à être filialisées et/ou privatisées. Le modèle retenu par la « réforme » française suit de près l’exemple belge. La « holding de tête » SNCB, créée lors de l’éclatement de l’entreprise historique, vient d’être dissoute au 1er janvier 2014.
Les amendements visant à « renforcer l’EPIC de tête » ne font donc qu’alimenter le leurre. Le gouvernement a laissé aux députés « verts », les plus chauds partisans de l’UE et de la régionalisation, le bénéfice de l’amendement rajoutant l’expression fumeuse, dénuée de toute valeur juridique, sur le « caractère indissociable et solidaire » des entités issues du démantèlement de la SNCF. Il a laissé au groupe GDR le soin d’insérer un amendement attribuant à « l’EPIC de tête » la centralisation des cotisations chômage et logement des salariés des 3 entités. Cela n’a rien à voir avec la constitution d’un « employeur unique » dont se prévaut André Chassaigne. Cela n’aurait rien d’ailleurs d’un gage d’unité. Eloigner des entreprises privatisables la gestion du personnel et la liquidation des dispositions sociales, c’est le modèle choisi par les privatiseurs belges. En l’occurrence, les fiches de paye des cheminots sous statut ne comportent ni cotisation chômage, ni cotisation logement. A ce qu’on sache, la garantie de l’emploi et les facilités de logement font encore partie du statut !
Il ne saurait faire aucun doute que l’abrogation du statut et l’institution d’une convention collective de branche, négociée, suivant les règles Sarkozy/Parisot de la « représentativité », avec poids prépondérant du patronat et des syndicats de collaboration, sous les coups de boutoir de la concurrence, prépare des reculs sociaux sans précédent pour les cheminots SNCF, notamment en ce qui concerne leur régime de travail.
Une ombre a plané sur les débat de l’Assemblée : celle de Jean-Claude Gayssot, le ministre qui a appliqué la première loi de division de la SNCF avec la création de RFF en 1997 puis a fait passer les première directives européennes de mise en concurrence – le « 1er paquet ferroviaire » – en 2001. A tour de rôle, les orateurs de tous les partis se sont répandus en louanges en l’honneur de Gayssot, présenté même comme conseiller des auteurs de la réforme d’aujourd’hui ! Communistes, nous ne pouvons pas nous permettre, pour la suite de la lutte, comme pour notre parti, de cautionner un deuxième cas Gayssot !
Le Conseil national du PCF s’est réuni les 14 et 15 juin. Nous avons vivement regretté l’absence d’André Chassaigne en ce moment crucial alors qu’il était à Paris et a participé à la réunion du club PS « Un monde d’avance ». Le CN aurait pu prendre le temps d’échanger et d’ajuster les positions tenues par le Parti et ses représentants au Parlement.
En tout cas, le CN du PCF a adopté une résolution claire de soutien aux grévistes et d’opposition à la réforme ferroviaire. Nous nous en félicitons, nous qui, depuis des mois appelons à une grande campagne nationale du Parti sur cette lutte essentielle et fédératrice.
Le Parti dans son ensemble aurait pu la lier à la question européenne pendant la campagne électorale. Rien n’aurait été plus juste. Aujourd’hui, il est frappant qu’aucune voix ne s’élève dans le débat parlementaire pour refuser l’application des directives européennes, la nécessité de se plier à « l’euro-compatibilité ». Alors que les peuples désavouent massivement l’UE du capital, alors que des luttes de cheminots se développent dans tous les pays contre la privatisation et ses conséquences – en Suède, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Allemagne… -, alors que les grévistes français reçoivent des témoignages de soutien de cheminots de tous les pays… La rupture avec l’UE du capital partira des luttes nationales comme celle des cheminots et de leur jonction internationaliste ! Communiste, c’est plus que jamais, ce que nous devons mettre en avant !
Pour l’engagement du PCF, mieux vaut tard. Allons-y à fond, tous ensemble !
Des grévistes ont suspendu le mouvement. Ils ne l’ont pas fait convaincus par la campagne conjointe du gouvernement, de la CFDT et de l’UNSA. La rage au ventre, ils ont jugé préférable de garder des forces. D’autres, dans le même état d’esprit, souvent – et c’était marquant dans les rassemblements des 17 et 19 juin – des jeunes, poursuivent la grève, l’organisent dans la durée.
Communistes, l’heure est toujours, et plus que jamais, à alimenter la lutte et son développement alors que des semaines très intenses d’affrontement politique s’annoncent, porteuses de grandes opportunités de convergences de lutte.
Lorsque les députés voteront sur la « réforme ferroviaire » le 24 juin, la discussion aura déjà commencé sur les budgets rectificatifs (Etat et Sécu) porteurs des pires dispositions antisociales du « Pacte de responsabilité » contre les salariés, les retraités, l’hôpital public etc. Exactement dans le même temps, comptant sur l’été pour charger la barque des mauvais coups, le gouvernement lance sa contre-réforme territoriale, programmée début juillet au Sénat.
Les mobilisations des travailleurs grandissent. Les fonctionnaires territoriaux, menacés au plus haut point, s’engagent dans une grève reconductible. Leur lutte est directement connectée à celle des cheminots alors que les Régions (« de gauche ») poussent à l’éclatement de la SNCF, à la régionalisation et ont obtenu de fixer les tarifs ferroviaires dans la « réforme ».
La journée d’action interprofessionnelle du 26 rassemblera très largement, notamment les autres salariés des transports (dont la RATP). Des luttes se développent partout en France à La Poste contre les « réorganisations ». La casse industrielle – Alstom, PSA, raffineries … – suscite l’intervention des travailleurs.
Dans ce contexte, le vote des députés PCF[i] contre la réforme ferroviaire, contre la dissolution de la SNCF, pour une véritable réintégration de RFF dans une société nationale unique, contre l’abrogation du statut, est une nécessité absolue. Communistes, nous n’aurions même pas pu imaginer une autre position sans les derniers déroulements à l’Assemblée.
Ensemble, interpelons ces députés PS, qui se disent « affligés », qui émettent des critiques sur la politique qu’ils ont soutenue jusqu’alors et qui prétendent, à leur tour, amender et aménager le « pacte de responsabilité ». Double jeu, numéro de claquettes ? C’est évident, du moins s’ils ne s’opposent pas à la « réforme ferroviaire » comme les cheminots de leur circonscription le leur demandent avec insistance.
Le développement des luttes, de la lutte des classes, remet à leur place les préoccupations de ceux à « gauche » qui préparent la relève de Valls à Matignon ou les primaires de 2017. Il démonte le consensus PS/droite sur les questions économiques et sociales, guidé par l’UE du capital. Il prend totalement à contre-pied la démagogie « sociale » de l’extrême-droite raciste et bourgeoise.
Camarades, n’ayons pas peur d’être communistes ! La rupture politique ne pourra partir que des luttes ! Notre place est avec cette avant-garde, dont les cheminots sont actuellement la locomotive !
PREMIERS SIGNATAIRES (Chronologie) :
Corinne BECOURT (secrétaire de la section du PCF de Saint-Quentin), Emmanuel DANG TRAN (Membre du CN du PCF, secrétaire de la section de Paris 15ème), Claude FAINZANG (Membre du CN du PCF, Paris 19ème), Michel GAGLIANO (syndicaliste cheminot, ancien membre du Conseil national de la fédération CGT des cheminots, communiste, Saint-Etienne), Armelle HERVE (Secrétaire de la section du PCF de Mantes-la-Jolie), Eric JALADE (Membre du CN du PCF, secrétaire de la Fédération du PCF du Tarn), Marc JAMMET (conseiller municipal PCF de Mantes-la-Jolie), Eric MONINI (secrétaire de la section du PCF du Jarnisy, fédération de la Meurthe-et-Moselle), Cyril MORLOT (secrétaire de la fédération de la Haute-Saône du PCF), Dominique NEGRI (Membre du CN du PCF, secrétaire de la section de Saint-Martin-d’Hères), Michel PERRIN (Syndicaliste cheminot, section PCF cheminots de Limoges, ancien secrétaire de la fédération du PCF de la Haute-Vienne), Nino PICCARETTA (section d »Echirolles, fédération de l’Isère), Laurent RICHARD (secrétaire de la section du PCF des Terres Froides, fédération de l’Isère), Pierre VIRGILIO (secrétaire de la section de Thil, fédération de la Meurthe-et-Moselle)
[1] Voir le compte-rendu intégral dans le rapport parlementaire N° 1990 et la vidéo sur le site de l’Assemblée.
[i] Les sept députés membres du PCF :
Alain BOCQUET
Marie-George BUFFET
Jean-Jacques CANDELIER
Patrice CARVALHO
Gaby CHARROUX
André CHASSAIGNE
Nicolas SANSU
CONTACTS (pour s’associer à la lettre, demander un supplément d’information):
Site:http://vivelepcf.fr/


