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Jaurès vu par Zinoviev en 1916 et en 1919.

Jaurès célébré par Blum sous le Front populaire

Le révolutionnaire russe Zinoviev, compagnon de Lénine, juge sévèrement Jaurès dans un article de 1916 sur les socialistes français et la guerre, son incapacité à s’émanciper, avant 1914, du discours patriotique de la bourgeoisie et du réformisme. En 1919, le même Zinoviev commémore avec un profond respect le 5ème anniversaire de la mort de Jaurès, reprend ses derniers discours, se réfère aux « meilleures traditions de Jaurès », prépare, au nom de Jaurès, l’adhésion des socialistes français à la 3ème internationale.
Contradiction ? Non !  Les deux considérations sont justes. Jaurès était un réformiste petit bourgeois mais Jaurès était aussi un socialiste dont l’action et la mort ont nourri le développement du mouvement ouvrier et la construction du parti révolutionnaire.
Les textes ci-dessous sont repris du site http://www.marxists.org dont nous n’avons pas pu vérifier les traductions.
Extraits de Zinoviev 1916 :

Les côtés faibles et les côtés forts de la position de Jaurès par rapport à la guerre se révèlent avec une vigueur particulière dans un de ses remarquables discours sur l’idée de la paix et la solidarité prolétarienne.

Encore une fois, c’est à un degré stupéfiant que les rêveries pacifistes obscurcissaient la vision de Jaurès !

Rêver de réconcilier par des prêches de morale les deux trusts impérialistes — et qualifier cela de « politique réaliste » ! Jaurès prouve ainsi — et de façon frappante — qu’on ne peut être un grand utopiste et n’avoir qu’une toute petite utopie….

La classe ouvrière doit s’insurger… au nom de l’arbitrage, pour contraindre les gouvernements à s’incliner devant le tribunal arbitral de la Haye ! Peut-on concevoir plus parfaite utopie ? Tout le jauressisme est là : pacifisme à doublure révolutionnaire.

Extraits de Zinoviev 1919 :

Cinq ans se sont écoulés depuis le jour mé­morable où la bourgeoisie française, par la main de son agent Villain, a tué traîtreuse­ment le glorieux tribun des ouvriers français, Jean Jaurès. L’assassinat de Jaurès fut un triomphe non seulement pour la bourgeoisie française, mais aussi pour la bourgeoisie rus­se.

Mais le prolétariat français, nous en sommes persuadés, restera fidèle aux meilleures traditions de Jaurès. C’est le sang de Jaurès qui a cimenté les premiers détachements des ouvriers internationalistes français.

La mémoire de votre chef Jean Jaurès est vénérée par les ouvriers conscients de tous les pays. Gloire et souvenir éternels à Jean Jaurès !

1916 : « Les socialistes français et la guerre »

Grigori Zinoviev

Jean Jaurès

Nous étudierons, afin de caractériser l’évolution des socialistes français en présence de la guerre, les conceptions de Jaurès, de Marcel Sembat et de Jules Guesde.

Les côtés faibles et les côtés forts de la position de Jaurès par rapport à la guerre se révèlent avec une vigueur particulière dans un de ses remarquables discours sur l’idée de la paix et la solidarité prolétarienne. Ce discours devait être prononcé par Jaurès à Berlin, le 9 juillet 1905, devant l’assemblée socialiste que la gravité de la situation au Maroc avait fait convoquer.

Le Chancelier d’Empire, prince de Bülow, adressa dans cette circonstance à Jaurès toute une série de compliments à double sens. Dans une circulaire envoyée au prince de Radolin, ambassadeur d’Allemagne à Paris, Bülow écrivait :

L’on pourrait sans doute se fier au tact de M. Jaurès pour attendre de lui qu’il évitât tout ce qui pourrait causer des désagréments au gouvernement allemand ou au gouvernement français ; on ne saurait malheureusement avoir la même confiance dans les organisateurs allemands de la réunion. M. Jaurès a pu se convaincre lui-même il y a un an, à Amsterdam, de l’attitude retardataire de la social-démocratie allemande dont le point de vue purement négatif, doctrinaire et rétrograde contraste avec l’orientation plus pratique des socialistes français.

Payant ainsi son tribut au tact de Jaurès et soulignant comment « il appréciait en lui l’orateur », M. de Bülow lui interdit néanmoins de prendre la parole à Berlin. Jaurès prononça son discours à Paris, et ce discours, reproduit par toute la presse allemande, fut, le jour de la conférence de Berlin, distribué à des millions d’exemplaires.

Dans ce discours que Jaurès ne manqua pas de travailler profondément et qui donne par conséquent l’expression la plus complète de sa politique étrangère, nous lisons ce qui suit :

« Oui, nous savons cela, et nous savons aussi que la force ouvrière n’est pas encore assez organisée, assez consciente, assez efficace, pour refouler et neutraliser ces forces mauvaises. Ou bien le prolétariat, séduit par une fausse apparence de grandeur nationale, et corrompu par une part dérisoire du butin capitaliste et colonial, ne s’oppose que mollement aux entreprises de la force. (…) La guerre est, comme l’exploitation directe du travail ouvrier, une des formes du capitalisme, et le prolétariat peut engager une lutte systématique et efficace contre la guerre, comme il a entrepris une lutte systématique et efficace contre l’exploitation de la force ouvrière. »

Ce sont là les paroles d’un socialiste convaincu. Il n’ignore pas que la Triple Alliance et la Triple Entente, comparables à deux mécaniciens qui auraient lancé deux trains en sens contraire, sur la même voie, mènent l’Europe à une catastrophe imminente. Jaurès voit clairement que les guerres actuelles ne se justifient que par les intérêts du capital, que les impérialistes s’efforcent de corrompre les travailleurs, en leur jetant les miettes du butin colonial, et de tromper le prolétariat au moyen de leur phraséologie de « grandeur nationale », de culture, de droit, etc.

Jaurès s’exclame :

« Il n’y a pas un peuple qui représente contre un autre un système politique et social. Partout, selon un rythme différent mais dans une direction identique, la démocratie s’organise, le prolétariat se meut. Heurtez aujourd’hui l’une contre l’autre l’Allemagne, la France, l’Angleterre. il vous sera impossible du dire quelle est l’idée qui est engagée dans le conflit. (…) Ceux qui chercheraient à mettre aux prises l’Angleterre et l’Allemagne seraient obligés de s’avouer à eux-mêmes et à l’humanité tout entière que la seule âpreté de la concurrence capitaliste suscite et légitime le conflit. Or, le capitalisme, quelles que soient son audace et son impudence, n’aime pas à être surpris de la sorte à l’état de nudité ; et il a si souvent couvert ses méfaits de prétextes honnêtes, qu’il ne reste plus de feuilles au figuier. »

Et c’est là encore le langage d’un socialiste. Ce langage vise directement les prophètes actuels du social-chauvinisme, les Vandervelde, les Renaudel et cie. Vous ne sauverez aucune culture, leur dit Jaurès, vous ne ferez qu’aider les impérialistes à masquer leurs desseins. Jaurès ne s’est trompé que sur un point. Il croyait en 1905 qu’il n’y avait plus de feuilles au figuier… Dix années se sont écoulées depuis et voici que le parti socialiste officiel lui-même en trouve des brassées pour voiler la honte de l’impérialisme.

Jaurès passe ensuite à la question la plus pressante, celle des relations entre la France et l’Allemagne. Il ne cherche pas à blanchir sa patrie. Volontiers il admet que la France « a trop souvent abusé de son unité nationale constituée avant les autres, pour brutaliser et offenser les nations morcelées encore et inorganisées ».

Ce fut pour nos deux nations, il y a trente-cinq ans, une grande faillite d’idéalisme, que nous ne soyons arrivés que par le chemin de la guerre, nous [Français] à la République, vous [Allemands] à l’unité.

Passant à la question d’Alsace-Lorraine, Jaurès dit :

« Nous socialistes français, (…) nous répudions à fond, aujour­d’hui et à jamais, et quelles que puissent être les conjectures de la fortune changeante, toute pensée de revanche militaire contre l’Allemagne, toute guerre de revanche. (…Touché, citoyen Renaudel ! — G.Z.) Car cette guerre irait contre la démo­cratie, elle irait contre le prolétariat, elle irait donc contre le droit des nations (…) le crime suprême, l’attentat suprême, qui puisse être commis (…) c’est de jeter les uns contre les autres les diverses fractions nationales de la grande patrie internationale. »

Et c’est là encore le langage d’un socialiste ferme et convaincu. Mais Jaurès dans ces questions était le Janus à double visage. Ce qui suit lui semble inspiré par un mauvais esprit. D’une main il sème le socialisme, la haine de l’impérialisme ; de l’autre, bien que son geste soit hésitant, contenu, comme honteux, il laisse choir les graines qui, depuis, ont donné une si abondante moisson au socialisme chauvin…

La France, nous assure Jaurès, a « éliminé le césarisme ». « Si la nation française était conduite à la guerre, ce serait ou par une agression du dehors, ou par l’effet indirect et imprévu de combinaisons dont elle n’aurait pas mesuré les conséquences »….

Dans cette phrase qui semble incidente, il faut voir sans nul doute une allusion à ce que, en cas de guerre défensive, les ouvriers soutiendront « leur » gouvernement. L’orateur semble avoir oublié ce qu’il vient de dire sur les feuilles de figuier… Car la théorie de la guerre défensive est bien la feuille de figuier préférée de MM. les impérialistes.

Mais continuons :

« l’alliance franco-russe n’a jamais été offensive (…) Dans la réconciliation avec l’Italie, dans le rapprochement avec l’Angleterre, ils [les socialistes et les républicains français] saluaient une garantie nouvelle pour la paix, pour le développement de l’esprit de liberté en Europe. (…) C’était là, je vous l’affirme, la pensée presque unanime des Français. (dont il faut excepter ici les impérialistes qui dirigeaient, en fait, la politique étrangère ! — G. Z.). L’opinion française (…) ne s’est pas rendu d’emblée un compte suffisant des intérêts que l’Allemagne pouvait avoir au Maroc. (…) [La] faute la plus grave [de la diplomatie allemande], c’est de n’avoir pas averti à temps et assez nettement l’opinion française du prix qu’elle attachait aux intérêts de l’Allemagne au Maroc et des inquiétudes que l’accord franco-anglais lui inspirait a cet égard. (…) » (Comme s’il suffisait d’avertir, de faire connaître pour que tout s’arrange ! — G. Z.)

Où sont dans tout ceci les intérêts des coteries impérialistes qui tiennent entre leurs mains les intérêts du monde ?

Mais lisons encore :

« Si on attendait de nous, directement ou indirectement, une répudiation de l’amitié franco-anglaise, nous serions irréductibles (…) l’entente de la France et de l’Angleterre est une victoire de la civilisation et une garantie pour la paix. Que les deux peuples longtemps divisés aient su dissiper les malentendus, dominer les défiances, c’est un effort de sagesse et de raison, et un salutaire exemple. »

C’est à n’y pas croire ! Le rapprochement de la France et de l’Angleterre s’est accompli d’après la formule : « L’Egypte en échange du Maroc, le Maroc en échange de l’Egypte ! » Nul ne l’ignore. Ni les impérialistes français, ni les impérialistes anglais n’en ont fait mystère. Et ce rapprochement n’a pas été un « gage de paix » ; il a marqué au contraire l’approche de la guerre entre les deux grands trusts impérialistes rivaux. Et Jaurès, qui connaissait admirablement la politique extérieure, qui était mieux que personne au courant des intrigues dans les coulisses et les ficelles secrètes de la diplomatie européenne, Jaurès en parle au nom de ses théories socialistes-pacifistes — comme d’une victoire de la paix, etc. Il va même jusqu’à affirmer que les bases de l’entente cordiale franco-anglaise ont été jetées « par les travailleurs français et anglais ».

Cette façon de comprendre l’entente anglo-française et la triplice n’était pas fortuite chez Jaurès. Il publie en 1907 dans l’organe de la libre-pensée libérale allemande, le Berliner Tageblatt, un article-programme qui fait grand bruit et suscite, de la part des marxistes allemands représentés par Rosa Luxemburg les plus vives protestations ; Jaurès écrit :

« L’entente entre la France, l’Angleterre et la Russie, la Triple-Entente n’est pas en elle-même une menace à la paix. Elle peut au contraire poursuivre des buts pacifiques et exercer son influence en faveur de la paix. Cette entente démontre en tout cas que des antagonismes que l’on croyait irréductibles peuvent être surmontés. Au temps de Fachoda, il parut que la France et l’Angleterre étaient à la veille de la guerre ; ces deux puissances viennent de conclure maintenant l’Entente Cordiale. N’étant encore qu’un enfant, j’entendis répéter à l’école que la Russie et l’Angleterre étaient en Asie des ennemis irréconciliables. — Et vous voici arrivés à l’entrevue de Réval qui solutionne par un accord les questions litigieuses en Asie et peut-être en Europe.

Est-il donc impossible de régler de même les litiges entre l’Allemagne et l’Angleterre ?

La nouvelle triple entente pourra même concourir à cette solution si la France a la juste notion de son rôle et si à côté de la notion de sa force, elle place la notion de son droit. »

Encore une fois, c’est à un degré stupéfiant que les rêveries pacifistes obscurcissaient la vision de Jaurès ! Jaurès connaissait tous les dessous de la diplomatie européenne. Sa situation dans le monde politique français lui permettait d’étudier tous les jours l’anatomie et la psychologie du capital financier. Toutes les innombrables « affaires » au cours desquelles deux coteries du capital financier entraient en conflit se déroulaient sous ses yeux. Il arrivait même souvent que leurs querelles nécessitaient l’intervention des commissions parlementaires. Et c’est Jaurès que l’on nommait alors à la présidence des commissions d’enquête (affaire Rochette, affaire Caillaux) comme le seul homme probe et désintéressé.

On ne peut concevoir que Jaurès — en 1908 — ne comprît pas quels intérêts matériels de groupes nettement impérialistes se dissimulaient derrière les accords diplomatiques dont il parle dans lies lignes citées plus haut ! Pouvait-il ne pas comprendre que le partage de l’Asie — à commencer par la Perse — n’a rien qui puisse réjouir un socialiste ? Pouvait-il ne pas comprendre le rôle de cet accord anglo-russe dans la politique intérieure de la Russie ?

Rosa Luxemburg avait parfaitement raison d’écrire en termes indignés, dans sa lettre ouverte à Jaurès :

« Qu’eussiez-vous dit s’il se fût jamais trouvé en Allemagne, ou en Russie, ou en Angleterre, des socialistes et des révolutionnaires qui « dans l’intérêt de la paix » eussent défendu l’alliance avec le gouvernement de la restauration, ou bien avec le gouvernement de Cavaignac, — ou avec celui de Thiers et de Jules Favre ; et l’aient couverte de leur autorité morale ? »

La question d’Orient était dès lors la pomme de discorde entre les deux impérialismes. Autour de la Turquie la mêlée des intérêts capitalistes devenait terriblement âpre. On ne pouvait pas ne pas s’en apercevoir. Et pourtant Jaurès, dans le même article de fond — publié par un journal qui défendait les intérêts de l’impérialisme allemand — invite les impérialistes à se partager pacifiquement le gâteau turc.

« C’est un grand malheur que l’Allemagne semble se solidariser avec la Turquie. (…) Si l’Allemagne avait élevé en son temps, à Constantinople, la voix de la raison, la tâche des amis de la paix en eût été facilitée pour donner au rapprochement entre la France, la Russie et l’Angleterre un caractère véritablement pacifique et hâter de la sorte l’heure où la Triple Entente et la Triple Alliance pourront s’unir en une vaste entente européenne.

Je peux dire que les socialistes français travaillent dans la mesure de leurs forces et avec une passion ardente à la réalisation de ce dessein ».

Les socialistes français eussent difficilement trouvé un objet moins digne de leurs efforts. Rêver de réconcilier par des prêches de morale les deux trusts impérialistes — et qualifier cela de « politique réaliste » ! Jaurès prouve ainsi — et de façon frappante — qu’on ne peut être un grand utopiste et n’avoir qu’une toute petite utopie….

C’est en vain que Rosa Luxemburg lui démontra dans sa lettre ouverte que les intérêts des Etats capitalistes actuels, en politique étrangère, diffèrent selon qu’on les envisage du point de vue des classes gouvernantes ou de celui du prolétariat. C’est en vain qu’elle lui rappela — ce qu’il ne pouvait d’ailleurs pas ne pas savoir — qu’il ne s’agit pas uniquement de politique coloniale. C’est en vain qu’elle l’invita à démasquer les mensonges des deux diplomaties en présence an lieu d’encourager leurs manœuvres. Jaurès continua à se croire dans le bon chemin.

Dans les citations que nous avons empruntées à un discours et à un article d’un représentant autorisé de la IIe Internationale, toutes les contradictions de cette Internationale même sont visibles. En de nombreuses résolutions, la IIe Internationale dénonçait cruellement l’impérialisme et conviait les travailleurs à une lutte impitoyable contre la guerre. Mais il tolérait pourtant les phrases sur « la guerre défensive », sur la « défense nationale », les accords pacifiques, etc., qui ont servi par la suite de point de départ à la bacchanale du chauvinisme socialiste.

Quatre jours avant sa mort, à la veille même de la guerre Jaurès parlant à Lyon-Vaise reconnaissait le caractère impérialiste de la guerre imminente. Démocrate probe, il ne ménageait pas son propre gouvernement. « La politique coloniale de la France était coupable », disait-il, et la « politique étrangère qui craint la lumière était l’alliée principale de cette dernière ».

Ainsi s’exprimait encore Jaurès en juillet 1914. Et pointant, on a peine à ne pas croire que Jaurès, s’il avait échappé aux balles de son assassin, eût suivi la même politique que ses successeurs actuels. Vaillant, Sembat et leurs amis, ne connaissaient-ils pas comme Jaurès le caractère véritable de la guerre qui approchait ? Le pacifisme démocratico-bourgeois avait des racines trop profondes chez Jaurès pour qu’il pût surmonter les vieilles traditions de la bourgeoisie française révolutionnaire, pour qu’il pût se débarrasser de l’idée de défense nationale et surmonter les contradictions intérieures dont est morte la IIe Internationale. Jaurès, qui a pris une part si importante à la rédaction des résolutions de Stuttgart et de Bâle — résolutions où il n’y avait pas un mot sur la défense nationale, mais qui invitaient le prolétariat à consacrer toute son attention à la lutte contre l’impérialisme, — Jaurès écrivait à peu près à la même époque son livre sur l’Armée nouvelle, dont la défense de la patrie est l’idée maîtresse. Et défendant le projet d’une réforme radicale de l’armée française, il faisait surtout valoir qu’elle accroîtrait les forces de la France, que l’armée nouvelle pourrait mieux défendre le territoire national… Dans le projet de loi de réforme militaire annexé à son livre, Jaurès énonce dès le premier de ses 18 articles le devoir de tout citoyen âgé de 20 à 45 ans de participer à la défense nationale. — C’est écrit après le Congrès de Stuttgart, après le conflit marocain, à la veille de l’expédition italienne en Tripolitaine et de la première guerre des Balkans, 4 ou 5 années avant la première grande guerre impérialiste européenne. Il l’écrit à Paris, dans la capitale de l’une des plus grandes puissances coloniales ! Et l’homme qui écrit cela connaissait mieux que personne l’envers de la politique internationale des « grandes » puissances, pouvait de plus près que tout autre socialiste observer les vilenies, le caractère réactionnaire, l’esprit de lucre et de pillage de la politique de la ploutocratie financière jouant le destin des patries !

Jaurès connaissait naturellement tous les mobiles de la politique coloniale. Il reconnaissait que les « bandits colonisateurs » pouvaient d’un moment à l’autre provoquer la guerre. Parlant du congrès de Stuttgart, il disait à Paris (1907) :

« Au moment où je vous parle, il y a des flibustiers, il y a des journalistes de proie, il y a des banquiers d’audace, il y a des capitalistes cyniques qui rêvent au Maroc une grande expédition fructueuse.

Contre ces projets, contre la guerre, il faut lutter de toutes nos forces. Mais par quels moyens ? »

L’arbitrage constitue la revendication essentielle de Jaurès :

Quand un litige commencera, nous dirons aux gouvernants : Entendez-vous par vos diplomates. Si vos diplomates n’y réussissent pas, allez devant les arbitres que vous avez désignés vous-mêmes, inclinez-vous devant eux ; pas de guerre, pas de sang versé : l’arbitrage de l’humanité, l’arbitrage de la raison. Et si vous ne le voulez pas, eh bien, vous êtes un gouvernement de scélérats, un gouvernement de bandits, un gouvernement de meurtriers. Et le devoir des prolétaires, c’est de se soulever contre vous, c’est de prendre, c’est de garder les fusils que vous leur mettez en mains, mais non pas… (…)

C’est une révolution qui sortira non seulement du cœur du prolétariat révolté à la seule pensée de la guerre où on veut l’entraîner contre d’autres prolétaires ; cette révolution jaillira aussi de la conscience même du pays. (…)

« Vous voulez la paix ? Allons devant les arbitres » (…)

Ou s’ils ne le veulent pas, s’ils continuent alors à mobiliser leurs bataillons, ce sera pour écraser le prolétariat et le prolétariat se défendra lui-même en défendant la patrie de la Révolution. »

L’arbitrage ou la révolution ! Le biographe de Jaurès résume ainsi son point de vue. Et ce dilemme caractérise on ne peut mieux le tribun disparu.

La classe ouvrière doit s’insurger… au nom de l’arbitrage, pour contraindre les gouvernements à s’incliner devant le tribunal arbitral de la Haye !

Peut-on concevoir plus parfaite utopie ?

Tout le jauressisme est là : pacifisme à doublure révolutionnaire.

D’une part, les appels les plus révolutionnaires, la dénonciation impitoyable des flibustiers « coloniaux ».

De l’autre, cette déclaration : « aucune contradiction pour les prolétaires socialistes et internationalistes à participer de façon active à l’organisation populaire de la défense nationale ».

D’une part, l’intelligence la plus nette du rôle du militarisme entre les mains des impérialistes. — De l’autre, les projets de création de « l’armée nouvelle », d’une « armée idéale au service de l’idéal ». — Jaurès, écrit son biographe, « aime passionnément l’armée parce qu’il adore la France. ». Tout Jaurès est là.

 

 

A la mémoire de Jaurès

Grigori Zinoviev

31 juillet 1919

Cher camarade Loriot !

Cinq ans se sont écoulés depuis le jour mé­morable où la bourgeoisie française, par la main de son agent Villain, a tué traîtreuse­ment le glorieux tribun des ouvriers français, Jean Jaurès. L’assassinat de Jaurès fut un triomphe non seulement pour la bourgeoisie française, mais aussi pour la bourgeoisie rus­se. L’enquête n’a pas établi exactement le rôle joué par l’ambassade du tsar à Paris dans l’as­sassinat de Jaurès. (D’ailleurs, cette enquête ne s’était pas assigné pour but de découvrir les véritables auteurs de ce crime monstrueux, mais bien au contraire d’effacer leurs traces. Elle a été menée de façon à permettre à la justice de classe d’acquitter l’assassin de Jau­rès, ce à quoi ont réussi les agents du capital français.

Soit dit entre parenthèses : il est hors de doute que la bande tsariste et la bourgeoisie monarchiste de la Russie non seulement ont approuvé l’infâme assassinat de Jaurès, mais encore l’ont inspiré jusqu’à un certain point. MM. Milioukov et Sazonov, qui ont trouvé un chaleureux accueil à la Bourse de Paris, ont certainement poussé un soupir de soulage­ment  quand ils apprirent, le 1er août 1914, que Jean Jaurès, — qui avait voué une haine ar­dente à l’alliance de réaction franco-russe et qui était l’ennemi passionné de la boucherie impérialiste, — n’était plus au nombre des vi­vants.

Aujourd’hui, quand les ouvriers du monde entier commémorent la triste date du cinquiè­me anniversaire de la mort du chef aimé des prolétaires français, nous nous rappelons ce que disait Jaurès, fort peu de temps avant son assassinat. Vous vous souvenez, camarade Lo­riot, du discours prononcé par feu Jaurès qua­tre jours avant sa mort, dans une réunion pu­blique à Lyon-Vaise. Déjà alors les grandes li­gnes de la tuerie impérialiste imminente se dessinaient avec une netteté parfaite. Jaurès voyait très clairement que la guerre, préparée par la bourgeoisie des deux coalitions pendant une série d’années, était inévitable. Dans ce remarquable discours, qui fut le chant du cy­gne du grand tribun, Jaurès s’exprimait ainsi :

« Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces. (…) l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche (…) Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France. (…) Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. (…) Lorsque nous [les so­cialistes français] avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français (…). Voilà, hélas! notre part de responsabilités, [c'est-à-dire de la France] et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres. (…)

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche : « Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc »(…)

Nous disions à l’Italie. « Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité. »

Ces deux brefs dialogues qui résumaient, d’après Jaurès, le fond même de la politique étrangère des « grandes » puissances telles que la France, l’Autriche, l’Italie, sont suffisamment transparents…

Mais écoutez la suite :

« Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes — continue Jaurès, — (…) vont dire « Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. » Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur ? Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche : « Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine » (…) Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche : « Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople. »

Résumant la situation, Jaurès dit littérale­ment :

« La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar. »

El il tira la conclusion pratique :

« Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis… »

Telles furent les paroles prophétiques de Jaurès. Mais à peine les yeux de Jaurès se fu­rent-ils fermés pour toujours que ses chétifs « épigones » passèrent du côté de la bour­geoisie française qu’ils continuent de servir fidèlement jusqu’à ce jour. Jean Jaurès haïs­sait passionnément la malhonnête alliance franco-russe, entachée de violence, c’est-à-dire l’alliance de la ploutocratie française avec le tsar et la bourgeoisie russe. Les social-traîtres français, tout, en affirmant cyniquement que les enseignements de Jaurès sont sacrés pour eux, demeurent fidèles aux traditions de cette alliance franco-russe réactionnaire. Car l’appui fourni à Koltchak, le fait de soutenir Sazonob, Savinkov, Maklakov et Tchaïkovsky, c’est la continuation (dans des conditions différentes seulement) de l’alliance, basée sur la violence des bandits du capital français avec les vau­tours du capitalisme russe chassés de Russie.

La bourgeoisie française, qui a inspiré l’as­sassinat de Jaurès, joue maintenant le rôle de l’élément le plus réactionnaire existant parmi les impérialistes internationaux. Elle organise ouvertement une campagne contre la rouge Hongrie et contre le gouvernement ouvrier et paysan de Russie. Elle s’est tellement enhardie qu’elle proclame ouvertement pour son héros Villain, l’assassin, dont elle a obtenu l’acquit­tement en lançant un défi à la classe ouvrière française.

Mais le prolétariat français, nous en sommes persuadés, restera fidèle aux meilleures traditions de Jaurès. C’est le sang de Jaurès qui a cimenté les premiers détachements des ouvriers internationalistes français. L’érection de son monument à Paris a été l’occasion de la première manifestation en masse des ou­vriers français en l’honneur de la révolution prolétarienne russe et en faveur de la dictature du prolétariat.

Les ouvriers russes ont élevé dans leur ca­pitale rouge, Moscou, dès l’année dernière, un monument à Jean Jaurès.

Si Clemenceau et Pichon avaient les mains entièrement libres, nous sommes persuadés qu’en réponse à cet acte ils auraient érigé aux Champs-Elysées un monument à Nicolas Romanov et à Grégoire Raspoutine. Les gens qui ont acquitté Villain sont capables d’un tel cynisme.

Jaurès a appris aux ouvriers français à haïr le tsarisme russe. Il considérait comme un des principaux buts de sa vie de démasquer l’alliance de réaction de la bourgeoisie française avec la ploutocratie russe. Celte propagande de Jaurès a pénétré profondément au cœur du prolétariat français. La semence répandue par Jaurès donnera, nous en sommes convaincus, une riche moisson. Les ou­vriers français serrent les rangs chaque jour davantage, ils voient maintenant clairement quand la guerre a été menée « jusqu’au bout », que le capital français a remporté une « vic­toire complète », que l’impérialisme français a imposé au peuple allemand la paix de bri­gandage qu’est la paix de Versailles. Et après ! L’ouvrier français a-t-il l’existence pins facile ? Le paysan français s’est-il enrichi, le soldat français peut-il respirer librement ? Non, et mille fois non ! Comme auparavant, la bour­geoisie continue à nager dans le luxe, comme auparavant des dizaines do millions de travailleurs continuent à mener une existence misé­rable.

La révolution prolétarienne mondiale est inévitable. C’est maintenant clair pour tous ceux qui veulent regarder les événements on face.

Le Comité Exécutif de l’Internationale Communiste envoie en votre personne, camarade Loriot, un salut fraternel à la classe ouvrière française, aux travailleurs paysans, aux sol­dats et aux marins loyaux de votre pays. La mémoire de votre chef Jean Jaurès est vénérée par les ouvriers conscients de tous les pays. Gloire et souvenir éternels à Jean Jaurès !

Vive la Révolution prolétarienne univer­selle !

Le président du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste

G. ZINOVIEV.

Le 31 juillet 1919.

Au CN du PCF de juin 2014, puis à la Conférence nationale de novembre : alimenter des illusions sur une nouvelle « gauche plurielle » d’ici 2017 ? Non, merci ! On a donné !

Dominique Negri, Emmanuel Dang Tran, membres du CN, vivelepcf, 28 juillet 2014

Le Conseil national du PCF s’est réuni les 14 et 15 juin 2014. Dans un contexte marqué par l’aggravation de la politique au service du Medef, par les sombres résultats des élections européennes, par une nouvelle crise du Front de gauche, mais également par la montée de luttes aussi importantes que celle des cheminots, les communistes étaient en droit de concevoir de grandes attentes avant ce CN. Elles ont été déçues.

Certes, une conférence nationale est officiellement convoquée pour les 8 et 9 novembre. Ce sera l’occasion à partir de la Fête de l’Huma de pousser le débat dans le Parti et au-delà. Mais dans le cadre statutaire restrictif, il est clair qu’elle vise à avaliser la « relance stratégique » engagée par Pierre Laurent et une majorité du CN. Il est frappant que le secrétaire national, au milieu du CN, le samedi 14 au soir – la résolution n’étant pas encore adoptée – choisisse d’aller figurer à la tribune du meeting d’un club du PS, dénommé « Un monde d’avance », présidé par Henri Emmanuelli, en compagnie d’une sélection de dirigeants PS et EELV…

Le nouveau « choix stratégique », c’est la poursuite de l’ancien : toujours aller dans le mur mais plus vite ! C’est la combinaison d’un Front de gauche élargi (avec une diminution illusoire de l’influence de Mélenchon) et d’alliances plus larges encore, avec les « écologistes » et des courants du PS. L’appellation choisie, le « Front du peuple », en référence à 1936, est complètement déplacée.

Nous sommes intervenus trois fois, avec notre point de vue local et notre expérience différents, mais animés du même refus radical de ce cours suicidaire et de la même conviction que les communistes doivent prendre l’initiative pour défendre et reconstituer leur parti.

Enfin, on a parlé au Conseil national de la « réforme ferroviaire ». Une résolution soutenant clairement les cheminots, alors en grève depuis 5 jours, a été adoptée. Le sujet n’en est pas moins resté très secondaire dans les discussions et encore davantage dans le rapport. Il était trop tard pour corriger l’indifférence, très politique, que nous avions essayé de contrecarrer aux CN précédents en appelant à une campagne nationale de masse pour préparer cette lutte essentielle.

Le CN des 14 et 15 est loin d’avoir tout clarifié pour autant. (Lire la suite…)

Des milliers d’Israéliens manifestent à Tel Aviv contre la guerre à Gaza – Compte-rendu du PCdI – Vidéo du rassemblement

Source : Parti communiste d’Israël, traduction ML pour vivelepcf, 28 juillet 2014. Le texte reprend une partie de l’appel à la manifestation, illustrant les possibilités et les limites politiques du mouvement anti-guerre en Israël.  

Autour de 7000 Israéliens ont manifesté samedi 26 juillet contre la guerre à Gaza sous le mot d’ordre : «  Assez de morts – La paix maintenant entre Israéliens et Palestiniens ». Le rassemblement s’est déroulé sur la place Rabin dans le centre de Tel Aviv. Parmi les slogans clamés par les manifestants : « Arrêtez la guerre ! », « Retour des soldats à la maison ! » ou « Juifs et Arabes refusent d’être des ennemis ».

Plusieurs personnalités ont pris la parole dont le député Dov Khenin [de la coalition Hadash], un ancien combattant de l’association « Combattants pour la paix », Yifat Solel, représentant du « forum anti-occupation » du parti Meretz, le professeur Eva, président de l’académie des arts décoratifs Bezalel, Odeh Bisharat, écrivain et ancien secrétaire du Hadash, le docteur Julia Chaitlin, professeur au collège académique Sapir de Sderot, qui habite dans le kibboutz Urim, à proximité de Gaza. Alon-Lee Green, membre du Comité central du Parti communiste d’Israël et responsable syndical, présentait les intervenants.

La chaîne de télévision Channel 2 a remarqué que le parti sioniste de gauche, Meretz et l’association « La Paix maintenant » n’étaient pas présentes en tant que tels.

Ben Kfir, du « cercle des parents », dont la fille a été tuée dans un attentat suicide du Hamas en 2003, a également pris la parole. Il a contredit l’affirmation du gouvernement selon laquelle il n’y aurait pas de partenaire avec qui faire la paix parmi les Palestiniens.

Les intervenants ont critiqué l’attitude du gouvernement qui refuse les négociations de paix. Et qui ne connaît d’autre politique que la guerre. Les manifestants ont réclamé la fin de l’occupation et du siège de Gaza. Ils ont allumé des bougies en mémoire des victimes.

De l’ordre de 300 contre-manifestants d’extrême-droite ont essayé de saboter le rassemblement. Un important cordon de police enserrait la place pour séparer les deux camps. 8 personnes ont été arrêtées.

On pouvait lire dans l’appel à la manifestation :

« Samedi, le camp de la paix se rassemble place Rabin. Le tribut payé à la guerre est lourd en vies, en blessures des deux côtés, en destruction et horreur, sous les bombes et les roquettes. Nous réagissons en nous rassemblant et en portant cette exigence : « Arrêtez la guerre maintenant ! ».

« Nous devons arrêter la guerre et entamer les discussions avec les dirigeants palestiniens reconnus de Cisjordanie et de Gaza pour mettre fin à l’occupation et au blocus et pour arriver à l’indépendance et à la justice pour les deux peuples, israélien et palestinien. »

« Au lieu, encore et encore, d’ajouter des guerres et des actions militaires aux guerres et actions militaires, il est temps d’ouvrir la voie au dialogue et à un règlement politique. Il y a une solution politique. Quel prix devrons nous encore payer, population du Sud et de l’ensemble d’Israël, population de Gaza et de Cisjordanie, avant d’arriver à cette solution ? Ensemble, Juifs et Arabes, nous allons surmonter l’occupation et la guerre, la haine et le racisme et nous allons ouvrir un chemin pour la vie et pour l’espoir. »

La CES (Confédération européenne des syndicats) veut un TAFTA (traité de libre-échange UE/USA) « d’excellence », favorable « pour les gens », pour une « prospérité partagée » et pour un « développement économique et social soutenable ». Notre position.

EDT pour vivelepcf, 26 juillet 2014

Bernadette Segol, secrétaire de la CES avec son homologue US pour célébrer la perspective du TAFTA

La Confédération européenne des syndicats et la confédération syndicale américaine AFL-CIO ont poursuivi leur dialogue sur le traité transatlantique de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis.

Dans une déclaration commune, elles ont renouvelé, le 10 juillet, leur demande « d’un accord commercial UE-USA d’excellence », favorable, plus favorable que la situation actuelle, aux « conditions de vie et de travail ». Dans le texte intégral, disponible seulement en anglais, elles font état de ce que peut apporter le TAFTA (ou TTIP) et des garde-fous à prendre, notamment à l’égard du principe de précaution et de la capacité juridique donnée aux investisseurs d’attaquer les Etats.

Nous laissons le loisir à ceux qui le peuvent et le veulent d’étudier la déclaration en détail (lien).

Pour imaginer qu’un accord négocié entre capitalistes européens et américains puisse déboucher à l’avantage des travailleurs et des peuples, il faut être sacrément naïf ou sacrément malhonnête et trompeur. La CES n’est pas naïve. Elle est fidèle à sa raison d’être : servir de caution sociale l’Europe supranationale du capital et directement de valet à la Commission européenne.   

Une fois de plus, on mesure le contresens pour les organisations ouvrières françaises, issues du mouvement révolutionnaires à s’affilier à la CES, à la prendre comme référence, de même que sa transcription politique supranationale, le Parti de la gauche européenne (PGE).

A nouveau, une clarification s’impose. Depuis plusieurs mois, notamment lors de la campagne électorale des européennes, des composantes françaises de la CES et du PGE ont dénoncé – à juste titre – le TAFTA, et pas seulement l’opacité de ses conditions d’élaboration. Dans le même temps, elles ne cessent de se revendiquer de la CES comme référence « sociale » européenne. Il y a contradiction !

Les enjeux relatifs au TAFTA apparaissent, peu à peu. Ils sont particulièrement confus et contradictoires chez les impérialistes d’abord. Le débat et les actions recherchés par les organisations progressistes doit en tenir compte.

On se souvient que le grand frère du TAFTA, l’AMI, Accord multilatéral sur les investissements, n’a pas abouti dans les années 1990 à la suite du refus des groupes capitalistes américains prédominants. Certes par rapport aux années 90, l’émergence d’impérialismes nouveaux de premier plan dans le monde peut pousser les impérialistes européens et américain à collaborer davantage.

Aujourd’hui, à nouveau, il apparaît que ce sont les multinationales à base européenne qui sont à l’initiative, relayées par la Commission européenne (dans son ancienne ou nouvelle composition, c’est pareil).

Souvenons-nous que la véritable devise de l’Union européenne est « concurrence libre et non faussée » dans l’économie de marché. Elle ne date pas seulement du Traité de Lisbonne ou du projet de « constitution » de 2005. Elle remonte au Traité de Rome de 1957.

Or les Etats capitalistes, éventuellement les groupements d’Etats, n’ont qu’une seule préoccupation : fausser la concurrence dans l’intérêt de leurs commanditaires, firmes et trusts implantés dans leur pays.

Quand il s’agit d’écraser les droits sociaux, les services publics, les salaires dans son pays, au nom de la concurrence, les puissances capitalistes sont toutes d’accord et prêtes à s’accorder sur l’objectif. Mais ce n’est pas si évident quand les firmes et trusts de chacun sont en concurrence pour préserver leurs marchés initiaux, plus ou moins protégés, et pour voler ceux de leurs concurrents.

L’Union européenne, elle-même, est très loin d’avoir supprimé les antagonismes entre impérialismes nationaux. L’euro profite aux multinationales les plus fortes et les plus tournées vers l’export, d’abord l’économie allemande. En revanche, tous les impérialismes européens sont avides de disposer en Ukraine d’une réserve de main-d’œuvre, de matière première à vil prix et de possibilités de délocalisation. Cela correspond un peu au rôle imposé par les capitalistes US au Mexique.

Mais entre les intérêts des capitalistes US et des capitalistes UE, avec des différences internes dans chaque groupe suivant les branches et les débouchés recherchés, les divergences restent très larges. Les systèmes économiques et sociaux demeurent très différents aux Etats-Unis et dans les pays d’Europe occidentale, où, notamment, la classe ouvrière a gagné des acquis plus importants pour des raisons historiques, liées à la puissance des organisations révolutionnaires dans leur zone respective.

Les capitalistes américains ne sont pas chauds à l’idée d’abandonner les dispositions et normes qui leur réservent leur immense marché intérieur. En revanche, pour conquérir les marchés européens, ils n’ont rien contre le dumping social et cherchent à conserver l’avantage en termes de dumping social relevant du net décalage dans les conditions de rémunération de travail, de protection sociale…

Au contraire, la Commission européenne veut libéraliser le marché américain et se servir de cette opportunité concurrentielle pour écraser encore les droits sociaux en Europe.

CES et AFL-CIO soutiennent ensemble le principe d’un accord de libre-échange transatlantique, peut-être au profit d’intérêts capitalistes concurrents…

Ce qui ne fait pas de doute pour nous, c’est que les travailleurs des pays d’Europe, comme ceux des Etats-Unis n’ont que régression sociale et économique à attendre d’un tel accord.

Communistes, nous devons exiger l’arrêt des négociations entamées par la Commission européenne, avec l’accord très discret de François Hollande en 2013. Nous devons exiger, partout, l’état exact des négociations pour mieux les dénoncer.

Ceci dit, le TAFTA doit amener encore davantage au rejet de l’Union européenne et non à le détourner contre les USA. Rappelons que c’est l’UE qui est avant tout demanderesse.

Ce que l’UE veut gagner contre ses peuples avec le TAFTA, c’est ce qu’elle coordonne déjà avec les gouvernements nationaux de droite et de « gauche », au nom de la « concurrence libre et non faussée ». Le salaire minimum est 6 fois inférieur en Roumanie. Le travailleur ukrainien est encore moins cher pour l’industrie allemande que le Chinois !

La lutte contre le TAFTA doit être pour nous un nouvel angle de notre lutte contre l’Union européenne du capital.

Depuis quelques mois, notamment dans la campagne des élections européennes, on a vu Mélenchon se saisir du TAFTA, essayer de diriger la colère sur les USA et, ce faisant, d’épargner implicitement les intérêts capitalistes européens. Le Pen a fait de l’opposition au TAFTA son premier cheval de bataille. Si l’on suit la logique primaire de certains (qu’ils appliquent à la remise en cause de l’euro !), puisque le FN est contre le TAFTA, les pseudo-progressistes devraient être pour ! Voyons-y plutôt la preuve supplémentaire de la fonction de diversion du FN, en particulier sur l’Europe. Enfin, la problématique TAFTA est maintenant largement propagée par des associations citoyennes de sensibilités diverses.

Un traité, lui, existe bien, négocié dans la même opacité, aussi loin des peuples : c’est le traité « d’association économique » entre l’UE et l’Ukraine et que le pouvoir ukrainien issu du coup d’Etat, à composantes fascistes, vient de signer. UE/Ukraine, UE/USA : le rapport de force n’est pas le même ! Imposant ses règles, ses normes, le libre-échange, les puissances européennes, collectivement, transforment l’Ukraine en un protectorat économique et politique, continuent à la ruiner, au détriment également des travailleurs des autres pays.

Si on est contre le TAFTA, on est déjà tout de suite contre l’accord UE/Ukraine et sa ratification en France.

Si on est contre le TAFTA, on est aussi contre le dogme de la « concurrence libre et non faussée » entre les pays de l’UE et on en tire les conséquences. Les Etats, la France, doivent y déroger, refuser d’appliquer les traités et directives européens pour préserver leurs droits sociaux, leurs services publics, les possibilités de développement d’activités répondant aux besoins nationaux, aussi pour construire de véritables coopérations internationales.

Comme nous sommes profondément contre le TAFTA, communistes, nous portons toutes ces batailles ensemble, de façon indissociable !  

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