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Vœux présidentiels pour 2016 : Hollande réussira-t-il à figer le pays dans la « lutte contre le terrorisme » ? Les jours de Valls à Matignon sont-ils comptés ?

EDT pour Vivelepcf, 1er janvier 2016

« Je vous dois la vérité, nous n’en avons pas terminé avec le terrorisme » a sorti François Hollande, dans ses vœux télévisés pour 2016. Traduisons : nous n’en avons pas fini, au nom de la « lutte contre le terrorisme », avec le matraquage à « l’unité nationale », avec les mesures de répression destinés à étouffer la contestation de la politique au service du capital, à détourner tout le débat politique vers les questions sécuritaires, dans l’immédiat sur l’extension de la déchéance de nationalité. Attendu sur ce point, Hollande a confirmé sa mise à l’ordre du jour dans sa « réforme » constitutionnelle qui doit être votée en février.

Toujours au nom du « terrorisme », Hollande a annoncé la poursuite des bombardements en Syrie et en Irak – ajouter la guerre à la guerre –  soi-disant pour « agir à la racine du mal » comme si cette racine ne se trouvait pas aussi à Washington, Londres ou Paris dont les interventions impérialistes ont déstabilisé la région, dont les alliés ont subventionné Daesh et Al-Qaïda. Faisons le vœu pour 2016 que les négociations qui doivent avoir lieu à Genève fin janvier, dans le cadre d’un nouvel équilibre des forces en présence, aboutissent à un cessez-le-feu ouvrant la voie à un règlement politique.

L’émotion répandue sur les victimes des attentats, les déclamations guerrières ont permis à Hollande d’être encore plus évasif que les autres années sur les questions économiques et sociales.

Pour un peu, Hollande a quand même fini par rapper que « la lutte contre le chômage reste sa première priorité » car « s’il y a un état d’urgence sécuritaire, il y a aussi un état d’urgence économique et social ».

Mais cette année, Hollande s’est senti autorisé à faire totalement l’impasse sur les mesures déjà engagées par son gouvernement malgré leur absence totale de résultat sur le chômage. Les années précédentes, nous avions eu le droit à des formules du genre : « nous sommes au milieu du gué. Continuez les sacrifices et la croissance et l’emploi viendront ». Rien de tel cette année !

Les 50 milliards d’euros par ans détournés vers le patronat avec le CICE et le pacte de responsabilité, le démantèlement de pans entiers de l’industrie accompagné par le gouvernement, la poursuite du processus de privatisation des services publics, les coupes sombres dans les budgets des hôpitaux etc. : pas un mot dans la bouche du président : avec les attentats, il escompte que la pilule passe toute seule. Pour le pays comme pour la gauche, Hollande veut que toutes ces mesures – qui pourtant ne font que « monter en puissance » – soient rangées dans les faits accomplis.

Hollande s’est contenté d’évoquer quelques nouveaux mauvais coups complémentaires pour 2016. Au programme, une sorte de loi Macron 2, sans que le nom du ministre soit mentionné, avec de nouvelles aides au patronat via les PME, une nouvelle casse du droit du travail (« simplification » du code du travail).

Hollande a invoqué son « union nationale » post-attentats pour justifier ses nouvelles mesures soi-disant pour l’emploi. Elles ont un point commun. L’extension de l’apprentissage (dans les conditions du Medef), « l’accompagnement de 500.000 chômeurs vers les métiers de demain » (quel euphémisme !), derrière les mots, signifient la mise à disposition du patronat d’une main d’œuvre d’appoint bon marché et totalement flexible car (sous-)payée par la collectivité. La « généralisation » annoncée du service civique, créé sous Sarkozy, va dans le même sens : le développement du travail gratuit, bientôt du travail obligatoire, accompagné d’un embrigadement des jeunes au nom du soi-disant « intérêt général ».

Outre la lutte contre le terrorisme, Hollande a invoqué d’autres « grandes causes » : la révolution numérique et surtout la COP 21 qui ouvre des possibilités inédites de détournement d’argent public vers le capitalisme « vert ».

S’il s’est gardé, cette année, de promettre du sang et des larmes économiques et sociales au pays, Hollande a été quand même été forcé d’aller contre l’opinion et les sondages sur un point décisif : l’attachement à l’Union européenne malgré « les insuffisances qu’elles à révélées ». Là encore pour sauver l’UE, Hollande évoque la patrie « au nom de laquelle « nous avons bâti l’UE ». Et de défendre sa politique migratoire…

Les mots « unité nationale » et « patrie » ont été trop souvent assénés par Hollande pour ne pas couvrir au contraire une politique de division de la société. Hollande a mentionné les récents incidents d’Ajaccio mais seulement pour apporter le soutien de l’Etat aux religions.

La question de la déchéance de nationalité va obnubiler la vie politique au moins dans les deux mois à venir. Créer plusieurs catégories de Français, inspirer la méfiance des uns vis-à-vis des autres – la mise en scène de l’antiterrorisme déviant et exacerbant les tensions sociales -, repousser chacun vers des identités communautaires : les conséquences de ces annonces et de cette mesure sont évidente. Pourtant personne, Valls compris, ne nie qu’elle ne servira à rien contre le terrorisme qui la prétexte.

On notera au passage que Manuel Valls est la seule personne dont le Président ait cité le nom (à propos de l’instauration de l’état d’urgence).

Certains effets du débat sur la déchéance de nationalité, voulu par Hollande, sont évidents. D’autres sont plus incertains.

La question va servir de diversion aux problèmes économiques et sociaux et en particulier aux luttes des travailleurs.

Elle va continuer à profiter au FN. Le choix du gouvernement, mais aussi du système (voir les déclarations du Medef « contre » le FN), se confirme visant à polariser la vie politique, au moins d’ici 2017, sur l’extrême-droite et ses thématiques. L’absence, cette année, de toute mise en garde dans les vœux présidentiels contre « les extrêmes » sonne comme un aveu par omission.

Mais l’issue de la procédure parlementaire est moins sûre. Le projet de loi constitutionnelle sera vraisemblablement adopté avec l’appoint de voix de droite. La disposition sur la déchéance de nationalité sera peut-être invalidée par le Conseil constitutionnel (certains le savent certainement déjà). Mais toute l’attention se porte sur la proportion de parlementaires PS qui voteront contre. Les prises de position se multiplient dans ce sens, de plusieurs « tendances » du PS, par sincérité peut-être, pour ne pas froisser dans le cas de certains députés leur électorat issu de l’immigration, ou par pur opportunisme.

Si la moitié des parlementaires PS votaient contre, Valls ne pourrait pas rester en place. Hollande, lui, est couvert par son discours du 16 novembre au Congrès à Versailles où aucun des orateurs de gauche n’a contesté sa ligne, y compris sur l’extension de la déchéance de nationalité. En tout cas, la question est de nature à faire apparaître une opposition plus coordonnée à Valls dans le PS et à « gauche ».

D’ici 2017, le système a besoin de remettre en place une force d’alternance un peu plus marquée à gauche pour canaliser le mécontentement social à « gauche » étendre « l’offre politique » à son service. L’image de Valls, qui se confond avec celle des leaders de la droite dure, peut cesser d’être utile. Avec le « pacte de responsabilité », le CICE, la « réforme » ferroviaire, la « réforme » territoriale : les mesures les plus susceptibles de susciter de grandes mobilisations contre la politique du quinquennat sont déjà passées (ce qui ne nous empêchent pas de continuer à les combattre). La suite sur le droit du travail ou la fusion CGS/impôt sur le revenu est moins mobilisatrice et la « gauche » du PS pourrait l’assumer.

La social-démocratie ne met jamais ses œufs dans le même panier. Les « frondeurs » du PS ont pris date contre la loi Macron (sans empêcher son adoption). La loi Macron, ensemble fourre-tout de mesures en faveur du patronat, était globalement illisible et peu propre à déclencher un mouvement d’opposition populaire. En revanche, les « frondeurs » ont pratiquement tous voté le budget Valls pour 2016.

En vue d’un remaniement ministériel, d’un changement de gouvernement avant la fin du quinquennat, d’éventuelles « primaires » à gauche pour les présidentielles de 2017, une partie de la gauche se saisit de l’opportunité du débat sur la déchéance de nationalité pour se positionner à « gauche », se différencier de Valls et de la politique actuelle du gouvernement, sur une question de « valeur » et non sur les questions économiques et antisociales. Le programme de Hollande 2012 reste leur référence. En marge, d’autres politiciens se placent sur le même créneau, notamment l’ultralibéral européiste anticommuniste Daniel Cohn-Bendit, décidé à peser en 2016 sur la vie politique française.

Communistes, ne nous laissons pas embarquer dans cette nouvelle recomposition politique en perspective.

Contre la déchéance de nationalité, nous allons nous exprimer encore plus largement, face à cette mesure d’incitation à la xénophobie. Nous prendrons en positifs toutes les oppositions, qu’elles viennent même de Raffarin ou de Devedjian. Mais cette lutte (comme l’opposition à l’état d’urgence) ne saurait pour nous être déviée et instrumentalisée en vue notamment d’une trompeuse recomposition politique à gauche.

Si le point de vue et l’organisation communistes étaient forts, un politicien comme Hollande ne pourrait pas se permettre de biaiser et de manœuvrer comme dans ses vœux !  En 2016 : Priorité aux luttes, à l’affirmation de position de rupture dans les luttes et au renforcement du PCF sur des bases de classe!

PCF/Régionales 2015 (suite) : en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, les élus PCF n’ont pas résisté à l’attrait de vice-présidences derrière le PS et EELV

Vivelepcf, 30 décembre 2015

La dépendance du PCF-FdG au PS est des éléments qui ont certainement le plus pesé dans les très mauvais résultats de ses candidats aux élections régionales, touchés également par le vote sanction de la politique du PS au gouvernement.

Malgré des appels de militants, jusqu’au Conseil national, à aucun moment, les directions du PCF n’ont avancé la perspective d’une rupture avec la participation aux exécutifs régionaux dirigés par le PS, même pas entre les deux tours quand le jeu cynique du PS avec le FN est apparu au grand jour et, en Ile-de-France, après le dérapage scandaleux de Bartolone sur la « race blanche ».

Cette position (plutôt absence de position) est allée de pair avec le maintien en place jusqu’au bout des vice-présidents PCF dans les exécutifs de gauche sortants, bien que ceux-ci aient constitué des relais de la politique d’austérité nationale, des soutiens aux « réformes » territoriales et ferroviaires, entre autres, que les communistes combattent.

Après le résultat du second tour, dans la plupart des 13 nouvelles régions, la question ne s’est plus posée. 7 sont dominées par la droite, la Corse par les nationalistes. Dans 4 des 5 que la gauche va gérer, les listes FdG ont été éliminées au premier tour et n’ont donc aucun élu.

Onesta (EELV-européiste) et Delga (PS, ministre de Valls) règlent leur accord régional

Reste le cas de la nouvelle grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. La liste issue de la fusion des listes conduites par le PS et EELV l’a emporté au second tour. Il y a 7 élus PCF sur 158 qui figuraient sur la liste EELV-FdG+ « Nouveau Monde ». Ils n’ont pas résisté à la tentation d’occuper les 2 vice-présidences offertes sur 15 au sein d’un exécutif présidé par Carole Delga, PS, ex-ministre de Valls, accompagné d’un bureau de l’Assemblée qui devrait être présidé par Gérard Onesta, EELV, européiste, corédacteur du projet de constitution européenne Giscard en 2005.

Jean-Luc Gibelin, ancien syndicaliste passé directeur d’hôpital, s’est vu octroyer la 6ème vice-présidence – aux transports – et la camarade du Lot, Marie Piqué, la 15ème  – aux solidarités, services publics et logement (domaines hors des prérogatives des régions).

On voit déjà les commentaires à l’encontre du Parti : « vos dirigeants sont prêts à tout pour quelques bonnes places ». Si elles émanent du PG, qui a certes refusé de participer à l’exécutif en LR-MP, mais qui a obtenu quelques bonnes places de conseillers dans la même combinaison régionale, elles ne seront pas recevables.

Tout indique que, si le cas s’était présenté, les candidats élus PCF dans les autres régions auraient également continué à cogérer les régions derrière le PS. Des particularités régionales (encore davantage effacées avec l’agrandissement des régions) l’auraient plus ou moins justifié : une plus ou moins grande distance des dirigeants régionaux du PS vis-à-vis du gouvernement, un poids du PCF autonome plus ou moins grand. En Bretagne, le vice-président sortant de la région aux transports, le PCF Gérard Lahellec vient d’être reconduit à ce poste dans l’équipe du ministre de la guerre Le Drian. Mais il s’était présenté directement sur les listes PS au 1er tour, contre les listes FdG et le résultat de la consultation dans le PCF. Il avait argué que puisque le FdG était d’accord pour valoriser le bilan des élus sortants et qu’il envisageait de toute façon le ralliement à Le Drian et une alliance avec lui, il n’y avait pas de raison de prendre le risque d’être éliminé au 1er tour…

Dans les régions, les départements (avec des nuances locales), à Paris derrière le social-libéralisme de Delanoë/Hidalgo, la direction du PCF continue à considérer le PCF-FdG comme une force d’appoint et une caution de gauche au PS. « Tirer le PS à gauche », « limiter les dégâts dans des contrepouvoirs locaux » : ces arguments ne fonctionnent plus, s’ils ont jamais fonctionné. Aux dernières régionales, la campagne commune entre les deux tours en Ile-de-France, menée sous les caméras, par Pierre Laurent en compagnie d’Emmanuelle Cosse et de Claude Bartolone, dignitaire du PS au pouvoir, a encore plombé durablement l’image du PCF.

Et ce n’est pas qu’une question d’image : c’est une question de stratégie et de ligne politiques profondes. Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est l’exemple qui les a le mieux illustrées.

Le mal était fait avant le 1er tour dans la décision de se rallier à l’EELV Gérard Onesta. Loin de représenter une « gauche de contestation », Onesta dans EELV (Cohn-Bendit !) est un européiste libéral, militant acharné du développement des féodalités régionales européennes contre la démocratie nationale. Pour ce rôle d’avant-garde, malgré les 10% seulement obtenu par ses listes (la moitié des résultats de 2010), Onesta va obtenir du PS (le 4 janvier 2016) la présidence d’un « bureau de l’assemblée régionale » spécialement créé à sa demande.

Vis-à-vis des communistes et des électeurs, il y a eu tromperie sur la marchandise. Rien n’était clair dans les termes des consultations des communistes : leurs résultats aberrants par département le traduisent (98% dans l’un, 35% dans l’autre). Il y a eu décision directe de la direction du PCF, notamment de Marie-Pierre Vieu et de Pierre Laurent qui a même envoyé une circulaire pour demander aux secrétaires départementaux de garantir la désignation de Vieu comme chef de file des candidats du PCF. Le lendemain, Vieu s’engageait avec Onesta…

A la stratégie de satellisation dans les institutions à la social-démocratie, se double une nouvelle stratégie de recomposition à « gauche », plus poussée que le Front de gauche (EELV/Frondeurs), dans un deuxième bloc social-démocrate effaçant, reniant les positions communistes.

Encore un sombre enseignement de ces lamentables élections régionales.

Retrouver le chemin des luttes, contre le système PS/LR (ex-UMP)/FN, de plus en plus dangereux, passe par une rupture avec cette suite, sans fin, de combinaisons suicidaires de la direction du PCF.

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Un million de communistes et sympathisants rassemblés à Calcutta en Inde. Etat des lieux et réflexions par Vijay Prashad

Article du journaliste et historien marxiste indien, Vijay Prashad, paru sur le site CounterPunch le 27 décembre 2015, traduit par MlN pour Solidarité internationale PCF

Le titre original de l’article est « La brigade rouge : rassemblement et réflexion des communistes indiens ». Ici, « brigade rouge » fait référence au lieu où s’est déroulé le rassemblement de masse du Parti communiste indien à Calcutta parfois appelé « terrain de parade des brigades » en référence aux défilés militaires qui y sont organisés.

Autour d’un million de communistes et de sympathisants se sont rassemblés au centre de Calcutta lors d’un rassemblement de masse le 27 décembre 2015. Le rassemblement s’est déroulé dans un lieu [vaste espace vert au centre de Calcutta] appelé tantôt « le Maïdan » ou « Brigade Ground », terrain de parade [sorte de Champ de Mars]. Des drapeaux rouges étaient déployés d’un bout à l’autre du Maïdan. Deux événements distincts, mais liés, ont motivé cette démonstration de force. Le premier, d’importance : les élections à l’Assemblée du Bengale Occidental auront lieu en 2016. Le second est la tenue d’un plenum organisationnel par le Parti communiste d’Inde (Marxiste) [CPI-M], la première rencontre de ce type depuis 37 ans. Le plenum va durer quatre jours. Il va non seulement préparer le CPI-M aux défis électoraux à court terme mais aussi réfléchir à questions politiques à plus long terme. Le CPI-M demeure le plus important parti de gauche en Inde. Il travaille en partenariat étroit avec d’autres partis de gauche dans des alliances électorales et politiques.

Au Bengale Occidental.

Le « Front de gauche » était au pouvoir au Bengale Occidental depuis 34 ans jusqu’à ce que le parti populiste, qui penche à droite, « Trinamool Congress » (TMC) évince la gauche en 2011. Depuis lors, le TMC et son leader Mamata Banerjee ont ouvert les vannes de la violence contre la gauche. L’assassinat de ses leaders locaux est allé de pair avec la destruction de ses locaux. La presse bourgeoise a alimenté la violence avec un langage incendiaire (« La gauche continue à saigner », The Telegraph, 4 novembre 2014). Le secrétaire du CPI-M pour le Bengale, Surjya Kanta Mishra, a défini quatre axes de la répression: c’est une attaque contre la démocratie et les institutions démocratiques, une attaque contre les moyens d’existence des populations, une attaque contre la laïcité et une attaque contre la gauche. Au rassemblement, il a lancé le slogan : « Sortir Trinamool, sauver le Bengale ».

Il y a quelques mois, le moral était au plus bas chez les cadres de la gauche. Les agressions avaient produit leurs effets. Pour construire la dynamique de mobilisation pour le grand rassemblement (et en vue des élections), le CPI-M a organisé une campagne de masse avec des marches (« Jathas ») partant de chacun des 77.240 bureaux de vote de l’Etat du Bengale. Des groupes de communistes et de sympathisants, plus ou moins fournis, ont défilé là-même où c’était encore interdit il y a peu.

La violence a été au rendez-vous. Des militants du TMC ont bloqué une « jatha » alors qu’elle défilait dans la circonscription de Mishra à Narayangarh dans le sud-ouest du Bengale Occidental. Les agressions sur Mishra, qui est aussi le leader de l’opposition à l’assemblée de l’Etat du Bengale Occidental, et sur d’autres, n’ont pas empêché le mouvement des jathas d’avancer. Cela n’a pas été la seule attaque contre des jathas du CPI-M. A chaque fois qu’une jatha était bloquée, les cadres du CPI-M ont fait en sorte qu’elle puisse revenir sur le lieu de l’attaque et que la marche reprenne. Cela a constitué un symbole de confiance et de force. Il n’est pas étonnant qu’un million de personnes se soient rassemblées sur le champ de parade le 27 décembre.

Les élections qui arrivent dans l’Etat se présentent comme une épreuve complexe. Arithmétiquement, suivant les résultats des élections législatives nationales de 2015, le TMC peut perdre. Malgré une vaque en sa faveur, le TMC n’a atteint que 39% des voix et est minoritaire. Le reste des voix s’est partagé entre le Front de gauche (23%), le BJP de droite (17%) et le Parti du Congrès (10%). Mamata Banerjee a senti le danger. C’est pourquoi elle courtise, tour à tour, le BJP et le Parti du Congrès. Si l’un d’eux s’associe à elle, alors il est probable qu’elle sera imbattable. Mais les élections à venir ne se gagneront pas avec des totalisations de résultats d’élections passées.

Suite aux scandales de corruption qui ont touché le gouvernement TMC et à la dégradation des conditions de vie, on a assisté à un décrochage parmi les partisans du TMC. Où vont-ils aller ? La gauche aura à se battre pour regagner la confiance des ouvriers et des paysans qui sont allés vers le TMC depuis la fin des années 2000. C’est la seule voie. Mais la gauche sera-t-elle en mesure de tirer vers elle suffisamment de personnes d’ici les élections de cette année ?

L’arithmétique des alliances est une sirène qui peut aussi se révéler trompeuse. Tout accord avec le BJP est impossible. Ce parti est engagé dans une politique ethno-nationaliste, économiquement néolibérale. Le Congrès est théoriquement attaché à la laïcité mais les problèmes les plus importants avec lui sont d’ordre économique et politique. Une des préoccupations du « Front de gauche » est d’appeler les électeurs du Congrès à abandonner leur parti au nom de la démocratie. Mais cet appel à rejoindre les communistes est transcrit dans la presse comme un appel à une alliance électorale avec le Congrès. Le Congrès n’est pas un allié valable. C’est aussi un allié non viable. En 2016, la gauche se présentera aussi aux élections à l’assemblée de l’Etat du Kerala où le principal adversaire sera le parti du Congrès. Ce sera difficile pour la gauche de travailler avec le Congrès dans un Etat et de le combattre dans un autre.

Le temps est compté à la gauche pour régler ces questions au Bengale Occidental. Une gauche forte peut-elle émerger non seulement sur le Maïdan mais aussi dans les urnes ? Ce n’est pas une question théorique. L’épreuve se jouera dans les villages et les faubourgs du Bengale Occidental. Il faudra une bonne dose de courage aux militants de gauche pour donner confiance à leurs partisans. Comme le secrétaire général du CPI-M Sitaram Yechury l’a dit récemment, la Gauche ne pourra gagner que « si les liens de notre parti avec notre peuple s’approfondissent – avec des communistes dans le peuple comme des poissons dans l’eau ».

Le Plenum

Le CPI-M tient son plenum à ce moment pour discuter de la capacité de la classe ouvrière et de la paysannerie à constituer leurs propres organisations. Les syndicats dans les usines et les champs sont en recul devant les mécanismes créés par le capital pour saper leurs possibilités de s’organiser. Les unités de production sont éparpillées dans le monde à une telle échelle que les ouvriers sont contraints de se concurrencer entre eux au bénéfice du capital. La mécanisation de la production déplace les travailleurs réduisant des centaines de millions de personnes à accepter n’importe quel emploi. Près de 90% des travailleurs indiens sont ainsi employés dans le secteur informel.

Au cours de la dernière année, le CPI-M a étudié les changements des conditions socio-économiques en Inde et l’impact des politiques néolibérales sur les différentes classes. Après avoir tenté de comprendre ces évolutions, la direction du CPI-M a maintenant à déterminer comment organiser au mieux les ouvriers et les paysans. Comme Prakash Karat du CPI-M l’a expliqué, les nouvelles conditions exigent l’adoption de « nouveaux slogans, de nouvelles tactiques et de nouvelles formes d’organisation du travail pour développer le mouvement de classe et de masse ». Voilà ce qui sera au cœur des débats du plenum. Une part importante de la discussion portera sur les formes à adopter pour construire l’unité des travailleurs informels, des habitants des bidonvilles, des paysans itinérants sans terre : ce sont des travailleurs aussi et, même, ils constituent la masse de la classe ouvrière et de la paysannerie. Il n’existe pas de modèles tout faits pour indiquer la voie mais il y a des pistes, des idées nouvelles, comme d’organiser les travailleurs là où ils habitent plutôt que là où ils travaillent. Mais elles devront faire leur preuve dans les luttes.

Le CPI-M à lui seul compte plus d’un million de membres ayant la carte du parti. Des dizaines de millions de personnes appartiennent aux organisations de masse liées au CPI-M. Les partis avec lesquels il est allié – le CPI, le Parti socialiste révolutionnaire, le bloc « En Avant », le CPI-ML (Libération) et le SUCI (communiste) – apportent de leur côté leurs millions d’adhérents et de partisans. La gauche indienne vibre toujours. Mais elle a grandement souffert de défaites électorales (tout particulièrement au Bengale Occidental) et d’une lente défection de ses membres.

La Gauche doit non seulement créer des tactiques tenant compte du présent mais elle devra aussi tourner ses revendications vers le futur. Il ne coule pas de source pour tous que la gauche représente l’avenir, que la gauche peut réellement prendre le pouvoir et que, seule la gauche, peut trouver des solutions aux problèmes pressants d’aujourd’hui. La croyance que le futur appartient à la gauche n’existe plus. Elle doit être recréée, pas simplement par les luttes dans le présent, mais par une affirmation plus solide et confiante pour le futur. L’horizon de la gauche reste cantonné aux luttes actuelles. Il aura besoin d’être projeté dans le futur pour écarter la vision prédominante que l’avenir appartient à la droite. C’est ainsi que le marxiste péruvien, José Carlos Mariategui, voyait la situation en 1925.

« Ce qui différencie le plus clairement et le plus évidemment [la bourgeoisie et le prolétariat] dans cette ère, c’est le mythe. La bourgeoisie n’a plus de mythes. Elle est devenue incrédule, sceptique, nihiliste. Le mythe libéral ressuscité a lui aussi vieilli. Le prolétariat a un mythe : la révolution sociale. Il se dirige vers ce mythe avec une foi passionnée et active. La bourgeoisie nie ; le prolétariat affirme. Les intellectuels bourgeois s’occupent avec une critique rationaliste de la méthode, de la théorie, avec la technique révolutionnaire. Quel malentendu ! La force des révolutionnaires n’est pas dans leur science ; elle est dans leur foi, leur passion, dans leur volonté. C’est un pouvoir religieux, mystique, spirituel. C’est la force du mythe ».

Précisément ce que les communistes doivent invoquer, c’est le mythe de la révolution. La révolution est le sort que jette le sorcier du monde des morts et qu’il ne peut plus contrôler. Elle affirme la vie et apporte une alternative complète au présent. A défaut de ce mythe, restent les prétentions plus petites à gouverner – les communistes sont incorruptibles et dignes, capables de gouverner selon les besoins des gens plutôt que d’être simplement un frein à la corruption et à un système indigne. Les horizons plus larges qui étaient autrefois la marque de la gauche ont besoin ont besoin d’être ravivés à nouveau.

Le dernier livre de Vijay Prashad s’intitule « No Free Left : The futures of Indian Communism » (New Dehli LeftWord Books, 2015)

Retrouvons nos réflexes ! « Starwars » est un produit idéologique de l’impérialisme américain : Ne nous abstenons pas de le dire !

EDT pour Vivelepcf, 27 décembre 2015

C’est la « folie Star Wars » : 10 à 15 millions de spectateurs attendus en France entraînés par des millions de budget pour une promotion bien orchestrée, reprise par tous les médias dominants, en vue, au plan planétaire, de plusieurs milliards d’euros de recettes, sans compter les produits dérivés.

Laissons aux cinéphiles, que nous sommes parfois aussi, juger des qualités narratives et esthétiques, indéniables de la série, possibles du nouvel épisode. Etudier finement l’effet du film sur les différentes catégories de spectateurs, la nature de sa construction mythologique, la diffusion de ses codes, est du plus haut intérêt intellectuel vu le caractère de masse du phénomène ; de même qu’étudier les différents niveaux de lecture des films de la série, même si le dernier est produit par Disney, connu pour traquer, dans les détails, tout écart avec la ligne idéologique étatsunienne.

Il n’en demeure pas moins que l’impact culturel, idéologique et politique du film et sa propagande se fera avant tout au premier degré : dans l’exposition manichéenne d’un univers où s’opposent des méchants à la rouerie infinie et des gentils contraints de faire la guerre avec des armes toujours plus sophistiquées, qu’il serait juste de nommer de « destruction massive ».

La transposition n’est pas difficile à faire. Comment ne pas voir les Etats-Unis et leurs alliés – l’impérialisme américain – derrière les gentils et leurs ennemis successifs (« communisme », « terrorisme » etc.), derrière les avatars successifs des méchants du film, réunis dans « l’Empire » (le mot n’est pas choisi par hasard !) ? Nous nous souvenons que la « Guerre des étoiles » a été le nom donné à la militarisation de l’espace sous Reagan, au début des années 80, dans le but d’étouffer un peu plus l’URSS par la menace militaire et la course aux armements.

On entend parfois certaines personnes bien intentionnées recommander aux parents de ne pas offrir de ne pas offrir de soldats de plomb ou de panoplie de d’Artagnan à leur garçon parce que cela pourraient les rendre belliqueux plus tard et aussi parce qu’il faut rompre avec les « stéréotypes de genre ». J’espère qu’on entendra ces voix dénoncer les ventes « d’épées laser » (basse consommation, j’espère !) à destination des enfants car les victimes amputées des bombardements et des guerres ne se font pas remplacer leur bras manquant par un nouveau bionique comme dans « Star Wars ».

Dire tout cela, sur un ton plus ou moins sérieux, engager le débat sur « Star Wars » sous l’angle de la dénonciation de l’impérialisme américain, également de l’impérialisme culturel américain, communistes, nous l’avons toujours fait et je ne vois pas pourquoi nous ne le ferions pas aujourd’hui. Cela ne signifie évidemment pas d’appeler à boycotter le film. Mais, ce n’est pas parce que 10 ou 20 millions, dont des électeurs potentiels, seront allés le voir et la plupart, par conviction ou par effet d’entraînement, l’auront trouvé bien que nous devrions nous abstenir de critiquer un élément de la propagande de masse au service de ce que nous combattons le plus : la guerre impérialiste.

Aussi, je trouve regrettables les allusions, les citations, les bons mots faisant référence, même au second degré, à « Star Wars », multipliées en ce moment par des personnalités politiques soucieuses de ne pas passer à côté de la mode médiatique. Ce n’est pas très grave, mais pas non plus très drôle : dans ses avant-vœux sur Facebook, le secrétaire de notre parti, Pierre Laurent, y va du « côté obscur de l’année 2015 (actu oblige !) » à « d’ici là … (ses vœux), May the force be with you » (suivant la formule rituelle en anglais : « Que la force soit avec vous »). On le pardonne pour cette marque de conformisme ! Moins étonnant, le maire PS de Lyon, entre autres, y est allé de son « Que la force soit avec Lyon » etc.

Mais on ne peut pas accepter la nouvelle dérive du ministère de l’éducation. Sur son site internet, en vue de sa campagne de (maigre) recrutement, le ministère publie un « visuel interactif » reprenant certaines des formules de la novlangue matraquée par « Star Wars », comparant notamment  le futur prof au personnage de soi-disant sage du film (voir l’image). Bien des profs s’en sont indignés confrontant ces slogans avec l’insuffisance des moyens et la dégradation des conditions de travail. A son tour, le ministère des affaires étrangères a sorti un visuel équivalent dans un « Tweet », comme encore la Gendarmerie nationale. C’est affligeant mais c’est aussi inquiétant tant cela témoigne de la perte de neutralité des institutions « républicaines ». La ministre Vallaud-Belkacem n’a que le mot « laïcité » à la bouche mais elle colporte la religion de « Starwars » qui celle de la guerre et de l’argent.

On pourrait multiplier les exemples. Un dernier, à l’étranger, sans doute le plus significatif. A Odessa, en Ukraine, le 23 octobre 2015 – en plein battage mondial pour le nouvel épisode – les autorités ont fait remplacer la grande statue de Lénine qui veillait sur les habitants de la ville depuis des décennies par une statue de même ampleur représentant le chef des méchants de « Star Wars », Dark Vador. Plus exactement, l’auteur a recouvert la statue de Lénine, en en laissant apparaître certains morceaux, de telle façon que la population fasse mieux l’identification. Cela s’est passé dans le cadre du processus de criminalisation du communisme et d’interdiction du Parti communiste en Ukraine, en application des lois iniques du gouvernement fascisant mis en place avec l’appui des Etats-Unis et des Etats européens. Cela se passe dans la ville où, dans l’incendie criminel de la Maison des Syndicats, le 2 mai 2014, 63 personnes ont été tuées par des fascistes ukrainiens qui entravent aujourd’hui la tenue du procès.

« Star Wars », ce n’est pas qu’un divertissement et le message de « Starwars » n’est pas qu’une fable ou une plaisanterie.