Histoire

37e Congrès – Texte Alternatif – Conclusion: Préparer le centenaire de 1917 et 1920

37ème congrès du PCF – Texte alternatif  » PCF: Reconstruisons le parti de classe! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

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CONCLUSION: Préparer le centenaire de 1917 et 1920

L’histoire du PCF fait partie de l’histoire du pays et imprègne profondément ses traditions de lutte.  Nous en sommes fiers.

Elle est un enjeu de lutte idéologique en elle-même. On se souvient de la tentative de récupération et de « décommunisation » de la mémoire de Guy Môcquet et de la résistance communiste par Sarkozy.

Militants, nous entendons souvent des patrons ou des DRH nous dire qu’ils avaient un grand parent communiste. Comme un courant de sociologues spontanés, ils nous expliquent volontiers que le parti a permis l’ascension sociale de certains ouvriers pendant les « trente glorieuses », que ça avait été bien, mais que cela correspondait plus à une situation individuelle, dans un cadre historique révolu, qu’à un engagement révolutionnaire… Quel révisionnisme !

Cette année, on fête le 80ème anniversaire du Front Populaire. Certains prétendent placer sous ces auspices leurs initiatives de recomposition politique « à gauche » ou « à la gauche de la gauche », dont notamment les primaires. Imagine-t-on Cécile Duflot ou Arnaud Montebourg à la place de Blum ? Qui à la place de Maurice Thorez ? Et que donnerait la photo ?

Ce que l’on met moins en avant à propos du Front populaire, c’est que l’initiative d’une unité antifasciste revient au parti communiste, que le Parti et son formidable essor sont le moteur des luttes ouvrières à l’origine des grandes conquêtes sociales de 36. De son côté, Blum affichait sa loyauté aux possédants, abandonnait les Républicains espagnols. La majorité des parlementaires du Front populaire socialistes et radicaux – pas Blum – allaient voter les pleins pouvoirs à Pétain…

Le patronat cible ouvertement les conquêtes de la Libération issues du Programme du Conseil national de la Résistance. Communistes, leur défense, celles des grands monopoles publics nationalisés, sortis des « grandes féodalités économiques », celle de la Sécurité sociale sont une de nos priorités. Mais, sauf le respect que l’on doit aux représentants des autres courants de la Résistance, nous ne pouvons pas laisser dire aujourd’hui que le programme du CNR est issu d’une alliance nationale. Comme nous ne pouvons pas laisser dire que la paternité de la Sécurité sociale reviendrait à De Gaulle et non au Parti communiste, à la CGT et en particulier à Ambroise Croizat ! Non, le programme du CNR est issu du rapport de classe existant à la Libération, alors que la bourgeoisie, en tant que la classe, s’était discréditée dans la collaboration et était momentanément très affaiblie et le PCF à la tête de la classe ouvrière, seule résistante en tant que classe, était très renforcé.

Il y a deux événements historiques dont personne ne disputera au PCF la commémoration : le centenaire de la Révolution d’Octobre et le centenaire de la fondation de notre parti au Congrès de Tours en 1920.

 La direction du Parti depuis la Mutation 1993 a fait acte de repentance pour 1917 par la voix de Robert Hue. En 2008, Marie-George Buffet reniait à peu près tout le contenu du Congrès de Tours et déclarait: « Nous sommes au 21ème siècle, le monde a changé, les modèles se sont écroulés. Aussi, dans cette belle ville de Tours, si nous ne retenions de son célèbre congrès qu’une seule chose : le formidable espoir, cette énorme volonté politique de la part de nos camarades de construire une société meilleure. »

Nous ne partageons pas ces positions de reniement. Nous continuons à penser que la Révolution d’Octobre est féconde. Nous continuons à penser que la création, à l’appel de Lénine, des partis communistes, suivant le nom du Manifeste de Marx et Engels, prolongeant l’expérience inaboutie de la Commune de Paris, la constitution d’un parti de type nouveau, réellement un parti de classe, en rupture avec la collaboration de classe de la social-démocratie, restent d’actualité dans une perspective révolutionnaire.

Libres à des dirigeants actuels du PCF de penser le contraire. Mais nous leur faisons observer que l’identité du PCF se confond définitivement avec son histoire et sa naissance. Garder le nom « PCF », mais renier le principal de ce qu’il représente dans le pays, c’est se condamner à disparaître. C’est ce que nous constatons, durement, non spécialement depuis 1989, mais depuis 1997 et le congrès de Martigues de 2000.

Se renier et disparaître, ce n’est pas notre choix. Assumer, même de façon impitoyablement critique notre histoire, pour la poursuivre, si !

Aussi, nous proposons que le 37ème congrès du PCF lance, à l’occasion du centenaire de la Révolution d’Octobre, une vaste commémoration, des rencontres nationales, non pas un colloque d’historiens choisis, mais une mise en débat général dans le Parti et au-delà de l’héritage et de l’actualité de 1917.

Un politicien socialiste, Jean-Marie Le Guen, a prédit, goguenard, que le PCF ne fêterait pas son 100ème anniversaire. Nous l’assurons du contraire.

 

Nous pensons que les travailleurs, notre peuple ont besoin du Parti communiste français.

Nous savons que le besoin ne suffit pas à l’existence du PCF.

Le PCF doit donner la priorité au rassemblement dans les luttes et redevenir un parti de classe

Notre texte est un appel à faire vivre, à renforcer, à reconstruire le PCF

Hommage au patriote communiste franco-syrien Antoine HAJJE, exécuté par les nazis le 20 septembre 1941

4 Mars 2016 , Rédigé par PCF – Section Paris 15ème Publié dans #Histoire – Notre mémoire

L’actualité appelle au souvenir de l’avocat communiste Antoine HAJJE (1904-1941), fusillé par les nazis le 21 septembre 1941 au Mont Valérien. Régulièrement, nous lui rendons hommage, parmi tant d’autres héros communistes, morts en martyrs sous l’Occupation et dans la Résistance. Une toute petite rue porte son nom dans le 15ème arrondissement de Paris.

Avec notamment ses confrères Georges Pitard et Michel Rolnikas, exécutés en même temps que lui, il a essayé de défendre jusqu’au bout, en tant qu’avocat, dans le peu de légalité qui pouvait encore exister, les militants communistes, les résistants de la première heure avant leur propre arrestation le 25 juin 1941.

Il se trouve qu’Antoine HAJJE était, sinon « binational », syrien naturalisé français en 1925. La Syrie, englobant le Liban, était alors sous mandat français. Antoine HAJJE rejoint le PCF en 1932. Il aide déjà le Secours Rouge International (SRI).

Patriote syrien, en lien avec le PCF, la CGTU et le SRI, il contribue à combattre l’impérialisme français et ses relais locaux en Syrie. Il participe à la constitution d’un parti de défense des syndicats syriens. Il ramène de son voyage là-bas en 1932 une série d’articles pour l’Humanité (voir ci-dessous « Comment en Syrie, on assassine les travailleurs »).

Patriote français, il meurt sous les balles de l’envahisseur nazi après avoir écrit au bâtonnier : «Nous allons à la mort satisfaits d’avoir, en toutes circonstances, accompli notre devoir, tout notre devoir (…). Nous mourons prématurément mais c’est pour la France. Nous en sommes fiers. Je dis adieu à une profession que j’ai aimée ; j’aurai été jusqu’à la fin le défenseur de la dignité humaine et de la vérité ».

Un exemple de militant internationaliste.

PCF Paris 15, 2 mars 2016

« COMMENT, EN SYRIE ON ASSASSINE LES TRAVAILLEURS »par Antoine HAJJE, article paru dans l’Humanité du 24 décembre 1932

« En Syrie, l’impérialisme a quotidiennement recours à l’illégalité et au crime, C’est le dernier argument de l’injustice sociale et de la raison d’Etat. (Lire la suite…)

Il y a 95 ans, le 25 décembre 1920 : un « Noël socialiste » par Marcel Cachin

Nous reproduisons le texte de l’éditorial de l’Humanité du 25 décembre 1920, signé Marcel Cachin. Il traite de l’ouverture du congrès de Tours de la SFIO d’où naîtra le PCF. Il est intitulé : « Noël socialiste ». Vivelepcf, 25 décembre 2015

Noël socialiste

Le congrès national du Parti s’ouvre à Tours aujourd’hui.

Aujourd’hui va s’ouvrir à Tours le congrès du Parti. Chacun des socialistes français sait l’importance capitale des décisions qui en doivent sortir, et nul ne peut les attendre sans l’émotion la plus vive.

Cette réunion se tiendra au milieu des événements d’ordre intérieur et extérieur les plus troubles et les plus angoissants. Une seule préoccupation peut retenir désormais les délégués qui vont avoir la lourde charge d’indiquer son orientation au socialisme de notre pays : il s’agit de mettre le Parti de la classe ouvrière en état de faire victorieusement face aux éventualités graves qui l’attendent en un avenir proche.

Le Congrès de Tours est annoncé depuis près de cinq mois. Depuis le début d’août, son programme est discuté avec passion, avec fièvre dans tous nos journaux et même dans ceux de la bourgeoisie. Les fédérations du Parti, les sections les plus reculées des villes et des champs ont été appelées à en connaître, à fixer leur libre choix entre les diverses motions opposées.

Jamais par le passé, au temps des conflits d’idées les plus violents entre socialistes, procédure plus vraiment démocratique ne fut employée. Chacun des militants, sans en excepter un seul, a pu avoir connaissance des textes, des thèses, des conditions, des arguments pour et contre l’adhésion à Moscou ; chacun sait clairement les conséquences qui suivront cette décision.

Après un débat d’une ampleur inusitée poursuivi pendant de longues semaines dans la presse, dans les meetings, dans les réunions de groupes, dans les congrès fédéraux, on peut affirmer que le maximum de garantie a été donné au Parti pour arrêter sa décision.

Ses délégués vont parler.

Quelle que soit la résolution qu’ils s’apprêtent à voter, ils représentent seuls le socialisme français dont ils tiennent en main la destinée. Lorsqu’ils auront rendu en toute indépendance un verdict aussi longuement mûri, la décision de Tours représentera la volonté véritable du prolétariat organisé politiquement ; elle deviendra la règle qui, du plus petit au plus grand, s’imposera à chacun des militants du pays.

MARCEL CACHIN

1955 : Quand les députés communistes votaient contre « l’état d’urgence ». Intervention d’Alice Sportisse, députée d’Oran

31 mars 1955. Retranscription depuis le Journal officiel des débats – Assemblée nationale, d’après le microfilm, par JP pour vivelepcf.fr

ASSEMBLEE NATIONALE – PREMIERE SEANCE DU 31 MARS 1955

ETAT D’URGENCE – Suite de l’examen d’un projet de loi. Intervention d’Alice Sportisse (du Parti communiste algérien) pour le groupe communiste

M. le Président. La parole est Mme Sportisse (applaudissements à l’extrême-gauche)

Mme Alice Sportisse. Mesdames, messieurs, le plan du gouvernement avait été minutieusement préparé en vue d’obtenir un vote surprise de l’Assemblée et pendant que l’attention générale se portait sur la discussion des accords de Londres et de Paris, au Conseil de la République.

De plus, il a choisi la semaine précédant les vacances parlementaires pour surprendre la vigilance de certains de nos collègues déjà préoccupés par d’autres activités dans leur circonscription. Mais ce plan a en partie échoué parce que nous avons réussi à faire reporter ce débat d’une semaine. Cependant, il n’en demeure pas moins qu’en une semaine – et quelle semaine ! – le peuple de France et le peuple algérien n’ont guère eu le temps de manifesté leur opinion.

Malgré cela, par en juger par les réactions de la presse, même modérée, en France, par les nombreuses protestations qui s’élèvent de toute part – plus particulièrement parmi les travailleurs manuels et intellectuels – l’émotion que soulève un tel projet est intense. En Algérie, cette émotion est à son comble. Elle se traduit par des centaines de télégrammes et de résolutions envoyés à notre Assemblée.

Le Gouvernement ne pouvait pas penser qu’il en serait autrement. C’est pourquoi il a essayé de faire ce mauvais coup à l’improviste.

Ces textes sont d’une exceptionnelle gravité. Ils n’ont pas leur équivalent dans l’histoire du Parlement français depuis la fin du siècle dernier. Ils ont une portée générale et nos collègues de France ont raison d’en être inquiets.

L’état d’urgence pourrait être demandé par le gouvernement après qu’il aurait réussi à créer artificiellement, comme il l’a fait en Algérie, une atmosphère propice, pour tout ou partie du territoire de la métropole, à l’occasion d’une manifestation de mécontentement de telle ou telle partie de la population.

M. Antoine Serafini. Ceux qui ont été tués l’ont-ils été artificiellement ?

Mme Alice Sportisse. En l’occurrence, ils ont raison de qualifié ce projet de loi de projet fasciste, car il vise purement et simplement à supprimer toutes les libertés publiques et individuelles et à instaurer l’état policier, précurseur du régime fasciste.

Ce sentiment qu’éprouvent nos collègues de France – plusieurs d’entre eux l’ont exprimé à cette tribune – est d’autant plus légitime que la situation en Algérie – M. l’abbé Gau l’a montré – est le prétexte choisi pour permettre au gouvernement de se forger une arme redoutable contre le peuple de France lui-même.

En effet, la situation en Algérie ne peut être qu’un prétexte car si l’on examine cette situation sous ses divers aspects, on constate que, même en se plaçant au point de vue du gouvernement, celui-ci n’avait nullement besoin de faire voter de tels textes.

C’est pourquoi j’adjure l’Assemblée de ne pas se laisser influencer par les exagérations et les inventions de toutes sortes qui ont été répandues dans les couloirs par les soutiens très zélés du Gouvernement. Dont certains élus d’Algérie surtout aveuglés par leur haine colonialiste ou par leur peur maladive de voir quelque chose changer en Algérie (Applaudissements à l’extrême-gauche).

Il ne faut pas, mesdames, messieurs, que l’arbre cache la forêt et que certains d’entre vous, croyant voter un texte destiné, dans leur esprit, à une colonie – encore que son contenu soit d’une gravité lourde de conséquences – puissent se rendre complices d’une entreprise gouvernementale dirigée vers un tout autre but.

Nous sommes en droit de dire ici qu’en ce qui concerne l’Algérie, ce gouvernement, tout comme son prédécesseur – à qui d’ailleurs, il attribue la paternité de ces dispositions scélérates – n’a pas attendu d’être en mesure de décréter l’état d’urgence pour agir à sa guise, avec les moyens les plus étendus. Mais il est évident qu’il entend profiter du vote du Parlement pour amplifier encore la répression et l’arbitraire.

Plusieurs interpellations ont déjà été discutées ici, depuis novembre. Chaque fois, le Président du Conseil ou le ministre de l’intérieur ont apporté les mêmes affirmations, à savoir que le Gouvernement avait pris toutes les mesures de la plus implacable répression.

Au cours du débat du 12 novembre dernier, par exemple, le président du conseil, M. Mendes-France s’exprimait ainsi : « le premier devoir de cette solidarité nationale que le Gouvernement a la charge de traduire par ses actes, consiste à affecter tous les moyens nécessaires au rétablissement ou au maintien de l’ordre public. »

Il ajoutait :

« Des forces de sécurité supplémentaires, des renforts militaires, ont été immédiatement envoyés sur place dans les heures mêmes qui ont suivi les premiers attentats ; d’autres sont acheminés en ce moment ; d’autres viendront encore et autant qu’il en faudra et même plus…

Vous pouvez être certains, en tout cas, qu’il n’y aura, de la part du Gouvernement, ni hésitation, ni atermoiements, ni demi-mesures dans les dispositions qu’il prendra pour assurer la sécurité et le respect de la loi. »

Ces déclarations, réitérées au cours des débats suivants par ce même président du conseil, ainsi que par d’autres ministres, ont été confirmées dans les faits. Actuellement, l’appareil de répression envoyé en Algérie comprend plus de 100.000 hommes de troupe et de forces supplétives. L’appareil policier a été considérablement renforcé. Le budget de l’Algérie en sait quelque chose puisqu’il a été porté, cette année, de 6.851 millions de francs à 10.561 millions, alors qu’au titre des constructions de la santé publique, il n’est que de 2.612 millions.

Vous voulez aujourd’hui déférer devant les tribunaux militaires les milliers d’Algériens arbitrairement arrêtés. Pourtant, les tribunaux civils sont allés vite en besogne, ils ont agis avec la célérité qui leur était demandée par le gouvernement.

Le ministre de la justice, M. Robert Schuman, citait des chiffres tout dernièrement devant la commission de la justice. Au 1er janvier, on comptait 1300 inculpés ; au 1er février 2404 inculpés et 2298 détenus ; au 1er mars 1475 inculpés et 1375 détenus. La différence de ces derniers chiffres avec ceux du 1er février, c’est-à-dire près d’un millier d’inculpés, représente près d’un millier d’affaires jugées en un mois. Que voulez-vous de plus comme célérité et rapidité de la justice ?

Quant à l’argument qui consiste à dire que cette énorme organisation répressive, sur les plans militaire et administratif, comme sur les plans politique et judiciaire, était limitée dans ses mouvements par la loi, jugée insuffisante pour les besoins de la situation, je pose la question : à quel moment depuis le mois de novembre et avant novembre, l’existence ou l’inexistence d’une loi a-t-elle empêché les pouvoirs publics d’agir en Algérie hors de la légalité ?

Qu’il s’agisse de la détention des présumés coupables, des suspects, la police garde entre ses mains des hommes ainsi arrêtés pendant des jours et des jours, pendant des semaines parfois, pour obtenir des aveux au moyen de la torture. Ces agissements ne constituent pas quelques cas particuliers. M. l’abbé Gau a eu raison de le de souligner, ils sont entrés dans les habitudes.

Dans le domaine de la liberté d’expression, est-ce que le gouverneur général, le préfet d’Alger se sont parfois gênés pour saisir les journaux, sans notification, sans motif, comme ce fut le cas pour le numéro du 7 novembre l’Alger Républicain, sans avoir même connaissance du contenu du journal puisque les policiers attendaient sa sortie à l’imprimerie ou bien essayaient même de saisir les plombs ?

Quant aux opérations militaires dans les Aurès, les paysans auressiens pourraient vous renseigner si seulement vous daigniez les interroger. Eux qui ont dû abandonner leur foyer et leur village, leurs récoltes et leur bétail, eux qui assistent journellement à l’incendie de leur demeure, pourraient vous dire que les militaires sont les maîtres absolus de toute une région où ils font régner la désolation, où ils se livrent à tous les sévices, y compris l’enlèvement des femmes et des jeunes filles, des familles dont les chefs ne défèrent à leurs ordres.

Le couvre-feu existe, le contrôle des routes et des chemins aussi ; des zones sont interdites à toute circulation de personne et de véhicule ; les hommes, avec leurs bêtes, sont réquisitionnés journellement pour guider les militaires dans leurs patrouilles. Bien entendu, la population n’a le droit que de se taire et de mourir de faim, privée de ses foyers, de ses moyens d’existence, pendant que les forces de répression dilapident ses biens si péniblement amassés.

C’est cela que je suis allée constater moi-même dans les Aurès en accompagnant une délégation de notre parti communiste algérien. Quand on entend M. Genton évoquer les ruines de Timgad ou de Lambèse, on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit d’une amère dérision quand on sait que ces témoignages grandioses du passé sont aujourd’hui transformés en camps guerriers et que, par exemple, le livre d’or du musée de Timgad est devenu un  registre de contrôle militaire.

Dans le domaine des libertés les plus élémentaires reconnues par la Constitution, proclamées comme étant inviolables et sacrées, telle la liberté d’opinion, les tribunaux en Algérie ne condamnent-ils pas depuis des années, des militants communistes, nationalistes, syndicalistes, en vertu du fameux article 80 parce qu’ils ont simplement écrit un article dans lequel ils ont eu l’audace d’employer le mot « liberté », parce qu’ils ont présidé une réunion ou participé à la réduction d’un tract imprimé et diffusé légalement ?  C’est ainsi que les dirigeants de notre parti sont condamnés pour ces motifs à de nombreuses années de prison et à des millions de francs d’amende.

Par conséquent, le Gouvernement ne pourra faire croire à un seul Algérien qu’il avait besoin d ‘une nouvelle loi d’exception pour réprimer le mouvement national et démocratique algérien. Il faudrait, d’ailleurs, que le Gouvernement fût lui-même convaincu. Il ne le semble pas quand on lit l’exposé des motifs du projet et que, d’autre part, le ministre de l’intérieur déclare aux journalistes qu’il ne faut pas s’exagérer la gravité de la situation, qu’il n’y a, dans toute l’Algérie, que 400 à 600 rebelles organisés et disposant d’armes généralement rudimentaires.

On se demande alors où le Gouvernement veut en venir avec ce monstrueux projet qui devient, pour l’immédiat, un texte d’exception pour l’Algérie, puisque, dans sa hâte de le faire aboutir, le Gouvernement a accepté de fondre en un seul texte les deux projets qu’il avait primitivement déposés dont l’un précisait les conditions dans lesquelles devait s’appliquer éventuellement l’état d’urgence en France, en Algérie et dans les départements d’outre-mer et dont l’autre proclamait l’état d’urgence pour l’Algérie seulement. Aujourd’hui, on soumet à l’Assemblée un seul texte qui prévoit, dans son titre deux, l’application de l’état d’urgence à l’Algérie. Par ce seul fait, le Gouvernement et sa majorité font la démonstration du caractère fallacieux, je dirais hypocrite, des formules dont ils usent et abusent : « l’Algérie, c’est la France », «les Algériens musulmans sont des citoyens français égaux à tous les autres ».

Oserez-vous, avec un tel texte, vous présenter encore devant le peuple algérien en lui disant qu’il est l’égal du peuple de France, qu’il ne fait l’objet d’aucune discrimination ?

La vérité, c’est que vous traitez ce peuple comme vous l’avez toujours fait. Vous pensez que vous avez tous les droits sur lui parce que, pour vous, l’Algérie doit rester une colonie, une chasse gardée des seigneurs des mines, des terres et des banques (interruptions à droite et au centre).

Au surplus, par sa position stratégique importante, dans le dispositif des impérialistes du pacte de l’Atlantique, le peuple algérien doit être réduit au silence et consentir à ce que son pays serve de base aérienne et navale pour la guerre que vous préparez contre les pays socialistes et l’Union soviétique, à ce que l’Algérie fournisse les matières premières stratégiques et serve de terrain d’expériences. Pour cela, vous la donnez en partage, sous le couvert de l’Eurafrique, aux impérialistes allemands et américains.

Votre loi scélérate est la suite logique du réarmement de l’Allemagne…

M. Raymond Dronne. Les scélérats sont ceux qui encouragent les assassins.

Mme Alice Sportisse. … car il vous faut faire face à l’opposition grandissante qui s’élève en France et en Algérie contre cette politique violemment réactionnaire et violemment colonialiste.

Le Gouvernement montre ainsi son incapacité à régler les problèmes qui se posent et votre projet d’état d’urgence ne traduit pas une position de force. Bien au contraire, auriez-vous besoin d ‘une législation répressive d’exception si vous étiez assurés de l’appui des masses populaires ?

N’est-ce pas précisément parce que vous craignez la force de l’opinion publique que vous avez recours à la répression appuyée sur l’illégalité devenue loi.

Pourtant vous auriez pu déjà tirer des leçons de ce qui se passe dans les trois pays d’Afrique du Nord et comprendre ainsi que la répression, la force n’ont rien résolu, qu’elles ne peuvent rien résoudre.

M. Félix Kir. Alors qu’elle est la solution ?

Mme Alice Sportisse. Au peuple tunisien, le gouvernement précédent a fait des promesses solennelles à la suite desquelles des négociations ont été entreprises entre les représentants des deux pays, négociations que le peuple tunisien a exigées par sa lutte et ses sacrifices.

Il y aurait beaucoup à dire de la manière dont celles-ci sont menées et de l’attitude louvoyante du gouvernement français en ce qui concerne les points sur lesquels elle porte. Mais enfin, il y a discussion et le peuple tunisien espère, sans s’illusionner pour autant.

Voyons, en revanche, ce qui se passe au Maroc. Rien n’a été entrepris. L’état d’exception se prolonge avec toutes ses conséquences. La répression est féroce et sanglante. Tout cela abouti à une aggravation angoissante de la situation. Des victimes innocentes tombent chaque jour à cause de cette politique stupide.

Votre projet ne tend qu’à rien d’autre qu’à aggraver l’insécurité qui règne en Algérie. Il risque d’approfondir la division entre Musulmans  et Européens, entre l’Algérie et la France.

Nous lutterons quant à nous contre l’application de ces mesures, de toutes nos forces, et, avec nous, tous les Algériens musulmans et européens qui se prononcent et qui luttent quotidiennement pour la défense des libertés, en Algérie contre la répression (applaudissements à l’extrême-gauche).

C’est maintenant une évidence que ce grand mouvement qui se manifeste contre cette répression et qui exige une solution démocratique du problème algérien englobe la grande majorité du peuple, y compris les Européens.

Seuls en demeurent écartés les grands privilégiés de la colonisation, et pour cause.

Que veulent donc ces organisations populaires, ces partis politiques nationaux, ces personnalités intellectuelles, ces fonctionnaires, ces petits colons qui, par milliers signent des pétitions ? Que veulent les travailleurs algériens, sinon que le Gouvernement reconnaisse l’existence d’un problème politique en Algérie et que sa solution en soit recherchée honnêtement, loyalement, avec les véritables représentants de ce pays, issus de toutes les parties de la population, les représentants de toutes les opinions politiques et philosophiques.

Il est vrai que la situation économique et sociale de l’Algérie est alarmante. Il est vrai que ce peuple ne veut plus et ne peut plus supporter les conditions inhumaines d’existence qu’il connaît actuellement.

Quelles sont les véritables causes de  cette tragique situation ? Quels sont les motifs véritables qui ont déclenché les événements de novembre sinon les conditions imposées à ce peuple de 10 millions d’hommes et qui est le régime colonial ?

On peut lui donner le nom que l’on voudra et persister à parler des trois départements français ou de la province française d’Algérie ; on peut parler, non d’assimilation mais d’intégration; ce ne sont là que des mots.  La réalité, c’est que le peuple algérien ne connaît pas le libre exercice de ses droits reconnus par la Constitution. Il ne peut élire comme il l’entend ses représentants. La discrimination le frappe sur le plan politique puisque, bien qu’il ait une personnalité indéniable, l’affirmation de cette personnalité lui est contestée.

La majorité des éléments qui composent ce peuple, n’a pas le droit de s’instruire dans sa langue, qui est celle de sa religion, de son passé historique. Il n’a le droit à aucune instruction puisque deux millions de ses enfants sont sans école.

Il n’a pas le droit de disposer de sa terre, de ses richesses ; il n’a le droit que d’être malheureux, humilié, réduit à la misère par des lois d’exception comme celle que vous voulez voter.

Par conséquent, avant tout, le problème qui se pose en Algérie est un problème politique et c’est de sa solution que dépendent toutes les autres questions économiques, sociales ou autres.

La position de notre parti communiste algérien est connue. Nous sommes convaincus que c’est la seule juste. L’Algérie est une nation qui se forme par le mélange de vingt races et qui, dès maintenant, constitue un peuple original avec sa mentalité, son mode de vie, son passé propre et son patrimoine culturel enrichi sans cesse par l’apport de deux grandes civilisations.

L’avenir des Algériens ne peut se concevoir que dans l’affranchissement de leur état actuel de colonisés et dans la perspective pour eux de gérer eux-mêmes les affaires de leur pays.

C’est pourquoi nous voyons cet avenir dans l’édification d’une république algérienne, avec toutes les institutions qui en découlent…

M. Auguste Joubert. De telles paroles sont inadmissibles !

Mme Alice Sportisse. … qui serait unie à la France par des liens librement établis dans le respect des intérêts réciproques. (Applaudissements à l’extrême gauche.)

C’est là l’aboutissement, l’objectif. Des étapes devront être auparavant franchies. C’est dès maintenant que l’une de ces étapes doit être réalisée, car elle rallie l’accord de la quasi-unanimité de la population.

A notre avis, cette étape doit consister en la dissolution de l’actuelle Assemblée algérienne qui ne représente rien, car on sait dans quelles conditions elle est élue, et en son remplacement par une Assemblée algérienne réellement élue et représentant la population proportionnellement à l’importance des différentes couches ethniques qui la composent, cette assemblée demande à avoir les pouvoir réels, de gérer toutes les affaires intérieures de l’Algérie.

Dans le moment présent, avec l’arrêt immédiat de la répression, la satisfaction des revendications des travailleurs et des classes moyennes sur le plan économique et social, la réalisation de cette revendication politique amènerait une détente certaine. C’est alors que l’on pourrait parler de confiance et d’espoir.

C’est dire que nous ferons tout pour continuer notre action dans ce sens, en nous appuyant sur les larges masses populaires, en les appelant à mener une lutte politique de masse pour la réalisation de toutes ces revendications, des plus petites aux plus grandes.

Nous voulons mener ce grand combat avec l’immense confiance que nous avons dans le peuple de France, notre ami, dans ses ouvriers, dans ses paysans, dans le parti communiste français. Nous savons que nous ne sommes pas seuls. C’est le gouvernement qui est seul ; il s’isole ; en effet, avec ses lois scélérates que nous saurons rapidement faire abroger. (Applaudissements à l’extrême gauche.)