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Elections présidentielles en Tunisie : plusieurs dirigeants du Parti El Massar (descendant du PCT) ont appelé à voter au 1er tour pour Hamma Hammami
Vivelepcf, 23 novembre 2014
Les élections présidentielles en Tunisie se dérouleront le 23 novembre 2014 pour le 1er tour et le 28 décembre pour le second, s’il y a lieu de l’organiser.
La nouvelle constitution accorde un pouvoir restreint au Président de la République. Mais pour la première fois depuis le renversement du dictateur Ben Ali, elles ont lieu au suffrage universel direct. Le symbole sera fort. Surtout, le scrutin présidentiel vient compléter les élections législatives d’octobre qui n’ont pas dégagé de majorité à l’Assemblée nationale. Il influencera la composition de la future coalition au pouvoir.
Pour beaucoup de progressistes et, parmi eux, de communiste tunisiens, la participation aux élections n’a pas d’autre sens que d’éviter le pire, en choisissant le moindre mal, du moins au 2nd tour.
Le pire pour la société tunisienne dans son ensemble, c’est les islamistes, à la fois ultracapitalistes et ultraréactionnaires.
Leur parti Ennahdha a enregistré un recul notable aux dernières législatives par rapport à 2011, passant de 37 à 28%. Trois ans de gouvernement ont entamé les illusions que sa démagogie populiste et ses réseaux ont répandues notamment dans les catégories les plus pauvres. Ils ont mis en évidence sa politique inspirée officiellement des islamistes turcs : une politique de casse sociale, de protection et d’extension des intérêts et des pratiques des possédants, d’alignement sur les directives du Fonds monétaire international et de l’impérialisme. L’obscurantisme social et culturel propagé au nom de la religion est apparu comme le complément et le vecteur de cette politique. Au plan international, les islamistes ont poussé la Tunisie à s’aligner sur les dictatures du Golfe. L’anarchie régnant et le développement de groupes islamistes surarmés dans la Libye limitrophe peuvent légitimement susciter de plus grandes craintes encore sur ces soi-disant « islamistes modérés ».
Soucieux de ne pas faire subir un vote sanction à leur leader, les islamistes d’Ennahdha ont décidé de ne pas présenter de candidat aux présidentielles. Mais ils soutiennent en sous-main la candidature du président sortant Moncef Marzouki. En peu de temps, l’ancien opposant droit-de-l’hommiste s’est déconsidéré par son amour visible des ors et honneurs et par ses combinaisons politiciennes, au point que son parti est tombé à 2% aux législatives. Il n’est plus que le fantoche des islamistes.
Le moindre mal pour beaucoup de camarades tunisiens, c’est le candidat des revenants de l’ancien système, de ceux qui ont été les moins impliqués dans les pires dérives du Ben Ali finissant, de ceux qui représentent les quelques bons souvenirs de la période Bourghiba. L’âge du candidat choisi par ce camp, Beji Caïd Essebsi ne doit donc rien au hasard : bientôt 88 ans ! Le programme de la coalition électorale hétéroclite qu’il conduit et qui a emporté les élections législatives (avec 38%), Nidaa Tounes, ne tranche pas avec la politique « libérale » en cours, la remise en cause des acquis sociaux suivant les exigences du FMI, la protection des oligarchies locales, l’affiliation à l’impérialisme occidental. Mais elle s’affirme et apparaît, notamment en matière d’éducation, de liberté civique et de défense des droits des femmes et de la laïcité comme le principal rempart aux prétentions islamistes.
Il n’est pas du tout impossible que Nidaa Tounes et Ennahdha participent ensemble à une coalition gouvernementale au sortir de la présidentielle, avec l’un ou l’autre en chef de file. On comprend que la perspective n’a pas de quoi enthousiasmer les progressistes.
La gauche « antilibérale », à défaut d’être anticapitaliste, n’offre pas pour l’instant de véritable débouché politique, encore moins électoral. La coalition dans laquelle les héritiers du Parti communiste tunisien ont choisi de se ranger est passée à côté des élections législatives, disparaissant du Parlement. Le parti Al Massar, dans ses instances à tous les niveaux, étudie les raisons de son échec : trop de compromis peu compréhensibles voire contradictoires, une orientation tombant trop (ou pas assez) dans la social-démocratie ? Il ne présente pas de candidat à la présidentielle.
Certains camarades ne donnent aucune consigne de vote. D’autres, sans illusion, ne voit d’utilité que dans le vote pour Essebsi pour contrer les islamistes. Le dirigeant historique Ahmed Brahim appelle à voter au 1er tour pour le candidat du « Front populaire » (4% aux législatives) Hamma Mammami.
Ce choix n’est pas une évidence pour les communistes qui gardent en mémoire les effets très contreproductifs pour la classe ouvrière tunisienne des agissements des maoïstes et trotskystes sous Bourghiba. Après le renversement de Ben Ali, Hammami et son parti ont manifesté une sous-estimation totale du danger islamiste et des liens entre islamistes et bourgeoisie. Hammami a été un marche pied des Frères musulmans lors des rassemblements dits « Kasbah 2 ». Depuis, en quête de respectabilité internationale, Hammami a participé à l’abandon de la référence « communiste » du nom de son parti, l’ex « Parti communiste des ouvriers tunisiens ».
Pour autant, l’histoire mouvementée et ingrate du Parti communiste tunisien depuis deux voire trois décennies, incite à relativiser ces jugements.
Il est clair que la candidature à la présidentielle de Hamma Hammami et son élan réel sont seuls à porter des revendications sociales et politiques de rupture avec la soumission aux possédants et potentats nationaux, à la dépendance à l’impérialisme. Ils portent maintenant aussi sans ambiguïté une ligne d’opposition ferme aux islamistes en Tunisie et ailleurs. Hammami demande par exemple le rétablissement des relations avec le gouvernement syrien interrompues sous pression des islamistes.
Communistes français, la situation tunisienne retient évidemment toute notre attention. Nous ne pouvons qu’assurer nos camarades tunisiens de tout notre soutien politique, moral et matériel en France s’il le faut et de notre conviction, partagée avec eux, que tôt ou tard, la classe laborieuse tunisienne qui a su se soulever contre la dictature trouvera les voies de la constitution de son parti de classe pour son émancipation complète.
Même si avec les élections présidentielles, on vérifiera que l’on en est encore très loin.
Podemos, le « Yes we can » made in Spain : non, le possibilisme médiatique « ni droite, ni gauche » n’est pas dangereux pour le système (capitaliste) !
Analyse AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/
Il y a deux ans le mouvement des « Indignés » finissait sur une impasse politique. Il y a un an, Izquierda Unida menée par le PCE grimpait dans les sondages, frôlant les 20%. Il en faut moins aux médias dominants pour faire émerger un mouvement inoffensif pour le système, reprenant et dévoyant certaines aspirations des « Indignés » : Podemos de Pablo Iglesias.
Les modes médiatiques et politiques circulent aussi vite que les derniers i-phone, avec une baisse correspondante de leur valeur : après Die Linke, SYRIZA, c’est maintenant Podemos qui semble faire briller les pupilles de certains leaders de la pourtant modérée « gauche radicale ».
Podemos a neuf mois. Un beau bébé né en janvier 2014 de l’esprit fécond du professeur d’université en science politique et figure télévisuelle, Pablo Iglesias, regroupant autour de lui d’autres universitaires, et quelques cadres du groupuscule trotskiste « Izquierda anti-capitalista ».
Le succès de Podemos surfe sur le « mouvement des Indignés » de 2011 dont il reprend certaines aspirations idéalistes, les slogans populistes, la confusion idéologique pour alimenter un mouvement électoraliste aussi vague politiquement que soutenu par les médias du système.
Sans la moindre organisation, histoire, financement, le mouvement de Pablo Iglesias était dans tous les médias pour la campagne des européennes, bénéficiant d’une complaisance qui lui a permis d’obtenir 7,98 % et 5 députés. Podemos est donné à 20 % dans les sondages.
Alors, pourquoi l’idéologie dominante, les médias du système ne craignent-ils pas les « anti-système » auto-proclamés comme Iglesias et son mouvement Podemos ?
Un vocabulaire inter-classiste confusionniste :
la « Caste » contre les « citoyens », une capitulation idéologique
Une partie importante du succès de Podemos, c’est le vocabulaire qu’il emploie : proche des « gens », accessible, loin de toute « idéologie », dixit Pablo Iglesias.
C’est la « Caste » (les 1%, les « partis », les bureaucrates, les financiers) contre les « citoyens » (les 99 %, gens honnêtes, profs de fac, petits patrons, docteurs en sociologie au chômage, designers en freelance). N’en déplaise au Dr.Iglesias, le choix de ce vocabulaire est très idéologique.
La « Caste » devient l’ennemi, identifiée au pouvoir politique, aux « élites traditionnelles » associés aux partis mais aussi aux syndicats. Ce sont les « mauvais » patrons, liés au pouvoir, les financiers, les bureaucrates, qui ternissent l’image des patrons « honnêtes ».
Pas touche par contre à l’université, aux médias, comme chiens de garde de l’idéologie dominante. On me mord pas la main qui vous nourrit.
Le terme même de « caste » pose problème. Pas seulement parce qu’il est du répertoire de l’extrême-droite lepéniste en France, néo-fasciste en Italie, recyclant un poujadisme (ou qualunquisme en Italie) qui trouve sa concrétisation dans le « Mouvement 5 étoiles » de Grillo en Italie.
Sur le plan théorique, le terme de classe renvoie à la « science politique italienne », comme le confie presque naivement Cristina Hernandez, responsable à l’analyse politique du mouvement, dans une interview au journal communiste allemand Junge Welt.
Le livre « La casta » publié en 2007 par des journalistes du Corriere della Sera (le Figaro italien) a rencontré un franc succès, alimenté le discours « Tous pourris », « anti-parti » en Italie contre la « classe politique », les « élites » privilégiées, l’ « Etat » et la « bureaucratie » vampirisatrice, repris par Beppe Grillo avec des relents fascisants.
Cette critique de l’élitisme vient de loin, de Pareto, Mosca et Michels à la fin du XIX ème siècle, subtils critiques de la confiscation du pouvoir en « démocratie » par des « oligarchies », des « élites » qui se maintiennent par la force et par la ruse, donc la manipulation, et ne meurent que pour être remplacées par de nouvelles élites.
La conclusion qu’ils en tiraient ? Il est impossible de construire des organisations révolutionnaires, une alternative socialiste (ou communiste) face à cette « loi d’airain de l’oligarchie ». Pareto (libéral de souche) et Michels (d’abord anarcho-communiste) ont fini par adhérer au fascisme.
Chez les « citoyens », tout le monde est le bienvenu. Face aux « patrons voyous », les patrons honnêtes, qui créent de l’emploi, travaillent dur. Face aux « partis corrompus », un mouvement neuf, vierge de toute souillure historique. Face aux « experts dominants », les experts critiques.
Le discours de « Podemos » prétend englober « tout le peuple » espagnol : or, il n’évoque jamais les conditions d’exploitation des travailleurs d’Espagne, la souffrance concrète des familles expropriées, leurs fins de mois difficiles, se contenant de souligner abstraitement le sort de ces milliers de jeunes sur-diplômés, promis à l’ascension sociale, et réduits à l’Agence pour l’emploi.
Ce n’est pas une découverte théorique, c’est un retour en arrière de deux siècles. Marx soulignait combien le concept du « citoyen » (ou d’ « humain ») dans la société bourgeoise, c’est l’universalité abstraite, les droits formels, la fausse conscience, pendant et voile de l’ « homme » concret, le travailleur exploité, privé de ses droits au quotidien, aliéné dans la production.
Théoriquement, le terme de « citoyen » sert de voile idéologique à la classe dominante, pour masquer les antagonismes de classe, l’hypocrisie idéologique de la démocratie des riches. Conquérir la « citoyenneté », la « démocratie », c’est soit une illusion naïve, soit un projet politique calculé.
Analyse de classe du phénomène Podemos : un « humanisme de la chaire » pour classes supérieures
Un projet politique, porté par qui et pour qui ? « Podemos » se veut représentant de la « société civile » le peuple (contre la « société politique », les « partis »). Cette mystification naît d’un mépris manifeste pour les rapports économiques, sociaux de production, les fractures de classe.
Alors, partons de la base économique, passons « Podemos » au crible de l’analyse de classe.
D’abord sur sa composition, si on prend la liste pour les européennes des 64 candidats – échantillon très imparfait, mais qui donne une idée, sachant que ce sont les « adhérents » qui les ont voté lors de primaires, on peut y voir une image fiable du profil des adhérents – on voit que:
La catégorie dominante est celle des « professeurs de fac, chercheurs, docteurs, spécialistes universitaires » qui compte pour 33 % des candidats. Suivent les professeurs du secondaire, avec 18 % des candidats. On est déjà à une majorité de 51 % de professeurs, chercheurs !
Puis, suivent d’autres « professions intellectuelles supérieures », « libérales » : les juristes (3%), les ingénieurs (3 %), les cadres de la culture (7%), les écrivains/journalistes (5%), ainsi qu’une commerçante (2%), un cadre financier (2%), une psychologue (2%), une comptable-chef (2%). Dans ce fatras social, tout de même de 30 % de « capacités », comme on disait au XIX ème !
Et pour les autres ? Des miettes pour les « professions intermédiaires », à 6 % : une infirmière (2%), une gestionnaire de cantine scolaire (2%), un chef d’une caserne de pompier (2%).
Et il y a bien sûr une faible caution populaire : une vendeuse (2%), un éboueur (2%), soit 4 % pour les employés et ouvriers. Aucun ouvrier d’industrie, comme il n’y aucun agriculteur !
Seul point nuançant l’analyse, la présence de sept chômeurs sur les listes (12%), tous se distinguent par leur sur-diplômes, avancés fièrement : « docteurs », titulaires d’un « master », « professeurs, journalistes, cadres » au chômage.
En somme, Podemos apparaît comme un parti sous hégémonie des « professeurs de fac », « université », « docteurs », puis des capacités, professions intellectuelles, libérales, cadres, enfin des couches intellectuelles prolétarisées, frustrées dans leur ascension sociale promise et trahie. Les « classes populaires » (terme déjà élastique) ne sont présents qu’à titre de témoignage.
L’électorat de Podemos est à l’image de ses candidats. Aux élections européennes, Podemos – selon le Centre de recherche sociologique (CIS) – obtient ses meilleurs scores chez les « nouvelles classes moyennes » (14,4 %) ou les « classes supérieures/moyennes-supérieures » (12,6 %), où il est le deuxième parti, devant le PS.
Il est également le premier parti chez les jeunes de moins de 35 ans (23 %), le deuxième parti chez ceux ayant une éducation supérieure (14%) et premier parti chez ceux avec une éducation scondaire-supérireure (17,5 %). Ces résultats sont catastrophiques chez ceux n’ayant pas suivi d’études (4%), ou des études primaires seulement (5%).
Pour les prochaines élections législatives, le profil de l’électeur-type : Podemos se révèle « inter-classiste » mais hégémonique chez les « classes moyennes et supérieures » où il devient le premier parti, tout comme chez ceux ayant réalisé des études supérieures.
Cela renforce Podemos dans son discours qui prétend à la fois être « accessible » à tout le monde, (car les gens ne peuvent pas tout comprendre), mais s’adresse aux « gens intelligents » susceptible d’accéder au discours de bon sens des professeurs de fac.
On reste dans l’illusion de l’ « intellectuel » au-dessus des classes, qui éclaire les masses l’ « intellectuel sans attache » loué par le libéral idéaliste Karl Mannheim.
Ce type d’intellectuel que critique vertement non seulement Marx comme les « socialistes de la chaire », confortablement installés dans leurs postes universitaires, Antonio Gramsci (repris à tort par certains des promoteurs de Podemos) les dénoncera comme « intellectuel traditionnels », intellectuels qui se pensent au-dessus des classes, en réalité ancré dans le système, là où ils devraient prendre le parti du Parti communiste, de l’immersion dans les masses laborieuses.
Mais cet « humanisme de la chaire » n’a que faire de devenir les « intellectuels organiques », les porte-parole de la classe ouvrière, de l’alternative révolutionnaire !
« Ni droite ni gauche », contre les « partis » :
danger du populisme et mépris des luttes
Sur la vague de la fin des idéologies (marxiste), de la critique de la politique (révolutionnaire), Podemos a repris deux slogans en apparence radicaux et novateurs, en réalité conservateurs et anciens : « On est ni de droite, ni de gauche », « tous (les partis, les politiques) les mêmes ».
Certes la critique envers la notion de gauche est à faire, l’utilisation par le PC espagnol de la « Gauche unie » : masquant l’identité de classe, la dimension idéologique derrière une notion trans-classiste, électoraliste, structurellement parlementaire. La « gauche » a justifié en Espagne la mise en place des politiques du capital par le PSOE, la collaboration d’Izquierda Unida à cette politique.
Toutefois « ce ni droite, ni gauche » va en fait plus loin dans l’électoralisme, le populisme, le trans-classisme, encore plus intégré au système derrière sa rhétorique anti-système. Comme le dit la responsable à l’analyse politique Carolina Hernandez dans une interview à Junge Welt : « nous pensons que cet axe droite-gauche n’est plus opportun ».
« Ni droite, ni gauche », bien sûr c’est un des mots d’ordre du Front national en France, Beppe Grillo lui-même en Italie affirme que son mouvement « non è di destra, né di sinistra ». On peut faire remarquer qu’en Espagne c’était le cri de ralliement … de la Phalange de José Antonio Primo de Rivera, cette organisation fasciste qui a répondu à l’appel du général Franco.
Le populismed’Iglesias n’est pas fascisme, loin s’en faut. Mais il profite des effets et crée les conditions d’une confusion idéologique, d’un vide politique, d’espoirs vite déçus, qui risque d’alimenter la résignation, le ressentiment, la démobilisation, propices à ce type de mouvement.
Cette absence de repère idéologique, politique (au-delà de la question de classe) a pu conduire Iglesias à accepter comme conseiller le théoricien fascisant franco-espagnol Jorge Verstrynge qu’il présentait comme « un honneur », lui qui aurait « évolué dans sa manière de voir les choses ».
Verstrynge est un copain des bancs de l’Université de Madrid connu pour avoir créé « Alianza popular » en 1976, une organisation d’extrême-droite composée de figures franquistes. Il dit avoir été adhérent du PSOE, d’Izquierda Unida. C’est un admirateur de Marine Le Pen.
« Tous les partis (et les syndicats) sont les mêmes ». Encore une fois, la trahison de l’UGT et du PSOE, la collaboration intermittente des CC.OO voire du PC espagnol donnent du grain à moudre à cette thèse. Mais elle est excessivement dangereuse.
Car ce « tous pourris » alimente la défiance envers l’organisation politique et syndicale (révolutionnaire), elle construit la démobilisation dans la lutte forcément perdante dans un mouvement qui sanctifie la « non-violence », pense que la seule lutte est entre « ceux d’en bas » (les gens) face à « ceux d’entre haut » (les politiques), une lutte qui doit passer par les urnes.
Car Pablo Iglesias, ses copains universitaires de Podemos manifestent un souverain dédain pour les luttes, le mouvement social … par contre il est omniprésent sur les « plateaux des médias », il a même accepté une invitation des « Déjeuners du Ritz », où se retrouve le gotha économique, politque espagnol. N’est-ce pas là qu’il faut peser pour changer de politique ?
Une organisation anti-démocratique derrière le chef
Podemos se félicite de ne « pas être un parti comme les autres », de ne pas avoir d’organisation rigide (avec son honni centralisme démocratique).
Pourtant, il est bien un parti, et sa non-organisation ne garantit pas l’expression démocratique, la prise de pouvoir des bases, mais la concentration du pouvoir par quelques-uns, la manipulation des masses. Le « politologue » Iglesias n’a-t-il pas lu Pareto, Michels … ou les a-t-il trop bien lus ?
Iglesias parle d’ « horizontalité », d’ « assembléisme », de « référendums permanents ». Il y a vingt ans, en Italie – laboratoire ultime de la destruction politique ! – Fausto Bertinotti théorisait la même destruction créatrice d’organisation qui légitimait la captation de Refondation communiste par un clan dirigeant, des tendances minoritaires. L’organisation de masse, de classe a fini d’être liquidée.
L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Voyons concrètement ce qui est proposé dans les statuts de Podemos, chapitre 3 : « Organes de réprésentation, gouvernement et administration ».
L’Assemblée citoyenne est souveraine, elle est composée de tous les adhérents de Podemos, elle est convoquée deux fois par an (!) à l’appel du Conseil citoyen, constitué de 80 membres, organisé par secteurs de travail, se réunissant lui tous les trois mois, élu par l’Assemblée.
Enfin, le Conseil de coordination est composé de 10 à 15 personnes, il se réunit tous les mois. Ses membres sont nommés par le Conseil citoyen sur proposition du porte-parole (Pablo Iglesias). Le Conseil (les amis d’Iglesias) et le porte-parole (Iglesias) sont les organes exécutifs du parti.
Selon les statuts, c’est au Conseil de coordination mené par Iglesias d’assurer la continuité de la ligne politique consentie par les Assemblées et de les « adapter aux circonstances du moment ».
On peut admirer le tour de force du politologue Iglesias qui a recréé dans son organisation les ruses de l’illusion de la démocratie bourgeoise : donner au peuple une souveraineté formelle, aussitôt ôtée par la représentation, la délégation, l’élection de représentants qui disposent du pouvoir effectif (« assurer la continuité de la ligne », l’ « adapter aux circonstances »), des élections par ailleurs biaisée par la « légitimité charismatique » (et « bureaucratique ») du chef.
Le chef, c’est bien ce qui a fait le succès de Podemos, Pablo Iglesias en convient, au prix d’une extrême personnalisation et dépendance médiatique. Podemos a poussé le vice jusqu’à choisir comme logo la tête d’Iglesias pour ses listes aux élections européennes.
Personnalisation à outrance, délégation bureaucratique masquée par la duperie représentative, culte de l’élection divinisée : Podemos représente l’illusion maximale de la démocratie bourgeoise, dans une organisation qui incarne son hypocrisie.
Un programme possibiliste vague miné par l’électoralisme : sur l’euro, les nationalisations, vous verrez !
Il reste maintenant à s’attaquer au contenu des propositions de Podemos. On peut le résumer à une phrase, son intitulé :« Podemos », « Nous pouvons », ou en anglais « Yes, we can » !
La reprise du mot d’ordre de Barack Obama en 2008 est tout sauf fortuite. Iglesias prétend reconstruire l’ « espoir » sur un volontarisme abstrait (« Nous pouvons changer les choses », « Nous voulons décider »), dont l’électoralisme le prive de toute proposition concrète.
Les propositions de Podemos, c’est ce que les électeurs veulent bien y mettre dedans, c’est du « Venez comme vous êtes », le Fast food de la politique.
Comprendre les propositions de Podemos, c’est tant analyser son Programme fourre-tout que les déclarations (encore plus prudentes) d’Iglesias et de ses acolytes dans la presse.
Sur les nationalisations / privatisations. Le programme de Podemos est souvent cité comme épouvantail par les médias droitiers. Or, il est prudent et vague, il parle de « contrôle public sur les secteurs stratégiques » par « acquisition de parts dans les entreprises privatisées ». Le tout se ferait sans remettre en cause la concurrence libre et non-faussée.
Dans d’autres passages (un peu plus concrets) du programme, Podemos est encore plus prudent. Sur les banques et le secteur financier, il parle de les « réformer » dans un sens plus éthique et citoyen, en créant éventuellement une banque publique dans un océan de financiers privés.
Sur les médias (chéris), pas de nationalisations, mais bien une stratégie de limitation de la puissance des monopoles privés et la possibilité de monter des « médias participatifs » à la marge.
En public, Iglesias n’évoque quasiment jamais la ré-appropriation publique des secteurs stratégiques. Éclairante, un échange avec la journaliste de droite (vulgaire) Isabel San Sebastian, le 11 février, sur la 4 ème chaine, où il explicite sa conception du « contrôle public » sur l’économie :
« Iglesias – J’ai parlé de contrôle public, nationaliser peut être une option, il y en a beaucoup d’autres, comme favoriser les énergies renouvelables … Il y a dans ce pays beaucoup de patrons honnêtes, le problème c’est qu’on en a qui sont des bureaucrates, pas des entrpreneurs (…) ils se disent libéraux, mais ils sont proches du pouvoir et se passent les bakchiches (…) Un gouvernement responsable pourrait établir des mécanismes de contrôle public.
San Sebastian – Ce ne serait pas un gouvernement responsable, mais un pouvoir communiste !
Iglesias – Communiste, quoi ? Comment ? C’est normal d’avoir un contrôle sur l’électricité, comme en France (sic). Ce n’est pas un pays communiste que je sache. Les pays normaux (re-sic) ont une intervention publique, des mesures protectionnistes comme aux Etats-unis (re-re-sic). Ca, c’est l’histoire économique, nous on a que des bureaucrates, des voyous !
Sans Sebastian – Ah non, les Etats-unis, c’est justement pas l’exemple d’un contrôle public ! »
Contrôle public, c’est donc « mécanismes de régulation publique » de la concurrence entre acteurs publics, entreprises publiques dans la compétition avec les monopoles privés. Nationaliser, c’est une option à ranger au même niveau que les énergies renouvelables !
Sur l’Euro, l’Union européenne. Le programme de Podemos est plus clair : il parle de « refondation de l’Union européenne », de « réorienter la BCE », de « prévoir des mécanismes d’intégration et de coopération dans l’UE », désire renforcer les « pétitions européennes », un « budget européen social », fonder une « agence européenne de notation » …
En tout, nous avons noté 14 points qui poussent ouvertement à un renforcement de l’intégration européenne, à sa réorientation au service des citoyens, des gens. A noter qu’aucune fois la question de la monnaie unique, l’Euro, n’est évoquée, bien que nombreux sont ceux à gauche – d’ATTAC au PCE – qui posent la question de la sortie de l’Euro pour mener une politique alternative.
Dans une interview à El Pais, le 23 mai (juste avant le scrutin européen), Pablo Iglesias est obligé à des numéros d’équilibristes :
« El Pais – Vous proposez la sortie de l’euro ?
Iglesias – Retrouver sa souveraineté, c’est notre idée, dans la politique monétaire, c’est avoir une stratégie avec les autres pays du sud de l’Europe, ceux qui se trouvent dans une politique similaire. Ce qui est sûr, c’est que cet Euro n’est pas bon. On ne veut pas revenir en arrière, à la peseta. On dit que c’est inacceptable d’avoir une monnaie unique qui ne soit pas contrôlée par des institutions démocratiques. La BCE n’agit pas pour protéger les citoyens.
El Pais – alors, c’est quoi votre proposition ?
Iglesias – Cela dépend. Il faut démocratiser l’économie. Si cela passe par une nouvelle monnaie qui porte un autre nom, si cela passe par la poursuite dans l’euro, si il faut en finir avec l’euro, si il faut construire un nouvel espace monétaire, on verra en fonction des circonstances ».
Podemos, tel quel. Notre programme : « cela dépend », « vous verrez ». Dans l’immédiat : « ré-orienter la BCE », « démocratiser l’euro », « retrouver sa souveraineté dans le fédéralisme ». Le refus des idéologies, des utopies conduit le possibilisme de Podemos aux plus grandes chimères !
Mais, enfin, si Podemos n’a rien à proposer sur les nationalisations, sur la sortie de l’euro – outre « cela dépend », « c’est une option » –, il ne dit rien de la « réforme agraire », des « occupations », que peut-il proposer maintenant dans son « possibilisme » ?
La responsable à l’analyse politique de Podemos Carolina Hernandez confiait à Junge Welt (29 juillet) : « d’abord, instaurer des mesures anti-corruption (…) ensuite abolir les paradis fiscaux ». Un vague programme a-politique, au possible, de « moralisation » de la finance, la politique.
Mais Podemos est-il vraiment contre le système capitaliste ? Hernandez répond : « le système capitaliste n’est pas facile à changer. Mais cela ne veut pas dire que nous ne commençons pas à changer beaucoup de choses qui suivent la logique du capital ».
Iglesias ne dit pas autre chose dans l’interview à El Pais du 23 mai : « Cela n’a pas de sens de se dire ‘contre le système’ (capitaliste), il n’y a pas de dedans et dehors (…) Nous utilisons les moyens qui sont à notre portée pour tenter de changer les choses ».
Podemos, c’est l’obamisme en action, c’est aussi un vieux resucée dans des termes si proches du « possibilisme » théorisé par Paul Brousse (d’abord anarco-syndicaliste!) fin XIX ème siècle : la révolution est impossible, il faut donc « faire notre possible », en agissant pour des réformes possibles, une démocratisation de l’économie, avant tout à l’échelle locale.
Sur l’international : à l’est rien de nouveau … si ce n’est quelque soutien aux « indignés à crânes rasés » de Maidan !
Sur les questions internationales, Iglesias et Podemos surprend par son mutisme. Outre la question de l’UE, sur l’OTAN – question identitaire pour la gauche en Espagne, la fondation d’Izquierda Unida date des manifestations contre l’entrée dans l’OTAN en 1986 – Iglesias ne dit pas un mot.
Sur les événements en Syrie, en Ukraine, silence radio, Podemos semble ignorer que le monde est en guerre, que les rivalités inter-impérialistes, les manœuvres des Etats-unis et des pays de l’UE (qu’il prend en modèles) contre la souveraineté des peuples.
Le seul à s’être exprimé, c’est l’universitaire Santiago Alba Rico – un des idéologues du mouvement, issu de l’Université de Madrid – qui a écrit un article « Podemos en Ukraine », où il loue les putschistes de Kiev, les milices d’extrême-droite comme « une rebellion, un mouvement vaste et spontané de citoyens indignés (…) qui a fait tomber un gouvernement grâce à l’action desespérée, héroique et spontanée de milliers d’Ukrainiens ». Indignés à crâne rasé, la croix gammée sur le torse, mais indignés quand même !
Ce n’est pas une première pour Alba Rico qui a déjà salué l’intervention de l’OTAN en Libye, elle qui « sauvé des vies » et « n’a pas bombardé les Libyens mais uniquement Kaddafi ». Il faut dire que M.Alba Rico pense que les « Etats-unis ne sont pas intervenus militairement depuis 10 ans ».
Enfin, les médias droitiers – prêts à encenser Iglesias comme leur idiot utile – prépare déjà les armes pour l’ensevelir vivant : leur cible préférée, ses « liens supposés avec les dictatures de Cuba et du Vénézuela ».
Les réponses d’Iglesias ne visent jamais à défendre les processus révolutionnaires d’Amérique latine. Il botte en touche sur le Vénézuela. Sur Cuba, en réponse à la présidente de la région de Madrid, la PP Esperanza Aguirre il dit qu’il y a du bon et du mauvais : « le fait qu’il n’y ait pas de pluralisme, cela ne me plaît pas (…) mais si le blocus était levé, Cuba pourrait réaliser les changements que nous voulons tous ». La restauration du capitalisme ?
Les communistes, voilà l’ennemi ? En tout cas du système, oui !
L’analyse de Podemos peut paraître dure, car, oui, en dépit de ses proclamations « ni droite, ni gauche », Podemos a les traits d’un « mouvement de gauche » : il attire d’ailleurs des électeurs qui se qualifient de gauche, autour de revendications « humanistes », « démocratiques ».
C’est en cela qu’il est dangereux, c’est en cela que consiste son rôle dans le système : canaliser la « gauche radicale » vers une impasse politique, la confusion idéologique ; isoler le mouvement de protestation de la classe qui veut le changement radical, la classe ouvrière ; liquider ce qui reste du mouvement communiste, seule force radicalement alternative.
Dire qu’Iglesias, les militants de Podemos sont anti-communistes, c’est subjectivement plutôtfaux. Iglesias peut défendre l’histoire du PCE en public face à des révisionnistes anti-communistes, son rôle dans la résistance, la figure de la « Pasionaria », manifester ses sympathies pour ses militants.
Il est même prêt à dire qu’il a « la gauche dans son ADN, parce que son grand-père, socialiste, était commandant de l’Armée républicaine » (Publico, 15 janvier 2014). Le coup du ‘j’ai un grand-père de gauche, je sais d’où je viens’, chaque militant communiste l’a vécu une fois dans sa vie !
Toutefois, sa mission objective, c’est bien celle de faire obstacle à la résistible ascension purement électorale attendue pour Izquierda Unida (IU, menée par le PC espagnol) qui était annoncée à 20 % fin 2013, et qui aujourd’hui est descendue en-dessous des 5 %.
Déjà, les médias dominants font pression sur la direction d’IU pour qu’elle s’allie avec Podemos dans le rapport de force le plus défavorable qui soit : avec Podemos à 20 %, IU à 5%, histoire de noyer le poisson communiste (tiède) dans l’océan glacé du possibilisme sans rivages.
Dans les Asturies, la direction droitière d’IU – qui a purgé les communistes il y a trois ans pour mieux s’allier avec le PS – est à l’avant-garde de l’alliance avec Podemos et les verts d’Equo.
Ailleurs, comme à Madrid, c’est du 50/50 entre ceux qui veulent s’allier avec le PS au premier tour, et c’est ceux qui veulent « refonder la gauche » avec Podemos pour former un « pôle de radicalité » … qui va s’allier avec le PS au second tour. On connaît cette douce mélodie !
Si cela se concrétise, il y a de quoi faire une lourde auto-critique du parcours d’Izquierda Unida fondée en 1986 – longtemps incarnée par l’incorruptible Julio Anguita – ce « mouvement de gauche » conçu par Santiago Carrillo (le Robert Hue espagnol, aujourd’hui à la botte du PSOE).
Carrillo voulait liquider doucement le PCE pour mieux converger vers le PSOE, Anguita a forgé l’illusion électoraliste d’un « dépassement » du PSOE dans les urnes, Llamazares a collaboré partout avec le PSOE. Aujourd’hui, Cayo Lara sera-t-il prêt à se fondre avec Podemos, pour détruire ce qu’il reste du communisme espagnol et fournir une ultime caution de gauche au PSOE ?
Ceci est de la science politique fiction mais peut-être pas pour longtemps. Pendant ce temps, le mouvement social – qui peut mobiliser des millions de personnes dans les rues – est toujours réduit à l’impuissance en Espagne, laissé à l’abandon par les syndicats dominants (UGT, CC.OO), par son parti de référence (le PCE) embourbé dans les calculs politiciens, électoralistes d’Izquierda Unida.
Si compare simplement le développement des luttes au Portugal et en Espagne, le contraste est saisissant, avec une CGTP sous hégémonie communiste. Tout comme il l’est pour la santé des deux Partis communistes : le PC Portugais compte 65 000 membres, le PC espagnol 12 000. L’Espagne est pourtant quatre fois plus peuplée que son voisin portugais !
Pour nous, en France, c’est un avertissement. Pas de salut dans ce type de rassemblements politiciens tournant le dos aux luttes, dans les illusions forgées par les médias dominants incarnées par des chefs auto-proclamés. Renforcer le Parti communiste, pour construire une alternative dans les luttes, maintenant, sans attendre 2017 !
Venezuela: le PCV exprime ses inquiétude et apporte une critique constructive aux orientations du président Maduro
Articles vivelepcf et solidarité internationale PCF, regroupés le 16 août 2014
14 août 2014 : relations entre l’Etat et les syndicats
Le site internet du journal du Parti communiste du Venezuela (PCV), Tribuna Popular, rend compte :
« Le Parti communiste du Venezuela (PCV) a exprimé ses préoccupations suite à plusieurs déclarations faites par le président Nicolas Maduro, le 9 Août, au congrès de la Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs, en particulier quand Maduro appelle à subordonner les organisations de travailleurs à l’appareil d’Etat. Pour le PCV, « transformer le mouvement ouvrier et syndical en un appareil parapublic finira par lui faire perdre sa légitimité en tant que représentant des masses laborieuses ».
Le PCV évaluera les décisions du Congrès. Il partage le projet de reconstruction du mouvement ouvrier et syndical, mais qu’il doit être réalisé d’un point de vue de classe.
De la même manière, le PCV apprécie a priori positivement que le gouvernement se tourne vers les travailleurs. Mais cela ne doit pas se faire sur le mode de la subordination mais sur celui de la participation autonome dans la classe ouvrière. Le PCV précise qu’il n’y aura un « gouvernement populaire de la classe ouvrière » que lorsque le classe ouvrière et le peuple travailleur auront conquis le pouvoir. »
Au Venezuela, le débat au sein des forces révolutionnaires, c’est : « approfondir la révolution ou aller vers réformes capitalistes »
On assiste à une « lutte pour une nouvelle répartition de la rente pétrolière »
Article du Parti communiste vénézuélien, traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/ , août 2014
Le secrétaire-général du Parti communiste, Oscar Figuera, considère qu’il existe de « nouveaux riches parasitaires » qui cherchent à imposer une vision réformiste. Pour le Parti communiste du Venezuela (PCV), le pays est en plein débat entre réforme et approfondissement de la révolution.
Le secrétaire-général du parti et député, Oscar Figuera, a affirmé que « face à la menace du fascisme et du réformisme », il est urgent d’approfondir les « processus révolutionnaires ».
Le PCV, dans sa conférence de presse, a mis en garde sur la « menace fasciste » et les « courants réformistes » qui ne cherchent pas à approfondir le processus mais qui « tentent de construire des mécanismes de conciliation, des politiques de collaboration » qui font retomber la crise capitaliste sur les épaules des travailleurs.
Il y a, souligne Figuera, une « option réformiste » qui suppose de céder face au capital « indépendamment de la phraséologie révolutionnaire utilisée ».
Et il y a, selon cette analyse, un troisième secteur, celui de la bourgeoisie pro-impérialiste, « associé avec le capital transnational, qui propose la recomposition de sa domination ».
Une nouvelle lutte pour la répartition de la rente
Le PCV soutient qu’il y a, actuellement, une lutte pour une nouvelle répartition de la rente pétrolière. C’est « la lutte de différentes factions de pouvoir » comme la bourgeoisie et la nouvelle bourgeoisie parasitaire qui « a fait son apparition ».
Pour Figuera, une partie de l’affrontement vient du fait qu’il y a des « groupes économiques puissants qui surgissent, parlant de socialisme, mais qui ne sont pas socialistes », et ils sont engagés dans une lutte pour la distribution de la rente pétrolière.
En ce sens, il considère qu’il y a de « nouveaux riches parasitaires » qui chercheraient à imposer une vision réformiste.
Face à cela, « il est nécessaire de porter une politique ouvrière-populaire » et « une proposition capable d’empêcher que les accords à la table de négociation ne servent les intérêts du capital ».
Il est nécessaire d’avancer vers la « concrétisation d’une rupture réelle dans le mode de production capitaliste », ce qui ne va pas arriver par la « voie graduelle ».
Il estime que d’autres menaces se trouvent dans les critères pour appliquer un « ensemble d’ajustements, de mesures économiques » qui, si elles venaient à être appliquées « impliqueraient une baisse du coût de la force de travail ».
Il a énuméré des questions telle que la « dévaluation possible » et l’endettement.
« Ce n’est pas vrai que l’on puisse jouer sur les deux tableaux », juge Figuera, qui a insisté sur le fait qu’il n’écarte pas que puissent être mises en œuvre des mesures qui toucheront l’emploi, le salaire et le développement productif. Il a également critiqué le fait qu’il n’y ait pas de direction collective.
Le dirigeant a rappelé que son parti a appelé le Congrès national à lancer un processus de débat, de révision des politiques menées et d’auto-critique.
Il a souligné que c’est en 2007 qu’a commencé – à son avis – l’affaiblissement du soutien populaire à l’exécutif qui, s’il n’était pas inversé, pouvait mener à un « recul historique ».
Le porte-parole a clarifié les choses, le parti communiste ne « cherche pas de postes ni de prébendes », car son rôle est d’être une force transformatrice. Le PCV, note-t-il, se maintiendra comme organisation « autonome, critique et de proposition ».
Contradictions capital-travail dans le pays et dans le monde
Le PCV estime que, dans le contexte international, « le développement des contradictions historiques se poursuit », comme celle du capital-travail, des nations et de l’impérialisme.
Selon Figuera, le capitalisme et les puissances impérialistes « sont une menace objective à l’existence de l’humanité », c’est en quoi les forces progressistes posent la nécessité de renforcer les organisations révolutionnaires et les gouvernements qui, tout en étant capitalistes, résistent à l’impérialisme, a-t-il résumé.
L’impérialisme « déploie une ligne de recomposition de sa domination », a-t-il averti. C’est dans ce contexte que se situent les événements en Ukraine, en Afrique du nord, au Moyen-Orient et « l’agression du sionisme contre les peuples arabes ».
L’affrontement capital-travail détermine la lutte des classes à l’échelle nationale et internationale, pointe Figuera, et c’est dans ce cadre que « nous inscrivons le développement actuel du processus vénézuélien », avec des secteurs qui chercheraient à revenir sur les avancées obtenues.
VOIR AUSSI NOTRE ARTICLE en lien:
Venezuela : crise et/ou tournant dans la construction socialiste. Pour le PCV : la lettre ouverte de l’ex-ministre Jorge Giordani est l’occasion d’ouvrir le débat nécessaire devant le peuple.
A 90 ans, l’Unita cesse de paraître
Brève, vivelepcf, 1er août 2014
« Ils ont tué l’Unita » : voilà le titre à la une choisi par la rédaction du numéro du célèbre quotidien italien du 30 juillet. Le 1er août, il a cessé de paraître, placé en liquidation judiciaire. Il y a très peu de chances pour qu’un repreneur se présente.
C’est une dernière étape – post mortem – de la liquidation du Parti communiste italien par autodissolution en 1991.
L’Unita meurt à 90 ans après une douloureuse agonie. Le journal a été fondé par Antonio Gramci le 12 février 1924. Il est resté l’organe central du PCI jusqu’en 1991, suivant déjà toutes les dérives de sa direction. On sait que l’appareil de l’ex-PCI a muté le Parti, par étapes, en « Parti démocrate ». Le PD aujourd’hui au pouvoir, avec le président du conseil Matteo Renzi, se revendique à mi-chemin entre la social-démocratie européenne et le Parti démocrate américain.
L’Unita a été embarquée dans cette évolution. Elle a été privatisée tout en restant en fait sous le contrôle de la mouvance dirigeante du Parti. Son déclin politique et économique a été organisé. Ces derniers temps, elle tirait à 21.000 exemplaires. Vu l’histoire et le prestige du titre, l’Unita a été destinée à représenter plutôt l’aile « gauche » du nouveau parti.
Il semble que la direction du PD ne trouve plus d’intérêt à maintenir le journal, du moins en tant que quotidien, d’autant plus dans un contexte de crise aigüe de la presse.
Pour les communistes, le deuil a commencé depuis longtemps mais les conditions de la reconstruction du Parti et de son journal restent confuses.


