Education

Réforme du lycée, réforme du bac, Parcoursup : trois réformes, trois attaques contre l’éducation nationale. Enseignants, élèves et parents d’élèves, par la lutte battons-nous pour un vrai service public d’éducation

Le gouvernement précédent avait fait fort en termes d’attaques contre le service public d’éducation (rythmes scolaires de Peillon, réforme du collège de Belkacem…). Sans surprise aucune, Macron et son ministre Blanquer continuent dans la même voie en s’attaquant désormais frontalement à l’organisation du lycée, du baccalauréat et de l’orientation. Leurs mots d’ordre ? Economies, concurrence et autonomie des établissements. Enseignants comme élèves seront touchés de plein fouet par ces réformes qui visent à faire des économies tout en portant un projet idéologique d’attaque contre le service public d’éducation. Le 12 novembre prochain un mouvement d’ampleur du monde enseignant s’annonce. Le Parti communiste français s’impliquera entièrement dans cette mobilisation pour faire monter la contestation, pour mettre en échec Macron et son ministre Blanquer, pour défendre les conditions de travail des enseignants et pour exiger un service public d’éducation qui réponde aux besoins des jeunes du pays.

Derrière les économies, un vrai projet idéologique : la concurrence de tous contre tous

La réforme prévoit, à partir de la rentrée prochaine, de transformer entièrement le lycée en supprimant les filières générales S/ES/L. A la place de cela, tous les élèves auront des cours de tronc commun et devront choisir en fin de classe de seconde des spécialités au nombre de trois en première et de deux en terminale parmi une liste de 12 spécialités définies par le ministère. Problème, aucun établissement ne sera en mesure d’ouvrir autant de spécialités. Le ministre prévoit alors que les spécialités seront ouvertes dans un « périmètre raisonnable » ce qui est porteur d’une concurrence de tous contre tous inacceptable.

Concurrence d’abord entre établissements puisque les chefs d’établissement chercheront à ouvrir les spécialités permettant d’attirer les élèves au détriment des autres établissements. La carte scolaire est depuis longtemps mise à mal, elle sera encore un peu plus sacrifiée par cette réforme qui ne fera que renforcer les inégalités entre lycées. Concurrence ensuite entre les disciplines puisqu’on demande aux enseignants de faire de la publicité pour leur matière en classe de seconde afin d’inciter les élèves à la prendre en spécialité. Les chefs d’établissement font alors planer la menace d’une perte de volume horaire et donc de potentielles suppressions de poste. Blanquer transforme le prof en VRP de sa discipline ! A mille lieues du métier d’enseignant et des intérêts des élèves qui n’ont pas besoin de publicité mais de suivi et de conseils pour leur parcours scolaire.

La réforme entérine même une attaque gravissime contre la notion d’établissement. Puisque toutes les spécialités ne seront pas ouvertes dans chaque établissement, il est prévu que les élèves puissent suivre des cours dans divers lycées. Afin de permettre la mise en place de la réforme, le ministère envisage également que les enseignants titulaires d’un poste dans un établissement puisse aller enseigner dans un autre qui serait en besoin d’heures dans sa discipline. C’est une évidente dégradation des conditions d’étude pour les élèves et de travail pour les enseignants. Le ministère rassure en disant que cela se fera dans un « périmètre raisonnable ». Nous savons que ce qui est « raisonnable » pour eux, ne l’est pas pour les travailleurs.

La réforme continue de casser le cadrage national en renforçant l’autonomie des établissements et le pouvoir des proviseurs

Les réformes présentées visent par bien des aspects à faire sauter les cadrages nationaux. C’est une nouvelle étape dans l’autonomisation des établissements et dans le renforcement des pouvoirs des proviseurs. Par exemple, la liste des spécialités ouvertes dans l’établissement est définie par le proviseur. Cela revient à lui donner le pouvoir d’ouvrir ou de fermer des postes dans telle ou telle discipline. Un pas de plus vers le recrutement local et la casse du statut. Autre exemple, la réforme prévoit d’allouer une enveloppe appelée « marge d’autonomie » de 12h par semaine en seconde et de 8h par semaine en classe de première et de terminale. Ces heures serviront à mettre en place les dédoublements, les groupes de langue ou encore l’accompagnement personnalisé. Autant d’éléments qui sont absolument indispensables, aussi bien pour les élèves que pour les enseignants. Ce sera alors au chef d’établissement de décider de ce qu’il fera de cette enveloppe, pouvant ainsi privilégier telle ou telle discipline, tel ou tel enseignant en fonction de ses préférences personnelles.

Cette réforme s’inscrit donc dans une longue suite de mesures qui visent à l’autonomisation des établissements que nous pouvons faire remonter au moins à 1985 et la création des EPLE. C’est une attaque très claire contre la notion de service public qu’il faut combattre en affirmant la nécessité d’une même éducation partout sur le territoire et pour tous les jeunes du pays. C’est aussi une réforme qui vise à renforcer le rôle du chef d’établissement comme « manager » d’une équipe enseignante ouvrant ainsi la porte à toutes les dérives que nous pouvons observer là où ces méthodes managériales ont été mises en place.

Une réforme destinée à faire des économies : 2 600 postes supprimés l’année prochaine dans le secondaire

Dernier objectif affiché de la réforme, faire des économies sur le dos de l’éducation nationale. Cela se traduit directement par un abaissement des volumes horaires pour toutes les classes. Ainsi, un élève de seconde perd, avec la réforme, 2h30 de cours par semaine. Un élève de première qui avait 30h de cours par semaine avant la réforme, n’en aura plus que 28. Difficile de justifier une amélioration du service d’éducation rendu quand on supprime des heures !

A cela s’ajoute une gestion purement comptable des choses. En supprimant les filières, le gouvernement souhaite optimiser le remplissage des classes et ainsi réduire le nombre d’enseignants. Désormais, ce sera 36 (voire parfois 37) élèves par classe de la seconde à la terminale. Dans bien des établissements, par faute de moyens, les dédoublements existants (en particulier en langues) seront supprimés. Quand on sait l’importance qu’a le nombre d’élève par classe dans l’enseignement, on sait d’avance que cette réforme mènera à une dégradation et des conditions de travail des enseignants, et des conditions d’étude des élèves.

Au total, le SNES a fait les comptes. Chaque élève perdra en moyenne entre 7 et 10% d’heures de cours par an de quoi permettre la suppression de 12 000 à 17 000 postes. Cela fait écho avec l’annonce par Blanquer, il y a quelques semaines, de la suppression de 2 600 postes dans le secondaire en 2019. Dans le même temps, ce seront 40 000 lycéens en plus que les établissements devront accueillir à la rentrée 2019 du fait de la hausse démographique. Le gouvernement répond donc à ces nouveaux besoins par la suppression de milliers de postes. Il faut bien trouver l’argent quelque part pour financer les milliards de cadeaux au patronat.

La réforme du bac met fin au diplôme national ; une nouvelle étape dans la casse des références communes

En parallèle de la réforme du lycée, le duo Macron/Blanquer lance une très grave attaque contre le baccalauréat. Il est bon de rappeler que le baccalauréat est aujourd’hui le premier diplôme du supérieur, qu’il est une référence commune et qu’il donne droit à une place dans le supérieur pour tout bachelier. Le baccalauréat, en tant que référence commune, sert aussi sur le marché du travail, non pas toujours pour trouver un travail, mais comme un des éléments constitutif des statuts d’emploi.

La réforme prévoit de faire sauter le bac que nous connaissons pour le remplacer par une véritable usine à gaz. Le slogan du gouvernement est « simplifier un examen devenu trop complexe », mais en y regardant dans le détail c’est tout l’inverse. Aujourd’hui, les élèves passent entre 12 et 13 épreuves pour la très grande majorité en fin d’année de première (épreuves anticipées) ou de terminale. Avec le nouveau bac sauce Macron/Blanquer ce sera désormais 21 épreuves réparties pendant les deux années du cycle terminal (première/terminale). Ces épreuves se dérouleront pour une grande majorité pendant l’année ce qui prendra un temps incroyable aux enseignants et aux élèves réduisant encore un peu plus le temps consacré aux enseignements disciplinaires, déjà bien amaigris par la réforme.

Plus grave encore, le baccalauréat sera désormais composé d’épreuves nationales en fin d’année mais aussi d’un « grand oral », d’épreuves communes et de contrôle continu. Au final, 40% de la note totale résultera d’épreuves sans cadrage national. Il s’agit donc de la fin programmée du baccalauréat national qui sera remplacé par un « bac maison » qui n’aura pas la même valeur selon l’établissement dans lequel l’élève sera.

Parcoursup instaure la sélection à l’université pour cacher les manques de moyen

En utilisant les échecs réels d’APB, le gouvernement a mis en place l’année dernière Parcoursup, nouvelle méthode de gestion de l’orientation post-bac qui trouve toute sa cohérence avec ces réformes du lycée et du bac. Après un an de fonctionnement, et malgré les réjouissances des ministres Blanquer/Vidal, aucun bilan chiffré sérieux n’a été fait sur ce nouveau dispositif et ne peut être fait tant l’opacité est totale. Parcoursup a été présenté comme le moyen de répondre aux manquements de la plateforme APB, ce qui est bien impossible puisque le problème central réside dans la baisse des moyens alloués aux universités en cette phase de hausse démographique. Parcoursup n’a donc fait que maquiller les chiffres en poussant de nombreux candidats à démissionner de la plateforme ou à accepter des formations dans lesquelles ils ne souhaitaient pas aller.

Plus grave encore, Parcoursup a instauré pour la première fois à l’échelle nationale, un principe de sélection à l’université, ce qui est en cohérence totale avec la réforme du bac. Désormais, le bac ne sera plus le premier grade universitaire et ne donnera plus le droit à une place dans le supérieur. Cette sélection s’appuie sur une opacité la plus totale et sur une absence de cadrage national qui a permis toutes les dérives. On a ainsi observé le cas d’universités parisiennes qui ont intégré dans les critères de sélection la distance entre le lieu d’habitation de l’élève et l’université afin de privilégier les élèves issus de l’académie de Paris au détriment des autres.

Parcoursup et la réforme du lycée font désormais porter le choix de l’orientation post-bac dès la classe de seconde. En effet, les formations supérieures sont amenées à rentrer dans la plateforme des attendus qui, à partir de la rentrée prochaine porteront sur les spécialités choisies par l’élève en fin de classe de seconde. Ainsi, un élève qui aura pris des spécialités peu demandées dans le supérieur se verra fermer de très nombreuses portes sur Parcoursup. Tout enseignant, ou tout parent d’élève, sait que pour bon nombre d’élèves de seconde, il est impossible de se projeter dans le supérieur et dans la vie professionnelle. Les familles qui auront les moyens financiers et les connaissances du système pourront bien aiguiller leurs enfants dès la seconde. Quant aux autres, ils se perdront encore un peu plus dans les méandres du système scolaire.

Réforme du lycée, réforme du baccalauréat, Parcoursup : trois réformes, trois attaques contre le service public d’éducation. Comme toute la politique du gouvernement, ces réformes portent un contenu de classe évident. Elles cassent le service public d’éducation dans le but d’économiser pour financer les mesures fiscales faites au patronat. Elles font sauter à tous les niveaux les cadrages nationaux afin de renforcer une éducation à deux vitesses : de qualité pour les enfants de la bourgeoisie, dégradée pour les autres. L’attaque contre le baccalauréat est une attaque contre les références communes et les statuts du travail. Parcoursup attaque quant à lui le droit de tous à poursuivre des études supérieures. Face à ces attaques de classe, le Parti communiste français appelle à y répondre par la seule manière qui permette de l’emporter ; la lutte. Le PCF appelle à la construction d’une large mobilisation à partir du 12 novembre prochain pour mettre en échec le gouvernement. Enseignants, élèves et parents d’élèves, tous réunis pour défendre le service public d’éducation. Non à la réforme du lycée ! Non à la réforme du baccalauréat ! Non à Parcoursup ! Oui à un service public d’éducation qui réponde aux besoins des jeunes du pays !

Le Parti communiste français appelle à une large mobilisation pour exiger :

-l’abandon des réformes du lycée et du baccalauréat.

-l’abandon de Parcoursup et la mise en place d’un dispositif transparent et démocratique d’orientation post-bac assurant à tous l’orientation de son choix.

-l’arrêt des suppressions de poste et le recrutement massif dans le primaire, secondaire et supérieur pour répondre aux besoins et réduire le nombre d’élèves par classe.

-l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail des enseignants afin d’enrayer la crise de recrutement dans le métier.

-la fin du processus d’autonomisation des établissements et le retour à un vrai cadrage national seul élément à même de garantir un réel service public d’éducation.

Au tour de l’éducation nationale d’être attaquée par Macron ! Le gouvernement supprime 2 600 postes dans l’enseignement secondaire en 2018.

Le gouvernement a dévoilé son Projet de Loi de Finance pour 2018 au caractère de classe incontestable. D’un côté les attaques pleuvent contre les travailleurs, les services publics et le logement social, de l’autre les cadeaux se multiplient pour les plus riches. Du côté de l’éducation nationale, le budget 2018 prévoit, entre autres, la suppression de 2 600 postes au CAPES 2018.

Dans le Projet de Loi de Finance pour 2018, le gouvernement vient d’annoncer la suppression de 2 600 postes au CAPES 2018. L’argumentation du ministre est pour le moins cynique. Selon lui, cela n’affectera nullement la rentrée 2018, puisque la suppression de 2 600 postes correspond simplement aux postes non pourvus au concours 2017.

En effet, compte tenu de la dégradation des conditions de travail et de la faiblesse des traitements, tous les postes ouverts au CAPES ne sont plus pourvus, ce fut le cas en 2017 avec 2 232 postes sur les 13 961 ouverts. L’annonce de la suppression de postes au concours, tout comme le retour du jour de carence et le gel du point d’indice ne vont faire qu’aggraver cette situation. Ainsi, plutôt que de répondre aux raisons profondes qui expliquent le manque de candidats pour devenir enseignant, le ministre Blanquer préfère utiliser cela pour dégrader encore un peu plus les conditions de travail des enseignants et les conditions d’étude des élèves.

Supprimer 2 600 postes au concours revient à baisser de près de 20% le nombre de nouveaux enseignants recrutés l’année prochaine dans  le secondaire alors que le manque de personnel est tous les ans un peu plus criant dans les établissements.

La rentrée 2017 a ainsi été marquée par de très nombreux établissements dans lesquels tous les postes n’étaient pas pourvus en septembre. Les classes à 30 élèves au collègue et à 35 voire 36 au lycée sont aujourd’hui devenues la norme. Les quelques remplaçants encore existants dans les académies sont tous affectés à l’année sur des postes non pourvus empêchant ainsi tout remplacement des enseignants arrêtés au cours de l’année. Des élèves n’ont ainsi plus cours pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois. Pour faire face à la pénurie, les rectorats ont alors recours à des contractuels aux conditions de travail dégradées et précaires et souvent envoyés devant les classes sans aucune formation ni aide.

Et cela ne risque pas de s’arrêter rapidement compte tenu de la dynamique démographique. En effet, les enfants nés du baby-boom de l’année 2000 passeront leur bac en 2018 mais toutes les prévisions montrent que pendant au moins dix ans encore, le nombre d’élèves dans l’enseignement secondaire restera à ce niveau très élevé et continuera même de croitre légèrement.

Face à cette situation, le gouvernement préfère donc utiliser des arguments cyniques pour justifier une nouvelle baisse des effectifs dans l’éducation nationale afin de faire des économies. Il faut bien, après tout, financer les exonérations fiscales faites au plus riches !

En s’appuyant sur la journée de mobilisation massive du 10 octobre dans la fonction publique il est urgent de se battre pour avoir davantage de postes aux concours afin de répondre à l’essor démographique et de diminuer le nombre d’élèves par classe. La bataille du recrutement est essentielle pour fournir à tous une éducation de qualité. Se battre pour un service public d’éducation c’est aussi se battre pour une amélioration des conditions de travail des enseignants ainsi qu’une revalorisation des traitements afin de résoudre la crise de recrutement. Combattons les coupes budgétaires dans l’éducation nationale qui servent à financer les cadeaux aux plus riches !

« L’enseignement de l’histoire : un enjeu de lutte » – débat autour du livre de J.Fontaine et G.Jamet

Conférence-débat organisée par le PCF Paris 15. Compte-rendu.

Le nouveau gouvernement n’a pas caché sa volonté, en matière d’enseignement, de continuer voire d’accentuer les attaques menées contre le service public d’éducation. Le programme du nouveau ministre Blanquer c’est la destruction du baccalauréat national, c’est le renforcement du rôle des chefs d’établissement devenus de véritables petits patrons, c’est la propagande patronale à l’école, c’est la continuité des manques de moyens pour enseigner et étudier… Face à tous ces mauvais coups à venir, la riposte doit se préparer dès maintenant ! C’est dans cette perspective, que la section du 15e arrondissement du PCF a organisé samedi 10 juin une conférence-débat sur le thème de « l’enseignement de l’histoire : un enjeu de lutte ». Trente camarades ont répondu présent pour venir écouter et débattre autour de la présentation faite par Joëlle Fontaine et Gisèle Jamet, toutes deux enseignantes d’histoire dans le secondaire et auteurs du livre Enseignement de l’histoire. Enjeux, controverses autour de la question du fascisme. Les interventions ont été suivies d’un débat riche sur les évolutions de l’enseignement de l’histoire en France. Ci-dessous, nous vous proposons un compte-rendu de cette rencontre.

Une histoire dogmatique au service de la défense du système capitaliste

Les interventions de Joëlle et Gisèle ont montré comment depuis les années 1970 les différentes réformes de l’éducation nationale, et en particulier les réformes des programmes d’histoire, ont contribué à grandement affaiblir les savoirs transmis et à gommer tout aspect critique de la discipline afin de présenter aux élèves le système capitaliste comme inéluctable. Au fil des réformes l’objectif semble être de plus en plus clair. L’histoire n’a plus vocation à donner aux jeunes les clés de compréhension du monde passé et actuel pour qu’ils puissent se forger un esprit critique face aux discours politiques ou médiatiques. Au contraire, l’enseignement de l’histoire cherche à présenter l’ordre capitaliste comme un modèle économique, social et politique seul porteur de progrès. Pour aboutir à cela, plusieurs réformes de fond ont été mises en place.

     La fin de l’approche chronologique

Sous couvert de suivre les évolutions historiographiques universitaires (évolutions d’ailleurs discutables et largement discutées à l’université) les programmes du secondaire ont abandonné la présentation chronologique pour la remplacer par une présentation thématique. C’est ainsi qu’en classe de première générale les élèves étudieront la seconde guerre mondiale avant d’avoir parlé du nazisme ou des empires coloniaux… Pour les concepteurs de ces programmes, les élèves sont censés acquérir les bases chronologiques au primaire, ce qui n’est bien que rarement le cas. Cette approche thématique aboutie alors à un brouillage très important chez les élèves qui ont du mal à replacer tous les évènements étudiés dans une suite logique. En classe de terminale, seule une minorité d’élèves maîtrise les grands repères historiques de l’histoire française et internationale. Il s’agit des élèves qui ont acquis l’autonomie suffisante pour replacer par eux-mêmes les évènements étudiés dans une évolution chronologique ou qui peuvent être aidés à la maison. Le constat est donc clair, la fin de l’approche chronologique (tant vantée par le ministère) abouti à un affaiblissement des connaissances chez les élèves et à une accentuation des inégalités sociales à l’école.

Avec la fin de l’approche chronologique, c’est aussi la fin la fin de la notion de causalité en histoire. Les programmes prescrivent ainsi aux enseignants d’étudier des phénomènes historiques sans en expliquer les causes, ou tout du moins en n’insistant pas dessus. C’est ainsi que la première guerre mondiale devient le simple résultat de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo… C’est ainsi également que la seconde guerre mondiale se déclenche sans lien apparent avec la crise de 29, avec les tensions impérialistes ou encore avec le développement du fascisme en Europe ! Cela vient encore un peu plus brouiller les repères des élèves puisque les raisons profondes et toujours multiples des faits historiques étudiés sont éludées. Les élèves sont ainsi contraints d’étudier des faits qu’ils ne comprennent pas.

     Des programmes structurés autours de concepts dogmatiques

L’approche chronologique est aujourd’hui entièrement remplacée par des concepts universitaires là encore discutables et très discutés. L’enseignement du fascisme dans le secondaire est aujourd’hui traversé par deux concepts essentiels ; celui de brutalisation et celui de totalitarisme.

La brutalisation est un concept selon lequel la première guerre mondiale crée une « violence de masse » qui traverse l’ensemble de la population et qui va ainsi conduire l’Europe vers le totalitarisme et la seconde guerre mondiale. Le fascisme et la guerre ne seraient donc désormais que le résultat d’une population habituée et consentante à la violence. Ce concept permet ainsi de balayer d’un revers de main les raisons réelles de l’existence du fascisme. Rien ne sera dit aux élèves sur la crise structurelle du capitalisme après 1929, sur les tensions impérialistes ou encore sur la volonté d’une partie de la bourgeoisie de s’appuyer sur les organisations fascistes pour faire taire le mouvement ouvrier.  Ce concept de brutalisation permet en définitive de faire porter la responsabilité du fascisme sur l’ensemble de la population (une notion bien vague…) en laissant volontairement de côté les questions de classe.

Le second concept utilisé à outrance est celui de totalitarisme. Ce concept historique est forgé dans les universités américaines au début de la guerre froide afin de servir d’outil théorique de lutte contre l’URSS. Le principe est simple ; le fascisme et le communisme sont deux régimes similaires ! Ce concept caricatural est bien évidemment inopérant pour comprendre le XXe siècle mais cela ne semble pas déranger les concepteurs des programmes qui en font un concept structurant. En classe de première, on présente ainsi aux élèves l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et l’URSS comme trois régimes semblables, chacun placé sous la direction d’un homme fort : Mussolini, Hitler ou Staline. Les nombreuses différences sont gommées et tous les points qui ne rentrent pas dans cette grille de lecture sont tout simplement effacés des programmes. Rien ne sera par exemple dit aux élèves sur le rôle des communistes, en France, en Allemagne, en Italie ou encore en Espagne dans la résistance antifasciste. En effet, comment expliquer que le communisme et le fascisme sont deux mouvements similaires alors que les communistes ont été au premier rang de la lutte contre le fascisme ? A cela, les concepteurs des programmes y répondent par une simple réécriture de l’histoire.

     Des connaissances remplacées par des compétences

Une des grandes transformations récentes de l’enseignement est l’introduction des compétences. Désormais, l’objectif de l’école n’est plus de transmettre des connaissances et des savoirs aux élèves, mais des compétences, c’est-à-dire des savoir-faire et des savoir-être. L’origine de ces compétences se trouve au niveau européen où l’idée apparaît dès les années 1990, en particulier sous l’influence du grand patronat. En France, c’est en 2005 avec la loi Fillon qu’est introduit le Socle commun des connaissances et des compétences qui transcrit, presque mot à mot, les directives européennes. Désormais, un élève en fin de troisième devra maîtriser huit compétences, comme par exemple « la maîtrise de la langue française », « les compétences sociales et civiques » ou encore « l’autonomie et l’esprit d’initiative » (traduction de la directive européenne qui dit quant à elle les choses plus clairement « l’esprit d’initiative et d’entreprise »). Les compétences remplacent ainsi les savoirs et permettent de justifier la casse d’un enseignement exigeant en termes de connaissances. Cela vient aussi modifier le rôle même de l’école qui n’est plus conçu comme un lieu permettant aux jeunes d’apprendre dans un objectif d’émancipation. L’objectif de l’école est désormais beaucoup plus clair ; transmettre à tous les jeunes des compétences essentielles pour devenir un futur travailleur exploitable et docile !

Finalement, les attaques menées contre les programmes d’histoire, et plus généralement contre le service public d’éducation, sont très cohérentes. Les connaissances et les repères chronologiques sont affaiblis et remplacés par des concepts flous et dogmatiques. Les savoirs sont remplacés par des compétences conçues comme le plus petit dénominateur commun. On ne donne ainsi plus aux élèves les éléments leur permettant d’être critique mais au contraire on les incite à ne surtout pas questionner le monde qui les entoure. Toutes les tentatives historiques de contestation de l’ordre capitaliste sont associées au fascisme et le libéralisme est érigé en doctrine unique et seule capable de mener la société vers le progrès. Les programmes d’histoire actuels sont avant tout dogmatiques et servent à préserver un capitalisme en crise structurelle ! L’école est de plus en plus pensée comme un lieu de formation de futurs travailleurs exploitables et dociles ! Les attaques à venir contre le système éducatif accentueront encore un peu plus ces dérives. Face à cela, il semble urgent de travailler à la reconstruction d’une organisation de classe capable de porter un projet politique et intellectuel global permettant de remettre en cause l’hégémonie de l’idéologie capitaliste. Il est également urgent de préparer la riposte pour empêcher les attaques à venir contre le système éducatif et pour construire une école qui réponde aux intérêts de l’ensemble de la jeunesse du pays. Une école gratuite, une école critique, une école émancipatrice !

Possibilité d’achat de l’ouvrage auprès de la section (mail : pcfparis15@orange.fr) ou directement sur le site l’éditeur.

L’école publique comme outil de formatage impérialiste : Ou comment faire de nos enfants de la chair à canon consentante

Article AJ, PCF Saint-Quentin, pour vivelepcf.fr, septembre 2016

Après avoir déstabilisé tout le Moyen-Orient en appuyant les puissances obscurantistes comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite qui soutiennent et financent directement les organisations terroristes, l’idéologie dominante continue d’utiliser la guerre qu’elle sème à travers le monde pour mieux asservir les populations, aussi bien dans les pays dominants que dans les pays dominés ou convoités.

Quoi de mieux qu’une unité nationale dernière un ennemi commun pour faire oublier les politiques de casse sociale et réprimer la contestation ? Pourquoi stopper les politiques impérialistes internationales, mères du terrorisme, puisque celles-ci permettent à la fois de continuer d’enrichir une minorité de nantis et de détourner et bâillonner les peuples face à la dégradation de ses conditions de vie, toujours au service du grand patronat.

L’idéologie dominante a été propagée à grand coup de battage médiatique mais le contexte actuel permet au pouvoir d’aller encore plus loin dans la propagande guerrière et de franchir une nouvelle étape.

Alors, quoi de mieux que l’école pour endoctriner la population. On touche à la fois les jeunes esprits plus facilement manipulables et les parents sensibles émotionnellement à la sécurité de leurs enfants et prêts à (presque) tout accepter pour apaiser leurs craintes.

Après l’état d’urgence, le (faux) filtrage à l’entrée des écoles, les mesures d’annonce autant tape à l’œil qu’inefficaces et le climat de peur entretenu, le gouvernement passe à l’étape supérieure et vise directement l’utilisation des enfants pour aboutir à ses fins.

Jusqu’ici, ce sont essentiellement le personnel et les parents qui étaient informées des différentes mesures (surveillance accrue, interdiction aux parents d’entrer dans l’école, fin des kermesses et fêtes d’école…).

Cet été, la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a communiqué et envoyé plusieurs directives pour renforcer les mesures sécuritaires. Le langage est clair, le virage sécuritaire est flagrant.

Développer la culture sécuritaire

Le guide diffusé par le gouvernement à destination des parents d’élèves titre sa première partie : « Comment développer une culture commune de la sécurité ? ». Il l’introduit par « La sécurité et la vigilance sont l’affaire de tous ».

Le vocabulaire employer est clair : il faut développer la culture sécuritaire. Chacun doit y prendre part. L’unité nationale est au centre du discours. L’ennemi commun est identifié, la mission de chacun est de contribuer à lutter contre celui-ci.

Nouvelles mesures dans l’école

Ici aussi, on comprend que l’objectif est moins d’éviter un incident que d’entretenir un climat de peur tant les consignes sont ridicules.

Ainsi, un nouvel exercice de PPMS (Plan Particulier de Mise en Sûreté contenant les exercices incendie, des confinements en cas d’acident industriel…) prévoit une alerte intrusion.

En lisant la circulaire ou les différents fichiers à disposition des parents et des directeurs d’écoles (et des potentiels terroristes… en téléchargement libre), on apprend que les directeurs recevront un SMS en cas d’attaque (l’éducation nationale découvre les télécommunications), que les enseignants doivent se cacher ou fuir avec leur classe (on n’y avait pas pensé, merci le gouvernement) ou encore qu’il ne faut pas courir en direction du ou des terroristes. Quelle imposture !!!

Si les enseignants en maternelle ne sont pas obligés d’expliquer à leurs élèves le pourquoi de l’exercice, à partir du CP (6 ans) et jusqu’à la fin de la scolarité, les professeurs sont invités à être plus explicites sans pour autant préciser jusqu’à quel point. Quel est l’impact psychologique sur un enfant de 6 ans à qui on explique qu’une personne peut entrer à tout moment dans son école pour lui faire du mal ? Quelle justification du geste va être amener ?

L’exercice est à mettre en place avant les vacances de la Toussaint et à renouveler tous les ans. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’un endoctrinement violent de notre jeunesse au service d’une idéologie dominante va-t-en guerre.

Un jumelage entre le ministère de l’éducation et le ministère de l’intérieur ?

La circulaire commune du ministère de l’Éducation nationale et du ministère de l’intérieur du 29 juillet, adressée aux préfets, recteurs, inspecteurs d’académies, directeurs académiques des services de l’éducation nationale, fixe le cadre.

Elle annonce un renforcement des liens entre le préfet de police, les collectivités territoriales (missions de police des municipalités) et l’éducation nationale. Chaque écoles et chaque établissement aura un référent police ou gendarmerie identifié. Les autorités académiques doivent, pour chaque département, nommer un référent sûreté en charge de vérifier l’effectivité des mesures de sécurité. Ils assurent le lien entre les établissements scolaires et le maire au titre de ses pouvoirs de police. La circulaire prévoit aussi des formations des cadres de l’éducation nationale à ces mesures de sécurité qui seront assurées avec l’aide de l’École supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Un exercice-cadre est aussi prévu entre le préfet et les autorités académiques pour renforcer la collaboration entre l’administration éducative et la police.

Des formateurs « sûreté » de l’éducation nationale seront chargés de mettre en place un module de formation ou de sensibilisation pour les équipes pédagogiques ou éducatives qui sera également mis à disposition des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE, école de formation des professeurs).

La première réunion de rentrée avec les parents doit être assuré par les directeurs d’école (école primaire), les chefs d’établissement (collèges et lycées) pour rappeler les règles de sécurité, leur exposer les mesures de sécurité prises et pour solliciter, leur aide pour la sensibilisation et la mise en œuvre des règles de sécurité. Un représentant de la commune est aussi invité à se rendre à cette réunion.

Les consignes du ministère imposent aussi un adulte à chaque entrée d’établissement pour contrôler les entrées et sorties, éventuellement effectuer un contrôle visuel des sacs et pour vérifier l’identité des personnes étrangères à l’établissement. Le gouvernement ne prévoit, bien entendu, aucun budget supplémentaire pour le recrutement de ce personnel. Ces tâches seront donc assurées par du personnel de l’établissement (administratif, assistant d’éducation, enseignant…) au détriment de leur travail habituel auprès des élèves. Le personnel éducatif n’a pas à exercer des missions de police.

Dans le second degré, l’apprentissage des gestes de premiers secours est mis en lien avec la « menace terroriste ».

La dénonciation des élèves et personnels « en voie de radicalisation »

Les autorités académiques doivent communiquer à la préfecture les élèves et personnels signalés comme « en voix de radicalisation », la préfecture doit aussi faire redescendre ses données vers l’administration académique.

La circulaire du 29 juillet 2016 conclut comme suit : « La sécurité des écoles et des établissements scolaires est une priorité absolue. Elle concerne au premier rang l’État, mais implique aussi les collectivités territoriales et l’ensemble de la communauté éducative, qui doit être impliquée pour prévenir la menace et développer une culture pérenne de la gestion des risques. »

Les courriers envoyés aux présidents des associations des élus des collectivités territoriales (régionales, départementales, municipales) rappellent : « La sécurité des établissements scolaires est l’affaire de tous : État, collectivités, chefs d’établissement, personnels, parents d’élèves. C’est l’ensemble de nos efforts conjugués qui permettra à l’école de rester un lieu protégé pour que les élèves puissent réaliser leur scolarité en toute sérénité »

C’est pourtant en lisant toutes ces mesures que nous prenons conscience que l’indépendance et le lieu privilégié que sont l’école et les établissements scolaires subissent un recul historique. Son utilisation à des fins d’endoctrinement est flagrante. L’utilisation et la formation du personnel scolaire à une autre mission qui est la sienne : l’éducation de la jeunesse, nous ramène aux pires périodes de l’histoire ou aux régimes actuels à tendance fasciste.

Nous ne nous faisons pas d’illusion sur l’objectif réel de cette orientation. Il s’agit bien de détourner les regards des véritables enjeux décisions : la casse sociale, la liquidation de nos services publics, le transfert de notre argent vers le Capital, vers cette minorité de nantis qui engrange des millions sur notre misère.

S’il est un danger qui est bien réel, c’est celui de la disparition de notre liberté d’expression. Ces mesures de pseudo sécurité sont une porte ouverte à toutes les dérives autoritaires : interdiction des manifestations, interdiction des distributions de tract, interdiction de toute contestation réelle sous prétexte d’une priorité à la sécurité nationale.

Si l’État voulait lutter contre le terrorisme, qu’il cesse de l’alimenter avec ses accords internationaux avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, principaux financiers de DAESH ; qu’il cesse, le temps d’assurer la sécurité du territoire, ses mesures austéritaires, sa liquidation de nos droits, de nos emplois, de nos hôpitaux et de nos écoles ;

Si l’on fait un ratio entre le risque d’une telle attaque, l’inefficacité des mesures et l’impact psychologique sur toute une génération d’enfants et de parents, on comprend à nouveau que les objectifs sont très éloignés de ceux affichés. Ces mesures ne sont pas faites pour rassurer, ni pour protéger et encore moins un aveu de l’impuissance d’un gouvernement. Elles sont volontaires et réfléchies. Elles ont clairement un rôle dans les plans du Capital : accentuer encore le formatage idéologique de la population.

Le dernier article du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche en date du 24 août 2016 met l’accent sur la nécessité de consacrer des temps à la sécurité, non seulement au sein des équipes éducatives mais aussi avec les parents d’élèves.

Communistes, enseignants et personnels de l’éducation nationale communistes, nous appelons nos collègues, les parents d’élève, toute la communauté éducative à ne pas accepter cette campagne idéologique sécuritaire et militariste à l’école. Nous appelons au contraire, chacun dans nos fonctions, à promouvoir la culture de paix et de fraternité.

Communistes, dans et hors l’école, nous appelons à se mobiliser pour l’arrêt immédiat des ventes d’armes aux dictatures qui alimentent les milices terroristes, à toutes les dictatures, pour l’arrêt immédiat des interventions militaires françaises à l’étranger et le retour de tous les soldats français sur le sol français, à la baisse des dépenses d’armement, au désarmement nucléaire unilatéral de la France. Nous demandons la levée immédiate de l’état d’urgence.

L’argent pour l’école, pas pour la guerre !