Education

Crayons Rouges n°2 – le journal éducation de septembre/octobre est sorti !

Au sommaire du numéro de septembre/octobre

Page 1 : Edito – Rentrée 2019 : Blanquer a perdu la « confiance ». Les luttes gagnent en confiance.

Page 2/3 : Par la lutte, mettons en échec la privatisation et la marchandisation de la formation professionnelle au seul profit du patronat.

Page 4 : Fusion écoles-collèges : Blanque tente de remettre le projet sur la table ///  » J’invite un banquier dans ma classe ». Opération de propagande patronale.

 

Retrouvez l’intégralité des articles ci-dessous.

 

 

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Rentrée 2019 : Blanquer a perdu la « confiance ». Les luttes gagnent en confiance.

La rentrée s’effectue dans la continuité du mouvement de lutte 2018/2019 d’une ampleur inédite depuis 15 ans. Blanquer a perdu toute confiance (mot qui lui est pourtant cher…) par ses pratiques autoritaires et ses « fakes news » répétées.  Les réformes du « meilleur élève » de Macron ne passent pas  chez les enseignants du primaire et du secondaire, les lycéens ou les parents. Le défi, dès la rentrée, est de faire coïncider les luttes pour une riposte globale au projet de détricotage de tout le service public éducatif.

En deux ans, le ministre s’est complètement démasqué ! Déstabilisation du fonctionnement du lycée, réduction du bac à un diplôme local, coupe dans les moyens de l’enseignement pro, aggravation de la sélection à l’université, sortie de la formation des enseignants de leur temps de travail, création des établissements publics/privés « d’élite » … Une série d’attaques très cohérente pour affaiblir le service public, réduire les dépenses et faire la part belle au patronat et au privé.

L’année passée, les mouvements des lycéens, des enseignants du primaire, puis du secondaire se sont renforcés. Blanquer commence à être désarçonné. En novembre/décembre, les lycéens se sont fortement mobilisés. Au printemps, les enseignants du primaire se sont massivement mis en grève (jusqu’à 70% sur Paris), notamment pour refuser la création des Etablissements Publics des Savoirs Fondamentaux (EPSF – fusion écoles-collèges). Le secondaire a embrayé à partir de mai contre la « réforme » du lycée et la casse programmée du bac.

Pour la première fois depuis l’avènement de Macron, un mouvement de lutte a réussi à faire douter et même à faire reculer le pouvoir. Face aux lycéens, le duo Blanquer/Castaner a répondu par une répression inouïe symbolisée par l’intervention policière de Mantes-la-Jolie. Cela a laissé des traces. Face aux personnels du secondaire et à leur action symbolique au moment du bac, Blanquer a dévoilé aux yeux de l’opinion son projet de dévalorisation du diplôme. Face aux personnels du primaire, il a dû reculer sur une mesure importante : la mise des écoles sous la tutelle des collèges.
Ces expériences appellent à une riposte coordonnée, possible, dès la rentrée, face à un projet global de plus en plus identifié. EPSF : Blanquer s’apprête à remettre le couvert (voir page 4). La fermeture de nombreuses classes ou écoles va encore éloigner le service public de la population. Immanquablement, la rentrée souffrira du manque croissant d’enseignants, des effectifs alourdis par classe et de la dégradation des conditions d’apprentissage et de travail. Les dégâts de la  réforme du lycée, en vue de la fin du bac en 2020, vont éclater.

En cette rentrée, et comme à son habitude, Blanquer tente de noyer ces questions derrière un plan com’ préparé. L’annonce de la revalorisation des traitements est destinée à faire croire que le ministre entend les enseignants sur les revendications salariales. L’augmentation sera en réalité inférieure à 20€ net par mois. Une misère qui ne résoudra en rien la problématique des faibles salaires dans l’éducation. Autre plan com’ du ministre : le lancement d’un grand plan écolo pour l’éducation. L’art et la manière de cacher derrière un coup de peinture verte les vraies questions qui fâchent !

Le gouvernement Macron/Philippe est également profondément contesté sur la question de l’hôpital public. Les parallèles et convergences avec l’éducation sont évidents. Le pouvoir marche aussi sur des œufs dans son plan de casse du système de retraite. La réforme annoncée va peser très lourd sur les pensions des futurs retraités, en particulier dans l’éducation (changement de la méthode de calcul de la pension, remise en cause des réversions, etc.).

Communistes, nous serons, dès la rentrée, de toutes les luttes pour dénoncer et pour mobiliser, sur la base de ces conditions de convergence de lutte manifestes. La défense du pilier que représente toujours le baccalauréat, diplôme national ouvrant l’accès aux études supérieures, peut et doit être un point de mire.

L’année scolaire dernière a montré que la lutte paye ! C’est par le rapport de force que nous pourrons mettre en échec Blanquer et défendre le service public d’éducation !

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Par la lutte, mettons en échec la privatisation et la marchandisation de la formation professionnelle au seul profit du patronat.

Les contre-réformes de la voie professionnelle et de l’apprentissage visent à favoriser l’intrusion du patronat et de la logique marchande dans l’école publique. In fine, leur but est d’entériner la privatisation et la marchandisation de la formation professionnelle. Blanquer poursuit l’application de la « stratégie de Lisbonne », définie en 2000 par l’Union Européenne, pour marchandiser l’éducation dans chaque pays. Au nom de la quête de « compétitivité », l’UE sert de prétexte et d’instrument aux gouvernements nationaux pour ouvrir tous les domaines potentiellement sources de profit au secteur privé marchand. L’éducation fait partie de ces domaines. Auparavant, conçue comme un lieu permettant aux jeunes d’apprendre dans un objectif d’émancipation, l’école, et en particulier le système de formation professionnelle, est de plus en plus destinée à faire de tous les jeunes des travailleurs exploitables et dociles !

Casse de l’enseignement professionnel public !

Avec la réforme de la voie professionnelle, l’idée est de regrouper dans une « famille de métiers » les métiers qui présentent des compétences communes et de structurer l’offre de formations sur la base de ces  familles de métiers. Par exemple, en seconde la famille « Métiers de la relation client » regroupera tous les métiers en lien avec la vente et le commerce. Présentées comme une « amélioration de l’orientation des élèves », les familles de métiers réduisent en fait d’un an la spécialisation professionnelle en « créant une seconde de détermination».

Après avoir réduit la formation en bac professionnel de 4 à 3 ans (2009), celle-ci est encore raccourcie d’un an, la faisant passer à 2 ans. Par ailleurs, de 80 actuellement, il ne resterait que 15 familles de métiers. Cette mise en œuvre par familles de métiers sert en réalité à réduire le nombre de diplômes et à supprimer des postes d’enseignants comme d’administratifs (au moins 6000 postes supprimés !). Par conséquent, cela va encore augmenter le remplissage des classes, ce qui est contraire à de bonnes conditions d’études des élèves et de travail pour les professeurs.

En parallèle, c’est la refonte des programmes de la voie professionnelle avec une réduction des volumes horaires dédiés aux enseignements professionnels et généraux entraînant la suppression de nombreux sujets d’étude. Exemple édifiant : l’histoire sociale de la classe ouvrière ne sera plus enseignée en CAP ! En bac professionnel, les enseignements de prévention-santé-environnement et d’économie-gestion disparaissent tout simplement ! L’idée de transmettre à tous les jeunes, non plus des savoirs et des connaissances, mais de les former vite avec des compétences réduites pour devenir un travailleur exploitable et docile, prend ici tout son sens !

Casse des diplômes nationaux remplacés par des blocs de compétences !

Aujourd’hui, le CAP, le BEP, le bac pro, le brevet professionnel, le BTS sont des diplômes nationaux reconnus par les conventions collectives (salaires de référence, grilles de classification). Le cadrage national des diplômes garantit l’égalité face aux diplômes.

La volonté du gouvernement est de casser le plus possible le caractère national des diplômes en les découpant en blocs de compétences et de supprimer les diplômes intermédiaires que sont le BEP et le CAP.

Cette casse des diplômes est à lier à la casse des conventions collectives par les Ordonnances Macron et la loi El Khomri : former une main d’œuvre adaptable et corvéable pour une employabilité immédiate, à bas prix avec un minimum de garanties collectives. Le découpage des référentiels de diplômes en blocs de compétences constitue une remise en cause du système de certification construit dans une logique d’acquisition complète de connaissances et de compétences. Ainsi, le patronat pourra déroger à loisir aux conventions collectives avec des salariés partiellement qualifiés.

Défendons le maintien des diplômes professionnels nationaux reconnus par les conventions collectives !

Attaque du statut des fonctionnaires d’état de l’Education Nationale garantissant la qualité de l’enseignement et la neutralité vis-à-vis du patronat.

La contre-réforme de la voie professionnelle s’inscrit dans le plan du gouvernement de réduction du nombre d’emplois dans l’Education Nationale (fonctionnaires comme contractuels, enseignants comme administratifs) et conduit également à la remise en cause du statut de fonctionnaire des professeurs de lycées professionnels (temps de travail, garanties liées au statut, etc.). Défendons et exigeons un recrutement massif sous statut dans l’enseignement comme dans l’administration pour améliorer les conditions d’études des élèves et des conditions de travail des personnels.

La formation professionnelle livrée au patronat !

Depuis les premières lois de décentralisation (1983), la compétence de la formation professionnelle et de l’apprentissage a été transférée aux régions pour répondre aux exigences de profits du patronat. Avec la contre-réforme sur la formation professionnelle, cette compétence ne sera plus pilotée par les régions mais directement par le patronat. Il est prévu, dès la rentrée 2019, l’ouverture de centres de formation par apprentissage (CFA) par les entreprises, sans accord préalable de la région. Couplée avec la contre-réforme de Blanquer, c’est le développement forcé des unités de formation par apprentissage des entreprises au sein même des lycées professionnels.

Les campus des métiers et des qualifications créés par la loi de « Refondation de l’école » en 2013, en lien avec les régions et les branches professionnelles, se développent un peu partout. Ils forment le cheval de Troie de la casse de la formation professionnelle publique en entraînant la mise en concurrence des lycées avec les centres de formation privés.

Le patronat n’a jamais accepté de se voir retirer, au lendemain de la guerre, la responsabilité de la formation professionnelle. Avec leur série de contres-réformes, les patrons tentent aujourd’hui de forcer le retour en arrière en privatisant la formation professionnelle. Ils veulent sa marchandisation avec des formations « à la carte », une main d’œuvre partiellement qualifiée répondant aux exigences de profits toujours plus élevés du patronat.  Ils veulent aussi, et surtout, étendre le marché capitaliste à tous les domaines qui lui échappent : protection sociale, services publics et en l’occurrence, le service public d’éducation.

Face à ces attaques, le Parti communiste français est dans la lutte. Le PCF appelle à la construction d’une large mobilisation des enseignants et des agents administratifs, des élèves et des parents d’élèves. Ensemble, nous défendons un service public d’éducation professionnel répondant aux besoins des jeunes du pays et protégeant les conditions de travail et le statut des fonctionnaires servant ce service public !

Par la lutte, mettons en échec le gouvernement Macron. Exigeons de l’argent pour l’enseignement public professionnel ! Pour que l’Education ne soit pas de l’apprentissage des compétences utiles au patronat mais un outil émancipateur pour la jeunesse.

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Fusion écoles-collèges ; Blanquer tente de remettre  le projet sur la table

Parmi les nombreuses contre-réformes lancées par Blanquer lors de l’année scolaire dernière, les Etablissements Publics des Savoirs Fondamentaux (EPSF) ont cristallisé la colère. Ce nouveau type d’établissement prévoyait la fusion entre écoles et collèges placés sous la direction du principal du collège. Cela permettait ainsi au gouvernement de faire d’importantes économies en supprimant les moyens accordés aux directeurs d’école tout en accentuant encore un peu plus la logique managériale dans laquelle est poussée l’éducation nationale avec la création de ces super-principaux. Suite à la forte mobilisation des enseignants et parents d’élèves au printemps dernier, le ministre Blanquer avait finalement été contraint de reculer sur la création des EPSF.  Cette victoire obtenue par la lutte n’a pas été du goût du ministre qui remet le sujet sur la table ! Alors qu’une multitude de rapports commandés par le ministère ne sont jamais publiés, deux rapports rédigés par des inspecteurs généraux et préconisant la fusion école-collège ont été publiés à quelques jours de la rentrée. En plus de la fusion, ces rapports vont dans le sens de la création d’un corps unique des « enseignants du socle » qui rassemblerait enseignants du primaire et du collège qui pourraient alors travailler aussi bien dans les écoles que dans les collèges. C’est un moyen évident pour le gouvernement de faire des économies d’échelle afin de supprimer des postes. C’est aussi un projet qui, en niant toute spécificité de l’apprentissage en primaire ou en collège, aggraverait les conditions d’enseignement. Blanquer semble vouloir s’entêter, mais la lutte des enseignants et parents d’élèves lui montrera une nouvelle fois qu’il est hors de question de créer ces EPSF !

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« J’invite 1 banquier dans ma classe ». Opération de propagande patronale

 

La Fédération bancaire française, organisation patronale du secteur, organise chaque année une opération nommée « J’invite 1 banquier dans ma classe ». L’objectif est de faire intervenir un banquier dans les classes de CM1/CM2 pour « sensibiliser les élèves aux questions de l’argent ». Il s’agit en réalité d’une énième opération destinée à faire rentrer la propagande patronale à l’intérieure de l’éducation nationale. Sous couvert des « jeux pédagogiques » on distille la bonne pensée libérale. On apprend par exemple aux enfants à gérer un budget serré. Evidemment, les fins de mois difficiles s’expliquent par une mauvaise gestion des familles plus que par des salaires trop bas… L’opération est accréditée par le ministère, et malheureusement elle est loin d’être la seule de ce type. Les professeurs de Sciences Economiques et Sociales au lycée sont par exemple incités de façon récurrente et appuyés, y compris par leur hiérarchie, à participer à un stage appelé « Entretiens Enseignants Entreprises » organisé tous les ans en août juste avant la rentrée. L’opération est organisée par l’Institut De l’Entreprise, vitrine du MEDEF. L’école doit rester un lieu d’émancipation, et non un laboratoire pour la propagande patronale.

EDUCATION: notre 4 pages « Crayons Rouges » de juin/juillet est sorti

LIEN VERS LE PDF

Page 1:

Alors que le « professeur » Blanquer s’englue dans les fake-news et les bugs, le rapport de force monte pour faire capoter ses contre-réformes

Page 2:

Ecole de la « confiance »? Défiance!

Scolarité obligatoire à 3 ans: danger pour l’école publique

Page 3:

Parcoursup: gros bug d’un système aussi injuste qu’opaque

Page 4:

70ème anniversaire de l’OTAN. Plus que jamais, l’argent pour l’école, pas pour la guerre!

 

 

Ce ne sont pas les enseignants en grève qui mettent en danger le baccalauréat, mais bien la politique du ministre Blanquer !

Après plus d’un an de mobilisation des enseignants et des lycéens contre les réformes du lycée, du bac et de l’orientation, la mobilisation a atteint ce 17 juin un nouveau cap. Une large inter-syndicale a appelé à une grève des surveillances pour le premier jour du baccalauréat. Cette modalité d’action, très rare, et son ampleur symbolisent le niveau de colère des enseignants contre la politique imposée de façon autoritaire par le gouvernement.

Comme c’est le cas depuis son arrivée à la rue de Grenelle, le ministre n’a cessé toute la journée d’afficher un large mépris du monde enseignant. Plutôt que de revenir sur ses réformes contestées par tous, il a une nouvelle fois préféré alterner entre mensonges et éléments de langage, largement diffusés par des médias aux ordres du pouvoir.

Un niveau de mobilisation inattendu

Pratiquant la méthode de l’autruche pour ne pas voir la réalité en face, le gouvernement a abreuvé les rédactions d’un chiffre ; il n’y aurait que 5% de grévistes. La grève serait donc largement minoritaire et menée par une petite poignée d’enseignants. En plus de fournir, comme à son habitude, des chiffres entièrement faux* le gouvernement a été jusqu’à annoncer publiquement ces chiffres à 7h50… soit 10 minutes avant le début de la prise de service des enseignants. Rappelons qu’aucun enseignant du secondaire n’est soumis à une déclaration préalable de grève.

La grève a en réalité été bien plus suivie que ce qu’annonce le ministre mais aussi que ce à quoi on pouvait s’attendre. Dans la plupart des établissements mobilisés on compte entre 30 et 50% des surveillants appelés ce jour en grève, beaucoup plus dans certains endroits. Ces chiffres symbolisent un rejet profond de la politique du gouvernement, car il n’est jamais simple de faire grève un jour de bac, d’autant plus avec les menaces de plus en répétées de répression de la part des directions. Alors que le ministre annonçait à qui voulait l’entendre que tout allait bien partout, la réalité dans les établissements était bien différente. Dans beaucoup de lycées les épreuves se sont déroulées avec un seul surveillant par salle (au lieu de 2 ou 3 normalement) et aucun dans les couloirs. Pour maintenir les épreuves coûte que coûte, le gouvernement a mobilisé des personnels de direction, des inspecteurs, des administratifs, des AED, des AVS et même localement des parents d’élèves… S’il n’y avait vraiment que 5% de gréviste, Mr Blanquer n’aurait jamais eu besoin de prendre toutes ces précautions !

Qui menace vraiment le bac ? Les personnels en lutte pour le service public ou la politique destructrice du gouvernement ?

Autre élément de langage martelé toute la journée par le gouvernement, les enseignants prendraient en otage les élèves et fragiliseraient le bac. C’est un comble venant de la part de celui qui met justement en place des réformes qui sabotent entièrement le diplôme national du bac !

Par sa réforme applicable à partir de la rentrée 2019, Blanquer dynamite le bac actuel pour le remplacer par une véritable usine à gaz qui ne va faire qu’accentuer encore un peu plus les inégalités. Avec l’introduction massive du contrôle continu (40% de la note totale) c’est la fin du diplôme national. Le bac sera désormais un diplôme local qui n’aura plus la même valeur selon le lycée d’origine de l’élève, de quoi faire encore un peu plus exploser les inégalités d’orientation sur Parcoursup (le lycée d’origine de l’élève étant systématiquement indiqué sur la plateforme). Le nouveau bac introduit également un grand oral (qui comptera pour 10% de la note totale) sans temps pour le préparer. De quoi là encore faire exploser les inégalités en facilitant l’accès au diplôme pour ceux les plus à l’aise socialement à l’oral.

Le nouveau bac c’est aussi une usine à gaz qui va phagocyter tout le temps scolaire et complétement déstabiliser l’organisation des établissements. Les élèves passeront en tout plus de 20 épreuves réparties sur les années de première et de terminale. Les élèves comme les enseignants vont désormais passer leurs deux années du cycle terminale en examens permanents. Le temps pour les apprentissages sera considérablement réduit et remplacé par des épreuves successives qui n’ont aucun sens.

La destruction du bac s’inscrit dans des attaques plus larges contre l’éducation nationale et les services publics

Cette destruction du diplôme national s’accompagne d’une attaque bien plus large contre l’ensemble du fonctionnement du lycée et du système d’orientation (lire nos analyses précédentes). A tout cela s’ajoute une attaque plus globale contre tout le service public de l’éducation avec la loi Blanquer sur « l’école de la défiance ». Passé en commission mixte paritaire il y a quelques jours, les députés et sénateurs se sont entendus sur un projet de loi qui devrait être voté avant le congé des parlementaires.

Si la mobilisation massive des enseignants a permis de faire reculer Blanquer sur son projet d’EPSF (fusion de collèges et d’écoles primaires) ou bien sur la volonté des sénateurs de droite d’accorder aux directeurs d’école un rôle de manageur, toutes les autres attaques sont restées. Avec l’article 1, le gouvernement pourra continuer et accentuer sa politique de répression des enseignants mobilisés qui seraient désormais soumis à un « devoir d’exemplarité » sanctionnable, traduction « un devoir de se taire ». Avec l’extension de l’âge de scolarité obligatoire à 3 ans c’est un merveilleux cadeau fait aux maternelles privées qui seront désormais toutes financées par de l’argent public. Les Etablissements Publics Internationaux, véritables établissements réservés aux plus riches, attaque encore un peu plus une carte scolaire déjà bien mise à mal.

Les attaques contre l’éducation nationale ne sont pas un cas isolé. Elles sont à mettre en parallèle avec l’intégralité de la politique de ce gouvernement qui sert les intérêts d’une minorité de la population en détruisant méthodiquement les services publics. On peut penser à la réforme Buzyn de la santé, largement contestée en ce moment même dans les hôpitaux ou encore à la loi mobilité (dite loi LOM) qui va accélérer encore la privatisation des réseaux de transport public. Plusieurs secteurs, plusieurs attaques, mais une seule logique !

En lançant toutes ces réformes, Blanquer ne s’attendait probablement pas à être autant contesté par le monde enseignant peu mobilisé ces dernières années. En deux ans, le meilleur élève de la classe a réussi à se mettre à dos une large partie des enseignants, des élèves et de leurs familles aboutissant à une très rare grève du baccalauréat. Le recours massif aux mensonges et à la répression montre la fébrilité du gouvernement. Amplifier la mobilisation encore pour gagner, c’est possible !

A la suite de la grève du 17 juin, des établissements fortement mobilisés partout en France ont voté en assemblée générale la reconduction de la grève. Diverses actions seront organisées pendant toute la semaine du baccalauréat. Au niveau national, une nouvelle journée de grève et de manifestation est fixée pour le 27 juin, premier jour du brevet des collèges. Il est important de maintenir et d’amplifier le rapport de force contre Blanquer dans les jours à venir afin de pouvoir poursuivre la lutte dès le premier jour de la reprise en septembre.

Contre l’école de la défiance et des inégalités de Blanquer, gagnons par la lutte un service public d’éducation ambitieux et émancipateur, seul à même de répondre aux besoins de la jeunesse du pays !

 

*Les taux de gréviste donnés par le ministère de l’éducation nationale sont toujours entièrement faux. Ils font un simple rapport entre le nombre de grévistes constaté à 8h et le nombre total de personnels. Par exemple, un enseignant gréviste qui prend sa première classe à 9h n’est donc pas compté dans ce taux. De plus, les personnels de direction non concernés par les appels à la grève sont comptabilisés dans le calcul. De la même manière, le ministère intègre à son calcul tous les enseignants de collège alors que la grève du 17 juin concernait principalement les lycées.

Parcoursup : gros bug d’un système autant injuste qu’opaque !

Lannée dernière les ministres Blanquer et Vidal ont lancé Parcoursup, un nouveau système d’orientation post-bac destiné à remplacer APB. A grands renforts de pubs et de slogans travaillés par leurs boites de com’, ils ont tenté de cacher la réalité de Parcoursup : un système complètement injuste et opaque, destiné à instaurer la sélection à l’université, à accompagner les manques de moyens dans l’éducation et à accentuer encore un peu plus les inégalités scolaires. Après une première année marquée par plusieurs bugs et par une opacité totale permettant aux ministres d’assurer que « tout va bien », la seconde édition de Parcoursup s’ouvre par un gigantesque bug qui révèle encore un peu plus la nature du dispositif et derrière lui toute la politique éducative de ce gouvernement.

Ce mercredi 15 mai au soir, les presque 900 000 candidats inscrits sur Parcoursup recevaient leur première série de réponses à leurs demandes. Pour ceux qui avaient reçu une réponse positive, la joie fut de courte durée ! Vendredi 17 mai au matin, à la suite d’un rétropédalage de nombreux lycéens au départ acceptés se retrouvent finalement placés en liste d’attente. Un bug de la plateforme est à l’origine du problème, mais contrairement aux dires du gouvernement, ce bug n’est pas secondaire. Il est d’une ampleur considérable et révèle tout le fonctionnement d’une plateforme largement fondée sur des algorithmes opaques.

Depuis la découverte du problème, le gouvernement n’a de cesse de minimiser le problème. Il annonce qu’il ne peut pas donner de chiffres sur le nombre de candidats concernés (signe soit d’une incompétence grave, soit d’une malhonnêteté totale, ou bien les deux…) et précise que le problème ne concernerait que 2% des formations et principalement des BTS. En réalité le problème est bien plus vaste, puisque toutes les formations du supérieur sont concernées et selon un article du journal Les Echos, 70 000 candidats seraient touchés. Dans les établissements à proximité géographique des universités/IUT/BTS concernés par le bug, ce n’est pas rare d’avoir 50% des élèves de terminales concernés par le problème (tel est le cas par exemple dans beaucoup de lycées des Yvelines).

En plus de minimiser le problème et de mépriser les élèves concernés, la ministre de l’enseignement supérieur Vidal rejette la faute sur les établissements d’accueil qui se seraient trompés lors du paramétrage de leurs capacités d’accueil. Le gouvernement se défausse également sur les professeurs de lycée en leur demandant d’assurer le service après-vente de leur dispositif. Trop occupé à justifier ses choix destructeurs, le gouvernement ne se soucie nullement du sort des dizaines de milliers de lycéens placés dans une incertitude et une incompréhension des plus totales.

 

Derrière ce bug, c’est toute la violence sociale, l’injustice et l’opacité du dispositif Parcoursup qui se révèle !

 

Construit comme une véritable usine à gaz, Parcoursup est un dispositif d’orientation largement incompréhensible pour les lycéens et les enseignants et surtout d’une opacité totale. Chaque formation, à l’échelle locale, peut choisir ses critères de classement des candidats sans cadrage national. Concrètement, les facs ont mis en place des algorithmes de sélection que ni les lycéens, ni les enseignants ne connaissent. Résultat, aucun candidat n’est capable de savoir ce qui motive son acceptation ou son refus. Il en découle un profond (et légitime) sentiment d’injustice.

L’objectif central de Parcoursup est d’instaurer une sélection pour les études supérieures et ainsi régler le problème du manque de places à la fac. Plutôt que de mettre sur la table les moyens nécessaires pour que l’Université puisse accueillir les lycéens supplémentaires issus du baby-boom (il faut rappeler que le bac est le premier grade universitaire), le gouvernement a préféré régler le problème en instaurant la sélection. Cette sélection, malgré les éléments de langage du gouvernement, est une sélection de classe. Selon son lycée, sa filière, les moyens des ses parents, les lycéens n’ont pas du tout les mêmes possibilités d’orientation.

Parcoursup permet également de favoriser le développement de l’éducation privée au détriment du système public qui ne cesse de reculer dans le supérieur. Le système étant tellement complexe et opaque, que tout lycéen dont les parents ont un peu les moyens préférera se tourner vers des écoles privées qui proposent des formations en-dehors de Parcoursup. Pour les autres, dont les parents sont ouvriers, employés… le parcours du combattant Parcoursup est un passage obligatoire ! Derrière cela c’est tout une offre publique d’éducation en baisse, moins de moyens publics alloués et davantage d’écoles privées supérieures qui adaptent leurs formations aux besoins du patronat.

Tout cela va de pair avec une destruction massive de l’orientation publique. Les PSY-EN (anciens Conseillers d’Orientation Psychologues) dans les établissements sont en nombre largement insuffisants. Les structures publiques d’orientation comme les CIO sont démantelées. Le gouvernement a ainsi fait le choix de faire peser la totalité de la tâche d’orientation sur les Professeurs Principaux qui n’ont ni la formation ni le temps d’effectuer ces tâches spécifiques et chronophages. Il reste alors le choix des officines privées d’orientation qui se multiplient de façon exponentielle en pratiquant des prix exorbitants… A l’opposé de cette logique, il est urgent de se battre pour qu’un système d’orientation public d’ampleur soit construit avec des objectifs clairs : tenir compte des aspirations des jeunes, faire connaître la diversité des formations existantes et permettre une orientation qui réponde aux besoins du pays.

Enfin, Parcoursup est une mesure qui forme un tout cohérent avec la réforme actuelle du lycée et du baccalauréat. A partir de la rentrée prochaine, les filières S, ES et L disparaîtront, les élèves devront alors choisir en cours de seconde des spécialités. Elles serviront alors « d’attendus » demandés par les différentes formations dans Parcoursup. Cela revient à demander à des élèves de 15 ans de choisir leur orientation post-bac ! De plus, avec la fin du baccalauréat national, les critères de sélection de Parcoursup reposeront de plus en plus sur le lycée d’origine de l’élève. De quoi faire encore un peu plus exploser les inégalités scolaires.

Le bug récent de Parcoursup révèle entièrement son caractère opaque et injuste et, derrière, l’intégralité de la politique éducative du gouvernement. Depuis plusieurs semaines, un vaste mouvement de lutte traverse l’éducation nationale pour revendiquer l’abrogation des réformes Blanquer. Les lycéens, massivement dans la rue en décembre dernier, doivent rejoindre le mouvement avant la fin de l’année pour mettre en échec un gouvernement actuellement déstabilisé.

 

Plus que jamais, lycéens, enseignants et parents d’élèves doivent lutter main dans la main pour défendre le service public d’éducation.

 

Les communistes appellent tous les enseignants, lycéens, étudiants et parents d’élèves à s’impliquer dans les différentes journées d’action et dans les mobilisations locales pour la défense du service public d’éducation. Nous revendiquons :
-l’abandon de Parcoursup et la mise en place d’un dispositif transparent et démocratique d’orientation post-bac assurant à tous l’orientation de son choix.
-davantage de moyens pour l’orientation publique afin de créer des postes de PSY-EN dans les établissements et l’essor des Centre d’Information et d’Orientation (CIO).
-le recrutement massif d’enseignants et de personnels encadrants de la maternelle au supérieur afin d’abaisser le nombre d’élèves par classe et d’améliorer l’accueil.
-le retrait du projet de loi dit « école de la confiance » et des réformes du lycée et du baccalauréat.
-l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail des enseignants afin d’enrayer la crise de recrutement dans le métier.
-la fin du processus d’autonomisation des établissements et le retour à un vrai cadrage national seul élément à même de garantir un réel service public d’éducation.