Vive le PCF

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Articles par Vive le PCF

Sous la tutelle de Montebourg, la direction de La Poste accélère : 5285 suppressions d’emploi en 6 mois !

Repris de PCF Paris 15, 30 juillet 2014

Connaissez-vous un plan de suppression d’emplois à propos duquel le ministre Arnaud Montebourg n’a pas fait son numéro de matador et de compassion, même si c’est bien sûr pour finir par montrer son impuissance et sa volonté d’aider le patronat ?

5285 postes, c’est l’équivalent de deux fois les emplois de l’usine PSA d’Aulnay fermée en 2012/2013. C’est le nombre d’emplois que la direction de La Poste a supprimés au premier semestre 2014, selon ses propres chiffres.

Que dit, que fait Montebourg ? Rien ! Puisqu’il est le ministre de tutelle de cette entreprise publique, de ce service public pour lequel il a prétendu se battre lors de la « votation citoyenne » de 2009.

Il est temps de le mettre devant son hypocrisie ! (Lire la suite…)

Contre la guerre israélienne sur Gaza : maintenir, amplifier la mobilisation

Avant la manifestation du 2 août à Paris, repris de Pcf Paris 15

Le gouvernement israélien juge visiblement qu’il n’a pas encore causé assez de morts – plus de 1500 – et de destructions à Gaza. Aucune des trêves annoncées depuis quelques jours ne dure. Il veut aller encore plus loin dans ses buts de guerre : éliminer le plus gros des capacités militaires des Palestiniens, rendre impossible toute solution politique à la question palestinienne, accessoirement reforger une large cohésion de la population israélienne sur la base du racisme et du nationalisme. Une expédition meurtrière sur Gaza tous les deux ou trois ans pour maintenir le statu quo : la stratégie israélienne reste la même. Combien de temps fonctionnera-t-elle ? Certainement pas indéfiniment.

L’impérialisme américain temporise, malgré l’horreur de la situation et l’émotion de l’opinion publique internationale. Il cale ses réactions sur le calendrier de son allié israélien. Les autorités américaines viennent de reconnaître que le jour même où elles condamnaient l’attaque contre une école de l’ONU à Gaza, elles avaient livré pour 1 milliard de dollars de munitions à l’armée israélienne.

De leur côté, Hollande, Valls et Fabius demandent vaguement un cessez-le-feu mais sans se départir d’une complaisance officielle inédite pour Israël. Obama ou Hollande croient donner le change en prônant la création d’un Etat palestinien mais laissent la politique d’Israël la rendre impossible.

Dans ces conditions, l’amplification de la mobilisation de l’opinion publique est nécessaire pour l’arrêt immédiat des combats et pour résolution juste et durable de la crise.

Le Collectif national  pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, dont fait partie le PCF, appelle à manifester samedi 2 août sur les mots d’ordre suivants :

Halte à l’agression israélienne

Levée du blocus, illégal et criminel, de Gaza

Libération de tous les prisonniers

Sanctions immédiates contre Israël jusqu’au respect du droit international

Soutien à la résistance du peuple palestinien

Oui à la liberté d’expression, non à la criminalisation de la solidarité

Soyons nombreux !

Dans son soutien inconditionnel à la politique d’Israël, le gouvernement de Valls multiplie les diversions et les provocations. C’est le but de l’interdiction de certaines manifestations. Il cherche à réduire en France l’expression de l’émotion et de la colère, qui peuvent et doivent toucher tous les citoyens épris de justice et de paix, à une affaire entre communautés et extrémistes.

Maintenant le gouvernement annonce qu’il envisagerait de dissoudre le groupe sioniste extrémiste et violent LDJ, « Ligue de défense juive » (qui n’est même pas organisé en association…). Dans le même temps, il engage des poursuites judiciaires contre un cadre du NPA, Alain Pojolat, pour avoir maintenu son appel à la manifestation interdite du 19 juillet.

L’intention perverse du pouvoir est limpide : assimiler le plus grand nombre des organisations solidaires avec le peuple palestinien à un groupuscule pro-israélien ultraviolent et ultra-marginal. Nous exprimons tout notre soutien à Alain Pojolat.

Continuons à déjouer les calculs du gouvernement français, à le replacer devant ses responsabilités nationales et internationales, à mettre au centre l’exigence absolue : la paix.     

Communistes, que faire dire à Jaurès en 2014 ?

Vivelepcf, 31 juillet 2014

La figure de Jean Jaurès représente un matériau politique infiniment recyclable. Sa récupération politique va aujourd’hui jusqu’à la droite. Elle a commencé dès sa mort puis sa panthéonisation en 1924.

Tout concourt à faire de Jaurès un objet politique encore d’actualité.

Jaurès bénéficie d’une bonne notoriété. Il n’y a qu’à voir le nombre de rues qui portent son nom. Il dispose d’une bonne image dans l’opinion générale, celle d’un homme politique honnête, proche du peuple. Sa probité n’a jamais été contestée. Surtout il a été assassiné pour avoir tout fait pour préserver la paix.

Et puis, on peut faire dire énormément de choses à Jaurès. Il a exposé ses engagements successifs  avec volubilité et générosité. Il a écrit des milliers de pages.

Autant dire que l’on trouve de tout dans son œuvre, beaucoup de contradictions, traduisant l’évolution de sa réflexion, sa grande exposition publique. On peut trouver un Jaurès colonialiste, appuyant Jules Ferry, pensant que la domination française allait apporter des bienfaits républicains aux peuples retardés. On peut trouver un Jaurès antisémite, sur une fausse base de classe, qu’il corrigera. Ce sont sans doute les évolutions de Jaurès qui sont les plus intéressantes et fructueuses à analyser aujourd’hui.

Et puis surtout Jaurès est mort assassiné, il y a 100 ans, le 31 juillet 1914. Donc, on ne peut pas savoir, si après avoir appelé si fortement les socialistes, les prolétaires de tous les pays à empêcher la guerre, il aurait – ou non – fait comme ses principaux compagnons : rallier l’Union sacrée nationaliste et guerrière. On ne peut pas savoir comment il aurait réagi à la Révolution d’octobre.

Le 25 juillet 1914, il vient défendre pour une élection partielle à Lyon, où il tient un discours mémorable contre la guerre, Marius Moutet, qui sera adjoint d’Aristide Briand dans le gouvernement d’Union sacrée pendant la guerre, puis ministre des colonies (pas le pire). Aux obsèques de Jaurès, Léon Jouhaux prononce l’éloge funèbre et prépare les esprits au ralliement à la guerre. Le dirigeant syndical Jouhaux confirmera son engagement dans la collaboration de classe, dans l’anticommunisme jusqu’à fonder FO.

De l’autre côté, il y a le symbole que représente l’assassinat de Jaurès. Il faudrait d’ailleurs différencier la postérité politique et historique de la personnalité de Jaurès et celle de son assassinat, même si les deux sont évidemment liées. Notamment pour nous communistes tant la prise de conscience et le rejet de la guerre impérialiste vont être aux fondements de la création de notre parti, à Tours, avec l’adhésion d’une majorité du Parti de Jaurès à l’Internationale communiste.

Les communistes, le PCF, la direction du PCF, sont fondés à s’exprimer aujourd’hui en héritiers de Jaurès, mais parmi beaucoup d’autres. Les socialistes du PS les plus droitiers sont aussi descendants de Jaurès. Légitimité, usurpation : ces querelles d’héritiers n’ont pas lieu d’être.

L’important, c’est plutôt de définir ce que représente pour nous, communistes, l’héritage de Jaurès, notre part d’héritage.

Depuis des mois, la direction du PCF et l’Humanité en font des tonnes. Pas un discours, un article sans une citation, plus ou moins bien choisie, de Jaurès. Des centaines d’hommage. Voilà Jaurès enrôlé dans toutes les prises de position des dirigeants du PCF ! On ne trouve guère que le gaz de schiste comme sujet sur lequel on ne fait pas parler les mânes de Jaurès !

Quel contraste avec l’absence lamentable de tout hommage de la direction du PCF à Maurice Thorez pour le 50ème anniversaire de sa mort! Avec Jaurès, c’est le retour du culte de la personnalité, disons du culte des ancêtres !  

On comprend bien comment la direction du PCF entend le conjuguer avec sa ligne politique actuelle.

La référence urbi et orbi à Jaurès, c’est le moyen d’effacer l’histoire du PCF et le caractère fondamental de la rupture, issue de 1917 et 1920, avec le réformisme.  

C’est dans l’immédiat le moyen de justifier les retrouvailles avec d’autres héritiers de « gauche », cousins éloignés, « socialistes » notamment, que la direction du PCF voudrait rejoindre dans des alliances et une recomposition politiques.

C’est le moyen, en puisant dans les puissantes formules de Jaurès l’idéaliste, de masquer la vacuité du mot d’ordre et du programme de « l’Humain d’abord ». L’humanisme, même anticapitaliste, de Jaurès intégrait très superficiellement la théorie de la lutte des classes.

L’honnêteté et le courage de Jaurès à défendre en 1914 les résolutions pacifistes de l’Internationale socialiste, si rapidement abandonnée par la plupart des dirigeants socio-démocrates de tous les pays, son assassinat qui grave cette position dans l’Histoire, ne doivent pas servir de « caution de gauche » au réformisme, au parlementarisme vain, à l’intégration dans la démocratie bourgeoise, à la collaboration de classe que pratiquaient les socio-démocrates français et les jauressistes, aussitôt convertis à l’Union sacrée…

Ce n’est pas insulter Jaurès que de constater qu’il est mort sans avoir atteint le stade du dépassement du réformisme. Il reste un « tribun du peuple », notamment dans les débats parlementaires les plus oiseux, un porte-parole « aux côtés des ouvriers » mais il n’est pas encore le dirigeant du parti révolutionnaire socialiste de la classe ouvrière. L’historien Jean-Paul Scot reprend cette situation dans Le Monde daté d’aujourd’hui : « la République bourgeoise doit se développer en une série de formes politiques et sociales toujours plus démocratiques et plus populaires, antécédents nécessaires ou préalables, tout au moins, de la République socialiste ». On peut mesurer le décalage presqu’abyssal qui sépare – à quelques années près pourtant – Jaurès de la théorie de l’Etat de Lénine…  Un retard historique !

La direction du PCF, d’une façon grossièrement opportuniste, célèbre Jaurès totalement à contresens. Elle veut « retourner à Jaurès » ou plutôt au réformisme du temps de Jaurès. Les communistes – tout au contraire – ont intérêt à étudier et commémorer Jaurès et son évolution politique, même lente, le symbole de son assassinat pour leur rôle dans l’avènement, après 1917, du parti de classe d’un type nouveau en France, le Parti communiste.  

Le symbole le plus net du contresens adopté par la direction du PCF est le changement, par étapes, du sous-titre de l’Humanité passé « d’organe central du Parti communiste français » à « journal fondé par Jean Jaurès ». Du temps de Jaurès, c’était « journal socialiste quotidien »…

Jaurès est passionnant à étudier pour sa personnalité, pour ses évolutions politiques comme chaînon dans le développement du mouvement ouvrier français, dont Jaurès porte les spécificités nationales (héritage de 1789), vers ses formes d’organisation politique nationale propres.

Ses contradictions sont permanentes, même dans le domaine de la paix et des relations internationales. En 1908, il célébrait l’Entente cordiale et l’alliance de la France et de l’Angleterre avec la Russie tsariste, qu’il considérait comme un facteur de paix. Cette position lui vaut les foudres de Rosa Luxemburg (voir notre traduction de sa lettre ouverte à Jaurès).

Le révolutionnaire russe Zinoviev, compagnon de Lénine, juge sévèrement Jaurès dans un article de 1916 sur les socialistes français et la guerre, son incapacité à s’émanciper, avant 1914, du discours patriotique de la bourgeoisie (voir en lien) et du réformisme. En 1919, le même Zinoviev commémore avec un profond respect le 5ème anniversaire de la mort de Jaurès, reprend ses derniers discours, se réfère aux « meilleures traditions de Jaurès », prépare, au nom de Jaurès, l’adhésion des socialistes français à la 3ème internationale.

Contradiction ? Non !  Les deux considérations sont justes. Jaurès était un réformiste petit bourgeois mais Jaurès était aussi un socialiste dont l’action et la mort ont nourri le développement du mouvement ouvrier et la construction du parti révolutionnaire.

Voilà, communistes, ce que nous devrions avant tout étudier et valoriser dans l’héritage de Jaurès, sans se tenir évidemment à l’écart du débat et des récupérations politiques – tout azimut –actuels.

Lettre ouverte à Jean Jaurès – Rosa Luxemburg 1908

Rosa Luxemburg réagit vivement à un article de Jaurès publié dans la presse allemande dans lequel il célèbre « l’entente cordiale » et les alliances de la France et de l’Angleterre avec la Russie tsariste. Elle refuse d’y voir un facteur de paix, de confondre l’intérêt des socialistes et du prolétariat – même en matière de politique étrangère – avec ceux des bourgeoisies. Elle souligne le soutien apporté à la Russie tsariste pour écraser la révolution russe (de 1905). 

De Rosa Luxemburg, 24 juillet 1908, traduit par ML pour vivelepcf.fr, 30 juillet 2014

Lettre ouverte à Jean Jaurès

Cher camarade,

Vous avez jugé bon de présenter vos vues sur la situation politique présente dans l’organe berlinois du libéralisme allemand et de tenter d’y laver le soupçon que l’Entente cordiale entre la France, l’Angleterre et la Russie puisse être une menace de guerre. Au contraire, vous célébrez cet accord comme une preuve qu’il n’y aurait pas de contradictions irréductibles entre les grandes puissances européennes et comme un élément pour consolider la paix en Europe. Vous écrivez :

« Une entente entre la France, l’Angleterre et la Russie, une Triple-Entente n’est pas en elle-même une menace pour la paix. Elle peut même avoir des buts et des effets pacifiques. En tout cas, elle démontre que beaucoup de contradictions, qualifiées d’insurmontables, peuvent donner lieu à conciliation. A l’époque de Fachoda, la France et l’Angleterre semblaient à la veille d’une guerre, et maintenant elles viennent de conclure l’Entente cordiale. Lorsque j’étais enfant, j’ai appris à l’école que l’Angleterre et la Russie étaient prédestinées à s’affronter en Asie. Or nous venons d’assister à l’entrevue de Reval qui a donné lieu à des accords sur l’Asie – et peut-être sur l’Europe.

Pourquoi l’antagonisme anglo-allemand ne se laisserait-il pas régler de la même façon ?

Même la nouvelle Triple-Entente pourrait conduire à une situation pacifique de ce genre, si la France comprend correctement son rôle et si elle possède à côté de la conscience de sa force la conscience de son devoir. »

Vous ne trouvez qu’une seule ombre à ces perspectives lumineuses :

« Il est malheureux que l’Allemagne paraisse se solidariser avec la Turquie – non seulement avec l’Empire turc, mais aussi avec les méfaits de ses gouvernants. Il nous semble que l’Allemagne pourrait protéger suffisamment la Turquie contre une agression, sans avoir pour autant à refuser son appui à une œuvre nécessaire de réforme et d’humanisation. L’Allemagne ne ferait que favoriser ses adversaires si elle leur permettait d’affirmer qu’elle cherche à asseoir son influence en Turquie par une douteuse attitude de complaisance. Naturellement, la Turquie a le plus grand intérêt à faire elle-même les réformes, car, ce faisant, elle enlèverait tout prétexte à l’immixtion dans ses affaires intérieures aux Etats qui se cachent sous le manteau de l’humanisme.

Si l’Allemagne faisant entendre à Constantinople et en temps voulu la voix de la raison, elle faciliterait aux amis de la paix la tâche qui consiste à donner au rapprochement avec la France, la Russie et l’Angleterre une signification véritablement pacifique afin d’accélérer l’heure ou la Triple-Alliance et la Triple-Entente pourront s’unir dans un grand concert européen.

Je dois dire que les socialistes français travailleront avec une ardeur passionnée et avec toutes les forces dont ils disposent pour atteindre cet objectif. »

Dans ces réflexions, il y a bien des éléments qui me paraissent difficilement conciliables avec les positions de la social-démocratie allemande en matière de politique étrangère. Je crois par exemple que les combinaisons politiques qui traitent de la « France », de « l’Allemagne », de la « Russie », de « l’Angleterre » et des « intérêts » de ces entités ressemblent, autant qu’un œuf à un autre œuf, au langage propre aux politiciens bourgeois. Je crois que les « intérêts » des Etats capitalistes d’aujourd’hui divergent profondément également en politique étrangère, quand ils ne sont pas directement opposés, selon que l’on se place du point de vue de la classe dirigeante ou bien du prolétariat et de sa politique de classe.  En conséquence, il ne saurait être en aucun cas dans l’intérêt du socialisme de soutenir l’imposture de la politique bourgeoise officielle qui parle des « intérêts d’Etat » ou des « intérêts populaires » comme d’un tout homogène, l’imposture de la concordance d’intérêts entre toutes les classes dans le domaine de la politique étrangère.

Par-delà il me semble que, grâce à la base scientifique de notre conception du monde, nous savons très bien qu’aussi bien la guerre que la paix dans le monde capitaliste moderne proviennent de causes sociales beaucoup plus profondes que la volonté et les petits jeux d’intrigue des hommes d’Etat « dirigeants ». Nous savons que, tant que subsistera le capitalisme, il existera des antagonismes insurmontables entre les Etats qui ne pourront que s’aiguiser avec la poursuite des politiques d’expansion et de colonisation mondiales et que qu’aucun emplâtre, aucune « alliance » ne réduira. Les « alliances » et les « ententes » entre Etats militaristes ne représentent en elles-mêmes que les moyens cachés pour accroître la politique d’armement et, ce faisant, la propagation des risques de guerre au-delà de leur secteur immédiat. Par conséquent, il me semble qu’il rentre beaucoup moins dans les tâches des socialistes de nourrir les illusions des apôtres bourgeois de la paix et leur espoir de préserver la paix par quelque numéro de la diplomatie, mais bien davantage de démasquer progressivement le jeu ridicule et pitoyable de cette diplomatie, son impuissance, son caractère borné et trompeur.

Mais tout cela est affaire de conception et je ne cherche pas à me flatter de polémiquer avec vous là-dessus.

Seulement, il y a un point – et c’est le point central de vos réflexions – contre lequel, je crois, il faut élever la plus vive protestation.

Vous approuvez et défendez la dernière réalisation de la diplomatie capitaliste : l’entente cordiale anglo-russe. Vous louez la rencontre du roi Edouard avec le tsar à Reval et ses résultats bénéfiques pour l’Asie. Je me permets de vous rappeler qu’il y a encore un pays en Europe, sur le destin duquel cette fraternisation anglo-russe aura des conséquences et ce pays, c’est la Russie.

Le destin de la révolution russe est depuis le commencement étroitement lié aux événements en politique étrangère. C’est une guerre malheureuse et l’écroulement  de la puissance extérieure de la Russie qui furent le prélude de la révolution intérieure. Après les défaites de l’absolutisme à Tsushima et Moukden comme après ses défaites à Saint-Pétersbourg et à Varsovie, le prestige de la Russie dans la politique internationale était au plus bas. Si les Etats européens et les classes bourgeoises d’Allemagne, de France, d’Angleterre avaient été les représentants de la liberté bourgeoise, et non, ce qu’ils sont en réalité, les représentants brutaux des intérêts communs des exploiteurs et des oppresseurs, alors, après ces défaites, la Russie, la Russie officielle absolutiste, aurait dû être rejetée du concert européen, foulée aux pieds par l’opinion officielle européenne, boycottée par la bourse européenne. Naturellement l’exact opposé s’est produit. Effrayée par la révolution russe, la bourgeoisie d’Europe a couru au secours de l’absolutisme russe : Avec l’aide des bourses allemande et française, le tsarisme a pu se défendre après les premiers succès de la révolution. Et aujourd’hui, c’est la contre-révolution qui prédomine en Russie et elle signifie : cours martiales et potences. Maintenant l’absolutisme cherche à rendre définitive cette victoire sur la révolution, à la consolider. Pour cela, il a recours principalement au moyen éprouvé de chaque despotisme ébranlé : les succès en politique extérieure.

Dans cet esprit, la presse russe à la botte a engagé depuis un certain temps une véritable campagne belliciste contre des pays étrangers. Dans cette tendance, le gouvernement Stolypine organise la fièvre panslaviste. Le dernier succès éclatant de la diplomatie russe, « l’Entente cordiale » avec l’Angleterre sert cet objectif. L’alliance « cordiale » de l’Angleterre avec la Russie, de même que l’alliance de la France avec la Russie, signifient le renforcement de la Sainte-Alliance de la bourgeoisie de l’Ouest de l’Europe avec la contre-révolution russe, avec les étrangleurs et les bourreaux des combattants de la liberté russes et polonais. Elles signifient la consolidation de la réaction la plus sanguinaire non seulement en Russie même mais aussi dans les relations internationales. La preuve la plus manifeste du contenu des accords anglo-russes trouve son expression dans le massacre orgiaque perpétré contre les rebelles perses pour rétablir, en Perse aussi, l’absolutisme.

Il est clair, au vu de cela, que le devoir le plus élémentaire des socialistes et des prolétaires de tous les pays consiste à s’opposer de toutes leurs forces aux alliances avec la Russie contre-révolutionnaire, à miner le prestige, l’influence et la position internationale de la Russie de Stolypine et à dénoncer infatigablement et le plus fort la tendance réactionnaire et liberticide en Russie comme au niveau international.

Il est clair à l’inverse que le soutien, avec toute l’autorité morale des socialistes de l’Ouest de Europe, à ces alliances avec la Russie actuelle, des alliances fondées sur le corps des exécutés et des massacrés, sur les chaînes des députés de la fraction socialiste à la Douma qui croupissent au bagne, sur les souffrances de dizaines de milliers de révolutionnaires emprisonnés, que ce soutien est une trahison à la cause de la révolution.

Comment doit-on comprendre votre soutien aux Ententes cordiales franco-russe et anglo-russe, camarade Jaurès ?

Comment doit-on expliquer que vous travailliez « avec une ardeur passionnée » à faire du bourreau sanguinaire de la Révolution russe et de l’insurrection perse le facteur déterminant de la politique européenne, à faire de la potence russe le pilier de la paix internationale – vous qui, il y a un temps, aviez tenu de brillants discours à la Chambre contre les prêts à la Russie, vous qui, il y a encore quelques semaines, avez publié dans votre « Humanité » un appel émouvant à l’opinion publique contre le travail sanglant des cours martiales en Pologne russe ?

Comment doit-on accorder vos plans de paix reposant sur l’alliance franco-russe et anglo-russe avec la toute récente protestation de la fraction socialiste à la Chambre et de la commission administrative du conseil national du parti socialiste, contre le voyage de Fallières en Russie, protestation en bas de laquelle figure votre signature et qui prend la défense en des termes saisissants des intérêts de la révolution russe ? Le Président de la République française n’a-t-il pas maintenant la possibilité de s’appuyer sur vos propres réflexions ? N’aura-il pas la logique de son côté pour répondre ainsi à votre protestation : Qui veut la fin veut aussi les moyens. Qui considère que l’alliance avec la Russie tsariste est une garantie de la paix internationale, doit aussi accepter tout ce qui renforce cette alliance et soigne cette amitié.

Qu’auriez-vous dit s’il s’était trouvé en Allemagne, ou en Russie, ou en Angleterre, des socialistes et des révolutionnaires qui, « dans l’intérêt de la paix » auraient défendu l’alliance avec le gouvernement de la Restauration, ou bien avec le gouvernement de Cavaignac, ou encore avec celui de Thiers et de Jules Favre, la couvrant de leur autorité morale ?

Je ne peux pas croire, comme vous le prétendez, que tous les socialistes français vous suivent dans cette politique. Pour le moins, je ne peux le croire de notre vieil ami Jules Guesde encore moins de notre ami Vailland, qui vient, à la Chambre, sous les cris de colère de toute la meute bourgeoise, d’une voix tonnante, de donner le nom qu’il mérite, à l’allié cordial de l’Angleterre et de la France, le tsar.

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