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Déclaration de 49 Partis communistes et ouvriers pour le 65 ème anniversaire de l’OTAN: « Pour la paix, non à l’OTAN! »

« Pour la paix, non à l’OTAN! », Déclaration de partis communistes et ouvriers (initié par le Parti communiste portugais)

 Traduction MA pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Depuis sa création, il y a 65 ans, l’OTAN constitue un bloc politico-militaire impérialiste, une pièce centrale de sa stratégie de domination, d’exploitation et d’affrontement à ce qu’étaient alors l’URSS et les pays socialistes.

L’OTAN porte la responsabilité d’une course aux armements sans fin, les États-Unis et leurs alliés étant responsables de plus de deux-tiers des dépenses militaires dans le monde.

Les États-Unis et les pays de l’OTAN défendent l’expansion de leur réseau mondial de bases militaires, cherchant à étendre leurs sphères d’influence.

Proclamant sa doctrine stratégique ouvertement offensive, l’OTAN a élargi le cadre territorial de ses actions d’ingérence, d’agression et d’occupation, pour approfondir son rôle de bras armé des grands monopoles trans-nationaux.

Les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN sont responsables d’innombrables crimes et destructions, de brutales agressions – comme la Yougoslavie, l’Afghanistan, l’Irak ou la Libye – et d’ingérences – comme celles lancées contre la Syrie – ou de menaces, comme celles dirigées contre l’Iran.

Les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne – son pilier européen – sont responsables de la croissante militarisation des relations internationales et de l’escalade des tensions et de la guerre contre la souveraineté des peuples et l’indépendance des États, tant au Moyen-orient, en Afrique, en Extrême-orient qu’en Amérique latine.

65 ans après la création de l’OTAN, dans une situation internationale caractérisée par la crise du capitalisme, par l’offensive d’exploitation, antidémocratique et agressive de l’impérialisme, par des processus complexes de recomposition des forces au niveau international et par la résistance et la lutte des travailleurs et des peuples :

  • nous exigeons la dissolution de l’OTAN et nous soutenons le droit souverain des peuples de décider du retrait de ses pays de cette alliance agressive ;
  • nous réaffirmons notre opposition à l’extension de l’OTAN, à la militarisation de l’Union européenne et à sa politique militariste et interventionniste ;

  • nous exigeons la fin de la course aux armements, de l’installation du nouveau « système anti-missiles » des États-Unis et de l’OTAN en Europe, le désarmement nucléaire, la complète annihilation des armes de destruction massive et la fermeture des bases militaires étrangères ;

  • nous exigeons le retrait immédiat de toutes les troupes d’Afghanistan et des autres pays sous agression impérialiste ;

  • nous réaffirmons notre solidarité avec les peuples qui résistent aux occupations, agressions et ingérences de l’impérialisme ;

  • nous appelons les travailleurs, et les peuples du monde entier à renforcer la lutte pour la paix, contre la guerre et l’OTAN, pour la construction d’un avenir de paix, de progrès et de justice sociale, où chaque peuple pourra décider de son destin ;

Les 49 premiers signataires:

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Le 18ème Festival mondial de la jeunesse bat son plein

Vivelepcf, 10 décembre 2013

La Fédération mondiale de la Jeunesse démocratique (FMJD) organise le Festival mondial de la jeunesse et des étudiants depuis 1947, bien avant l’idée des « forums sociaux » et dans un esprit politique et militant différent.

La 18ème édition s’est ouverte à Quito, capitale de l’Equateur samedi 7 décembre 2013. Plus de 10.000 jeunes de 83 pays ont rejoint plusieurs milliers de jeunes Equatoriens. Leurs échanges politiques et culturels se poursuivront jusqu’au 13 décembre.

Le président équatorien Rafael Correa a ouvert le festival par un vibrant appel à « vaincre le néolibéralisme et à édifier une société socialiste » devant les participants rassemblés sur la place du bicentenaire à Quito.

Un hommage général a été rendu à Nelson Mandela. La FMJD a joué un rôle très important dans la campagne mondiale pour sa libération.

Le mot d’ordre du 18ème festival est : « Jeunesse, unit-toi contre l’impérialisme, pour un monde de paix, de solidarité et de justice sociale ! ».

Les échanges portent sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les résistances, et leur coordination, au capitalisme et à l’impérialisme. Dans les débats annoncés figurent des objectifs comme le désarmement, le démantèlement des bases militaires étrangères, les mobilisations contre les guerres impérialistes en cours, la dénonciation des conflits « religieux ou ethniques » fabriqués par l’impérialisme.

Un tribunal anti-impérialiste a été monté.

Au premier rang des – nombreux – accusés : l’impérialisme américain, avec l’OTAN et l’UE. Les jeunes Equatoriens accusent notamment la multinationale Chevron de détruire leur environnement. La délégation vietnamienne revient sur l’utilisation de l’Agent Orange par l’armée US pendant la guerre du Viet-Nam dont les effets terribles se font toujours sentir dans la chair de milliers d’adultes et d’enfants. Le blocus de Cuba est condamné ainsi que la politique meurtrière d’incitation à l’émigration. Parmi la délégation cubaine se trouve Elian Gonzalez, l’enfant qu’il y a 13 ans, les autorités américaines ne voulaient pas remettre à son père à Cuba après la mort tragique de sa mère dans le chavirage de l’esquif qui devait les transporter en Floride.

Les expériences émancipatrices d’Amérique latine, les tentatives de construction du socialisme, sans que la capitalisme et l’impérialisme aient laissé le terrain, notamment en Equateur, irriguent les échanges.   

Nous reproduisons ci-dessous l’appel international à participer au festival (adopté à la rencontre préparatoire des 26 et 27 mars 2013 en Afrique-du-Sud) qui résume l’esprit du FMJE.

Jeunesse, unit-toi contre l’impérialisme, pour un monde de paix, de solidarité et de justice sociale ! 

D’hier à aujourd’hui et dans toute société la jeunesse a toujours joué un rôle important dans le combat pour le progrès et la justice sociale. La jeunesse a toujours milité dans les plus grands combats des peuples pour la paix, la solidarité et le progrès social.

Dans un monde où l’impérialisme se présente comme sans alternative, le combat anti-impérialiste prouve que la jeunesse choisit son propre futur. Le 18ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants qui se tiendra en Equateur sera le lieu où les jeunes femmes et les jeunes hommes du monde pourront unir leurs voix contre l’impérialisme.

Depuis le 17ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, nos analyses sur le caractère de l’impérialisme et notre appel pour le combat anti-impérialiste ont été validés. Ces dernières années, avec la continuation de la crise internationale du capitalisme, l’ordre impérialiste – le système où les monopoles décident – a révélé de plus en plus clairement sa vraie couleur, sa nature brutale et barbare. Elle conduit à des guerres, des occupations, des injustices internationales, à l’exploitation et au chantage sur les travailleurs par les capitalistes, à des violations des droits de l’homme, des menaces et un chantage contre les pays et leurs peuples.

Nous vivons un temps de grand danger laissant beaucoup d’incertitudes. La crise du capitalisme conduit les alliances impérialistes à intensifier leur rivalité pour le contrôle des marchés, des ressources naturelles et des routes commerciales.

Cette réalité conduit inévitablement à des interventions militaires comme celles de l’OTAN et de l’UE en Libye, à l’agression contre la Syrie, aux menaces contre le peuple coréen.

Les antagonismes inter-impérialistes résultant de la crise accroissent les tensions et créent des dangers de conflits internationaux plus larges dont les peuples du monde seront les victimes.

La jeunesse du monde voit grandir une offensive majeure contre ses droits au travail, à l’éducation, à la santé, contre son accès à la culture et au sport. Les gouvernements tout autour du monde et les organisations internationales impérialistes exercent une pression afin que les travailleurs et les couches populaires payent le prix de leur crise. Leur but est de sauvegarder le système capitaliste pourrissant, de garantir leurs profits et l’exploitation en faveur des monopoles.

Dans le même temps, nous voyons comment des millions de personnes, notamment les mouvements de jeunesse et d’étudiants, résistent à l’agression impérialiste. Nous voyons grandir le combat contre les prétentions des monopoles et de leurs gouvernements, contre la mise en place de la politique qui veut conduire la jeunesse sur le chemin de l’esclavage. La mobilisation populaire de ces dernières années a prouvé que la possibilité de renverser l’impérialisme repose sur la détermination des masses et l’orientation de leur combat.

La résistance et le combat anti-impérialiste de la jeunesse et des étudiants au niveau international sont la flamme qui éclaire et guide le Festival depuis 1947.

Depuis 65 ans et lors de 17 festivals, la jeunesse du monde a uni sa voix et son combat contre le fascisme, les dictatures, les régimes anti-démocratiques, le colonialisme, la guerre, l’occupation, les discriminations. Elle a exigé la paix, la liberté, la solidarité, l’égalité, et le dépassement de l’impérialisme.

Pour toutes ces raisons, nous appelons chaque jeune homme et chaque jeune femme à se joindre à notre combat à l’occasion du 18ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants.

Nous appelons la jeunesse et les étudiants à se joindre à nous pour renverser l’impérialisme parce que notre bien-être et notre bonheur ne peuvent pas se trouver dans ce système duquel naît seulement la pauvreté, l’exploitation et le chômage.

Nous les appelons à se joindre à nous pour se battre pour le droit au travail et pour des conditions de travail dignes. Nous les appelons à se battre pour le droit à une éducation publique et gratuite, contre la privatisation, l’instauration de frais de scolarité et de barrières de classe.

Nous appelons la jeunesse à combattre l’impérialisme qui détruit l’environnement, instaure des discriminations selon la classe sociale, la race et le sexe.

Nous appelons la jeunesse à se battre pour la démocratie et contre la répression venant des forces réactionnaires.

Nous appelons la jeunesse du monde à exprimer sa solidarité avec les peuples qui se battent pour leur liberté contre l’occupation étrangère, comme en Palestine, au Sahara occidental et dans bien d’autres pays.

Nous appelons la jeunesse à soutenir les peuples qui ont fait le choix de leur propre voie de développement et sont menacés par les forces impérialistes.

Aujourd’hui, il est plus nécessaire que jamais pour la jeunesse que son combat soit identifiée à celui des travailleurs et des peuples pour intensifier la lutte pour renverser le capitalisme et son stade suprême, l’impérialisme, pour construire un monde nouveau, de paix, d’égalité, de solidarité, d’amitié et de transformation sociale révolutionnaire, un monde où la richesse créée par le travail appartiendra au peuple et répondra à ses besoins.   

Après le succès du 17ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants en Afrique du Sud, sur le lieu de la naissance du mouvement anti-apartheid et sur le continent qui se bat aujourd’hui pour sa liberté économique, notre festival mondial revient pour la 4ème fois en Amérique latine.

Après La Havane en 1978 et en 1997, Caracas en 2005, nous nous rendons à Quito en 2013. Le 18ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants aura lieu dans la région Amérique latine – Caraïbes où le mouvement anti-impérialiste ne cesse de se renforcer, consolidant l’unité profonde des aspirations populaires pour le progrès social, le refus des interventions étrangères, donnant espoir à l’ensemble du mouvement anti-impérialiste international.     

Avec l’appui du mouvement populaire montant en Equateur, qui s’exprime actuellement dans la révolution citoyenne menée par le président Rafael Correa, accueillis bras ouverts par la fière jeunesse anti-impérialiste d’Amérique latine, nous rendons hommage à tous les héros qui ont donné leur vie pour la libération de l’Amérique latine et nous faisons converger notre lutte vers le 18ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants.

Jeunesse, unis-toi contre l’impérialisme, pour un monde de paix, de solidarité et de progrès social !

15ème Rencontre des partis communistes et ouvriers à Lisbonne avec 77 organisations : débats, analyses, lignes d’action

Communiqué de presse du Parti communiste portugais (PCP)

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

S’est tenue à Lisbonne, les 8, 9 et 10 novembre la 15ème Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers avec comme thème: « L’approfondissement de la crise du capitalisme, le rôle de la classe ouvrière et les tâches des communistes dans la lutte pour les droits des travailleurs et des peuples. L’offensive de l’impérialisme, la recomposition des forces sur le plan international, la question nationale, l’émancipation de classe et la lutte pour le socialisme ».

La rencontre, à laquelle ont participé 77 partis originaires de 61 pays, et qui a reçu les salutations de 14 partis supplémentaires qui pour des raisons diverses n’ont pu participer, a analysé les principaux aspects de l’évolution de la situation internationale dans le cadre de l’approfondissement de la crise du capitalisme et d’un processus complexe de recomposition des forces sur le plan international, mettant en garde contre les grands dangers découlant de l’offensive de l’impérialisme.

Dans le même temps, les participants ont salué et valorisé la résistance et la lutte des travailleurs et des peuples, réaffirmant les réelles potentialités que la situation actuelle recèle pour le développement de la lutte libératrice pour de profondes transformations de caractère antimonopoliste et anti-impérialiste, pour le socialisme.

La Rencontre a constaté l’approfondissement de la crise qui a explosé en 2008 avec la faillite de Lehman Brothers. Une crise qui est loin de toucher à sa fin, démentant les discours de la classe dominante autour d’une prétendue « reprise » et qui confirme les analyses des communistes sur sa nature et son évolution qui, entre autres, la caractérisent comme une crise de surproduction et de suraccumulation de capital. Une crise qui exprime l’aiguisement des contradictions du capitalisme – en particulier sa contradiction fondamentale entre le caractère social de la production et son appropriation privée – mettant en évidence les limites historiques du système et la nécessité et l’actualité de la lutte pour l’alternative fondamentale au capitalisme : le socialisme. (Lire la suite…)

Hommages au général Giap

Vivelepcf, 8 octobre 2013 

Le Général Vo Nguyen Giap est décédé le 4 octobre à l’âge de 102 ans.

Les hommages au héros de l’indépendance vietnamienne, au « grand stratège », au « vainqueur de Dien Bien Phu », à l’artisan de la défaite américaine dans la Guerre du Vietnam, affluent de toutes parts.

Même ses anciens ennemis, comme le sénateur américain John Mac Cain, aviateur et prisonnier pendant la guerre du Vietnam, saluent sa mémoire. Respect de combattants pour un combattant ? Peut-être. Surtout volonté de minimiser rétrospectivement l’humiliation infligée successivement au colonialisme français et à l’impérialisme américain par un peuple opprimé, guidé par un parti communiste et des dirigeants communistes tels que Hô Chi Minh, ou Giap dans sa suite immédiate.

Au nom de leur peuple, de nombreux dirigeants de pays du « tiers-monde », notamment de Cuba et d’Algérie, rendent hommage au Général. Ils expriment leur reconnaissance aux combats héroïques du peuple vietnamien qui ont inspiré et aidé les luttes anticolonialistes et anti-impérialistes dans le monde entier.

Les autorités du Vietnam organisent les obsèques nationales de Vo Nguyen Giap. Elles auront lieu le 12 octobre.

Par milliers déjà, les Vietnamiens se rassemblent devant la maison du général, fleurs jaunes et bâtons d’encens à la main. Ils expriment leur reconnaissance à l’action du libérateur de leur pays, également au dirigeant communiste qui n’a jamais transigé dans son engagement pour la construction du socialisme.

Il dut encore, à la tête de l’armée combattre l’agression chinoise de 1979/80. Même après sa retraite officielle, il est resté un point de repère politique dans le pays alors que de profonds débats internes ont lieu dans le Parti communiste vietnamien, que la voie d’une évolution accélérée vers l’économie de marché est choisie.

En 2009 encore, à 98 ans, le Général Giap exprimait sa réprobation devant la décision de laisser un groupe capitaliste chinois exploiter un gisement de bauxite au centre du Vietnam, mettant en garde contre la perte de souveraineté.

Communistes français, nous saluons cette grande figure du mouvement communiste international, si liée à l’histoire de notre pays. Il fut de ceux qui surent au mieux – et au prix fort – traduire la fécondité de la Révolution d’Octobre.

Nous reproduisons ci-dessous un extrait du livre de notre regretté camarade Léo Figuères, « Je reviens du Vietnam libre », publié en 1951. Il revient sur la vie et l’engagement personnels du Général Giap. Il raconte son entrevue avec lui en pleine guerre d’Indochine.

Giap ne s’est pas montré qu’un « fin stratège » mais aussi un des concepteurs de « l’armée nouvelle », l’Armée populaire vietnamienne, instrument de la Révolution par l’intervention des masses. Léo Figuères a su rendre l’impression que lui a donnée Giap : celle d’une détermination politique inflexible qui n’a d’égal que la profonde humanité.

 

EXTRAIT DE « Je reviens du Vietnam libre » DE LEO FIGUERES (1951).

« Une visite inespérée au Commandant en chef de l’Armée vietnamienne va me permettre de compléter mon opinion.

Sitôt arrivé à destination, après une longue journée de voyage, me voici introduit dans un vaste bureau tapissé de cartes. Le Général sobrement habillé d’un uniforme kaki, aux épaulettes noires sur lesquelles brillent des étoiles d’or, se tient derrière une table revêtue de serge verte.

Un visage extraordinairement jeune, malgré les 40 ans passés, de petite taille mais visiblement très robuste, des yeux mobiles et brillants, une bouche constamment souriante, tel est Vo Nguyen Giap, ministre de la Défense, Commandant en chef des forces armées du Viet-Nam et l’un des dirigeants les plus populaires du pays.

Dans la conversation, je vais pouvoir juger de la vaste culture de cet homme qui possède notre langue d’une façon parfaite.

Giap n’a pas toujours été militaire. Rien ne le prédisposait même à cette carrière puisqu’au sortir de ses brillantes études de lettres, il avait choisi d’enseigner à Hanoï en qualité de professeur libre. Il n’en restait pas moins l’un des animateurs du mouvement vietnamien de libération nationale.

Lorsque les Japonais furent introduits par Pétain en Indochine, Giap quitte la capitale, part dans les montagnes et organise la résistance. Sa femme, malheureusement, devait tomber aux mains des colonialistes et succomber des suites de tortures dans un cachot de la prison d’Hanoï.

En 1941, Vo Nguyen Giap reçoit d’Ho Chi Minh la mission de mettre sur pied les premiers groupes de partisans armés. C’est alors que commence sa vie de militaire. Très vite, il se familiarise avec l’art de la guerre. Il surmonte les difficultés et malgré les conditions très rudes de l’action dans la montagne, il arrive à organiser les premières unités de l’armée vietnamienne, puis parvient à les renforcer, à les multiplier…

A la veille de la capitulation japonaise, en août 1945, Giap se trouve à la tête d’une petite armée de plusieurs milliers d’hommes avec laquelle il réussit à libérer la quasi-totalité du territoire du nord Viet-Nam avant de pénétrer dans Hanoï avec le gouvernement provisoire constitué sous la présidence de Ho Chi Minh.

Devenu ministre de l’Intérieur du premier gouvernement national formé en septembre 1945, il a le mérite de mettre hors d’état de nuire les ennemis intérieurs de la République et d’abord les agents vietnamiens du Kuo-mintang.

Porte-parole de sa délégation à la première conférence franco-vietnamienne de Dalat, qui précéda celle de Fontainebleau, Giap s’y fait remarquer par sa vigueur et sa logique irréfutable pour défendre la cause de son pays. Son éloquence, sa sincérité, son patriotisme, en imposent tellement à tous ses adversaires que le cauteleux Thierry d’Argenlieu, lui-même, se croit obligé de ne l’approcher qu’avec beaucoup de marques de respect.

Durant tout le séjour en France du Président Ho, il eut la lourde charge d’assurer l’intérim de la direction gouvernementale. On se souvient encore du sang-froid avec lequel il fit face aux provocations des colonialistes durant les discussions de Fontainebleau et de la persistance qu’il mit à rechercher un terrain d’entente avec les représentants français.

Les Hauts-Commissaires en Indochine, d’abord d’Argenlieu, Bollaert ensuite, ont, au moins en apparence, essayé de voir en Giap « l’homme dur » opposé au Président Ho dont il a toujours été l’un des meilleurs disciples et compagnons de lutte. La propagande colonialiste s’est efforcée de faire de Giap un croquemitaine, un « bouffeur de français » qu’on est parfois allé jusqu’à présenter comme d’origine allemande en déformant son prénom de Vo à Von. Le Général est le premier à rire de ces sornettes.

« Je ne suis pas plus antifrançais que n’importe lequel de mes compatriotes. Je n’aime pas les colonialistes, rien n’est plus exact, mais j’aime la vraie France, celle du peuple ».

Et il me raconte comment, en mars 1945, après le désarmement des troupes françaises par les Nippons, il collabora durant une période avec une unité française qui avait réussi à quitter la ville de Cao-Bang avant l’arrivée des Japonais.

« Nous avions créé avec les officiers français un Comité de liaison franco-vietnamien pour la lutte contre les Japonais. Tout allait très bien lorsque ces officiers exprimèrent le désir de passer en Chine, nos conditions de vie leur paraissant sans doute trop rudes.

Après avoir essayé de les convaincre de l’utilité de notre combat commun, je les fis accompagner jusqu’à la frontière chinoise. C’est ainsi que s’acheva le seul cas de collaboration des forces françaises et vietnamiennes dans la guerre contre les impérialistes japonais ».

Le généralissime évoque ensuite des souvenirs sur ses relations avec d’Argenlieu, les généraux Leclerc et Morlière, le commissaire Sainteny et d’autres personnages français. Il en parle sans âpreté, mais avec une connaissance extrême des défauts et des qualités de ces hommes qui, s’ils avaient fait preuve d’honnêteté et de bonne volonté, auraient pu en 1946 jeter les bases d’une collaboration durable entre la France et le Viet-Nam.

« La plupart d’entre eux ne croyaient ni à la possibilité d’une telle collaboration, ni à la solidité de notre gouvernement et à son influence sur les masses.

Même lorsqu’ils nous faisaient des sourires, nous restions pour eux des rebelles, et l’espoir de nous mettre hors de cause en un tournemain était dans leur tête.

De notre côté, nous avions besoin de la paix et, quoique nos concessions fussent parfois pénibles au peuple, nous avons recherché jusqu’au dernier jour les possibilités de nous entendre avec les Français.

La guerre nous a été imposée à la suite d’une longue série de violations des accords du 6 mars 1946, du modus vivendi de septembre 1946, et à la suite de multiples provocations sanglantes.

Puisqu’il n’y avait rien d’autre à faire pour sauver les conquêtes d’août 1945, nous avons fait la guerre et nous la poursuivrons désormais jusqu’à la victoire complète ».

C’est maintenant le ministre de la Défense nationale qui parle pour m’expliquer les changements intervenus dans la tactique des deux adversaires et le rapport des forces en présence.

Et longuement, patiemment, Vo Nguyen Giap répondra à toutes mes questions sur la situation militaire et ses perspectives en me disant au terme de notre entrevue :

« Nous savons que de grandes difficultés nous attendent. Nous aurons encore de durs moments à passer avant de contraindre les colonialistes à quitter notre pays. Mais quand nous jetons un regard en arrière et constatons le chemin parcouru depuis 1941, la victoire finale ne fait plus aucun doute pour nous ».