Vive le PCF

(0 commentaires, 890 articles)

Cet utilisateur n'a pas partagé les informations de son profil

Articles par Vive le PCF

Lepaon/CGT : corriger l’erreur de casting mais aussi le scénario !

Vivelepcf, 4 décembre 2014

La position de Thierry Lepaon est devenue intenable. Il ne tiendra certainement pas au poste de secrétaire général de la CGT.

Les « révélations » sur le coût des rénovations de l’appartement loué pour lui et de son bureau de fonction à la confédération pouvaient passer – et c’était certainement le cas – pour des manœuvres visant à dénigrer l’ensemble de la CGT avant des échéances électorales professionnelles importantes, sinon pour une cabale interne – probable.  Elles engageaient une responsabilité collective. Mais elles ont légitimement choqué.

L’annonce maintenant, avérée, que la mutation de Lepaon du Comité régional CGT de Basse-Normandie vers le secrétariat de la Confédération s’est faite sous le mode de la « rupture conventionnelle », dispositif fondamentalement rejeté par le syndicat, avec une indemnité – dont Lepaon prétend lamentablement ne pas se souvenir du montant – alors qu’il basculait simplement d’une organisation de la CGT à une autre, est rédhibitoire a priori. Là, il peut même y avoir même soupçon d’enrichissement personnel.

Il y a donc fort à parier que Lepaon soit débarqué par ses pairs la semaine prochaine, devant la montée insupportable de la campagne médiatique et l’incompréhension des adhérents. Cela ouvrira probablement à un nouveau déballage public sur des faits secondaires de la vie du syndicat. Il n’est pas impossible que Lepaon, éliminé dans ces conditions, soit tenté de s’y livrer.

Ce n’est pas cà – tout au contraire – qui va permettre de mettre en discussion les vraies questions qui se posent dans la CGT, autour de son identité de syndicat de classe ou de syndicat de compromis. Pourtant, c’est là qu’est le principal.

Ceux qui ont choisi Thierry Lepaon comme secrétaire général, même par défaut, connaissaient ses positions, ses rapports rédigés au Conseil économique et social, celui anticipant la mise en concurrence du transport de voyageurs par la SNCF en 2012, cosigné avec un député UMP. Ils n’ont pas réagi à ces multiples perches tendues au patronat, dont la révoltante interview au « Nouvel économiste » auquel il déclare : « Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. »

Lepaon est peut-être le défenseur maladroit et caricatural d’une ligne mais cette ligne a été définie avant lui. Les décisions de reporter l’issue de la bataille des retraites de 2010 sur l’alternance électorale de 2012, de s’impliquer comme jamais dans la campagne de la gauche et de Hollande en 2012, sans remonter jusqu’à la connivence avec Sarkozy sur la « représentativité syndicale » en 2008, ne peuvent pas être reprochées qu’à Lepaon.

Aujourd’hui, après les tensions de couloirs de la succession de Bernard Thibault, les peaux de bananes balancées par tel ou tel dirigeant ou groupe de dirigeants, certains parachutés dircetement de l’UNEF et du PS, s’affiliant selon l’opportunité aux frondeurs du PS et/ou au Front de gauche, mais partageant les mêmes orientations de congrès sur le « syndicalisme rassemblé » ou le « syndicalisme de compromis », n’ouvrent pas la voie au débat indispensable, partant des syndicats de base, sur la ligne générale de la CGT.

Dans les dernières semaines, aussi inquiétantes que les affaires Lepaon ont été les ouvertures faites par les négociateurs CGT au Medef sur la remise en cause des seuils sociaux.

Lepaon, par l’entièreté de sa personnalité et de son parti pris de collaboration de classe, se révèle une erreur de casting, une erreur de choix de Bernard Thibault. Mais au-delà du rôle du figurant, c’est le scénario qui conduit le principal syndicat de tradition révolutionnaire en France vers le réformisme qui doit être remis en cause à cette occasion !

Espérons qu’au moment même où nous publions ces lignes, la CGT gagne, sur la base de l’action de ses militants et organisations de base, en audience aux élections dans la fonction publique !

Articles en lien:

La direction de la CGT prête à céder au MEDEF sur les seuils sociaux contre un peu plus de structures de cogestion ?
La contestation de la ligne de la CGT Lepaon ne peut pas se faire sur la question de son appartement !
La CGT, c’est la lutte des classes !

« Reconnaissance » de l’Etat palestinien : une revendication fondamentale dévaluée en leurre politique

Vivelepcf, 3 décembre 2014

Nos députés communistes ont voté pour hier. Pour nous tous, c’était une évidence. Pour autant, l’adoption par l’Assemblée nationale d’une résolution « invitant le gouvernement à reconnaître l’Etat de Palestine » n’a rien d’un événement historique. La force du symbole est même étouffée de façon dérangeante par le calcul politicien.

D’abord, la résolution proposée par le PS, en lien étroit avec le gouvernement, ne vaut pas du tout reconnaissance par la France de l’Etat palestinien. Les ministres Fabius et Désir ont été clairs. La résolution va uniquement permettre au gouvernement français de réaffirmer son souhait de la création d’un Etat palestinien, son appel à une « conférence internationale », à des négociations. Même Obama se prononce pour la création d’un Etat palestinien. Parce qu’actuellement, ces mots n’engagent à rien.

Ensuite, sur le plan politique, il est très douteux que le vote de l’Assemblée nationale française, après ceux de ses homologues espagnol, suédois ou britannique – ces coïncidences ne doivent rien au hasard – fasse avancer le rapport de force international en faveur de la cause palestinienne. L’admission de l’Autorité palestinienne à l’ONU comme observateur n’a déjà rien changé à la situation alors qu’il s’agissait d’une décision effective.

Il y a quelques mois à peine, l’Etat colonialiste israélien déversait des tonnes de bombes, répandait la mort et la désolation à Gaza, confirmant son option politique et stratégique fondamentale : maintenir sa domination par la terreur et l’oppression.

Les Hollande, Valls, Fabius et autres députés PS se distinguaient alors par un soutien ouvert, inédit en France, à l’agresseur israélien et allaient même jusqu’à interdire des manifestations de soutien aux populations palestiniennes. Et on les laisserait se faire passer maintenant pour des amis des Palestiniens ? Comment l’orateur du groupe GDR (où se retrouvent les députés PCF) a-t-il pu esquiver ce rapprochement ?

Agiter la perspective lointaine de la constitution de l’Etat palestinien est devenu l’astuce politique pour éviter les prises de positions et les actes nécessaires aujourd’hui pour rendre un jour possible un Etat palestinien viable. On laisse la guerre et la misère s’abattre sur Gaza, la colonisation atomiser la Cisjordanie et Jérusalem, mais, en échange, on promet une solution virtuelle à deux Etats. Le calcul est gros : cette duplicité des autorités françaises doit être dénoncée.

La perspective vague de l’Etat palestinien sert en outre à remettre en selle les dirigeants corrompus, dociles, disqualifiés de l’Autorité palestinienne derrière Mahmoud Abbas, réconciliés pour le moment avec le meilleur ennemi d’Israël, le Hamas.

En France, comme dans les autres pays où les opinions publiques ont vivement exprimé leur solidarité avec le peuple palestinien, le vote de l’Assemblée permet un apaisement opportuniste et un jeu de postures. Les ultra pro-Israël sont heureux de s’opposer à la résolution. Les autres donnent le change. Mais les vraies questions ne sont pas posées. Les députés, même PS, des circonscriptions où d’influentes communautés israélites (Sarcelles, Créteil, Alfortville…) sont organisées se désolidarisent de leur groupe parlementaire. Les députés des zones où, à tort, la situation palestinienne est transposée et identifiée au malaise des populations issues de l’immigration des pays où la religion islamique est majoritaire, redorent leur blason électoraliste à moindre frais. Ces calculs sont lamentables et dangereux.

Aussi, pour nous communistes, il faut s’en tenir aux revendications essentielles et immédiates, les porter devant les autorités françaises pour qu’elles les défendent, pour les mettre au pied du mur après l’opération politicienne du vote parlementaire :

-          La fin du processus de colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-est, le démantèlement des colonies existantes dans les frontières palestiniennes de 1967.

-          La destruction du Mur de ségrégation

-          La fin du blocus économique sur la bande de Gaza et la Cisjordanie

-          La libération des prisonniers politiques palestiniens

-          Le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés depuis 1967 et du plateau du Golan

-          La reconnaissance du droit au retour des réfugiés palestiniens et de leurs descendants

-          Des réparations payées par les Israéliens pour les destructions à Gaza, l’inculpation de l’Etat et de l’armée israéliens devant les tribunaux internationaux pour crimes de guerre

Sans cela, tous les discours ne sont qu’hypocrisie, même quand ils reprennent les revendications finales essentielles :

-          La reconnaissance de l’Etat palestinien comme membre à part entière des Nations-Unies

-          La création d’un Etat indépendant, viable et souverain de Palestine, dans les frontières de 1967 avec Jérusalem-est comme capitale, à côté de l’Etat d’Israël

Si le vote de l’Assemblée hier doit servir à quelque chose, en contradiction avec les intentions de ses initiateurs, c’est à ces revendications, pour la paix, pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le Parti communiste grec (KKE) remporte la municipalité de Kaisariani (26000 habitants) dans la banlieue d’Athènes

Vivelepcf, d’après les pages internationales du site du Parti communiste grec KKE, 2 décembre 2014

Des élections municipales partielles avaient lieu le 30 novembre dans la ville de Kaisariani, 26.000 habitants, dans la proche banlieue est d’Athènes. En mai, la liste du « Rassemblement populaire » impulsé par le Parti communiste grec (KKE) avait été éliminée du second tour pour une seule voix. Son recours pour irrégularités multiples et flagrantes n’a pas pu être rejeté. Un nouveau second tour a donc été organisé.  

En mai, opposée à une liste de l’ancienne social-démocratie PASOK, la liste de la nouvelle social-démocratie Syriza l’avait largement emporté.

Cette fois-ci, Syriza est battue par le « Rassemblement populaire-KKE ». Le communiste Ilias Stamelos a été élu maire avec 51,52% des voix. Syriza a échoué à rassembler sur les thèmes contradictoires du changement et de l’anticommunisme. L’abstention atteint 67%.

La ville ouvrière de Kaisariani, comme le rappelle le KKE, possède une longue tradition progressiste. Elle est peuplée d’une importante composante issue des réfugiés expulsés d’Asie Mineure et notamment de Smyrne après la guerre gréco-turque en 1922. Des liens de sang unissent la ville au KKE, ceux des 200 résistants communistes exécutés par les nazis au stand de tir le 1er mai 1944.

A propos des résultats des élections municipales à Kaisariani, le Bureau de presse du Comité central  du KKE a notamment exprimé dans sa déclaration ce qui suit:

« Nous saluons les électeurs qui ont choisi la liste du « Rassemblement populaire » à Kaisariani comme nouvelle municipalité. Nous les appelons dès demain à continuer à soutenir, par leur action militante et par leur participation, les efforts de la nouvelle municipalité pour soulager les familles pauvres de la ville et pour être un point d’appui à leurs revendications et à leurs luttes.

Kaisariani rejoint Patras, Petroupoli, Haidari et Ikaria où des municipalités de «Rassemblement populaire» ont été élues en mai. Elles ont engagé aussitôt la lutte contre la ligne politique du gouvernement et le cadre institutionnel réactionnaire local suffocant, pour mettre en œuvre des mesures de secours pour les familles populaires, les travailleurs, les chômeurs,  pour mettre en échec les plans du gouvernement contre les travailleurs communaux, pour soutenir, dans la pratique, les luttes au jour le jour.

Le résultat dans Kaisariani envoie un message encourageant de lutte et de résistance contre la logique de la gestion et de la soumission à ligne politique antipopulaire relayée par les autorités municipales et régionales qu’elles appartiennent aux partis de la coalition gouvernementale ou à SYRIZA.

Les habitants de Kaisariani, avec leur expérience et leurs traditions militantes, peuvent contribuer à la lutte globale du peuple contre les politiques et les exactions du gouvernement, ainsi que contre ceux qui conduisent les gens vers de nouvelles illusions et impasses pour continuer à aller dans la même voie, celle de l’UE et du capital, celle de l’acceptation et la reconnaissance de la dette. Ils doivent contribuer à renforcer le mouvement des travailleurs, l’Alliance populaire, à renforcer le KKE, pour une vraie solution conforme à l’intérêt du peuple ».

Article en relation: 2 juin 2014 – Résultats des élections européennes en Grèce : crise politique, banalisation de Syriza, montée de l’extrême-droite et reconsolidation du Parti communiste (KKE)

Le 2 décembre 1914, Karl Liebknecht, votait, seul député au Reichstag allemand, contre les crédits de guerre

Vivelepcf, 2 décembre 2014

Le 2 décembre 1914, Karl Liebknecht, député social-démocrate (SPD), est le seul à voter contre les crédits de guerre au Reichstag, le parlement allemand.

Le 4 août précédent, il s’était élevé une première fois contre ces crédits et avait dénoncé le caractère impérialiste de la guerre qui débutait. Mais, se conformant à la discipline de vote en cours dans groupe social-démocrate, il n’avait pas voté contre.

Après 4 mois de boucherie, il franchit le pas et vote contre. Son acte hautement courageux est historique. Il rompt avec l’Union sacrée allemande et les reniements du SPD. Il rejoint le Parti social-démocrate de Russie dirigé par Lénine et quelques rares dirigeants des partis socialistes européens dans le refus et la dénonciation de la guerre impérialiste, dans la fidélité aux résolutions bafouées par les appareils réformistes de l’Internationale socialiste, notamment celle du congrès de l’Internationale de Bâle en novembre 1912 dont voici un extrait :

« Si une guerre menace d’éclater, c’est un devoir de la classe ouvrière dans les pays concernés, c’est un devoir pour leurs représentants dans les Parlements, avec l’aide du Bureau international, de faire tous leurs efforts pour empêcher la guerre par tous les moyens qui leur paraissent les mieux appropriés, et qui varient naturellement selon l’acuité de la lutte des classes et la situation politique générale.

Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, ils ont le devoir de s’entremettre pour la faire cesser promptement et d’utiliser, de toutes leurs forces, la crise politique et économique créée par la guerre, pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste. »

Nous reproduisons ci-dessous une traduction de l’intervention de Karl Liebknecht au Reichstag le 2 décembre 1914.

En 1916, il sera emprisonné.

Avec Rosa Luxemburg, Liebknecht allait être, le 1er janvier 1919, un des cofondateurs et premier dirigeant du Parti communiste allemand (KPD). Le 15 janvier 1919, ils seront tous les deux lâchement et sauvagement assassinés, lors de la révolte spartakiste, par les forces de répression commandées par le social-démocrate Noske.

 

Déclaration de Karl Liebknecht au Reichstag, le 2 décembre 1914

« Je motive ainsi qu’il suit mon vote sur le projet qui nous est soumis aujourd’hui.

Cette guerre, qu’aucun des peuples intéressés n’a voulue, n’a pas éclaté en vue du bien-être du peuple allemand ou de tout autre peuple. Il s’agit d’une guerre impérialiste, d’une guerre pour la domination capitaliste du marché mondial et pour la domination politique de contrées importantes ou pourrait s’installer le capital industriel et bancaire. Au point de vue de la surenchère des armements, c’est une guerre préventive provoquée solidairement par le parti de guerre allemand et autrichien dans l’obscurité du demi-absolutisme et de la diplomatie secrète.

C’est aussi une entreprise de caractère bonapartiste tendant à démoraliser, à détruire le mouvement ouvrier grandissant. C’est ce qu’ont démontré, avec une clarté sans cesse accrue et malgré une cynique mise en scène destinée à égarer les esprits, les événements des derniers mois.

Le mot d’ordre allemand : «  Contre le tsarisme  » tout comme le mot d’ordre anglais et français : «  Contre le militarisme  », a servi de moyen pour mettre en mouvement les instincts les plus nobles, les traditions et les espérances révolutionnaires du peuple au profit de la haine contre les peuples. Complice du tsarisme, l’Allemagne, jusqu’à présent pays modèle de la réaction politique, n’a aucune qualité pour jouer le rôle de libératrice des peuples.

La libération du peuple russe comme du peuple allemand doit être l’œuvre de ces peuples eux-mêmes.

Cette guerre n’est pas une guerre défensive pour l’Allemagne. Son caractère historique et la succession des événements nous interdisent de nous fier à un gouvernement capitaliste quand il déclare que c’est pour la défense de la Patrie qu’il demande les crédits.

Une paix rapide et qui n’humilie personne, une paix sans conquêtes, voilà ce qu’il faut exiger. Tous les efforts dirigés dans ce sens doivent être bien accueillis. Seule, l’affirmation continue et simultanée de cette volonté, dans tous les pays belligérants, pourra arrêter le sanglant massacre avant l’épuisement complet de tous les peuples intéressés.

Seule, une paix basée sur la solidarité internationale de la classe ouvrière et sur la liberté de tous les peuples peut être une paix durable. C’est dans ce sens que les prolétariats de tous les pays doivent fournir, même au cours de cette guerre, un effort socialiste pour la paix.

Je consens aux crédits en tant qu’ils sont demandés pour les travaux capables de pallier à la misère existante, bien que je les trouve notoirement insuffisants.

J’approuve également tout ce qui est fait en faveur du sort si rude de nos frères sur les champs de bataille, en faveur des blessés et des malades pour lesquels j’éprouve la plus ardente compassion. Dans ce domaine encore, rien de ce que l’on pourra demander ne sera de trop à mes yeux.

Mais ma protestation va à la guerre, à ceux qui en sont responsables, à ceux qui la dirigent; elle va à la politique capitaliste qui lui donna naissance; elle est dirigée contre les fins capitalistes qu’elle poursuit, contre les plans d’annexion, contre la violation de la neutralité de la Belgique et du Luxembourg, contre la dictature militaire, contre l’oubli complet des devoirs sociaux et politiques dont se rendent coupables, aujourd’hui encore, le gouvernement et les classes dominantes.

Et c’est pourquoi je repousse les crédits militaires demandés. »

KARL LIEBKNECHT.
Berlin, le 2 décembre 1914.

Flux RSS de Vive le PCF