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Articles par Vive le PCF

Quel bilan tirer de la lutte du mois de juin 2014 contre la « réforme ferroviaire » ?

Entretien avec Matthieu BOLLE REDAT, secrétaire du syndicat CGT des cheminots de Versailles

Qu’est-ce que la loi de portant réforme ferroviaire ?

La loi portant réforme ferroviaire a 2 grands volets : l’un sur la structuration du système ferroviaire français et l’autre sur les conditions de travail et donc sur le statut spécifique des cheminots.

Sur le volet structuration, la loi dispose de la dissolution de la Société Nationale des Chemins de fer Français (SNCF) au 1° janvier 2015, et la création de 3 nouvelles entreprises publiques au sein d’un groupe :SNCF (holding de tête), SNCF Réseau (regroupant les 55000 agents de la maintenance de l’infrastructure et de la circulation ferroviaire) et SNCF Mobilité (compagnie regroupant les 100 000 agents du « produit train » : commerciaux en gare, conducteurs, contrôleurs, agents de maintenance des rames…). C’est la dislocation de la famille cheminote, avec d’un côté SNCF réseau quiprend en charge l’infrastructure et la dette du ferroviaire et restera publique ; et de l’autre SNCF Mobilité qui forme une compagnie « comme les autres », vouée à un marché concurrentiel comme air France ou EDF et ayant vocation à être privatisée.

Le tout, chapeauté par SNCF « de tête », pour donner l’illusion d’un pôle public intégré, mais qui a vocation à disparaître, comme on l’a vu en Belgique !

Sur le volet statut, la loi programme l’abrogation du régime spécifique de travail des cheminots, qui était un texte règlementaire émanant du ministère des transports et ne souffrant aucune dérogation, fruit de 70 années de luttes des cheminots pour de meilleurs conditions de travail (temps de repos, horaires, cadences…), condition essentielle à la sécurité des circulations et à la sûreté des agents dans l’exercice de leur travail.

La loi annonce donc l’ouverture de « négociations » entre « partenaire sociaux » pour mettre en place une Convention Collective Nationale (CCN) qui s’appliquera à l’ensemble des travailleurs du rail, dans le cadre de l’ouverture programmée à la concurrence.

Elle proroge donc le régime spécifique de travail durant ces négociations, avec une date limite du 1° juillet 2016 où…… le régime spécifique des cheminots sera purement et simplement abrogé même si une CCN n’est pas signée !

Autant dire que les syndicats entreront dans ces négociations avec un flingue sur la tempe !

Y’a t-il un rapport entre  l’adoption de cette loi et le 4° paquet ferroviaire de l’Union Européenne ?

Une fois encore, l’UE a servi aux dirigeants nationaux de prétexte et de moyen pour justifier sa réforme ferroviaire, visant à détruire le monopole public de la SNCF, au nom de « l’ouverture à la concurrence libre et non-faussée », comme ils l’ont déjà fait dans l’aérien, l’énergie, l’eau, les communications….

Mais qu’on ne s’y trompe pas : cette « ouverture à la concurrence » ne vise qu’à transférer les marchés vers des boîtes privées, dont beaucoup sont en fait dans les mains de holdings issus des anciens monopoles publics (SNCF, DB…), c’est donc en vérité d’une privatisation du réseau dont il s’agit, du transfert des activités des monopoles publics vers de nouveaux monopoles privés au travers desquels des actionnaires pourront faire du business !

D’ailleurs si SNCF réseau (comme ERDF ou ADP par exemple…) a vocation à rester publique, c’est bien parce que le gouvernement compte faire peser sur cette entreprise le poids colossal des coût de l’infrastructure, qui décidément n’intéresse pas les actionnaires… c’est la nationalisation des dettes (44 milliards d’Euros) et la privatisation des profits !

La seule vraie mise en concurrence qu’il va y avoir, c’est bien celle des salariés entre eux, car c’est bien sous le prétexte de l’ouverture à la concurrence qu’on abroge leur régime spécifique de travail pour négocier une CCN au rabais !

Quels étaient les axes revendicatifs de ton syndicat ?

Dès la publication des premiers « rapports » parlementaires et gouvernementaux annonçant les grands axes de cette véritable contre-réforme, le syndicat CGT des cheminots de Versailles a mené une campagne de masse sur le site pour dénoncer cette véritable déclaration de guerre du gouvernement contre le corps cheminots. Nous avons diffusé des milliers de tracts, tenus des meetings publics, avec la présence de camarades de syndicats frères (RMT britannique et PAME grec) membre comme nous de la Fédération Syndicale Mondiale, pour décrypter cette réforme et comparer la volonté de notre gouvernement avec les « réformes » qui ont déjà eu lieu en Europe, comme en Angleterre ou en Grèce, dont les résultats furent catastrophiques, tant pour les usagers (hausse des tarifs, fermetures de lignes, sécurité ferroviaire en chute libre…), que pour les cheminots (suppressions de postes, accidents mortels, désorganisation du réseau, casse des conditions de travail, baisse des salaires et des pensions…).

Notre ligne était simple : Nous devons défendre le monopole public SNCF du transport de voyageur etrevenir sur l’ouverture à la concurrence au Fret dont les résultats sont catastrophiques, pour refondre une grande entreprise publique SNCF vouée non à la recherche du profit, mais à la satisfaction des besoins populaires en matière de transport ferroviaire de voyageurs et de marchandises.

Sur le volet social, nous refusons absolument l’abrogation du régime spécifique de travail des cheminots, et c’est tout naturellement que nous insistons sur la nécessité d’une harmonisation sociale par le haut, par l’intégration de TOUS les travailleurs du rail au statut, avec un régime spécifique unique au sein de la SNCF.

C’est sur ces bases que nous nous sommes inscrits massivement dans les mouvements de grève de 24h des 13 juin et 12 décembre 2013 et dans la manifestation nationale du 22 mai 2014, où 22 000 cheminots ont battu le pavé parisien (soit 15% de l’effectif national !). Dans le cortège du syndicat de Versailles, une vingtaine de camarades des syndicats RMT (Royaume-Uni) et USB (Italie), venus en délégation pour nous soutenir, suite à l’appel lancé par la FSM.

Mais face à un gouvernement PS qui semble prêt à se suicider politiquement en menant des attaques continues contre le monde du travail (ANI, pacte de responsabilité, réforme territoriale…) pour défendre les intérêts de classe du patronat et des monopoles financiers, nous n’avons jamais caché aux cheminots qu’il ne suffira pas de manifester ou de faire des grèves de 24h : la grève reconductible est nécessaire pour les faire plier !

Comment s’est déroulée la lutte sur ton site et plus largement en Ile-De-France ?

La grève reconductible nationale a commencée le mardi 10 juin à 20h.

Les remontées étaient très bonnes sur notre site, nous avions que se serait suivi, mais le gouvernement a été surpris par la force du mouvement au niveau national, et particulièrement en Ile-de-France, où d’habitude les chiffres sont très en-deçà de la province. Dès le premier jour, les grévistes étaient nombreux en AG et la combattivité était très forte, particulièrement chez les jeunes qui vivaient leur premier mouvement reconductible et qui voulaient se défendre contre cette attaque sans précédent du gouvernement.

Dès le premier jour, nous avons occupé pacifiquement le poste d’aiguillage de Versailles Chantiers et chaque jour des manifs, des rassemblements étaient organisés sur site ou sur Paris, avec parfois des « after », comme lorsque les grévistes sont allés occuper les voies à Paris Montparnasse ou le 19 juin quand les manifestants ont fini sous la Tour Eiffel !

C’est donc tout naturellement que quand le ministre Cuvillier, pris de panique seulement 2 jours après le début du conflit, a proposé des « amendements » au projet de loi (qui ne modifiaient le projet qu’à la marge) à la fédération CGT des cheminots et à Sud Rail, les AG de grévistes dans tout le pays ont massivement rejeté ces propositions.

Le fait que le lendemain le ministre ait décidé de passer en force en faisant signer ces propositions aux syndicats non-grévistes, CFDT et UNSA, a vraiment mis le feu aux poudres et les cheminots grévistes de tout le pays ont unanimement décidé de poursuivre et d’amplifier le mouvement !

As-tu une vision sur le déroulement de la grève au niveau national ?

D’après les nouvelles qu’on pouvait avoir, la détermination des grévistes était la même partout, grève massivement suivie, manifs et rassemblements et refus des calculs politiciens de Cuvillier.

Le mot d’ordre du retrait se faisait de plus en plus entendre dans les AG, et la revendication du « Monopole public SNCF » était reprise partout, y compris au plus haut niveau de notre fédération CGT des cheminots, qui était encore frileuse sur le sujet avant le conflit.

Malgré des convergences avec le combat d’autres secteurs en lutte, pourquoi la « coagulation » des luttes n’a pas été possible ?

Lorsque les premières convergences ont eu lieu avec les intermittents, tant en province qu’à Paris, il nous est apparu que cette « coagulation » des lutte devait devenir un enjeu pour gagner tous ensemble. Dans beaucoup d’AG, l’idée d’une confédéralisation du combat contre ce gouvernement de casse sociale était à l’ordre du jour. Il faut savoir qu’au même moment, en plus des intermittents, de nombreux centres postaux étaient en grève, mais aussi les territoriaux, sans parler des marins de la SNCM, qui souffre des mêmes problèmes et qui se préparaient à la lutte.

Oui beaucoup de CéGéTistes ont été scandalisés que la confédération ne prenne pas l’initiative d’avancer la mobilisation nationale du 26 au 19, ce qui aurait pu faire basculer les choses. Pire encore, les déclarations démobilisatrices de Thierry Lepaon sur les « avancées » obtenus lors du débat parlementaire ont été très mal ressenties à la base, c’est la moins qu’on puisse en dire !

C’est par nous-mêmes, par l’impulsion des secteurs parisiens en lutte, que l’UD de Paris et l’UR CGT d’Ile-de-France ont organisé « à l’arrache » la manif de convergence du 19 juin (qui s’est finit sous la tour Eiffel) qui a été un grand succès et nous a regonflés à bloc !

Cette impulsion a permis aux cheminots grévistes d’Ile-de-France de reconduire massivement la grève jusqu’au mardi 24, alors que la reprise se généralisait en province à partir de jeudi, faute de perspectives…

Quelle est ton analyse sur la position du PCF sur ce dossier et son action durant le conflit ?

Franchement, cela fait des mois que le dossier est sur la table et que le PCF en parle à peine (à part des sections locales), même pendant la campagne des européennes où le lien en 4° paquet ferroviaire et réforme ferroviaire était évident.

Mais surtout c’est l’ambivalence quant à sa position durant le conflit qui a beaucoup choqué les cheminots, y compris les sympathisants communistes et même de nombreux adhérents !

En effet, Pierre Laurent est venu faire un discours aux grévistes lors du premier rassemblement aux Invalides, le jour de l’ouverture des débats à l’Assemblée Nationale, j’y étais. Il nous a dit que la PCF serait notre « porte-voix » autant dans la rue, qu’au parlement, pour défendre nos revendications, dont acte.

Honnêtement, nous nous attendions à une bataille parlementaire homérique, sans illusions sur la possibilité d’infléchir les débats, mais le dépôt de milliers d’amendements pour y faire obstruction, afin de faire traîner pour nous soutenir dans la lutte et nous laisser nous battre « mano à mano » contre le gouvernement.

Nous espérions aussi une campagne active du PCF pour alerter les usagers sur les conséquences dramatiques pour eux de cette loi, peut-être même l’organisation d’une collecte nationale de soutien, comme en 1986…

Sauf que le soir même, on voyait le député Chassaigne défendre ses « amendements » au perchoir, copies conformes du texte signé entre Cuvillier et les syndicats jaunes UNSA et CFDT, c’est à dire des amendements à la marge qui ne modifient en rien le fond de la réforme, c’est à dire des amendements issus d’un texte UNANIMEMENT rejeté par les cheminots grévistes !

Donc, en toute logique, ses amendements ont été validés par le gouvernement et le député Chassaigne s’est tout simplement ABSTENU lors du vote de l’article 1 du projet de loi [dissolvant la SNCF], un véritable scandale !

L’image de cette bande de 32 notables qui votent la dissolution de la SNCF par 27 POUR et 5 CONTRE (une partie de la droite) et 1 ABSTENTION a tourné en boucle sur Facebook… Ce jour-là, il y avait plus de monde à l’AG des grévistes de Versailles pour voter la grève, alors où était la démocratie ?

Je ne parle pas de son interview clownesque chez Bourdin sur RMC [le 19 juin] où le député Chassaigne nous a carrément appelé à la démobilisation puisque ses amendements étaient retenus, le jour même où nous faisions une manif monstre à Paris contre cette nouvelle mouture de la réforme, où le secrétaire général de notre fédération a publiquement qualifié ces amendements d’ »enfumage » !

Tout cela a donné du PCF l’image d’un parti de politiciens combinant avec le PS, d’un parti déconnecté des lutte de classe en France, dont les députés s’entendent en sous-main avec le pouvoir pour nous faire « faire passer la pilule », et dont le chef de file à l’Assemblée appelle carrément les grévistes à la reprise alors qu’aucune de leurs revendications n’est satisfaite.

Par ailleurs, il faut rendre hommage à tous ces militants du « parti profond » à ces fédérations, à ces sections qui se sont jetés dans la bataille à nos côtés, sur les piquets, dans nos AG, dans les manifs et qui nous ont soutenus jusqu’au bout !

Je voudrai aussi rendre hommage aux responsables de sections, de fédérations ou des JC qui ont pris l’initiative de rendre publique une « lettre ouverte » aux députés PCF pour condamner la position défendue par leur porte-parole et les appeler à voter CONTRE la réforme. Il est évident que cela n’a pas été sans effet sur le fait que, contre toute logique vu le contexte que j’ai décrit plus haut, les députés PCF ont finalement voté CONTRE la réforme lors du vote solennel du projet de loi à l’Assemblée.

Il est d’ailleurs intéressant de voir que les prétendus « oppositionnels » de la majorité (EELV ou autres « frondeurs ») ont votés comme un seul homme la réforme ferroviaire !

Selon toi, quelle sont les perspectives de lutte pour la rentrée de septembre ?

Lorsque nous avons voté la suspension du mouvement, il était clair pour nous que le combat ne faisait que commencer !

La réforme ferroviaire a ouvert un cycle d’attaques sans précédent contre notre corporation, mais aussi contre la satisfaction des besoins populaires en matière de transport ferroviaire, car les usagers vont payer très cher la facture de la privatisation de la SNCF.

Mais le fait que le gouvernement ait réussi à gagner une bataille aussi symbolique contre les cheminots, dont la combattivité n’est plus à démontrer, va aussi donner des ailes au patronat et au gouvernement pour démultiplier les attaques contre l’ensemble de la classe ouvrière.

Il nous faut donc, dès aujourd’hui, continuer à travailler à la confédéralisation des lutte contre la généralisation des attaques que nous allons subir, construire ce fameux « tous ensemble » qu’on scande dans les manifs afin de défendre nos intérêts de classe sans concession.

Cela implique aussi une bagarre au sein de nos organisations historiques de la classe ouvrière, contre la démobilisation, le réformisme et l’opportunisme, pour nous remettre d’urgence sur les rails de la lutte de classe !

Les formules qui laissent s’infiltrer le réformisme (suite): « L’Entreprise appartient aussi aux salariés »

 « L’Entreprise appartient aussi aux salariés » ? Ah bon ?

Le tract national de rentrée de la CGT nous surprend. Nous approuvons complètement l’initiative d’une journée d’action le 16 octobre pour la Sécurité sociale. La condamnation de la politique de Valls II s’impose, même s’il n’y a pas de différence avec Valls I ou Ayrault 0. L’expérience du soutien de la CGT à Hollande en 2012 devrait la détourner de nouvelles illusions pour 2017. Mais comment comprendre le titre du tract : « L’entreprise appartient aussi aux salariés » ? En système capitaliste, ce n’est pas vrai ! Les principaux moyens de production et d’échange appartiennent aux capitalistes et cette propriété est décisive dans leur dictature. Les coopératives, même si elles peuvent parfois se réfugier dans des niches comme les entrepreneurs indépendants, sont dépendantes du système dominant établi par la propriété capitaliste. Les entreprises nationales sont, notamment en France, le reflet, dans leur gestion, d’un rapport de force historique, qui a à quelques heures glorieuses, été favorable à la classe ouvrière, permettant des acquis durables. Le secteur étatique n’en est pas moins sous contrôle du capital. Il est bien dangereux d’utiliser une formule comme « appartient aussi aux salariés ». Cela ouvre à la comédie de la participation et de la collaboration de classe, avec par exemple le piège de l’actionnariat salarié. Cela détourne de la perspective de rupture nécessaire avec la propriété capitaliste, celle qui fait peur et fait flancher les possédants.  

Apparatchiks, même « frondeurs », du PS, la Fête de l’Humanité n’est pas la vôtre !

Vivelepcf, 10 septembre 2014

Parlementaires du Parti « socialiste » qui vous dites « frondeurs » ou « indignés »,

La révolution avec ces gens-là?

Votre venue à la Fête de l’Humanité est annoncée. Responsables communistes de stand militant à la Fête, nous nous permettons de vous faire part de réalités pratiques et politiques des fois que vous ne les connaîtriez pas.

Vous êtes bienvenus, comme tout un chacun, à la Fête du journal historique du Parti communiste français, lancée par le PCF en 1929. Vous êtes bienvenus, dans cette manifestation publique, pour vous cultiver, vous distraire, consommer et, en même temps, soutenir financièrement le journal et les organisations du PCF.

Nous sommes à votre disposition pour échanger avec vous, plutôt moins qu’avec les autres visiteurs, travailleurs, jeunes, retraités que nous voulons mobiliser politiquement. Vous, nous vous connaissons et n’avons pas d’espoir de vous retrouver dans le camp de la classe ouvrière.

Nous imaginons sans mal que les médias retiendront principalement du cru 2014 de la Fête de l’Huma, votre présence. Le mal en reviendra principalement à Pierre Laurent qui vous a invités en vous tendant le tapis rouge. Nous avons l’habitude mais nous ne l’acceptons pas pour autant. Les années précédentes, comme sans doute cette année encore, votre complice et ancien camarade Jean-Luc Mélenchon tentera, comme le coucou, de faire sa petite publicité lors de notre fête.

Sans illusions, nous vous demandons de ne pas en faire trop avec les journalistes. Respectez les militants communistes !

En tout cas, en ce qui nous concerne, nous disons clairement que vous ne représentez absolument pas des alliés, même potentiels, pour les travailleurs et les communistes.

Nous ne sommes pas de ceux qui ont propagé des illusions sur le programme, inféodé à l’Union européenne et au patronat, de Hollande en 2012. C’est votre référence, comme si vous ne saviez pas ce qui allait suivre ! Nous ne sommes pas de ceux qui, comme vous, s’affairent à préparer de nouvelles illusions à « gauche » d’ici 2017, de ceux qui nourrissent et exploitent l’épouvantail de l’extrême-droite pour cela, qui détournent la colère sociale.

Nous vous avons combattus lorsque vous avez – notamment – porté en 2013 la loi de flexibilisation du marché du travail, de libéralisation du licenciement (transposition de l’ANI, lorsque vous avez voté comme un seul homme – face aux cheminots en lutte – la contre-réforme ferroviaire en juin 2014, quand vous avez approuvé les guerres impérialistes en Afrique, au Moyen-Orient ou en Ukraine.

Nous ne savons que trop que la social-démocratie ne met pas tous ses œufs dans le même panier, notamment maintenant en vue des combinaisons électorales de 2017. Nous savons que vos « frondeurs » répartiront leur voix, lors du vote de confiance à Valls, de façon à ne pas l’entraver tout en ménageant un positionnement de « gauche » ultérieur. Nous laissons l’expertise politique des clans du PS, oscillant de l’aile « droite à l’aile « gauche » selon les circonstances, à l’image de Mme Aubry ou de l’ex-rocardienne Mme Lienemann, aux politologues.

Le rassemblement auquel nous travaillons dans les entreprises, les quartiers et les campagnes, c’est celui de ceux qui ont le plus intérêt à combattre le capitalisme et ses effets et à se doter de l’organisation politique pour cela : le Parti communiste. Un PCF fort contre le capital et le patronat, sur des bases de classe, des propositions de rupture, c’est aussi la condition de l’essor réel des « valeurs de gauche » dans l’ensemble de la société. Quand le PCF est fort, avec tout ce qu’il représente, la social-démocratie, même la plus hypocrite le courtise.

Nous remarquons, que vous considérez, à raison, la Fête de l’Humanité comme l’événement politique de masse le plus marquant de la rentrée.

Donc, amusez-vous bien à la Fête cette année et remerciez-nous ! C’est toujours grâce aux militants communistes qu’existe la plus grande et la plus belle fête politique de France.

Corinne BECOURT, secrétaire de la section du PCF de Saint-Quentin, responsable du stand de Saint-Quentin, Emmanuel DANG TRAN, secrétaire de la section du PCF de Paris 15ème, membre du Conseil national du PCF, responsable du stand de Paris 15ème, Eric JALADE, secrétaire de la Fédération du PCF du Tarn, membre du Comité national du PCF, Cyril MORLOT, secrétaire de la Fédération du PCF de la Haute-Saône, responsable du stand de la Haute-Saône.

« Baisser le coût du capital »: nouveau slogan trompeur du réformisme?

Nous reproduisons ci-dessous l’introduction à une formation économique organisée par « Cahiers communistes » à l’été 2014 pour relativiser et contredire le slogan « Baisser le coût du capital ». Nous la devons à notre camarade AB. La discussion sera retraduite par un compte-rendu prochain.

La baisse du « coût du capital » est devenue un argument omniprésent dans les expressions du PCF et de la CGT. Opposer « coût du capital » à « coût du travail » est séduisant à « gauche ». Cela semble opposer capital et travail. Mais, en réalité, on se place dans les deux cas du côté du capitaliste qui cherche à minimiser ses coûts, dans un dilemme étranger au prolétaire. Et cette opposition, loin de renforcer des positions de rupture sur lesquelles gagner des avantages immédiats, nourrit l’argumentaire réformiste sinon patronal.

Que le profit capitaliste soit extorqué sous forme de dividende, d’intérêt financier, ou de plus-value boursière n’importe guère pour le salarié, dans son intérêt de classe.

Depuis l’aurore du capitalisme, les patrons tentent d’embrigader leurs salariés dans leurs intérêts, notamment en leur faisant miroiter une part de leurs propres profits. Des politiciens bien intentionnés reprennent en cœur la nécessité de « mieux répartir » les richesses produites par le travail. Une des bases de ce raisonnement trompeur serait l’unité d’intérêt des patrons et cadres dirigeants des entreprises, « productifs », avec leurs salariés et subordonnés contre une abstraite « finance » voire apatride. Ces patrons prétendent ne pas en faire partie !  

Sarkozy est allé loin dans cette propagande, promettant une distribution des richesses, à un tiers pour les capitalistes, un tiers pour les patrons et prétendument un tiers pour les salariés. Aujourd’hui des individualités de « gauche » comme Montebourg, mais aussi des analyses viciées comme celle qui amène à identifier le « coût du capital » en dehors de l’exploitation capitaliste, en reprennent plus ou moins consciemment l’idéologie.

Résolument dans le camp de la classe ouvrière, il nous semble hasardeux de remettre en cause, même au nom de la mondialisation, la théorie du « Salaire, prix et profit » de K. Marx.

Pour ouvrir le débat dans le PCF et dans la CGT, nous mettons en ligne cette introduction. D’autres réflexions suivront. En accord ou en contestation de nos textes, exprimez-vous !     

Baisser le coût du capital ou lutter contre l’exploitation capitaliste ?

Depuis maintenant un an la CGT a lancé une grande campagne nationale sur la thématique du « coût du capital », campagne reprise par la direction du PCF. Il s’agit d’une réponse directe à la thématique du « coût du travail », largement utilisée par le MEDEF pour justifier tous les reculs sociaux. Cette campagne porte l’idée que ce n’est pas le coût du travail qui est trop élevé mais celui du capital, qu’il faut donc baisser par divers leviers pour retrouver une certaine efficacité économique. La large publicité faite à ces idées (tracts, affiches, revues, meetings…), couplée à une apparente radicalité (pensons au terme de « capital » présent dans le titre), nécessite une interrogation de notre part sur cette campagne pour savoir ce qu’il en retourne réellement. Est-ce une reprise de la théorie marxiste dans le but de dépasser l’exploitation capitaliste, ou n’est-ce que la reprise de vieilles lunes réformistes ? Les lignes suivantes entendent éclairer quelques points de cette campagne afin de nous donner des arguments nécessaires à notre travail militant quotidien, aussi bien dans le Parti que dans le syndicat.

Pour juger du bien-fondé de cette campagne, encore faut-il savoir à quoi nous devons nous référer en tant que communistes. Contrairement à nos directions syndicales et politiques, nous affirmons et réaffirmons que nos références doivent être celles du marxisme-léninisme, seule idéologie capable d’abattre le capitalisme par l’organisation des masses. Il faut donc interroger cette campagne en lien avec nos références théoriques pour pouvoir conclure sur son aspect révolutionnaire ou réformiste. C’est précisément pour cela que nous proposons de débuter par une présentation de la théorie marxiste de l’exploitation qui doit rester le cœur de notre réflexion économique sur le salariat et le profit capitaliste. A la suite de cela, nous passerons à une étude détaillée de cette campagne sur le « coût du capital » pour en comprendre les tenants et les aboutissants. Les possibles écarts, voire divergences, entre notre théorie marxiste-léniniste et cette campagne, apparaitront alors comme autant d’arguments nous permettant de lutter dans nos sections et nos lieux de travail contre les illusions réformistes, et pour le renforcement du parti et du syndicat sur des bases de classe.

I/La théorie de l’exploitation chez Marx

Comme dit précédemment,  nous affirmons que notre analyse actuelle économique du salariat et du profit capitaliste doit s’appuyer sur la théorie marxiste de l’exploitation, pour au moins deux raisons. Tout d’abord parce que le capitalisme est un mode de production qui évolue mais dont les principes élémentaires ne changent pas. Ensuite parce que la théorie marxiste de l’exploitation est seule à porter la possibilité du dépassement du capitalisme, de la fin du salariat, et de la destruction de la société de classe. Ce n’est donc pas par orthodoxie ou par nostalgie que nous faisons références à ces théories, mais par pur réalisme si l’objectif de nos organisations politiques et syndicales reste le dépassement du capitalisme. Présentons donc en quelques mots l’analyse que fait Marx de l’exploitation capitaliste.

Marx propose une analyse scientifique du capitalisme pour tenter d’en comprendre le fonctionnement, et une des clés de voute de son raisonnement est précisément la théorie de l’exploitation. L’histoire du capitalisme débute par le processus d’accumulation primitive du capital qui permet à une classe en formation – la bourgeoisie – d’accumuler massivement du capital. Ce capital va alors permettre à cette classe d’acquérir les moyens de production au moment même où s’effectue ce qu’Engels appelle la « révolution industrielle ». Le capitalisme naissant apparaît donc comme un mode de production marqué par la division du processus productif entre d’un côté la bourgeoisie (minorité détentrice des moyens de production) et de l’autre le prolétariat (majorité ne détenant que sa force de travail). La seconde grande transformation amenée par le capitalisme réside dans la notion de marchandise mise en avant par Marx. Une marchandise n’est pas un bien comme les autres, c’est un bien qui est exclusivement produit pour être vendu sur le marché. En d’autres termes, dans le capitalisme on ne produit plus des biens pour leur valeur d’usage, c’est-à-dire pour ce qu’ils vont nous servir, mais pour leur valeur d’échange, c’est-à-dire pour leur valeur sur le marché. Prenons un exemple. Dans un système économique pré-capitaliste, un  paysan allait produire des céréales avant tout pour sa consommation personnelle et ne vendrait que le surplus lors des bonnes récoltes, mais cette vente n’était pas l’objectif premier de la production. Désormais, dans le capitalisme, le bourgeois détenteur des moyens de production, met en avant un capital pour réaliser une production qui est exclusivement destinée à être vendue sur le marché. Cette distinction entre bien et marchandise n’est pas que sémantique, est apparaît comme central pour comprendre le fonctionnement de l’économie capitaliste.

Partant de ces quelques points, Marx nous propose une modélisation du fonctionnement économique d’un système pré-capitaliste et d’un système capitaliste. Dans un système pré-capitaliste, Marx modèle le système économique par le schéma M – A – M’. Je possède une marchandise M (par exemple une table) que je ne désire plus posséder, je la vends donc et j’en retire une somme A d’argent, grâce à laquelle j’achète une nouvelle marchandise M’ (par exemple quatre chaises). Ce schéma représente le fonctionnement modélisé d’un système économique pré-capitaliste. Avec le développement du capitalisme, les choses sont inversées et nous passons à un schéma A – M – A’. Désormais, les moyens de production sont accaparés par la bourgeoisie, et l’objectif est la production de marchandises destinées au marché, ce qui explique l’inversement du schéma. Ainsi, un capitaliste va posséder un capital A, qu’il va utiliser pour produire une quantité M de marchandise, qui sera vendue sur le marché, amenant un nouveau capital A’. L’objectif du capitaliste est alors d’obtenir en fin de cycle économique un capital A’ supérieur au capital A initial, cela signifiera qu’il aura alors réalisé un profit, objectif ultime de tout schéma économique capitaliste. Toute la question que nous devons alors nous poser est de savoir comment, par ce cycle, le capitaliste a réussi à réaliser un profit ? Pourquoi la somme initiale A est devenue une somme finale A’ plus importante ? Plusieurs solutions pourraient être envisagées. Envisageons-en trois :
-de manière magique l’argent, lors de la production, aurait créé de l’argent.
-un surplus a été obtenu lors de l’échange, ce qui signifierait que toute l’économie serait fondée sur l’arnaque d’une des deux parties prenant part à l’échange.
-ou bien il existerait quelque chose qui aurait la propriété de rapporter au capitaliste plus que son coût, et cette marchandise n’est autre que le travail ! C’est la théorie de l’exploitation.

Lorsque les capitalistes engagent une somme A de capitaux pour la production de marchandises, ils achètent différentes choses. On peut évoquer des bâtiments, des machines, des consommations intermédiaires ou encore du travail. Par exemple, un capitaliste qui produirait des chemises, devra acheter un bâtiment accueillant l’usine, des machines de production, le tissu et le fil nécessaire à la confection des habits et enfin du travail. Ainsi, pour que le capitaliste fasse du profit, c’est-à-dire que le capital retiré après la vente des marchandises (ici les chemises) soit supérieur aux capitaux initialement avancés (A’>A), il faut qu’une des marchandises achetées pour la production ait la propriété de rapporter plus au capitaliste qu’elle ne lui coûte. Cette marchandise ne peut êtrele bâtiment, ni les machines, ni même les différentes consommations intermédiaires, dont la valeur se transmet dans le produit fini, mais n’augmente pas. Il faudrait en effet quelque chose de magique pour que par exemple un mètre de tissu sur une chemise valle plus cher qu’un même mètre de tissu sur un simple rouleau. Bref, la seule marchandise achetée par le capitaliste qui lui rapporte plus qu’elle ne lui coute, c’est bel et bien le travail.

 La question qui doit désormais nous intéresser est de savoir pourquoi il peut exister une différence entre ce que coûte le travail au capitaliste, et ce qu’il lui rapporte ? Chez Marx, le travail, ou plutôt la force de travail, est une marchandise comme les autres qui est donc rémunérée (par le salaire) par le temps de travail nécessaire à la production des biens de consommation permettant la reproduction de la force de travail. Ainsi, l’ouvrier n’est pas rémunéré à la valeur de ce qu’il va produire mais à la valeur de ce qui est nécessaire pour la reproduction de sa force de travail. Le salaire va donc par exemple être la somme permettant de couvrir les dépenses en nourriture, en logement, en habillement, ou encore en quelques biens culturels etc. Il peut donc exister un décalage entre la richesse produite par le travailleur et sa rémunération, et c’est là qu’arrive la théorie de l’exploitation. Prenons l’exemple d’un ouvrier qui travaille 8h par jour. Durant ces 8h de travail il produit des richesses supérieures à ce qui lui est nécessaire pour uniquement reproduire sa force de travail. Par exemple, au bout de seulement 6h de travail, l’ouvrier aura produit une somme de richesses égale à ce qui lui est nécessaire pour couvrir le coût de la reproduction de sa force de travail (logement, nourriture, habillement…). Cela lui sera alors reversé par le capitaliste sous la forme d’un salaire ; on parle du « travail nécessaire ». Mais au bout de ces 6h, l’ouvrier ne peut pas rentrer chez lui, il doit travailler encore deux heures pour terminer sa journée de travail. Les deux heures restantes seront alors travaillées par l’ouvrier de manière gratuite en quelque sorte, on parle alors du « surproduit » ou « surtravail ». C’est une partie du travail qui est directement capté par les capitalistes qui sont en position de force puisqu’ils détiennent les moyens de production. Et d’ailleurs la grande force du capitalisme c’est d’englober tout cela dans le salariat pour que ce soit invisible, système différent par exemple du mode de production féodale où le servage comprenait des temps de travail gratuit séparés, comme les corvées. Grâce à ce décalage entre ce coûte la force de travail et ce qu’elle rapporte, le capitaliste peut réaliser du profit. C’est cela qui permet d’expliquer pourquoi A’ est supérieur à A.

            La théorie de l’exploitation de Marx met donc en évidence le fait que dans le système capitaliste, une partie des richesses créées par les travailleurs est directement captée par les capitalistes qui ne rémunèrent pas les travailleurs à ce qu’ils produisent, mais à ce qui est nécessaire pour la reproduction de leur force de travail. C’est précisément cela la plus-value, source du profit capitaliste. Bref, le profit capitaliste est la part des richesses crées par les travailleurs qui ne leur est pas redonnées dans le salaire. Pour pousser la réflexion, Marx propose un calcul du taux d’exploitation en rapportant la somme de la plus-value à ce qu’il appelle le « capital variable », c’est-à-dire le capital utilisé par le bourgeois pour acheter la force de travail (taux d’exploitation = PL/V). Cependant, ce qui intéresse vraiment un capitaliste ce n’est pas le taux d’exploitation en lui-même, qui reste plutôt abstrait, mais le taux de profit. C’est cette fois l’exploitation rapportée non plus au seul capital variable avancé (le coût du travail), mais rapporté aux capitaux totaux avancés, c’est-à-dire au capital variable (travail) et au capital constant (machines, bâtiments…). Bref, le taux de profit c’est le rapport entre la plus-value (issue de l’exploitation) et le capital total investi, c’est ce que le capitaliste gagne lors de chaque production,  et cela est issu de l’exploitation des travailleurs.

Nous venons ici de tracer les grandes lignes de la théorie économique de l’exploitation présente chez Marx, théorie qui nous permet de comprendre pourquoi, dans un système capitaliste, les détenteurs des moyens de production réussissent à réaliser des profits. Le rôle d’une organisation communiste (politique ou syndicale) est alors de lutter, par des moyens théoriques et pratiques, contre l’exploitation capitaliste. Par cela, nous pourrons préparer le terrain pour une société sans classes et débarrassée de toute exploitation. En relation avec cette théorie, interrogeons-nous désormais sur les objectifs de la campagne « cout du capital » menée par la CGT et le Front de Gauche. Est-ce une campagne de lutte contre l’exploitation capitaliste, ou bien un nouveau pas dans le réformisme ?

II/La campagne « coût du capital »

            1/Présentation générale de la campagne

Depuis maintenant un peu plus d’un an, la CGT, puis le PCF et même la fameuse « aile gauche » du PS, expliquent que le problème de nos économies serait un coût du capital trop élevé qui plomberait alors la compétitivité des entreprises nationales. A l’origine de tout cela nous avons une étude commandée par la CGT à un centre de recherche en économie à Lille sur la question du coût du capital. Ce laboratoire, le CLERSE (composés d’économistes atterrés, ou atterrants c’est selon…) publie alors un rapport en janvier 2013 avec l’idée que le problème de notre économie c’est le coût du capital qui est trop élevé. Une grande publicité va alors être faite à cette idée, et va ainsi devenir une campagne de la CGT, reprise ensuite par le PCF. On peut par exemple citer un numéro entier d’Economie et Politique, de nombre articles des Boccara, des pages entières de l’Humanité, de la NVO… Sur le site du PCF on trouve même une page consacrée à cela, dont une explique :

« Vous l’entendez à longueur de journée, en France, le travail coûterait trop cher et la compétitivité des entreprises serait plombée par les charges sociales, c’est à dire les cotisations qui financent la protection sociale. […] Pourtant, ce qui pèse sur l’efficacité des entreprises, ce qui pèse sur notre économie, c’est le coût du capital, pas le travail. Un tabou que le Parti communiste français entend lever en menant une campagne vérité sur le véritable coût du capital dans ce pays. »

Bref, notre parti entend lever un tabou pour améliorer la compétitivité de nos entreprises nationales ! Vaste programme !

            2/Analyse économique de cette campagne

Plongeons désormais dans les détails de ces recherches économiques afin de comprendre les arguments principaux de cette campagne. L’étude menée par le CLERSE part du point de départ qu’il y aurait un coût du capital dit « économique » et un coût du capital dit « financier » :
-Le coût économique désigne l’investissement en capital productif. C’est tout ce que l’entreprise va dépenser pour augmenter le stock de capital fixe (par exemple acheter de nouvelles machines) ou remplacer le capital fixe usé (on va remplacer de vieilles machines par des neuves). En comptabilité nationale on mesure cela par la FBCF.
-Le coût financier  désigne quant à lui ce que les entreprise vont devoir verser aux apporteurs de capitaux. On trouve ici deux grandes formes, d’abord une rémunération sous forme de dividendes pour les actionnaires, et une rémunération sous forme d’intérêts pour les obligations ou les prêts. Bref, le coût financier c’est tout ce que l’entreprise va payer aux banques pour les prêts, en dividendes à leurs actionnaires s’ils en ont et en intérêts pour rémunérer les obligations s’ils en ont là encore. C’est tout ce qui est financier et qui ne sert pas directement à produire.

A partir de là, les économistes du CLERSE retranchent le coût économique du coût total du capital, pour arriver à une idée de « surcoût du capital » Cela peut se résumer par la formule :

Bref, le coût financier apparaît comme un surcoût du capital, un coût qui vient alourdir artificiellement le coût global du capital, sans aucune utilité. Laurent Cordonnier, un économiste attéré, membre du CLERSE dit par exemple que le coût financier « ne correspond à aucun service économique rendu, que ce soit aux entreprises elles-mêmes ou à la société dans son entier ». A l’inverse, le coût économique du capital est le coût légitime, qui apporte quelque chose à la société, et ce coût pourrait servir à la mesure du « vrai » coût du capital. Bref, le point de départ c’est de dire que le capital a un coût économique et financier, et que le coût financier, s’il est positif, entraîne un surcoût pour le capital, qui est inutile, illégitime et néfaste pour l’économie.

Il apparaît nécessaire de s’arrêter d’ores et déjà sur ce postulat de départ de l’enquête. En effet, nous sommes ici en plein dans les illusions portées par la « gauche de la gauche » ou par le Front de Gauche, sur la finance. Selon ces sociaux-démocrates, il serait possible de dissocier finance et économie capitaliste, avec l’idée que la finance est un ennemi, un problème pour l’économie, et que débarrasser de cette excroissance, l’économie capitaliste serait un mode de production vertueux. On peut ici penser à Mélenchon, et plus largement aux divers réformistes du Front de Gauche, pour qui le combat à mener est contre la finance, façon détourner d’avouer leur inféodation au système capitaliste qu’ils ne remettent jamais en cause. On trouve bien là une marque de leur opposition frontale à notre idéologie marxiste-léniniste. Si on relit par exemple Lénine dans Impérialisme stade suprême du capitalisme, on comprend en quoi c’est une aberration complète de dissocier finance et production dans un système capitaliste développé. Aucune entreprise capitaliste ne peut exister sans système financier, ou alors il faudrait imaginer une économie capitaliste où toute entreprise dispose de ses capitaux propres. Le capitalisme c’est la finance et la finance c’est le capitalisme, ces deux éléments sont indissociables. On retrouve donc au cœur de cette campagne le mot d’ordre réformiste de lutte contre la finance avec l’idée que c’est une verrue du capitalisme. Mais même d’un point de vue purement pragmatique il est illusoire de séparer coût économique et coût financier du capital, lorsqu’on sait que toute entreprise, pour pouvoir investir dans la production, doit au préalable recourir au système financier pour avoir les fonds nécessaires. Par exemple, une entreprise automobile qui voudrait acheter une nouvelle chaine pour augmenter sa production, va au préalable avoir recours à des emprunts ou à l’émission de titres. Coût financier et coût économique ne s’oppose donc pas, puisqu’au contraire l’un permet l’autre. On peut donc même dire que le coût financier est légitime et utile dans le cadre du fonctionnement du capitalisme puisqu’il permet derrière d’avoir un investissement productif. Bref, coût financier et coût économique du capital ne peuvent être dissociés, car l’un permet l’autre et dire le contraire n’est rien d’autre que semer les illusions sur un fonctionnement bon et moral du capitalisme, et un fonctionnement immoral (la critique catholique de l’usure…) de ce même mode de production.

Résumons-nous. Les bases de cette campagne partent de la dissociation entre coût financier et coût économique du capital, en disant que le coût financier est un coût illégitime entraînant un surcoût du capital, freinant alors la compétitivité des entreprises. Du point de vue de la théorie marxiste-léniniste c’est une aberration de  dissocier cela. Mais ça l’est aussi d’un point de vue purement pragmatique quand on regarde le fonctionnement de l’économie capitaliste. Les économistes à l’origine de cette étude n’ont donc pas pu passer totalement à côté de cela, et ils vont utiliser un petit subterfuge pour tenter de dépasser cette erreur.

En effet, ils vont proposer une nouvelle décomposition. A l’intérieur du seul coût financier du capital, on trouve désormais une frange légitime et une frange illégitime, permettant donc de toujours appuyer l’idée d’un surcoût du capital. Ils vont alors énoncer deux critères pour juger si le coût financier est légitime ou illégitime. Le coût financier est dit légitime, dès lors qu’il permet de couvrir le coût d’administration de l’activité financière et permet de rémunérer le « risque entrepreneurial » :
-Le coût d’administration : c’est en, pour le dire rapidement, les coûts de fonctionnement des marchés financiers. Par cela, on fait au final l’apologie des marchés financiers qui sont là pour permettre la liquidité des actifs, élément absolument essentiel au capitalisme pour que les capitaux puissent circuler et ainsi prétendre faire les meilleurs profits.
-Le risque entrepreneurial : tout détenteur de capital, lorsqu’il prête ce capital, prend le risque de ne pas être remboursé. L’intérêt est donc là aussi pour couvrir ce risque.

A partir de là, les chercheurs du CLERSE et la CGT vont avoir comme envie,  pour vraiment se justifier, de mettre en place un indicateur qui permettrait de dire : « voilà à tel moment, dans notre pays, le surcoût du capital est de tant, supprimons-le pour retrouver la compétitivité ». Si on se résume une nouvelle fois, le coût du capital est composé d’un coût économique et d’un coût financier, le coût financier étant lui-même composé d’un coût légitime (ce qui couvre le coût d’administration et le risque) et d’un coût illégitime. Cette partie du coût financier dite illégitime est le surcoût du capital, qu’il faudrait donc pouvoir mesurer. Or, une telle mesure est totalement impossible, pourquoi ? Tout simplement parce que la première distinction entre coût économique et financier est difficilement quantifiable, mais alors la seconde entre coût financier légitime et coût financier illégitime, est totalement utopique. Il faudrait poser de manière totalement arbitraire, une valeur à partir de laquelle la rémunération du capital financier ne serait plus légitime ; 5% ? 8% ? 10% ? 20% ? Les grands penseurs de cette étude n’ont pas encore trouvé de solution, preuve de la faiblesse théorique de leurs travaux.

Alors outre toutes ces approximations économiques et autres illusions, quel est l’objectif final de cette étude et de la campagne CGT/PCF ? L’idée c’est d’abaisser par divers moyens le coût du capital et ainsi d’améliorer la compétitivité des entreprises et par cela de relancer l’économie. Pour ce faire, on pourrait d’abord avoir une posture morale en demandant aux actionnaires d’avoir des rémunérations acceptables. Et puis à côté de cela on aurait un levier institutionnel qui serait la baisse des taux d’intérêts. Tout cela avec l’idée que si on abaissait alors le coût du capital, les entreprises pourraient investir ce qui serait bon pour l’économie. Nous arrivons alors au point final de cette étude et de cette campagne ; il faut tout faire pour faciliter l’investissement des entreprises. C’est alors la stupéfaction totale, car d’où nous vient cette idée ? Du keynésianisme ! L’étude du CLERSE, reprise par la CGT et le PCF ne repose donc sur rien de marxiste, mais sur du pur keynésianisme, théorie bourgeoise par excellence. Il faudrait donc faire baisser le coût du capital en demandant par exemple aux actionnaires de se tempérer sur leurs dividendes. Nous ne sommes plus là dans une démarche marxiste-léniniste révolutionnaire, mais dans une posture chrétienne sur la nocivité de l’usure ; Saint Thomas d’Aquin est donc, semble-t-il, devenu l’une de nos références. Mais on pourrait aussi utiliser un levier institutionnel en réorientant la BCE pour abaisser le coût de l’investissement, on quitte donc les références religieuses, pour entrer de plein pieds dans la collaboration de classe. Référence religieuses, références keynésiennes, illusions sur l’Europe et les institutions bourgeoises, voilà ce que porte réellement cette campagne sur le « coût du capital ». Ce n’est donc en rien un instrument au service des travailleurs pour lutter contre l’exploitation capitaliste, mais une nouvelle reformulation du réformisme porté par les directions de nos organisations politiques et syndicales.

            3/Récapitulatif et argumentaire contre cette campagne

L’analyse de cette campagne est un peu technique, terminons donc par un résumé rapide des grandes lignes de cette campagne CGT/PCF pour ensuite énoncer quelques arguments qui doivent être les nôtres pour démonter les illusions ici semées. Le coût du capital pourrait donc se diviser entre un coût économique et un coût financier, coût financier lui-même divisé en coût financier légitime et coût financier illégitime. Ce coût financier illégitime représente alors un surcoût du capital qui est un frein à l’investissement des entreprises, et par cela un frein à leur compétitivité. Il faudrait donc pouvoir mesurer ce surcoût pour ensuite pouvoir le réduire ou le supprimer, améliorant ainsi l’investissement des entreprises et grâce à cela relançant l’économie. Pour réduire ce coût financier illégitime on pourrait par exemple avoir recourt à la morale (« messieurs les actionnaires veuillez baisser vos dividendes ») ou à des leviers institutionnels comme la baisse des taux d’intérêts (on retrouve la grande idée de réorientation de la BCE). Par tous ces éléments, le coût du capital serait moindre car débarrassé de son surcoût illégitime, l’investissement repartirait, ainsi que la croissance et l’emploi, bref on atteindrait un fonctionnement vertueux de l’économie capitaliste !

Voyons maintenant quelques arguments que nous avons à opposer à cela :
-D’une manière globale, est-ce le rôle d’une organisation communiste que de s’interroger sur le problème de compétitivité des entreprises, lieu de l’exploitation capitaliste ? Est-ce notre travail que de s’interroger sur les moyens de relancer l’économie capitaliste ?
-D’un point de vue théorique ensuite, cette enquête repose sur du keynésianisme, idéologie bourgeoise, et non sur le marxisme-léninisme qui doit être la théorie qui oriente nos recherches et nos débats en tant qu’organisation communiste. C’est pour cela que cette étude pointe l’importance de l’investissement pour la relance du capitalisme, ce qui une fois encore n’est pas notre souci. On peut aussi évoquer le très fort fond chrétien de tout cela, avec la critique de l’usure.
-Avec les travaux de Lénine, on doit remettre en cause un des fondements de cette étude, qui est la distinction fictive entre capital productif et capital financier. Cela s’inscrit dans une logique plus globale de la social-démocratie de critiquer l’aspect financier du capitalisme, façon aisée de défendre le capitalisme. Or finance et capitalisme sont indissociables, et nous ne devons pas lutter contre la finance, mais contre le capitalisme. Cette campagne participe donc de l’illusion de l’existence d’un capitalisme non financiarisé, plus moral…
-L’expression « coût du capital » pose problème, c’est une reprise de l’expression « coût du travail » du MEDEF. Par cela on justifie derrière l’expression de coût du travail.
-Enfin, et c’est probablement la plus grave des illusions portées par cette campagne, la théorie de l’exploitation de Marx que j’ai présentée au départ est totalement absente de ces recherches et de cette campagne. Pire encore, avec l’idée de la recherche d’un coût du capital juste, c’est à dire d’une juste rémunération du capital, on impose l’idée qu’au final il y aurait un taux d’exploitation acceptable. En effet, s’il y a un surcoût illégitime du capital, c’est que tout le reste est légitime. Or, tout profit capitaliste est issu de l’exploitation des travailleurs, ainsi si on suit la logique de cette campagne, jusqu’à un certain seuil il est légitime que les capitalistes exploitent les travailleurs. Par contre passé un certain seuil, ça ne devient plus moralement acceptable, et il existe un surcoût illégitime. En tant que communistes, nous ne sommes pas des comptables ou des curés qui fixons des seuils acceptables d’exploitation, mais nous luttons pour une société débarrassée de toute exploitation.

Conclusion

            Cette campagne lancée par la CGT et le PCF est donc dangereuse par son apparence radicale et par son mot d’ordre facilement utilisable. Pour autant, nous ne devons pas être dupes, car cette campagne est un nouveau pas franchi par la direction de nos organisations dans la liquidation de nos références marxistes-léninistes. Par les références utilisées, nous n’en sommes même plus au stade d’une trahison du marxisme, mais au stade d’une acceptation totale des références bourgeoises et réformistes. Analysons donc finement cette campagne pour mieux la démonter point à point dans nos sections ou nos lieux de travail.     Disons-le, une organisation communiste n’a pas pour objectif la relance de l’économie capitaliste, ni la recherche d’un taux de profit acceptable ! Notre but n’est pas d’amender à la marge le capitalisme et de le rendre moral. Notre objectif est clairement de supprimer l’exploitation capitaliste, et cela ne peut se faire que dans le cadre d’une société sans classe, le communisme !

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