Fonction publique

Un camarade fonctionnaire de Jarny (Meurthe-et-Moselle) sur les convergences de lutte, avant la grève du 10 octobre

« Nous défendons le droit au bonheur pour tous »

Interview dans l’Humanité du mardi, 10 octobre 2017

Éric Monnini (CGT) Agent territorial à Jarny (Meurthe-et-Moselle):

 

«Je me mobilise le 10 octobre pour les services publics en général, qui sont mis à mal par les politiques actuelles de Macron. La baisse des dotations asphyxie les communes, entraînant des conséquences sur les personnels, avec le non-remplacement de postes ou des départs en retraite. La situation est tendue. Pour masquer les non-remplacements, un mot est apparu : la polyvalence. Je suis responsable du site sportif de Jarny (Meurthe-et-Moselle), qui comprend le stade et des salles de sport. Nous étions trois agents territoriaux auparavant. Aujourd’hui, je suis tout seul à entretenir les salles, les espaces verts, à maintenir les relations avec les clubs ou les scolaires. Et les associations sont beaucoup plus nombreuses qu’autrefois. Cela impacte forcément mon quotidien, voire ma vie privée. La semaine se résume à la vie professionnelle. Heureusement, mes enfants sont grands. Je dois être disponible du lundi au samedi, avec une amplitude horaire allant de 7 h 30 le matin à 22 heures le soir… Je suis censé faire 35 heures, j’en réalise plutôt 45.

Alors le 10, je me mobilise pour le statut de fonctionnaire, contre un tiers des départs en retraite qui ne seront pas remplacés. On essaie de faire croire que nous sommes bien lotis, alors on veut nous transformer en fonctionnaires Kleenex. Comme les salariés du privé, on va nous presser pour ensuite nous jeter une fois bien utilisés. C’est un plan social que Macron met en place. Sa politique est de livrer petit à petit tout le service public au privé. Ce gouvernement-là réfléchit en billets de banque ! Macron veut tout casser : le Code du travail, le statut des fonctionnaires. Ce gouvernement veut briser le modèle social français sous les injonctions de l’Europe. Il se moque de la solidarité. C’est pourquoi tout le monde doit descendre dans la rue. Ce n’est pas seulement une histoire de services publics pour tous, notamment au service des plus précaires, mais c’est une histoire de vie, de droit au bonheur pour tout le monde. »

Point d’indice de la fonction publique: rattrapage dérisoire, diversion énorme !

Fonctionnaires: tous dans la grève et la manif à partir du 31 mars pour le retrait du projet Valls-El-Khomri, contre la casse du statut du travail!

Cela fait 6 ans que le point d’indice, base de la rémunération des fonctionnaires, est gelé. Par rapport à la hausse des prix, la perte de pouvoir d’achat est de 8%. A l’approche de la fin du quinquennat de Hollande, le gouvernement a annoncé, enfin, une revalorisation de … 1,2%. La comparaison est juste : quand on passe de zéro degré à 1 degré, on ne ressent guère le réchauffement de la température, surtout face au vent mauvais de la remise en cause du statut général de la fonction publique. Et encore, il y a tromperie sur le chiffre. Le 1,2% annoncé aujourd’hui fait l’addition d’une augmentation de 0,6% au 1er juillet 2016 puis d’une autre de 0,6% au 1er juillet 2017. En réalité pour l’ensemble de 2016, cela représente seulement 0,3% en moyenne par mois, 5 euros pour un infirmier ou un professeur débutant…

Et encore ! Sur qui va être prélevée cette revalorisation ? Les dotations aux collectivités locales sont sabrées. Les hôpitaux sont à la diète. Les ministères aussi sauf pour la guerre. Tout est organisé pour que le peu que le gouvernement prétend donner d’un côté soit repris sur les primes, sur une augmentation du temps et de l’intensité du travail, sur l’emploi. Le plan Hirsch, du nom du directeur général de l’Assistance – publique – Hôpitaux de Paris en fait la démonstration. S’il passe, avec la collaboration du syndicat jaune, ultra-minoritaire, CFDT, 4 jours de repos seront ôtés aux agents.

La médiatisation de l’annonce de la revalorisation du point d’indice ne tombe pas par hasard. Le gouvernement prépare les élections de 2017. Mais surtout, il veut désamorcer les convergences de luttes qui montent, à l’occasion du mouvement général contre la casse du code du travail et la loi El-Khomri. Les fonctionnaires sont directement concernés par le démantèlement du statut du travail salarié. Le récent protocole PPCR (parcours pro, carrières, rémunérations), imposé par le pouvoir, contre les syndicats majoritaires, entame un peu plus le statut général de la fonction publique avec notamment encore plus de mobilité forcée, de rémunération à la tête du client etc.

Sans la mobilisation des fonctionnaires et des syndicats de luttes, il n’y aurait aucun relèvement du point d’indice. Les syndicats de collaboration jouent leur rôle en exprimant un contentement déplacé et en sabotant la suite de la lutte. Bien au contraire, le tout premier geste du gouvernement sur le point d’indice incite à faire monter la mobilisation et à se joindre, par communauté d’intérêt avec tout le monde du travail, puissamment, à la grève et aux manifestations à partir du 31 mars contre le projet de loi Valls-El-Khomri.