Syndicat et politique

Philippe Martinez dans une interview au Monde : « Le syndicalisme est par essence réformiste ». Il a choisi son camp ! par Alain Casale

Le journal Le Monde daté du 22 septembre 2015 contient une interview de Philippe Martinez par Michel Noblecourt qui lui pose plusieurs questions générales sur la stratégie de la CGT dans le contexte politique marqué par les déclarations de Valls et Macron, après « l’affaire Lepaon », avant le congrès confédéral d’avril.

Le nouveau secrétaire général de la CGT y affirme notamment que « le syndicalisme est par essence réformiste », formule que Noblecourt a choisi – certainement pas par hasard – comme titre. Comme d’autres éléments de l’interview, elle pose question à des camarades syndiqués, elle les choque. Le changement de dirigeant national ne met pas fin au processus de mutation de la CGT qui l’entraîne dans une période de flottement sur ses orientations fondamentales et dans son organisation.

Pour alimenter le débat, nous reprenons ci-dessous la réaction d’Alain Casale, longtemps militant et responsable syndical CGT à La Poste et à l’interpro (UL CGT Paris 15). En bas de page, nous reproduisons également l’interview du Monde.

Réformiste ! : Philippe Martinez a choisi son camp. par Alain Casale

 

Dans un entretien avec Michel Noblecourt, Philippe Martinez affirme : « le syndicalisme est par essence réformiste ». Situés à une époque où les dégâts humains et sociaux, dans notre pays et au delà sont considérables ; où, au plan syndical, la masse de la CGT a refusé la collaboration avec le patronat (qui consistait à accentuer ces effets) par son rejet, notamment, du pacte de responsabilité ; où les déboires immobiliers de son ancien secrétaire général ont, légitimement, troublé les adhérents et les salariés, ces propos ne sont pas anodins. Disons qu’il aurait été, pour le moins, plus logique que le secrétaire général de la première centrale, et syndicat historique, de la France réaffirme la vocation inscrite dans ses statuts de répondre aux intérêts matériels et moraux des travailleurs et de participer à la transformation de la société.

S’agit-il d’une simple question de sémantique ?

Lorsque l’on parle de syndicalisme en France, on est bien obligé d’entendre qu’il s’agit là de la CGT, premier syndicat, créé, et de très loin : 1895. Dès lors, annoncer péremptoirement que « le syndicalisme est par essence réformiste » est une contre-vérité historique, innocente ou volontaire. En effet, le congrès de Limoges de 1895 regroupe les fédérations, d’orientation plutôt réformiste et les Bourses du travail dont l’orientation était plutôt celle des syndicalistes révolutionnaires. Depuis cette époque, une lutte d’influence existe, et c’est logique. Depuis cette époque, parallèlement, patronat et gouvernement n’ont eu de cesse de chercher à diviser le mouvement syndical, de peser sur la CGT (qui comprend dans ses statuts le volonté de changer la société) pour la rendre présentable et ne plus empêcher les profits de tourner en rond.

Constatons que Thierry Lepaon, avait lui aussi pris une large autonomie vis à vis des statuts qu’il était sensé respecter et faire vivre, sans que cela ait ému alors les dirigeants de la centrale, dont Philippe Martinez. Dans une interview au nouvel économiste en 2014, il affirme : « Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés – là encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d’éternels absents – et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté. »

Examinons les statuts de la CGT :

« Prenant en compte l’antagonisme fondamental et les conflits d’intérêts entre salariés et patronat, entre besoins et profits, elle combat l’exploitation capitaliste et toutes les formes d’exploitation du salariat. »

Remontons un peu plus loin dans le temps. 2004, lors du débat sur la future Constitution européenne, Bernard Thibault, devant la CES, avait affirmé : « il n’est pas certain que nous (la CGT) prenions position ». Là aussi, cet avis est discutable aux yeux des statuts de la CGT. Il avait alors initié un large débat dans le syndicat en excluant de faire prendre position à sa commission exécutive (ce qui est pourtant son rôle). De fait les militants avaient alors accompli leurs missions, c’est à dire réuni leurs instances, fait débattre leurs syndiqués et fait un choix. Ainsi Les unions locales, départementales, les fédérations, au travers, de congrès, comités généraux, comités nationaux fédéraux avaient décidé du Non à toute Constitution européenne, décision qui avait été logiquement reprise par le CCN de début 2005. Or, à la suite de ce CCN, on ne peut plus représentatif, les trois principaux dirigeants de la CGT avaient poussé sur toutes les ondes de radio et de télévision des cris d’orfraie vitupérant à l’absence de démocratie (!). Le résultat électoral du 29 mai 2005 fut ce que chacun sait traduisant ainsi avec éclat la qualité des militants de la CGT (la baaase), leur prise avec le réel et de fait, il faut bien le reconnaître la coupure avec sa direction, qui, nous le constatons, ne s’est pas démentie par la suite. Observons, en illustrant au travers de ce scrutin sur la constitution européenne, que le Sénat et l’Assemblée Nationale réunis en congrès avaient approuvé à 85% cette constitution et l’on aura un aperçu des réels problèmes de notre pays. On  pourra ainsi chercher les solutions du bon côté.

C’est aussi ce conseil que l’on pourrait donner à Philippe Martinez. Et alors le contenu des réponses données à Michel Noblecourt aurait un parfum différent.  Tant sur la cause des revers électoraux dans les grandes entreprises, que sur les accords d’entreprise ou sur les journées d’action.

Ainsi ces militants de la CGT qui sont en phase, eux, avec le peuple seraient insuffisamment attentifs à la diversité du salariat dans leur entreprise et à la situation des jeunes ? Les jeunes qui gagnent 900€ par mois [en réaction à une réponse de P. Martinez ci-dessous - NdlR] sont à même de juger de leur travail, de son intérêt, de jauger qu’évidemment 900 € ce n’est pas assez, qu’il leur faudra payer un loyer, leur nourriture, leurs vêtements, leur transport, leurs loisirs… Ils sont capables de donner eux-mêmes le qualificatif adéquat à leur activité sans que le militant de la CGT intervienne. Au contraire, celles et ceux qui acceptent de représenter la CGT dans l’entreprise doivent-ils leur apprendre la soumission ou, avec la défense de leurs intérêts immédiats, la nécessité de changer une société qui exploite et exclut ?

Ce seraient donc eux les responsables des échecs électoraux et non la stratégie de syndicalisme rassemblé avec ceux qui prônent ouvertement la compromission avec le patronat, dont rappelons-le les statuts de la CGT rappellent l’antagonisme fondamental ? En fonction de cela il faudrait laisser les accords d’entreprise (lieu où il y a inégalité de fait à l’avantage de l’employeur) prendre le pas, sous prétexte de s’adapter, sur le Code du travail ? C’est ainsi que construit de manière pragmatique le recul social. Les délégués dans les entreprises signent ce qu’ils peuvent en fonction du rapport des forces mais aussi du sens et du poids que donne la confédération et de l’aide qu’elle peut apporter.

Ces hommes et ces femmes, délégués du personnel, représentants syndicaux, militants évoluent dans un environnement hostile. Ils sont la force et l’honneur de la CGT. S’il faut passer d’une CGT « donneuse de leçons » à une société un peu plus humble, qui écoute plus, c’est à toi Philippe Martinez que ces recommandations doivent s’adresser !

 

 

LE MONDE – 22 SEPTEMBRE 2015

Philippe Martinez « Le syndicalisme est par essence réformiste »

Le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, estime « déplacés » les propos de M. Macron sur les fonctionnaires

Propos recueillis par Michel Noblecourt

Elu il y a huit mois à la tête de la CGT après la démission de Thierry Lepaon, Philippe Martinez définit la stratégie de sa centrale. Il refuse, pour l’heure, de dire s’il va participer à la conférence sociale du 19 octobre. La CGT tiendra son prochain congrès à Marseille en avril 2016.

Vous avez été élu à la tête de la CGT à la suite d’une crise qui a conduit à la démission de son secrétaire général. La CGT est-elle sortie de cette crise?

La CGT est sortie de la crise. On reparle plus de nos orientations et de nos activités que de nos affaires internes, même s’il y a encore quelques soubresauts. Involontairement, et à tous les niveaux, on avait un peu lâché la réflexion sur notre conception du syndicalisme. Dès février, on a repris cette démarche visant à rééquilibrer nos tâches institutionnelles et le lien avec les salariés.

La CGT aurait perdu, en 2014, entre 50 000 et 75 000 adhérents…

C’est faux. Il y a eu un retard dans le paiement des cotisations entre la fin 2014 et le premier trimestre 2015. Aujourd’hui, on a complètement rattrapé le retard et on est même en légère progression. Par rapport à la fin août 2014, on a 2 618 adhérents de plus. Le nombre exact d’adhérents sera connu en fin d’année.

La CGT a subi une série de revers électoraux dans de grandes entreprises publiques. Cela vous inquiète?

Oui. Il y a des raisons qui sont dues à la crise mais on a aussi une part de responsabilité. Il faut qu’on soit plus attentif à la diversité du salariat dans les entreprises et à la situation des jeunes. Dire à un jeune qui a été au chômage pendant quatre ans et qui décroche un contrat où il va gagner 900 euros que c’est pas assez, que son boulot est pourri, alors qu’il n’a jamais gagné autant, ce n’est pas la bonne attitude. On peut l’encourager à venir avec nous et, une fois entré dans l’entreprise, on milite ensemble pour améliorer sa situation. Il faut passer d’une CGT « donneuse de leçons » à une CGT un peu plus humble, qui écoute plus.

Vous inscrivez-vous dans la mutation de la CGT, engagée par Louis Viannet et poursuivie par Bernard Thibault, qui conduisait à une certaine adaptation de votre syndicalisme?

Ce n’est pas la lecture que j’en ai. Cette démarche a réaffirmé l’indépendance par rapport aux partis politiques. Ce serait une bêtise de revenir en arrière. Il faut la réaffirmer haut et fort. Il faut réfléchir sur le syndicalisme rassemblé lancé par Louis Viannet en 1995. Le besoin d’unité syndicale demeure, mais il ne faut pas faire semblant d’être d’accord quand on ne l’est pas. Notre priorité, c’est le lien avec les salariés. Il n’y a donc pas de rupture. On s’inscrit dans la continuité mais en prenant en compte la situation actuelle.

Vous estimez que vous passez « trop de temps dans les bureaux des ministres et des patrons », cela signifie-t-il que vous allez être hors du jeu institutionnel?

Non, c’est une question de rééquilibrage. Il faut du dialogue. La négociation, c’est une des finalités du syndicalisme qui, par essence, négocie. Mais, depuis quelques années, il peut se passer huit mois entre le début et la fin d’une négociation, parce qu’on multiplie les groupes de travail préparatoires et les bilatérales. On passe notre vie sur un sujet qui ne mérite pas autant de temps. Je connais des militants et des dirigeants qui passent quatre jours par semaine avec leur patron mais quand est-ce qu’ils vont voir les salariés?

Est-ce du temps perdu de rencontrer le président de la République, le premier ministre ou le président du Medef?

Ce n’est pas du tout inutile. Il ne faut pas les voir pour discuter entre gens de bonne compagnie mais pour leur remettre les pieds sur terre et leur parler de la vraie vie. Je veux bien aller visiter une entreprise avec le président de la République ou un ministre.

Vous avez rencontré Pierre Gattaz?

Je dois le rencontrer cette semaine. C’est normal de voir le patronat, ce n’est pas du temps perdu. Ce qui est inutile, c’est de passer sa vie avec les patrons et de décider du sort des salariés sans que les salariés s’en mêlent.

Le rapport Combrexelle donne la priorité aux accords d’entreprise, qui devront être majoritaires. Or la CGT signe 85 % de ces accords. Avez-vous peur de la négociation d’entreprise?

On n’est pas contre la négociation d’entreprise, mais il ne faut pas inscrire dans la loi une dérogation généralisée au code du travail. Ce n’est pas la peine de diminuer le volume du code s’il est fait pour décorer une vitrine. Le code du travail, c’est la loi et elle doit être la même pour tous les salariés. Le respect de la hiérarchie des normes est indispensable. Après, dans les branches puis dans les entreprises, il faut des négociations parce qu’il y a besoin d’adapter. L’organisation du travail n’est pas la même dans un service public et dans une entreprise.

Tout est-il à rejeter dans ce rapport?

On ne rejette pas tout. Les accords majoritaires, on est pour. Mais on ne veut pas de négociations où le patronat fait du chantage en disant ou vous acceptez ce qu’on propose, ou on ferme et on délocalise.

Vous récusez la ligne de partage entre syndicats réformistes et contestataires?

Je préfère dire qu’on n’a pas la même conception du syndicalisme. Il y a des syndicats qui considèrent que le rapport de forces n’est plus d’actualité. Ils sont plus dans la délégation de pouvoir que dans le lien avec les salariés. C’est leur droit. Nous, on ne veut pas qu’on nous impose du dehors notre conception du syndicalisme. Nous sommes pour des réformes – les 32 heures, c’en est une – à condition qu’elles ne signifient pas un recul des acquis sociaux. Le syndicalisme, par essence, est réformiste. Mais gouvernement et patronat ont dévoyé le mot réforme.

Vous organisez une nouvelle journée d’action le 8 octobre. Mais les précédentes journées ont eu peu d’écho.

La précédente journée du 9 avril était plutôt réussie. Il y a beaucoup de luttes dans les entreprises, souvent gagnantes. Au plan national, un des rôles de la confédération est d’essayer de coordonner ces luttes. On a besoin de plus de batailles « idéologiques » parce que la crise pèse sur les revendications. Tout le monde est d’accord pour dire que ça ne va pas, mais tout le monde n’est pas d’accord sur le comment faire autrement. Il est important que la CGT appelle plus souvent à des mouvements pour peser dans le débat.

Mais à l’arrivée le gouvernement ne bouge pas…

La politique du renoncement ne date pas d’aujourd’hui. Le gouvernement a choisi son camp. Par rapport aux promesses du candidat Hollande, il y a un décalage qui pèse forcément dans les mobilisations. Ce n’est pas parce qu’on est à contre-courant qu’on a tort.

Entre Hollande et Sarkozy, il n’y a pas de différence?

Sur les questions économiques, il n’y a pas beaucoup de différence. Sur le rapport Combrexelle, les éloges sont venus du parti des Républicains.

Que pensez-vous de la déclaration d’Emmanuel Macron mettant en cause le statut des fonctionnaires?

Ces propos sont déplacés et contribuent à la campagne de dénigrement des fonctionnaires et du service public. Ils consistent à opposer les salariés entre eux pour éviter de parler des vraies raisons de la crise.

 

 

Congrès de la CES à Paris: débat à l’UD CGT de Paris – Position du secrétaire de l’UL de Paris 15

La CGT a un rôle à jouer dans la renaissance d’une internationale syndicale de lutte de classe. Ça ne se fera certainement pas avec la CES ou la CSI !

UD CGT Paris – CE élargie du 27 août 2015

Objet : Congrès de la CES, du 29 septembre au 2 octobre

Intervention de Joran Jamelot, secrétaire de l’Union locale CGT du 15ème arrdt

Chers camarades,

Merci au bureau de l’UD de Paris de créer les conditions d’un véritable débat autour des enjeux du congrès de la Confédération Européenne des Syndicats à Paris. Contrairement à l’apparence, il n’est pas déconnecté des enjeux de la rentrée, de la façon dont la CGT peut et doit les aborder. Nous avons tous en tête la force salariée et syndiquée qui s’est exprimée le 9 avril dernier, ses attentes de lutte. Aussitôt après, l’affiliation sur le mot d’ordre européen de la CES, porté aussi par la CFDT et l’UNSA, n’a pas permis de prolonger le 1er mai la dynamique du 9 avril. Celle-ci reste la clef de la riposte, en cette rentrée, à la politique antisociale de Hollande et Valls.

Vu la période de convocation, la Commission Exécutive de l’UL du 15ème n’a pas pu se réunir pour discuter du congrès de la CES. Je m’exprime donc à titre personnel, même si la réunion du bureau et toutes les réactions reçues des sections vont dans le même sens.

D’abord, le programme du congrès choque. Hollande, Juncker, les commissaires européens, les dignitaires du patronat européen comme intervenants: ce n’est pas un congrès syndical, c’est l’université d’été du Medef !

Cette année, aussi parce que le congrès se tient à Paris, à la Mutualité, éclate aux yeux des camarades la différence, l’opposition complète de conception syndicale entre les syndicats de lutte comme la CGT et les syndicats institutionnels de collaboration comme la CES. Dans le communiqué du CCN du 28 mai, on lit que le congrès de la CES « devrait être aussi l’occasion d’unir le syndicalisme dans une posture offensive pour construire un modèle social en rupture avec le libéralisme européen et qui réponde aux attentes des travailleurs. » On a l’impression que la direction confédérale s’efforce de tordre la réalité mais elle ne peut pas y parvenir devant l’évidence.

La secrétaire générale sortante de la CES, la Française Bernadette Ségol, est une technocrate jusqu’à son élection à la CES inconnue du mouvement syndical français. Va lui succéder un autre technocrate, Luca Visentini, issu de l’UIL syndicat italien créé par la CIA contre le syndicat révolutionnaire, notre homologue la CGIL à la Libération. Elle avait elle-même succédé au Britannique John Monks, devenu Lord Monks, puisqu’il a été fait Lord par la Reine d’Angleterre, qui n’est pas non plus précisément une travailleuse…

Et ce n’est vraiment pas une question de principe ou de culture différente mais une contradiction systématique. On le voit sur les sujets brûlants. Quand nous combattons la perspective du TTIP euratlantique, la CES y voit – je cite – « un appel à un accord de commerce UE-USA qui bénéficie aux citoyens ».

Au sujet de la Grèce, avec les syndicats grecs publiquement dirigés par les socio-démocrates et la droite, la CES s’est faite le chantre de la défense à tout prix de la dépendance à l’UE et à l’euro. La CES est conforme à sa raison d’être de défendre le modèle européen de l’UE du capital.

Comment ne pas se souvenir de son action de groupe de pression pour le projet de constitution européenne en 2005 contre la position collective finale de la CGT notamment ? Comment ne pas rappeler les ingérences de Lord Monks dans la vie syndicale irlandaise pour casser le NON au traité de Lisbonne. Comment ne pas repenser au point d’appui trouvé dans la CES par Raffarin et Sarkozy pour faire passer en France la casse du statut EDF/GDF puis la privatisation ? On pourrait multiplier les exemples sur la réforme ferroviaire, etc.

Là où CGT nous analysons un appareil systématique coordonné de casse des acquis sociaux, la CES promeut un socle social européen. Il est temps que cette contradiction totale éclate. Non – le congrès de Paris l’illustre – la CGT n’est pas en train de changer la CES ! Mais, la CES est en train de changer la CGT. La question de la CES n’est pas une question extérieure : elle rejoint les questions fondamentales posées avant le congrès confédéral.

Vu la provocation que représente le programme du congrès de la CES à la Mutualité, je propose que l’UD de Paris décline l’invitation à y assister et le fasse savoir publiquement.

Au-delà, je fais partie de ceux qui demandent l’ouverture dans l’UD avant le congrès confédéral d’une tribune particulière sur l’intérêt et les inconvénients pour la CGT de rester membre de la CES.

La CGT a un rôle à jouer dans la renaissance d’une internationale syndicale de lutte de classe. Ça ne se fera certainement pas avec la CES ou la CSI !

Congrès de la Confédération européenne des syndicats (CES) à Paris en septembre : une réplique du sommet de Davos, un pic de la collaboration de classe ! Dedans, dehors ? Où est la place des syndicalistes de classe ?

Vivelepcf, 29 juillet 2015

Il va y avoir du beau monde au Palais de la Mutualité entre le 29 septembre et 2 octobre 2015 ! Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo n’ont pas fait transformer pour rien ce lieu historique de réunion des organisations ouvrières en centre de congrès de standing.

En regardant le programme et les intervenants annoncés pour le 13ème congrès de la Confédération européenne des syndicats, la CES, on est frappé : on dirait une réplique du sommet annuel de Davos, cette station climatique suisse qui accueille chaque année la fine fleur des penseurs capitalistes et leurs amis.

Certes, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, qui ouvrira les travaux de la CES, s’est fait porter pâle à Davos cette année pour cause de scandale financier brûlant au Luxembourg. Mais ses amis étaient là, comme ce cher Martin Schultz, président du Parlement européen. A Paris, la CES sera aussi heureuse de faire monter à la tribune, parmi la douzaine d’orateurs annoncés, Marianne Thyssen, la commissaire européenne à « l’emploi », le ministre luxembourgeois du travail, Nicolas Schmit, le porte-parole du patronat européen « Business-Europe », Marcus Beyrer, ou le m’as-tu-vu de l’économie, découvreur français de l’inégalité de la distribution des richesses dans le capitalisme, Thomas Picketty.

Les habitués de Davos reconnaîtront les apparatchiks des organisations de collaboration, Guy Ryder, président de l’OIT et, naturellement, la secrétaire générale sortante de la CES, la Française Bernadette Segol, dont la caractéristique principale est de n’avoir jamais appartenu à un syndicat de travailleurs…

Last but not least, comme à Davos 2015, les 600 participants auront le privilège d’entendre, juste après l’autorité suprême européenne, le président français, François Hollande. Parlera-t-il de l’union nécessaire du travail et du capital contre le terrorisme (en concordance avec la déclaration commune de syndicats français pour prolonger l’esprit du 11 janvier) ou de ses efforts pour faire passer le massacre social de Tsipras en Grèce afin de préserver l’Europe et l’euro ?

Chaque année, des opposants organisent dans les Alpes suisses des manifestations symboliques, des contre-sommets pour détruire l’idée du consensus derrière les positions des économistes et de leurs collaborateurs réfugiés dans les hôtels de luxe de Davos. Au regard de l’événement que représente le congrès de la CES, on pourrait imaginer la même chose dans une ville comme Paris, malgré des forces de l’ordre mobilisées comme pour une visite d’un prince du Golfe.

Quelle autre organisation française pourrait et devrait animer cette mobilisation sinon la CGT ? Le problème, c’est qu’elle est membre maintenant de la CES et que ses dirigeants successifs attachent une grande importance à s’en faire bien voir !

Peu importe que la CES soit l’institution d’origine anticommuniste destinée à servir de relai à l’intégration européenne comme elle l’a montré avec zèle dans son travail, pays par pays, contre chaque peuple, pour faire passer le traité de Lisbonne, sa référence « sociale ». Peu importe qu’elle prône un bon accord TIPP transatlantique entre les multinationales européennes et américaines. Peu importe qu’elle privilégie aujourd’hui l’intégration européenne à la survie des travailleurs grecs.

Le choix des directions de la CGT d’adhérer à la CES continue de créer des remous. Après la grande mobilisation du 9 avril qui a fait la démonstration des attentes d’une ligne de lutte de l’avant-garde de la classe ouvrière, la nouvelle direction de la CGT a décidé d’en rabattre et de s’aligner le 1er mai sur le mot d’ordre européen fumeux de la CES, d’abandonner la dynamique du 9, pour rester collée aux autres composantes françaises de la CES qui n’y appelaient pas comme la CFDT et l’UNSA (la CFDT devrait gagner une vice-présidence de la CES au congrès). On comprend que cela pose question parmi les syndicats et sections syndicales CGT. Les changements de direction à la tête de la CGT et de certaines de ses fédérations, dans une confusion gênante, ne semblent rien clarifier sur ces questions essentielles.

Si la question de la rupture avec la CES – la sortie de cette organisation de collaboration – s’impose, la rupture avec des pratiques dévoyant sournoisement l’internationalisme dans l’adhésion à l’UE du capital est aussi de plus en plus posée. Ces « euromanifs » avec des apparatchiks réformistes, donnant l’illusion que c’est à Bruxelles ou Luxembourg que cela se passe, faisant accepter en préalables, pour essayer les corriger à la marge, les diktats, directives et autres règlements européens – ceux-là mêmes qui tuent notre sécurité sociale, nos services publics, notre droit du travail etc. vont à l’encontre des luttes nationales et de leur coordination internationale.

Que la CES organise son congrès à Paris peut être une belle opportunité. Celle de contester massivement l’appartenance de la CGT à la CES et de dénoncer sa pédagogie de la résignation à l’UE du capital.

CGT – Comprendre la crise 1 : acceptation en 2008 de la « représentativité syndicale » version Medef/Sarkozy avant l’engagement des directions derrière la « gauche » et/ou le « Front de gauche »

TOILE DE FOND DES MOUVEMENTS DANS LA CGT, QUE L’ENGAGEMENT DE LA DIRECTION CONFEDERALE DERRIERE LA GAUCHE DIRIGEE PAR HOLLANDE ET SOUTENUE PAR MELENCHON NE PEUT MASQUER, LA CONVERSION AU SYNDICALISME DE NEGOCIATION, DE COGESTION TELLE QUE LES DISPOSITIONS DITES DE LA « REPRESENTATIVITE » SYNDICALE, FORMULEES AVEC LE MEDEF ET SARKOZY, EXPRIMENT CRUMENT. NOUS REPRODUISONS UNE ANALYSE DE 2008 SUR UN POINT ESSENTIEL QU’IL NE FAUT PAS OUBLIER.

Position commune sur la « représentativité syndicale » : grave étape d’un syndicalisme de lutte vers un syndicalisme de compromis

Par EDT et Stéphane Auriol, militant syndical à la RATP, membre du CN du PCF, 8 juin 2008

Voilà  des années que le patronat et les gouvernements nous rabattent les oreilles sur le « dialogue social », l’essor de la « démocratie sociale ». La réalité tranche avec ces envolées : licenciements, délocalisations, blocage des salaires, démantèlement des service public, du statut des fonctionnaires…

Aujourd’hui Sarkozy se réjouit que « le dialogue social n’a jamais été aussi dense ni aussi constructif en France qu’au cours des derniers mois » et se félicite de la « position commune » sur la « représentativité, le développement du dialogue social et le financement du syndicalisme », adoptée le 9 avril par des représentants syndicaux et patronaux.

L’enthousiasme présidentiel rejoint celui du Medef qui salue « un texte historique, innovant et équilibré ». Cette convergence ne surprend pas. De façon plus inhabituelle, elle s’étend à la CFDT et surtout à la CGT dont la direction s’apprête à ratifier majoritairement le texte.

Comment imaginer une « position commune » avec le Medef au moment où la situation exige de faire converger les luttes, la riposte des salariés du privé et du public ? Comment admettre que le Medef dicte ses conditions sur des dispositions qui ne concernent que les syndicats de salariés ?

Le texte de cette « position commune » ne doit surtout pas passer inaperçu.
Militants politiques communistes à l’entreprise, il doit retenir toute notre attention. Parce que nous sommes tous également militants syndicaux, pour la plupart à la CGT. Mais aussi à titre de militants politiques décidés à animer la lutte des classes sur le lieu de l’exploitation.

L’analyse du texte confirme l’inquiétude intuitive ! Il porte sur des aspects différents de l’activité syndicale. Mais dès le préambule, paraît l’idéologie du texte : la négation de l’affrontement de classe et du rapport d’exploitation dans l’entreprise. On y lit que syndicats et patrons s’entendent pour « développer le dialogue social au regard des évolutions actuelles de la société et de ses composantes économiques et sociales ».

Validation des accords : une fausse avancée

Ne nous laissons pas illusionner : un accord d’entreprise, de branche, national est fondamentalement l’expression du rapport de forces dans l’entreprise, la branche et le pays, du niveau des luttes. Les postures de l’éventail des organisations réformistes n’en sont que le reflet de l’action des travailleurs et de leurs organisations de classe.

Ceci étant rappelé, la possibilité actuelle d’adoption d’un accord par la signature d’une seule organisation syndicale, largement instrumentalisée par le patronat, n’en est pas moins inacceptable.

Le texte envisage une modification des conditions de validation des accords. L’amélioration n’est qu’apparente. Les syndicats signataires devront représenter au moins 30% des voix aux élections professionnelles pour que l’accord soit validé. C’est déjà le cas en général. A la RATP, ce système existe déjà (35%) et la direction trouve sans mal les signataires…

En revanche, les possibilités d’opposition des organisations syndicales majoritaires ne sont pas améliorées. L’article 6 est même encore plus restrictif. Un accord, une fois adopté, ne pourra être dénoncé, qu’à l’unanimité des organisations reconnues représentatives.

Le Medef a mis des garde-fous. Il amène les syndicats à la logique de compromis mais la « position commune » lui confère de nouvelles possibilités d’influence sur les syndicats.

C’est ainsi que nous interprétons la refonte des règles de représentativité syndicale. Rien ne justifie qu’elle soit associée à la nouvelle validation des accords.

Nouvelle définition de la « représentativité syndicale » : un vrai recul pour un syndicat de classe

Aujourd’hui, héritage de l’après-guerre, quatre confédérations syndicales, CGT, CFDT, FO et CFTC (+ CGC pour les cadres) sont reconnues représentatives à tous niveaux. Elle bénéficient d’une « présomption irréfragable » de représentativité ; ce qui leur permet notamment de désigner dans toute entreprise un délégué syndical disposant de protection, d’heures de délégation, d’une capacité à négocier. Les autres syndicats doivent faire la démonstration de leur représentativité.

La « position commune » supprime la présomption irréfragable. La représentativité sera réexaminée périodiquement (article 1) selon 7 critères dont « l’audience établie à partir des résultats aux élections professionnelles » et la « transparence financière ».

Du point de vue du syndicat de classe, tel que nous concevons la CGT, ces nouveaux critères constituent un recul. La représentativité nationale de la CGT est un fait incontestable. Demain, dans certaines branches et entreprises l’implantation de la CGT (délégués syndicaux) sera handicapée par le seuil de 10% (8% au niveau national) qui serait désormais nécessaire pour être reconnu. Ce sera particulièrement le cas dans des entreprises, notamment des  PME, où le patronat et les syndicats de collaboration disposent des plus grands moyens de pression.

On ne voit pas par ailleurs l’intérêt pour les révolutionnaires à pousser les organisations syndicales réformistes à se regrouper.

Le caractère déterminant des résultats électoraux amènera les syndicats à faire rentrer les salariés dans des pratiques délégataires sinon électoralistes. Et renforcera les patrons ! Chaque travailleur sait combien les élections professionnelles sont placées sous influence (contrairement aux prud’homales). Le Medef se félicite que le texte impose aussi que les délégués syndicaux soient désignés parmi les candidats.

La « position commune » institutionnalise ces pratiques syndicales et en fait l’élément structurant de l’activité syndicale, aux dépens de la construction de rapports de forces et de la lutte.

Des syndicats institutionnellement, financièrement, sous influence patronale !

Connaissons-nous un patron qui soutient et finance un syndicat de lutte de classe ? L’expérience du mouvement ouvrier nous apprend que tout droit syndical ne peut être le résultat que d’âpres luttes et que le patronat s’efforce immédiatement de le retourner à son profit.

Dans le cas présent, l’article 12 invite les entreprises à « apporter des moyens aux organisations syndicales de salariés » qui « devront prioritairement prendre des formes favorisant l’adhésion, telles que des formes d’abondement de celle-ci » (ex : le chèque syndical). Le même article envisage la possibilité de « réserver certains avantages conventionnels aux adhérents des organisations syndicales » comme « piste à explorer de nature à développer les adhésions ». Comment continuer à parler d’indépendance, de liberté syndicale ?

Symbole et instrument de cette collaboration entre patronat et syndicat, l’article 13 prévoit même la création d’une « Fondation du dialogue social ». Tout un programme !

Le souci, apparemment louable, de « transparence financière », qui deviendrait condition de la reconnaissance de la représentativité, conduit en fait à une mise sous tutelle des organisations syndicales. On notera ainsi que l’article 1-5 prévoit qu’elle s’exerce au niveau confédéral, fédéral ou régional, ce qui limite l’autonomie des unions départementales, locales ou des syndicats d’entreprise. Un moyen de contenir l’autonomie du syndicalisme de proximité.

Les normes de certification des comptes sont par ailleurs renvoyées à la loi que concocte Xavier Bertrand. Le pire est à redouter.

Le Medef explique pourquoi le texte s’intitule « position commune » et non « accord » : pour que le gouvernement dans sa loi ne soit pas tenu d’en respecter la lettre. Il aura notamment loisir, s’appuyant sur la légitimité que les signataires lui auront donnée, d’imposer une nouvelle « hiérarchie des normes », privilégiant le « contrat » sur la loi, l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, en un mot les échelons où la dictature patronale pèse le plus fortement.

L’article 17 ouvre la voie. Il prévoit « qu’à titre expérimental », des accords d’entreprise puissent déroger aux plafonds du contingent d’heures supplémentaires fixés par des accords de branche. Autrement dit, l’une des dernières dispositions acquises avec les 35 heures est remise en cause. De l’expérimentation à la règle : combien de temps ?

Après un tel examen, encore très partiel, on ne peut que s’interroger sur la décision majoritaire des organes dirigeants de la CGT de ratifier ce texte, de le faire aussi vite sans lancer le débat de fond auprès des syndiqués. On ne peut s’empêcher de faire le lien avec plusieurs expériences récentes marquant la mutation du syndicat historique de lutte de classes engagée par sa direction.

Dans la suite d’une évolution impulsée par la direction de la CGT

Après le 48ème congrès de la CGT, le mot « compromis » figurait dans le projet de résolution.  Maryse Dumas, secrétaire confédérale a déclaré après son rejet par les délégués: « les mots ont leur histoire. Certains délégués sont favorables à la démarche de négociation, mais pas au «compromis.» C’était la première fois que le terme était employé dans un document d’orientation. Il a fait débat. Au prochain congrès, il choquera moins.»

Nous avons été confrontés ces derniers mois, sur des sujets politiques très importants, à la manifestation de ces nouvelles pratiques syndicales. Sur la question des retraites et de la remise en cause des régimes spéciaux, préalable à la nouvelle phase du démantèlement de l’ensemble du système par répartition, la négociation entreprise par entreprise, proposée par les directions syndicales, a interrompu la grève de novembre. Objectivement, sans aucun résultat sur les revendications que les grévistes portaient.

La loi actuellement en discussion sur le contrat de travail porte une régression sociale et démocratique historique. Le gouvernement (et le PS) s’appuie sur l’accord du 11 janvier 2008 entre patronat et 4 centrales syndicales pour la faire passer (ne pas s’y opposer). La CGT n’a pas signé l’accord mais a accepté de négocier « a priori » le recul social.

Ne doit-on pas voir une adaptation du patronat correspondant à la mutation de la direction de la CGT ? On avait du mal à imaginer que le souci de probité motive l’activisme de Mme Parisot contre M. Gautier-Sauvagnac. L’éviction des anciens cadres de l’UIMM marque vraisemblablement un passage :

d’une culture patronale de « partenariat » avec des syndicats réformistes minoritaires, qui a succédé au paternalisme d’antan vers 68, à une culture de cogestion avec l’ensemble des syndicats dont la CGT. Exit Gautier ! Mais pas les salariés militants de classe !

Aujourd’hui que faire ?

En tant que militants politiques, il ne nous appartient pas d’intervenir en tant que tel dans les débats syndicaux. Malgré la précipitation, la ratification de la « position commune » a rencontré l’opposition de plusieurs fédérations et unions départementales CGT. Nous le constatons avec satisfaction.

Il nous appartiendra d’intervenir fortement sur le projet de loi du gouvernement qui émanera de ce texte. Nous le jugerons et le combattrons sur le fond et non sur la qualité historique des signataires.

Dès à présent, sur les dossiers politiques imminents comme les retraites, l’assurance chômage, nous ne saurions nous aligner, dans notre action dans le monde du travail, sur la logique de négociation du moindre mal. Pas de courroie de transmission à l’envers !