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Conseil national du PCF d’après élections : La direction nationale veut utiliser le désastre électoral pour accélérer la liquidation du Parti ! Pierre Laurent confirme le choix de la défaite.

EDT pour vivelepcf, 3 juillet 2017

Le rapport de Pierre Laurent constitue une véritable provocation pour le PCF et les communistes. Il explique comment le recul électoral historique est le moyen d’accélérer la stratégie qui l’a provoqué. Après Hue et Buffet, Laurent maintient le cap : le choix de la défaite correspondant aux choix de la liquidation du parti révolutionnaire, avec la seule sauvegarde de leur appareil comme préoccupation. Camarades, ne nous laissons pas anesthésier ou décourager par la pédagogie de la résignation, de l’indifférence, par les discours lénifiants, les manœuvres politiciennes minables. Reconquérons notre parti ! Reconstruisons le parti de classe. 

Lien vers la pétition : « Pierre Laurent doit démissionner »

Le séisme qu’a représenté, pour les militants, le désastre électoral des législatives n’a guère ébranlé la place du Colonel Fabien et le Conseil national, réuni les 23 et 24 juin. Cela ne tient sans doute pas tant à l’architecture en béton de Niemeyer qu’au verrouillage dans la désignation des membres du CN au congrès de 2016.

Réduite d’une demi-journée par rapport à la convocation, la réunion du CN a duré 10 heures. Faute de temps, la parole n’a pas été donnée à plusieurs intervenants inscrits. Toutefois, une demi-heure a pu être consacrée aux élections sénatoriales de septembre. Pierre Laurent a pris plus de deux heures et demie pour faire passer son analyse et la suite de son programme.

Avec un enjeu autrement plus grave, on serait cru à une conférence de presse de Raymond Domenech expliquant que l’équipe de France « monte en puissance », échec après échec, humiliation après humiliation, à la Coupe du monde en Afrique du Sud. Sauf que Pierre Laurent est à la fois l’entraîneur et le président du club.

Le projet de résolution, présenté par Pierre Laurent, a été ratifié, après des amendements validant sa démarche, à une très large majorité. Il ne faut y voir que le reflet de la composition du CN.

A une défaite électorale et une disqualification politique historiques, la direction du Parti décide de réagir de façon minimale. Elle propose d’avancer la date du prochain congrès de 9 ou 12 mois, c’est-à-dire en juin ou novembre 2018 au lieu de juin 2019. Juste, on appellera ça un congrès « extraordinaire ». Mais dont l’ordre du jour – la continuité – et les modalités – le verrouillage – se précisent déjà.

A la situation d’urgence, au désaveu brutal, à la disparition de la moitié de ce qui restait encore du vote communiste, à la submersion sous la radicalité mouvementiste petite-bourgeoise de FI, la direction nationale n’entend donc donner aucun signal immédiat de remise en cause. Elle entérine la nouvelle situation, encore dégradée, et sa continuité. Pour Pierre Laurent l’essentiel est visiblement de temporiser, d’attendre que le choc et la colère se soient atténués dans le Parti, au fil des postures d’opposition, même symboliques, au régime Macron.

TEMPORISER – MINIMISER

Personne au CN n’a qualifié les résultats de positifs. Encore heureux ! Plusieurs intervenants ont illustré le revers historique en partant de situations locales. Plusieurs ont insisté sur le malaise et l’amertume des militants qui se sont retrouvés piégés, impuissants dans le cadre de choix nationaux intenables.

Mais pour le secrétaire national et la résolution, le recul électoral est largement contrebalancé par l’élection de 11 députés, membres du PCF, 4 de plus qu’en 2012. « Elle fait de nous une des forces qui a résisté à la tornade » (Pierre Laurent).

Se confirme  ce qui ressortait des réunions précédentes du CN : maintenir un groupe était la priorité absolue, justifiant toutes les compromissions, notamment face à Mélenchon. 7 des 11 élus étaient soutenus ou directement candidats FI, jusqu’à, pour certains, effacer complètement leur appartenance au PCF. Tous ont été élus à la faveur de l’effondrement du PS. Rapport et résolution vont jusqu’à insister sur une autre « victoire » électorale : l’accession de Marie-Pierre Vieu au Parlement européen, conséquence collatérale de l’élection de Mélenchon à l’Assemblée, dont elle était suivante de liste. C’est révélateur d’un mode de raisonnement politicien.

Aussi, malgré le désaveu électoral, l’institution et l’appareil PCF sont préservés avec une autonomie apparente (groupe à l’Assemblée) et une cohésion minimale. Cela leur permet d’envisager les prochaines élections locales. Cela leur laisse une légitimité pour continuer à intégrer ce que continue à représenter le PCF dans la recomposition de la gauche réformiste. En vue de ce qu’étaient leurs objectifs réels, Pierre Laurent et son équipe se sentent globalement satisfaits et se sentent, du moins, exemptés de toute remise en cause.

TEMPORISER, MINIMISER, SE DEFAUSSER

Pierre Laurent et son exécutif se sont évertués à se défausser pendant tout le CN.

D’abord, en minimisant leur propre responsabilité qu’ils tentent de noyer dans une responsabilité collective de tout le parti et dans la fatalité de la situation politique.

Occulté, le choix unilatéral, sans et contre les communistes, en janvier 2016, de Pierre Laurent, de rentrer dans le processus des primaires initiés notamment par Cohn-Bendit. Oubliés, les tapis déployés pour séduire Cécile Duflot, Christiane Taubira ou Arnaud Montebourg. Tout cela a pourtant bien contribué à dévaloriser l’intérêt du vote PCF. Effacées, les déclarations dans les médias de Pierre Laurent le matin du CN et la veille de la Conférence nationale, annonçant son ralliement sans condition à la candidature de Mélenchon en novembre 2016. Quelques voix dans le CN le lui ont rappelé. Pas un mot sur les négociations biaisées avec FI et le choix, de Pierre Laurent, d’accepter l’humiliation publique du Parti (Les SMS de Mélenchon sans réponse digne : « vous êtes la mort et le néant » !) pour quelques accords locaux aux législatives.

Camarades candidats PCF qui avez été envoyés au « casse-pipe » politique, pour préserver un peu du financement public du Parti, les revers électoraux ne résultent ni de vos campagnes électorales, ni d’évolutions politiques qui vous dépassent, mais bien de ces choix politiques d’effacement de l’identité et des positions communistes ! Pierre Laurent nous propose de nous épargner la confrontation interne, certes ingrate, la remise en cause de ses axes de directions : elle est indispensable pour défendre et reconstruire le Parti communiste.

La place de la critique et de l’autocritique, sur le fond, au CN a logiquement été réduite au minimum et détournée. Tout un aquarium a été noyé à Fabien!

 La thèse imposée par Pierre Laurent et son exécutif est que les candidats PCF ont payé la division de la gauche, plus que les autres, parce qu’ils portaient – justement plus que les autres  – la nécessité du « rassemblement ». On serait allé peut-être trop loin, trop sincèrement, dans la volonté de « rassemblement », alors que « tout a été bouleversé autour de nous » (PL). Voilà tout pour les choix des 15 derniers mois !

« Mais si c’était à refaire, on ne le referait pas comme ça ! » Promis, juré ! On ne le refera pas pour les élections de 2022 que l’on doit déjà commencer à préparer, autrement. Et patin-couffin. Une première diversion.

Des critiques ont émané du CN sur l’absence de candidature à la présidentielle. Mais, de bonne ou mauvaise foi, ces membres du CN oublient que le choix porté, par André Chassaigne par exemple ou les « économistes » en novembre 2016, n’était pas celui d’une candidature communiste, mais celui de l’annonce d’une candidature provisoire, rétractable, suivant le résultat de la primaire du PS de janvier 2017… En violation des statuts du Parti, le choix d’une candidature communiste ferme, sur des positions communistes de rupture, a été écarté du bulletin de vote par la direction. Il ne faudrait pas refaire l’histoire pour mieux la recommencer : il n’y a aucun avenir à un PCF, coquille vide, parti empaillé qui n’aurait plus que l’apparence d’un parti communiste…

Au CN, en revanche, des critiques, il en a plu comme à Gravelotte sur le méchant Mélenchon. De bonne ou de mauvaise foi, des intervenants au CN sont allés au-delà du récit habituel de leurs déboires, dans les départements, face aux prétentions et aux manœuvres des disciples de Mélenchon. Beaucoup ont dénoncé le « socio-démocrate », le « politicien », le « populiste » etc. oubliant les si nombreuses compromissions électorales des élus PCF avec le PS, dont l’ex sénateur socialiste a fait des choux gras.

Difficile de ne pas rire, nous qui, depuis 2008, dénonçons, arguments et faits à l’appui, les orientations du politicien maastrichien Mélenchon, sous les reproches et les dénégations outragés de la majorité du CN. Mélenchon, égal à lui-même, a reproduit en petit, avec le Front de gauche, ce que son maître Mitterrand avait opéré avec l’Union de la gauche. A la différence que cette fois, ce n’est pas une erreur et une défaite stratégique du PCF, mais la conséquence logique d’un choix. C’est Buffet, Laurent, Wurtz, qui sont allés le chercher, en marge du congrès de 2008, laissant les communistes à l’écart, pour aggraver la mutation-transformation du PCF, après l’échec des collectifs anti-libéraux. Il faut rappeler aussi, comment en 2011, la vraie-fausse candidature interne de Chassaigne (présidentielles) a servi à imposer Mélenchon pour la présidentielle de 2012 en canalisant les récalcitrants. Il aura fallu presque 10 ans de déboires, de vexations, d’humiliation, pour que quelques critiques ressortent au CN, et encore principalement en interne. Comme elle vient de le montrer aux législatives, les choix de la direction la conduisent à continuer à accepter l’hégémonie de FI, même si c’est sous une autre forme, dans le cadre de l’intégration du PCF dans une plus vaste recomposition de la « gauche ».

TEMPORISER, MINIMISER, SE DEFAUSSER, CONTINUER

Par voie médiatique, à plusieurs reprises, Pierre Laurent a agité la perspective d’un changement de nom du PCF. Les secrétaires nationaux du PCF l’avancent depuis 20 ans avec toujours la même issue. Le débat fait diversion. Les communistes, qui veulent le rester, nous en tête, s’opposent naturellement au changement de nom. Des éléments de la direction, puis la direction tout entière, au bout du long processus, émaillé de tribunes contradictoires focalisées sur ce seul point (ex : refondateurs versus « identitaires »), se prononcent pour le maintien du nom. Pendant ce temps, les choix d’effacement de l’identité, des positions et de l’organisation communistes sont maintenus. Et dans les faits, ils relèguent le nom PCF, dans le « front de gauche » hier, dans « plus fort la gauche », la « gauche debout » ou une autre formule demain comme l’ont expérimenté des candidats aux législatives (dont des élus), anticipant sur les nouveaux contours de la gauche recomposée.

Férus de communication « moderne », jusqu’à faire payer au Parti les services du prestataire américain de marketing politique « Nation Builder », Pierre Laurent et sa direction s’efforcent d’associer le sigle PCF à l’échec et au passé. Quand on coupe les pattes d’une grenouille, elle ne saute plus quand on l’effraie. C’est qu’elle devient sourde explique le savant Cosinus. De même Pierre Laurent affirme, dans son rapport : « Les enquêtes qualitatives sur l’électorat Front de gauche montrent que, si celui-ci crédite le PCF des conquêtes sociales du XXème siècle et l’intègre dans le patrimoine historique et politique de la France, reconnaît l’action positive des collectivités gérées par les communistes, il ne le considère pas comme une force apte à comprendre les problèmes du XXIème siècle ». Puisque c’est le sondage qu’il a commandé qui le dit ! A moins que cela ne concerne que Pierre Laurent, fils de Paul Laurent !

La résolution du CN est doublement une provocation. D’une part, parce qu’elle dilue toute réaction et renvoie à un congrès éloigné, finalement très ordinaire. D’autre part, parce qu’elle annonce déjà que l’ordre du jour sera la continuation et l’aggravation de la stratégie en œuvre d’effacement du parti. Après ses désaveux électoraux, Robert Hue (rallié à Macron) prétendait « On est au milieu du gué ». Après son échec de 2007, le pire avant celui de Pierre Laurent, Marie-George Buffet envisageait la fin du PCF avant de verrouiller le Parti pour l’engager dans le « Front de gauche ». Proche collaborateur de ses prédécesseurs, Pierre Laurent veut maintenant un congrès qui finisse de « réinventer » le PCF.

Dès à présent, la direction essaie de ficeler l’ordre du jour du futur congrès. Pierre Laurent entend utiliser le désastre électoral qu’il a contribué à causer, en toute connaissance de cause, pour prolonger et achever la liquidation du Parti (avec préservation de l’appareil). Pierre Laurent invite ainsi à revoir « le rythme, l’ampleur et l’ambition des transformations du PCF », bien sûr dans une recomposition à « gauche » avec les organisations sociales-démocrates dans « une perspective majoritaire de changement progressiste » – jusqu’au 99% de la population, toutes classes confondues. Selon Pierre Laurent : « Tout doit être repensé » ; il faudra « procéder à des changements profonds », à une « reconstruction d’une gauche de transformation », « réinventer radicalement l’activité de toute l’organisation PCF » ; « lancer un processus de profonde transformation du Parti ».

La direction a tenu à ce que la résolution du CN comporte une première vaste liste de sujets soumis à l’ordre du jour qui, quel que soit leur intérêt, préfigurent autant de discussions « cause toujours » dans un débat éclaté. Les communistes doivent avoir le moins de prise possible, de possibilité d’expression collective, sur les sujets cruciaux qui fâchent : pas de bilan global de la stratégie de transformation, pas de remise en cause de la conversion à l’UE du capital « réorientable », alors que l’on sera à un an des élections européennes etc.

« D’extraordinaire », le prochain congrès ne pourrait bien n’avoir qu’un verrouillage plus serré encore par la direction sortante et la violation des statuts du Parti.

Les congrès précédents ont été savamment orientés et bâclés. Les résolutions de la direction, fleuve, illisibles – « rallumons les étoiles », « la France en commun » – ont été conçues pour embrouiller toutes les questions, éviter les contradictions essentielles. Les textes « alternatifs » sont envoyés tardivement, dans une liasse illisible, quelques jours avant un vote où les pressions légitimistes et le contrôle des appareils pèsent à fond. Ensuite, la pratique de cooptation des délégations et des nouvelles directions par la direction sortante a atteint un niveau de bouclage inédit, équivalent à sa faiblesse politique sur le fond.

Pierre Laurent et l’équipe dirigeante s’apprêtent à utiliser l’insatisfaction des camarades, devant leurs propres pratiques antidémocratiques, pour les aggraver. Le vote, même faussé, sur les textes alternatifs (dont un vrai texte alternatif, sans complaisance, dont la direction ne peut empêcher le dépôt : en 2016 « Reconstruisons le parti de classe, priorité au rassemblement dans les luttes »), ne leur est plus supportable. Trop risqué pour une direction en telle faillite politique !

Extrait du rapport de Pierre Laurent : « Si je parle de congrès extraordinaire, je n’imagine pas une préparation avec les textes habituels. Ma proposition est différente : j’imagine des chantiers de transformation concrets travaillés dans les 12 à 18 mois à venir, dont les thèmes devraient être décidés avec les communistes dans une première phase de consultation, et qui aboutiraient à des préconisations de transformation effectivement expérimentées dans la préparation, validées et prolongées lors du congrès extraordinaire ». Plus loin, il est – une fois de plus après Robert Hue – question de solliciter les « communistes de cœur ». Le congrès « jetterait les bases des fondations nouvelles de l’organisation communiste repensée », suivant une « préparation inédite ».

Pour mieux faire croire au semblant de démocratie, la direction consultera les adhérents sur … la date du congrès, juin ou novembre. Ensuite, de « ruches » en « ateliers », de « forums » en « chantiers », en passant par les « wiki-débats » (sic) sur internet, les directions se donneront les moyens de parler à la place des communistes, suivant les bonnes méthodes des DRH patronaux, en esquivant tout vote sur les questions sensibles et cruciales.

Un dirigeant a parlé, en toute démagogie, d’un « congrès à 120.000 voix » : un beau déni de réalité quand on sait qu’il n’y guère plus – officiellement – de 30.000 camarades qui participent de près ou de loin aux congrès et que les candidats PCF n’ont obtenu que 600.000 voix.

Camarades, sous les phrases lénifiantes et anesthésiantes de Pierre Laurent, c’est un coup de force qui se dessine. La stratégie suicidaire suivie aux législatives ne relève pas de l’erreur mais d’un véritable choix, celui de la pédagogie de la dévalorisation du PCF, du choix de la défaite. Il s’agit maintenant pour le successeur de Hue et Buffet de finir de transformer le PCF en appendice du réformisme, en un appareil intégré au consensus de la démocratie bourgeoise, vendant, pan par pan, l’héritage historique glorieux du Parti révolutionnaire dont il arrive – encore – à rester dépositaire.

Un membre du CN, classé parmi les « refondateurs » qui joueront l’aile droite dans l’équilibre du congrès, a décrit très justement le processus en cours, que, lui, assume : « le dépassement démocratique et maîtrisé du PCF ».

Camarades, l’exigence de la démission de Pierre Laurent coulait de source après le désastre électoral et au vu de ses responsabilités personnelles accablantes. Après le CN et son rapport, elle prend une autre dimension : marquer le plus publiquement notre refus de la poursuite de la liquidation du Parti révolutionnaire pour commencer à la mettre en échec. Pierre Laurent a déjà une place réservée pour 6 ans encore comme Sénateur de Paris, grâce aux accords électoraux de 2014 avec le PS d’Hidalgo.

Face aux tentatives d’embrouillage et d’anesthésie du Parti, indissociablement des luttes, développons la riposte idéologique et l’actualisation théorique pour engager la reconstruction du PCF, parti de classe, marxiste, héritier des traditions révolutionnaires françaises fécondées par la Révolution d’octobre et le léninisme.

Avec les camarades qui ont initié le texte alternatif du 37ème congrès, « Reconstruisons le parti de classe. Priorité au rassemblement dans les luttes », nous engageons dès à présent la préparation du prochain congrès et utiliserons tous les moyens pour forcer le débat sur les questions de rupture, entre autres, en termes d’alliances, de « rassemblement », sur l’UE, ou sur le socialisme, sur l’organisation du parti de classe et de masse, indépendant des superstructures bourgeoises.

Dans l’avant-garde de la lutte des classes, dans des franges plus larges de la classe ouvrière et du monde du travail, pour combattre l’exploitation, faire grandir l’exigence du changement de société, contre l’impérialisme, l’oppression et pour la paix, une attente s’exprime, dans notre pays, d’autre chose que de postures réformistes radicales, gauchistes institutionnelles, autre chose que le mélange  Mélenchon/Hamon/Hidalgo.

 Redonnons sa raison d’être au PCF !

Evidemment que nous ne défilerons pas derrière Mélenchon le 18 mars !

Nous n’irons pas, communistes de la section du PCF Paris 15ème, défiler derrière Mélenchon le 18 mars. Et ce n’est pas parce que Mélenchon prétend interdire les drapeaux rouges au rassemblement derrière sa personne.

Non, c’est parce que notre drapeau, orné de la faucille et du marteau, porte une perspective révolutionnaire et une voie pour y arriver qui sont totalement contradictoires avec la fumeuse « 6ème république » de MM. Mélenchon, Montebourg (et plus discrètement de M. Hamon).

Il est significatif que, jamais dans les 120 pages du programme de Mélenchon, « L’Avenir en commun », n’apparaissent le mot « capitalisme » et l’expression « lutte des classes ». Communistes, la raison d’être de notre engagement conscient est justement de rompre avec le premier en élevant le niveau de la seconde.

Au contraire, Mélenchon voudrait entraîner les aspirations populaires au changement vers une hypothétique réforme, un colmatage de la démocratie bourgeoise.

Marx et Lénine ont le plus clairement démontré combien la démocratie bourgeoise, formelle, cachait la dictature de fait de la classe dominante.

Bien conscients de cette vérité, communistes, nous défendons pied à pied les libertés démocratiques conquises et nous battons pour en arracher d’autres. Mais nous ne nous trompons pas de sens. C’est le rapport de classe dans la production et la société qui oblige la classe dominante, l’Etat bourgeois, à concéder des libertés, qu’ils tentent incessamment de reprendre. Ce n’est pas l’inverse : un bon prince qui octroierait des libéralités, fût-il élu dans un scrutin (contrairement à l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en mai 1958), hors de tout rapport de force de classe organisé dans le pays.

Oui, communistes, nous combattons, entre autres, les intercommunalités, les communautés d’agglomération, les grandes régions qui servent à éloigner les lieux de décision des citoyens. Oui, nous nous battons pour le service public, élément essentiel de la démocratie. Oui, nous nous battons pour l’accès au droit, pour la proportionnelle, pour la suppression du Sénat etc. Nous ne désertons aucun terrain de lutte.

Parfois aussi, nous nous battons contre l’inflation d’institutions et de modalités en reprenant les formes de la démocratie bourgeoise pour mieux étouffer l’expression des salariés dans l’entreprise, le droit des syndicats révolutionnaire. Une pseudo-démocratie formelle envahit les relations sociales à l’entreprise où elle prétend établir la validité de « votes » soumis à la prépondérance de l’influence patronale (ex : certaines conséquences des nouvelles règles de « représentativité syndicale »).

Une de nos batailles principales est aussi de nous opposer au déplacement vers l’Union européenne des lieux de décision, notamment depuis et avec l’euro. Les rapports de classe s’étant formés et existant dans le cadre national – pour une longtemps encore -, l’alliance capitaliste et impérialiste qu’est l’UE, sert à contourner les acquis sociaux et démocratiques des classes ouvrières de chaque pays pour renforcer l’exploitation des travailleurs, les mettre en concurrence.

Tout cela, aussi, nous sépare fondamentalement de Mélenchon. Nous ne ferons pas l’affront à celui qui aspire aux plus hautes fonctions de ne pas avoir compris le sens du Traité de Maastricht, quand il en a défendu la philosophie comme porte-parole du PS au Sénat.

Devant la crise de légitimité de l’UE, aujourd’hui, il met en avant une perspective alambiquée et trompeuse, déjà parce qu’elle est conditionnée à son impossible élection. Un « plan A » propage l’idée, l’illusion, d’une réforme possible de l’UE du capital par une renégociation : un « plan A » comme Tsipras ! Un « plan B », conditionné à la fois à l’élection de Mélenchon et à l’issue des tractations du « plan A », envisage une rupture avec l’UE mais seulement une renégociation de son instrument le plus contraignant, l’euro. C’est un « plan B » comme Varoufakis ! La 6ème République est bien loin de l’émancipation de la tutelle de l’UE du capital, de la rupture avec l’application de ces directives que nous prônons !

Non seulement Mélenchon détourne l’aspiration au changement sur le terrain erroné de la réforme de la démocratie bourgeoise, mais il le fait dangereusement avec jeux  et postures politiciens, son « populisme » assumé.

Interrogé, entre autres, par la presse, sur les mesures à prendre contre la corruption, Mélenchon répond qu’il faut limiter la succession des mandats électoraux des parlementaires, lui qui a été 23 ans sénateur, 3 ans ministre et qu’il est depuis 8 ans député européen… Comment l’opinion, les électeurs vont-ils apprécier ce cynisme ?

Avant les législatives, la « France insoumise », comme le « Parti de gauche » avant les élections précédentes, se déploie en tractations, jeux et coups politiciens pour les candidatures et les places, inspirée par les pratiques des courants du PS ou de la figure de référence de JLM, François Mitterrand. Comment l’opinion, les électeurs (notamment les communistes qui ont de la mémoire) vont-ils apprécier cette peu alléchante préfiguration de la « 6ème république » ?

La désignation de Hamon, au lieu de Valls, à la primaire a largement dégonflé la posture de radicalité à gauche de Mélenchon. Les similitudes entre les deux socio-démocrates apparaissent clairement. Mélenchon confirme qu’il observe un « pacte de non-aggression » avec Hamon. Mais l’on ne se dirige pas vers un désistement de l’un sur l’autre qui, seul, laisserait envisager la possibilité d’une victoire. A l’émission « On n’est pas couché » de France 2, Mélenchon explique que cela permettra de capter des électorats plus larges. De plus en plus clairement, on constate que les candidatures Hamon et Mélenchon préparent une recomposition politique à gauche, une cure d’opposition pour retrouver un peu de crédibilité d’ici 2022, canaliser aussi le mouvement social. Ils ne sortent pas du schéma politicien de l’alternance : leur « 6ème république » est tout sauf une rupture du côté social-démocrate !

Enfin et, c’est le plus grave, Mélenchon qui prétend rompre avec la 5ème République et le pouvoir personnel, mène la campagne la plus personnelle, frisant le culte de la personnalité. Il met en avant la fiction dangereuse d’une « relation directe » entre le dirigeant et le peuple, affiche son mépris notamment des partis.

Dans un autre contexte, la candidature de Mélenchon nous laisserait à peu près indifférents. Pour deux raisons, ce n’est pas le cas en 2017.

Premièrement parce que  son « populisme de gauche », que célébrera le rassemblement du 18 mars, alimente gravement le populisme de droite. Deuxièmement – et là Mélenchon n’y est pour rien – parce que la direction de notre parti, le PCF, a choisi, faute de vouloir défendre des positions communistes, de s’aligner sur lui et de jouer le rôle du dindon de la farce en espérant s’en sortir dans la recomposition politique à gauche qui suivra les législatives.

Mais ce n’est pas le choix et la perspective des militants communistes que vous rencontrez dans les quartiers et entreprises du 15ème !

CN du PCF des 24&25/09/2016. Analyse d’Emmanuel Dang Tran. Choisir de temporiser, de rester dans l’impasse politique, de tenir les communistes à l’écart: pourquoi?

Conseil national du PCF des 24 et 25 septembre 2016. Compte-rendu et analyse d’Emmanuel Dang Tran, fédération de Paris.

Le CN des 24 et 25 septembre 2016 était principalement consacré à la stratégie pour les élections de 2017. Je suis intervenu le 24, mon intervention valant explication de vote contre le « relevé de décisions » (de non-décisions) final. J’ai été, à ma surprise, le seul à voter contre (72 pour, 7 abstentions) malgré la méthode antidémocratique et l’impasse politique que traduit ce texte. A noter que mon camarade Cyril Morlot, qui siégeait à mes côtés, aurait voté contre mais, invité en tant que secrétaire de la fédération de la Haute-Saône, il ne pouvait pas prendre part au vote. Au dernier congrès, en mépris du respect proclamé de la « diversité », la direction a éliminé du CN tous les autres militants et responsables d’organisations du Parti qui ont défendu la motion « Reconstruisons le Parti de classe ! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Comme ces camarades, je ne me sens absolument pas tenu de participer à une unité de façade derrière les choix de Pierre Laurent, d’autant moins, sur le sujet, après sa décision unilatérale de janvier dernier d’inscrire le Parti dans la logique des « primaires ». Comme mes camarades, je ne conçois pas non plus la prudence et l’attentisme de certains, soucieux de préserver des positions électives octroyées par le PS.

Ceci étant rappelé, j’en viens au CN lui-même. La session des 24 et 25 septembre a été particulièrement navrante tant la décision imposée était justement de ne pas prendre de décisions, de les retarder au maximum. Le choix, puisqu’on est dans l’impasse, c’est de rester dans l’impasse. Le processus statutaire de consultation des communistes n’est pas enclenché d’ici la convention nationale du 5 novembre. Il y a de forts risques que celle-ci ne décide de rien non plus. Les communistes sont seulement autorisés à discuter dans le vide. Les pénibles séances de fin 2006, lorsque la direction d’alors négociait la candidature des « collectifs antilibéraux », en tenant les adhérents du Parti à l’écart, reviennent en mémoire. En pire !

Cette méthode ne tient pas de la maladresse. Non, elle est le reflet d’une ligne politique impossible à assumer, tant elle est suicidaire et contraire à la raison d’être de notre parti, aux attentes de l’avant-garde des travailleurs en lutte. Ce que le congrès précipité, bâclé – avec un texte de la direction délibérément nul et illisible -, avec une stratégie réelle définie a posteriori hors des débats de congrès, a tenté de masquer, apparaît au grand jour. La seule perspective offerte par la ligne de Pierre Laurent, c’est  de mettre, contre une certaine rétribution, la marque historique PCF au service d’une recomposition de la gauche réformiste, susceptible de recréer des illusions et de canaliser la protestation populaire avant ou, plus probablement, après l’alternance de 2017. L’attention appuyée de la direction nationale à l’égard de « personnalités », mouillées jusqu’au cou dans le social-libéralisme et l’opportunisme, tour à tour Duflot, Montebourg ou Taubira constraste avec le mépris à l’endroit des communistes.

Le mot « rassemblement » a été omniprésent dans les interventions et l’est dans le « relevé de décision ». Mais rassemblement de qui ? De ces personnalités, de leurs partis bidon, sans réalité sociale, d’une large frange du PS, voire de tout le PS sauf Hollande, Valls et Macron ! L’Huma est même prête à faire passer Hidalgo, championne de la spéculation immobilière à Paris, pour une tenante de l’aile gauche ! L’inquiétude légitime devant la poussée de l’extrême-droite et de la droite est dramatisée et instrumentalisée pour justifier cette imposture, cette logique mortifère du moindre mal. Les luttes, notamment la mobilisation contre la loi El-Khomri, sont réduites à des illustrations, à un mythe fondateur de ce pauvre « rassemblement ». Tout au contraire, conscients de l’opération politicienne, nous devrions y voir une base et agir pour une montée générale des luttes sur une perspective de rupture, objectivement non électorale pour l’instant…

Mais comme d’habitude, de l’action du Parti dans les luttes, et dans leur avant-garde, il n‘a point été question au CN. La seule initiative avancée – la plupart des membres du CN reconnaissant le peu d’enthousiasme des camarades – est le questionnaire démagogique « Que demande le peuple », digne de ce que les sociétés de marketing appellent un (mauvais) « sondage charriot ».

La perspective d’insertion – jusqu’à effacement total – du PCF dans cette recomposition politicienne est aussi indéfendable, dans le Parti et publiquement – que le fond réformiste qui va avec. La référence de Pierre Laurent, c’est le Parti de la gauche européenne, la politique de Tsipras, son asservissement à l’UE, son hyper-austérité ! Les électeurs « de gauche » sont pourtant bien refroidis maintenant. Que le « Brexit », vote de classe, ne trouve pas suffisamment de relais politiques en Grande-Bretagne est une chose à constater et analyser. Mais la direction du PCF et le PGE choisissent de désavouer le vote des Britanniques (au passage contredisant nos camarades anglais, gallois et irlandais). Chez les travailleurs en France, même dans le « peuple de gauche », il ne se trouve pas grand monde pour croire que quelques économistes sauront subvertir, de l’intérieur, les orientations de la Banque centrale européenne pour réorienter vers le bonheur cette construction capitaliste antipopulaire !

Tout ce contexte, ces non-dits, expliquent l’indécision choisie des groupes dirigeants du Parti et les « hypothèses » soumises par le « relevé de décision » à des débats à la cantonade d’ici le 5 novembre. Comme un camarade de bon sens l’a dit au CN : il serait plus correct d’indiquer aux communistes une date où ils pourraient réellement se prononcer en connaissance de cause, même si c’est après la primaire du PS (et de la gauche) en janvier.

D’ici là, les dirigeants du PCF sont dans la spéculation. Est-ce que ce sera Hollande ? Et dans ce cas-là, il y a de la place pour un ou plusieurs candidats de la « gauche de la gauche ». Si c’est Montebourg ou Hamon, on pourra plus facilement s’effacer et négocier pour les législatives. La cote de Mélenchon, le lièvre de la fable, peut varier considérablement selon ces scénarios et il peut devenir autant un tremplin qu’un boulet électoral… Tout cela pour ceux qui aiment la politique façon sciences-po !

Enfermées dans ces considérations, dans cette conception fausse et politicienne du rassemblement, les trois options proposées par le « relevé de décisions », exclusives ou complémentaires, sont mauvaises.

Le choix de se ranger derrière Mélenchon était inacceptable pour moi avant 2012. Il l’est toujours. Je me suis amusé d’entendre des camarades du CN s’offusquer de son populisme, de son bonapartisme, de sa démagogie. Mélenchon n’a pas changé. Les mêmes me sifflaient lorsque je citai, avant 2012, dès 2008, tous les exploits de ce politicien mitterrandien.

Aux camarades qui sincèrement, sans ignorer ce qu’ils appellent pudiquement « les défauts » du personnage, considèrent qu’il est le seul à pouvoir faire gagner une option de « gauche » aux élections, je réponds qu’ils se font des illusions, qu’ils tombent dans le piège de la présidentialisation que le Parti n’a cessé de dénoncer, qu’ils ne prennent pas en compte les dangers profonds du discours de Mélenchon. Son populisme inachevé risque – et la démonstration a été faite dans le Pas-de-Calais déjà – de servir de marchepied au FN.  Puisqu’il est beaucoup question en ce moment du sulfureux conseiller fasciste de Sarkozy, Patrick Buisson, il n’est pas inutile de rappeler que Mélenchon et lui entretiennent une vieille amitié politique.

Devant l’insatisfaction des communistes, leur frustration devant cette ligne d’impuissance, certains proposent – c’est une des options mises en débat – une vraie-fausse candidature, un leurre pour tenter d’exister dans le débat médiatique (avec un « appel à candidatures » dans le « relevé de décisions » borné par l’acceptation de la stratégie de « rassemblement » politicien). Puis, cette candidature, on la retirerait en janvier ! Ceux qui prônent ainsi une déclaration de candidature de Pierre Laurent dès maintenant ne lui font pas un cadeau. Il serait littéralement massacré dans les sondages ! Et le Parti avec ! Un candidat communiste sur la ligne de Tsipras, sur une ligne pro-UE, un candidat qui ne cesse de rechercher le rassemblement le plus large « à gauche » et donc de se dévaloriser lui-même !

Si jamais le PS et le système décidaient de maintenir Hollande candidat, pour mieux recomposer la gauche après son échec électoral cinglant, et que Pierre Laurent présente effectivement sa candidature, le pire est à redouter. Souvenons-nous de ce que représentait le PCF début 2002 et de ce qu’il a représenté ensuite, après la bérézina de Hue aux présidentielles (3,37%).

Pour certains, dans un premier temps, la candidature-leurre pourrait être portée par une personnalité plus consensuelle, plus pateline, celle d’André Chassaigne. Mais l’expérience a été faite depuis 2011 de ses conceptions. En 2011, il se présentait pour donner le change et cautionner Mélenchon. Depuis, comme avant, il est, dans le « Front de gauche » et à l’Assemblée, l’un des plus chaleureux partisans du rassemblement de toute la gauche, avec presque tout le PS. Les cheminots n’auront pas oublié que cela l’a amené à ne pas s’opposer en commission parlementaire aux pires articles de la « réforme » ferroviaire en 2014, dont la dissolution de la SNCF.

Reste la 3ème hypothèse proposée : celle d’attendre pour mieux attendre, y compris le 5 novembre. C’est celle qui traduit le plus sincèrement l’état d’esprit du CN. Peut-être même que, dans l’intérêt du parti, vu l’état de la direction, si l’on attendait mai 2017, ce ne serait pas plus mal. Une membre du CN a d’ailleurs fait remarquer, à juste titre, que pour les législatives, ramené localement, on n’a pas trop de mal à imaginer des accords à gauche…

Mais, par rapport à ce que représente et doit encore représenter notre Parti, par rapport aux attentes des communistes, ce choix de résignation est tout aussi inacceptable.  Et je ne l’accepte pas.

Dans cette situation difficile et navrante, que bien des camarades, nous ne découvrons pas, il me semble que le plus important reste, plus que jamais, de faire s’élever la lucidité, de se débarrasser des illusions et d’aller à l’essentiel : sauver notre parti de ces stratégies suicidaires, en le faisant vivre, dans le plus d’entreprises, de villes et de campagnes, sur des bases de classe. Autant que possible, aussi, dans les campagnes électorales dans un maximum de circonscriptions aux législatives.

Ne laissons pas réduire à prétextes électoraux décoratifs les mobilisations contre la loi El-Khomri, contre la répression antisyndicale, contre l’état d’urgence (approuvé par Chassaigne et Laurent !), contre la guerre impérialiste, contre la casse des services publics et de la Sécurité sociale ! Développons les arguments, les campagnes, les luttes, les perspectives de rupture contre cette politique, contre la politique du capital, mise en œuvre par une démocratie bourgeoise aux abois, prête à recourir au fascisme et coordonnées par l’UE et le capitalisme international.

C’est l’option que nous allons faire entendre le plus fortement possible, en faisant jouer tout ce qu’il peut y avoir encore de démocratique dans les statuts actuels du PCF, et l’engagement sincère de milliers de communistes.

Emmanuel Dang Tran, 29 septembre 2016

CN du PCF du 15 avril 2016 (Primaires/congrès) – Intervention d’Emmanuel DANG TRAN

Conseil national du PCF, 15 avril 2016, intervention d’Emmanuel DANG TRAN, fédération de Paris

J’ai lu attentivement la résolution de 4 pages qui nous a été envoyée hier soir. Le congrès n’a pas encore commencé que ses conclusions sont déjà écrites ! Il aurait été plus correct que ce dernier texte constitue le projet de « base commune de discussion » proposé par le Conseil national à la discussion des communistes plutôt que le long texte verbeux adopté en mars pour diluer le débat.

Plus de 1000 communistes ont utilisé l’appel dont je suis l’un des initiateurs : « Pour la sortie immédiate du PCF du processus des primaires, pour que cette démarche politicienne ne phagocyte pas le congrès ». Nos trois sujets d’inquiétude se trouvent malheureusement pleinement confirmés.

D’abord, avec les primaires, vous entraînez le Parti dans un cycle de combinaisons et de marchandages politiciens qui sont exactement la « façon de faire de la politique » que les travailleurs, la population qui a le plus intérêt au changement, et parmi eux le grand nombre des communistes, rejettent le plus et à raison. Peu importe que le mot « primaires », la référence au modèle (anti)démocratique américain, soit affublé de l’épithète « citoyennes » ou rebaptisé « votation citoyenne » ou encore « processus collectif réellement citoyen, loyal et transparent ». Cette dernière expression indique a contrario exactement ce que sera le processus : un sac d’intrigues politiciennes entre noms de personnalités ! [Elle a finalement été ôté du texte final…].

Les communistes ont apprécié les épuisantes et stériles expériences précédentes dont les « collectifs antilibéraux » de 2006/7. Cela s’annonce bien pire pour 2017 puisqu’avec les primaires, on va jusqu’à Cohn-Bendit !

Le lobbying pour le renouvellement de l’expérience Mélenchon, face à une candidature non annoncée d’un Monsieur X ou Madame Y, issue du PCF relève exactement de la même logique délétère que le processus « primaires » proprement dit.

Deuxième motif de rejet total des primaires : elles accentuent la focalisation sur les présidentielles et la personnification de la politique que nous déclarons tous combattre. Une illusion tous les cinq ans pour mieux retomber dans le désarroi et la résignation ensuite ! Il n’est pas question pour moi de dire que nous devrions nous désintéresser des présidentielles mais elles ne doivent pas être structurantes de nos choix politiques. A nouveau, vous prenez les choses à l’envers. Notre action dans la lutte des classes devrait conditionner notre approche des présidentielles, en temps voulu, c’est-à-dire dans six mois, et indépendamment des grenouillages politiciens exposés complaisamment par l’idéologie dominantes. Je constate le contraire, la recherche obsessionnelle d’une place dans ce système politicien. Tout doit être fait par les communiste pour ne pas laisser cette démarche être sinon fatale, du moins très lourde, pour le Parti.

L’alignement sur Mélenchon en 2012 a considérablement affaibli le PCF. Du haut de ses 3,9 millions de voix, Mélenchon a su joué son rôle, dès le soir du 1er tour de meilleur rabatteur pour Hollande…

La fièvre qui traverse la direction du Parti, comme maintenant tous les cinq ans, avant les élections présidentielles, les illusions de camarades, impatients, devant l’importante mise en scène de cette échéance institutionnelle, me rappellent une citation, non de La Fontaine mais de Goscinny dans « Astérix. Le Devin ». A peine délivrés du charlatan, les Gaulois du Village se montrent prêts à se laisser tromper de nouveau faisant dire au druide Panoramix à Astérix « Incorrigibles, ils sont incorrigibles !».

Troisième grief contre les primaires : elles préparent et structurent une recomposition politique pour après 2017 avec la constitution d’une social-démocratie de substitution, avec effacement du point de vue et de l’organisation communistes.

Tout l’affichage sur le « contenu » n’est que mot, notamment dans la discussion qui va être expédiée au Congrès. Le contenu est défini par l’étendue de la liste participants à la primaire. Il n’y aura sans doute pas Hollande à la fin (on retrouvera tout le PS dès les législatives pour sauver les meubles !). Mais il y a déjà les nostalgiques du programme de Hollande de 2012, ceux qui ont fait sa campagne d’alors, ceux qui ont joué les forces d’appoint extérieur, ceux qui ont collaboré directement aux gouvernements Ayrault et Valls (dont EELV) !

L’anticommuniste Cohn-Bendit est un des inspirateurs des primaires « de gauche » en France. Dans la région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, la direction nationale et certaines directions départementales du PCF ont choisi un partenaire d’EELV qui lui correspond.  Elles ont choisi de se ranger aux élections derrière Gérard Onesta, corédacteur assumé du projet de « constitution » européenne de Giscard ! Depuis les élections, la plupart des élus PCF rescapés se sont rangés dans le groupe fusionné au Conseil régional, intitulé « Nouveau Monde » et dirigé par Onesta.

Marie-George Buffet est absente depuis longtemps du CN. Sur France 3, en vue du congrès, elle s’est prononcée pour le texte des soutiens à une candidature Mélenchon. Sa référence de « gauche » serait-elle cette bonne vieille « gauche plurielle » où elle-même et Mélenchon étaient ministres ensemble du gouvernement qui a le plus privatisé ?

L’issue du processus, qu’on l’appelle « primaires », « votation citoyenne » ou « jeu de dupes » est incertaine. Eclatement comme en 2007, rassemblement derrière un « frondeur » providentiel ? A ce jeu, dans cette recomposition politique, le PCF sera toujours perdant et avec lui, la classe ouvrière en lutte.

Je ne partage pas du tout les appréciations enthousiastes « sur la façon de faire de la politique avec devant les « Nuits debout » », cela sans ignorer la recherche de certains de perspectives de changement politique. Mais depuis le départ du mouvement sur la loi El-Khomri, les rôles, des organisations syndicales de collaboration, de Martine Aubry et des clans du PS, des pépinières de cadres socio-démocrates que sont l’UNEF et quelques autres orgas de jeunesse, sont distribués, « téléphonés » de façon évidente.

Dans ce processus de recomposition, le PCF, dont tous les anticommunistes de « gauche » repoussent l’histoire, sera encore cantonné au plus mauvais rôle. Pour préserver des places aux législatives, aux sénatoriales, il apparaîtra comme le plus lié à l’appareil PS et en fera les frais. Toute honte bue, des apparatchiks socio-démocrates de toujours comme Mélenchon n’hésitent pas à le dénigrer. Il faut dire que les alignements électoraux en 2014  et 2015 sur les socio-libéraux Delanoë et Hidalgo à Paris, Bartolone en Ile-de-France n’aident pas !

Ce n’est pas l’ordre du prioritaire du CN aujourd’hui, mais la priorité du Parti devrait être de travailler à la convergence des luttes, notamment des cheminots en grève « carrée » le 26, des fonctionnaires, avec la suite du mouvement des salariés, avec l’appoint des jeunes, le 28 contre El-Khomri. Loin de toute instrumentalisation du mouvement à des fins politiciennes pour 2017, mais pour gagner le retrait maintenant.

Pour le congrès, maintenant les choses sont claires. Elles doivent l’être pour tous les communistes dans les semaines qui viennent. Le choix se situe, d’un côté, entre les divers versions et habillages de l’intégration et de la dissolution du PCF dans une recomposition politique à gauche et, de l’autre côté, le signal de la reconstruction du Parti de classe avec priorité au rassemblement dans les luttes.