PCF – 37ème congrès

37e Congrès – Texte Alternatif – III : Axes de luttes immédiates

37ème congrès du PCF – Texte alternatif  » PCF: Reconstruisons le parti de classe! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Lien vers la page de présentation du texteLien vers le texte intégral en PCF

III – Propositions de luttes immédiates


Des axes de luttes immédiates

Notre parti a vocation à intervenir sur tous les sujets politiques pour construire, par ses propositions, ses actions dans les luttes, des rassemblements susceptibles de mettre en échec le pouvoir au service du capital. La « convention nationale du projet », annulée par la direction du PCF, aurait dû être la base de l’élaboration d’un programme général du Parti. Sa nécessité demeure.

Dans cette attente, le 37ème congrès doit proposer quelques grandes campagnes rassembleuses, en lien avec les principales luttes imminentes, porteuses des positions de rupture nécessaire pour gagner et contribuer à leur convergence.

La bataille la plus immédiate est celle contre la casse du code du travail. Nous avons précisé plus haut le contenu de notre action communiste, pour déborder les récupérations politiques, pour gagner le retrait pur et simple du projet de loi El-Khomri et pour faire éclater les convergences d’intérêt manifestes avec la lutte des cheminots contre les dispositions antisociales de la « réforme » ferroviaire et celle des fonctionnaires contre les atteintes au statut général de la fonction publique. Cette bataille générale pour le statut du travail, défendant tous les acquis, est une réponse à la tentative du système d’étendre l’exploitation par l’auto-entreprenariat. Le congrès appelle à une réflexion approfondie sur ce phénomène et la riposte à lui apporter.

En 2015, pour la première fois, l’espérance de vie a diminué sans cause exceptionnelle. Parallèlement, le gouvernement se flatte d’un « déficit » moindre que prévu de l’assurance maladie. L’attaque contre notre système de santé, notamment contre l’hôpital public s’intensifie. La loi Touraine est venue compléter la loi Bachelot avec les « groupements hospitaliers de territoire », machines à broyer les hôpitaux, notamment de proximité, et les services. La réforme territoriale et les nouvelles grandes régions l’aggravent. La généralisation du tiers-payant ne s’effectuera finalement que pour la part Sécu : elle a servi d’écran de fumée. La désertification médicale (offre de soin de secteur 1) s’aggrave, même en secteur urbain. Les centres de santé, dont la défense et le développement sont une de nos priorités, sont menacés par leur déficit structurel de financement, aggravé par la loi Bachelot. Les objectifs de cette politique, continue malgré les alternances, sont bien connus. Il s’agit d’un côté de développer le secteur privé lucratif, en particulier pour les longs et moyens séjours, de l’autre de détourner le financement de la sécurité sociale vers le profit. Nous faisons une priorité de l’unification des multiples luttes locales pour la défense des hôpitaux, de leurs moyens humains et matériels. Au cœur de nos propositions, se trouve le rétablissement et le développement du financement solidaire de la Sécurité sociale par la cotisation sociale. A la logique « baisse des cotisations sociales au profit du patronat – fabrication d’un déficit – destruction de l’offre de soin pour le combler », nous opposons « évaluation des besoins de santé – développement de l’offre – mise à niveau des cotisations sociales correspondante ».

Une nouvelle bataille fondamentale pour la défense du financement de la Sécu (toutes branches confondues, retraites, famille, maladie, AT-MP) s’annonce pour 2017. Le Pacte de responsabilité avec le CICE que Hollande va transformer en nouvelles exonérations définitives de cotisations patronales va à nouveau plomber les comptes et creuser les déficits d’autant plus que la politique d’austérité diminuera encore les compensations du budget de l’Etat. D’autres contre-réformes structurelles sont programmées en complément dont la retenue à la source de l’impôt et la fusion CSG-impôt sur le revenu. Notre campagne ne peut pas s’appuyer sur certaines propositions erronées. La « modulation des cotisations sociales » en fonction de la politique d’emploi des entreprises est une fausse bonne idée qui légitime les exonérations, la pédagogie de la « baisse du coût du travail ». La taxation des revenus financiers des entreprises serait une très bonne chose mais non pour la Sécu dont le financement ne peut pas reposer sur les aléas de la finance comme les fonds de pension. Notre bataille doit essentiellement exiger la fin des exonérations de cotisations sociales patronales qui représentent au total 41 milliards d’euros par an, soit plus de quatre fois le « déficit ».

Education et enseignement supérieur. Sur ce sujet, une Commission du Parti a actualisé nos positions constantes. Nous proposons que le congrès appelle à mieux les diffuser. La création de 60.000 postes pendant le quinquennat, censés compenser (en fait insuffisamment) les suppressions sous Sarkozy était l’une des seules promesses concrètes du candidat Hollande. Alors qu’il ne lui reste plus qu’une rentrée, Hollande n’est même pas à la moitié de l’objectif. Avant 2017, pour des postes, des postes de remplaçants, contre les fermetures de classe, notre bataille politique saura reprendre cet engagement. Après la contre-réforme Darcos du lycée, les « rythmes scolaires » de Peillon, maintenant la contre-réforme du collège de Vallaud-Belkacem, visent, sous différents affichages, à réduire, en quantité et qualité, l’offre publique d’enseignement, à attaquer l’unicité de l’éducation nationale et son principe d’égalité, à favoriser le secteur privé et l’intrusion d’acteurs privés et de la logique marchande dans l’école publique. Nous réaffirmons notre implication dans la bataille contre ces « lois », actuellement contre la « réforme » du collège. Nous faisons du rétablissement d’une carte scolaire, à tous les niveaux, redéfinie pour plus d’égalité, une priorité. Nous demandons plus que jamais la fin des subventions à l’école privée, la suppression immédiate des aides extra-légales que lui accordent les collectivités, l’obligation de scolarisation dans le public ou dans le privé sous contrat.

Logement : financer et construire 250.000 logements réellement sociaux par an pendant 5 ans. Le système et la politique des gouvernements successifs s’efforcent de faire du logement, besoin élémentaire, une marchandise toujours plus rare et plus chère. Le mal-logement frappe 3,8 millions de personnes. Le taux d’effort des ménages, pour des logements dont la qualité de s’améliore plus, ne cesse d’augmenter, dépassant 20% en moyenne du revenu (énergie et eau comprises), encore davantage avec le poids croissant des impôts locaux. Il dépasse 40% pour les revenus les plus modestes, dont les jeunes et les étudiants. Le budget des accédants et des « petits » propriétaires est aussi lourdement grevé pour une propriété de plus en plus précaire. Le taux d’effort dans le parc social tend également à monter, même si les aides sociales le répartissent sur l’ensemble de la collectivité. Le taux plancher de logements « sociaux » (incluant en réalité des loyers « intermédiaires ») mis en place dans les villes depuis la loi SRU ont peu modifié cette situation de pénurie. Les effets de la loi Boutin de 2008, abaissant les plafonds de revenus pour l’accès au logement social et généralisant les surloyers, se font sentir et renforcent la ségrégation sociale et spatiale, aux conséquences néfastes multiples. Pour répondre aux besoins, « détendre le marché », nous faisons de la construction de logements réellement sociaux notre objectif prioritaire : 250.000 constructions (nettes des démolitions) par an pendant 5 ans. Nous militons pour une forte augmentation de l’aide à la pierre, la centralisation intégrale de l’épargne du livret A à la Caisse des dépôts et consignations et son affectation entière au logement social, le rétablissement du montant et des objectifs (logement des salariés) du « 1% logement ». Nous demandons la création d’un service public national du logement au service d’offices HLM publics autonomes (et non de SA).

Pour nous, l’écologie est une préoccupation essentielle mais qui ne saurait être dissociée de nos luttes contre le capitalisme. Ce système, dans sa recherche de profit maximum à court terme, tend à être indifférent à la détérioration du cadre de vie, de la santé des travailleurs et des populations, à gaspiller les ressources, à menacer, dangereusement pour l’humanité, des équilibres écologiques, du local au planétaire.  L’idéologie dominante utilise aujourd’hui les propres menaces que le capitalisme fait peser sur l’environnement pour développer de nouveaux marchés à son profit : marché des droits à polluer, « capitalisme » vert. Au nom de l’énergie renouvelable, des taxes nouvelles sont, par exemple, prélevées sur les factures des consommateurs. Le risque « écologique » sert de prétexte à la fermeture d’usines pour mieux les délocaliser, tandis que la recherche de compétitivité justifie l’abaissement, la « simplification » des règles de sécurité etc. Le réchauffement climatique constaté dans les dernières décennies du 20ème siècle pose des inquiétudes légitimes. Ses causes font l’objet de recherches. Mais au-delà de cela, la « COP 21 » a été le symbole de l’instrumentalisation par le capital des préoccupations écologiques. Indifférentes, par exemple, à la faim dans le monde, les grandes puissances impérialistes enrôlent les opinions publiques dans cette nouvelle croisade morale. On invite les populations à accepter une restriction de la réponse à leurs besoins au nom de cette cause, notamment dans les pays les moins développés. L’aide au développement est détournée vers le capitalisme « vert », tandis que le pillage des ressources énergétiques des pays les plus pauvres continue. Les puissances impérialistes, les lobbys représentant les différentes industries énergétiques s’affrontent dans ce cadre idéologique imposé par les impérialismes occidentaux.  Parce que nous sommes communistes, nous sommes des écologistes conséquents. Nous replaçons les conséquences et les causes dans l’ordre et croyons à la science et au progrès.

L’agriculture française connaît une crise structurelle profonde. La situation est grave. Un tiers des exploitations sont menacées. La balance commerciale agricole du pays, hors vins et spiritueux, est passée dans le rouge. Le système, avec l’UE, passe à une nouvelle étape de la liquidation de l’agriculture paysanne. La PAC ancienne manière a organisé et accompagné la mise à mort des petites et moyennes exploitations, la concurrence dans le marché commun européen. La future PAC prépare, avec l’OMC, l’insertion totale dans le marché spéculatif mondial de l’alimentation. La fin des quotas sucriers l’an prochain en est une étape, par exemple. La disparition de quantité de productions en France, même des plus traditionnelles,  est programmée. Les luttes paysannes, notamment des éleveurs, sont déterminées et cherchent une réponse politique que les tenants de l’agriculture industrialisée ne peuvent leur apporter. Communistes, nous défendons une agriculture paysanne répondant, en qualité et quantité, aux besoins de la population du pays, dans toutes les productions possibles, ouverte à des échanges équitables avec d’autres pays, moins avantagés par la nature notamment.  Cela passe, non par des « aides » accompagnant la fin, mais par des prix rémunérateurs et donc par une régulation publique des marchés. Cela passe aussi par des financements nouveaux, prêts avantageux à très long terme, aux exploitations, par une relance publique d’un mouvement coopératif digne de ce nom. La proposition de nationalisation de la grande distribution rentre dans cette perspective. La rupture avec le « libre échange », la concurrence déloyale et le dumping social imposés par l’UE et l’OMC est une nécessité encore plus forte dans le secteur de l’alimentation humaine.

La défense et le développement des services publics, la lutte contre les privatisations. La question de la défense des services publics est décisive pour construire l’alternative politique tout de suite. Ils tiennent en effet une place structurante dans l’organisation et l’économie du pays. Ils constituent une référence sociale pour l’ensemble des salariés. La capacité de mobilisation  et d’entraînement des salariés du secteur public est un atout déterminant pour l’ensemble du mouvement social.

Le démantèlement, l’établissement des critères du privé, la privatisation de tous les services publics sont l’un des axes de la politique des gouvernements successifs. Le processus de privatisation suit un schéma similaire pour chaque entreprise, marqué notamment par la mise en concurrence et la marchandisation de l’activité sous prétexte d’une directive européenne, la remise en cause des statuts de l’entreprise et des personnels. La force et les suites de la lutte des cheminots en 2014 contre la « réforme ferroviaire » constituent de nouveaux points d’appui pour la résistance de tous les salariés des services publics et des usagers.

Les points de convergences avec les usagers et l’ensemble des citoyens sont très importants. L’expérience est faite des premières privatisations, aussi bien en termes de dégradation du service rendu, des conditions de travail et de sécurité, de remise en cause du principe d’égalité, de hausse des tarifs, de menaces de désertification, de suppressions d’emploi qu’économiquement, en termes de reconstitution d’oligopoles privés.

Pour nous communistes, la question des services publics et des entreprises nationales est  essentielle parce qu’ils constituent un point de résistance fondamental au marché capitaliste, une première étape dans l’appropriation publique des moyens de production, le socle d’un développement de l’économie basé sur la réponse aux besoins. Nos camarades, à l’image de Marcel Paul, ministre communiste à la Libération, auteur de la nationalisation de l’électricité et du gaz, ont joué un rôle déterminant dans leur conquête.

Notre efficacité dans cette lutte suppose une clarification sans ambiguïté de nos positions :

- refus de l’application en France des directives et règlements européens de mise en concurrence des activités de service public

- revendication de la défense, de la reconquête et de l’extension des monopoles publics, notamment gagnés en 1937 et en 1944.

- conception du service public « à la française » : la notion de service public est indissociablement liée à la propriété publique de l’opérateur.

La bataille pour la sauvegarde et le développement des services publics tout de suite doit aussi être dirigée vers les collectivités locales, régions, communautés d’agglomération, municipalités. Nous revendiquons la (re)municipalisation ou la création de régies (gérant directement l’exécution) par exemple pour assurer un service public de distribution de l’eau ou des transports urbains…

Pour la nationalisation des secteurs clés de l’économie. A côté de nos actions pour la reconquête des grands services publics nationalisés, nous proposons que le congrès reprenne résolument nos campagnes pour la nationalisation des secteurs clés de l’économie dans l’esprit des nationalisations démocratiques de la Libération. Le Parti n’a jamais prétendu que des nationalisations, sous régime capitaliste, représentaient un début de socialisme ou des îlots de socialisme. Mais la nationalisation représente une importante amélioration du rapport de force, en faveur des salariés et du peuple, pour développer les secteurs clés de l’économie, les défendre face à des projets destructeurs du capital, dans le sens de la réponse aux besoins du pays.  Nous nous prononçons pour des nationalisations intégrales, à 100%, y compris par voie de réquisition, excluant l’actionnariat privé. Dans les entreprises publiques, la lutte reste constante contre l’étatisation au service du profit capitaliste réalisé dans le reste de l’économie, contre la « nationalisation des pertes ». La signification historique, démocratique, de la « nationalisation à la française » explique pourquoi le gouvernement de Sarkozy en 2008 s’est bien gardé de nationaliser les banques mais a eu recours à une autre forme pour son plan d’aide à la finance. En 2012, face au plan de liquidation de plusieurs usines de PSA en France, à l’enterrement de la sidérurgie de Florange, en 2013, face au plan de démantèlement d’Alstom, le Parti aurait pu et dû porter la revendication de la nationalisation dans une campagne nationale de soutien aux luttes.

Parmi les secteurs clés, dont la nationalisation s’impose, nous proposons que le congrès inscrive, entre autres : L’ensemble du secteur bancaire et financier, les industries sidérurgiques, automobiles, aéronautiques, pharmaceutiques…, les industries d’armement, le secteur énergétique, les autoroutes…

Dans ces activités particulièrement, il existe objectivement un rapport de force potentiel national pour des nationalisations démocratiques.

37e Congrès – Texte Alternatif – IV: Retrouvons notre engagement total contre l’impérialisme et pour la paix

37ème congrès du PCF – Texte alternatif  » PCF: Reconstruisons le parti de classe! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Lien vers la page de présentation du texteLien vers le texte intégral en PCF

IV – Retrouvons notre engagement total contre l’impérialisme et pour la paix


Le capitalisme mondialisé,  c’est la guerre

Au plan international, nous assistons à une effrayante montée des périls. La fin de la « guerre froide » était censée ouvrir une période de détente et de désarmement. Le contraire se produit avec la multiplication des foyers de guerre et des risques d’embrasement régionaux voire mondiaux. Les dépenses d’armement, notamment celles des États-Unis, de la Chine ou de la France s’envolent. Nous analysons tout cela comme le résultat de la nouvelle étape de la mondialisation capitaliste et de l’exacerbation des oppositions inter-impérialistes, notamment avec l’émergence de nouvelles puissances mondiales et régionales. La concurrence pour le contrôle des marchés, des matières premières, y compris l’alimentation, bat son plein.

Notamment depuis le 11 septembre 2001, les stratèges américains appliquent la théorie de la guerre permanente. Outre ses objectifs impérialistes directs, elle vise également à nourrir leur puissant lobby militaro-industriel. Elle rentre dans la logique du développement de grandes peurs collectives, pour écraser la contestation politique et sociale du système capitaliste par un renforcement de l’appareil répressif, par un embrigadement idéologique des peuples.

Les impérialismes européens, dont les intérêts ne concordent pas exactement, s’intègrent globalement, comme alliés dans l’OTAN, dans la politique américaine, participant à ces guerres, prenant à leur charge les expéditions en Libye et en Afrique subsaharienne. Les puissances de l’UE et les États-Unis ont collaboré au coup d’État et au déclenchement de la guerre en Ukraine, facteur grave de déstabilisation du continent européen. Pour autant, leurs intérêts principaux ne semblent pas coïncider entièrement, les États-Unis semblant chercher plutôt à juguler la puissance russe, les États européens et singulièrement l’Allemagne à disposer en Ukraine d’une base arrière de main d’œuvre et de délocalisation au moyen de l’accord d’association avec l’UE. La dénonciation de cette ingérence et de cet accord, le refus du régime de Kiev qui plonge le pays dans la faillite, le chaos et le fascisme, sont des priorités pour notre Parti.

A ce congrès, nous en sommes encore à pousser notre réflexion sur la nature du régime russe. La Russie de Poutine suit incontestablement une politique d’affirmation, y compris agressive, de puissance nationaliste. Pour autant, l’économie russe en pleine décadence, dilapidant ses matières premières et ce qui reste des acquis du socialisme, sans réellement de bourgeoisie avide de marchés et d’expansion, ne rentre pas dans la caractérisation de l’impérialisme. Le régime autoritaire de Poutine, érigé en modèle par une partie de la droite et de l’extrême-droite française ne suscite en rien notre sympathie, pas davantage avec sa pratique de détournement de certains symboles de l’URSS.

La Chine, en voie de surarmement, à l’économie et à la bourgeoisie expansionnistes, à la recherche de marchés, d’investissements et de ressources primaires présente les traits d’une puissance impérialiste. La montée des tensions avec le Japon, les tentatives d’expansion en mer de Chine face au Vietnam et aux Philippines sont préoccupantes pour la paix. Mais là aussi, notre analyse a besoin d’un complément d’information vu l’origine socialiste de ce pays et sa gouvernance par un parti « communiste ».

La Syrie est le théâtre dramatique de l’affrontement par procuration de la plupart des impérialismes mondiaux et régionaux (Turquie, pays du Golfe, Iran, Israël). Les groupes terroristes islamiques dont Daech sont les enfants directs de celles de ces puissances qui les ont armés et financés.

Notre parti doit reprendre son combat pour la paix et contre l’impérialisme

Notre théorie et notre expérience historique issue de l’opposition à la première guerre mondiale nous enseignent que notre Parti doit, dans le cadre de la solidarité internationaliste, pour la paix, contre l’impérialisme, combattre d’abord son impérialisme national.

La direction et les parlementaires du PCF ont rompu avec les positions communistes de toujours en rentrant dans l’union « sacrée » derrière Hollande aux lendemains des attentats du 13 novembre, puis en votant la prolongation de l’état d’urgence et l’intensification des frappes en Syrie. Ils sont rentrés en contradiction avec des slogans aussi justes que « ne pas ajouter la guerre à la guerre » ou « leurs guerres, nos morts ».

Le congrès doit réviser cette position belliciste. Elle suit l’approbation, déjà, de l’opération militaire au Mali et surtout l’alignement derrière les positions chauvines, liées au lobby militaro-industriel français de Mélenchon (ami de Dassault), qui s’est prononcé pour une intervention militaire européenne en Libye.

Les positions internationales du Parti ne peuvent plus se cantonner à des appels rituels à des tables rondes sous l’égide de l’ONU. L’ONU est certes la seule organisation disposant d’une légitimité et d’une légalité internationales mais ses résolutions sont limitées par les marchandages entre grandes puissances.

Depuis la présidence de Sarkozy et encore plus depuis celle de Hollande, la diplomatie française connaît un infléchissement inquiétant qui pose question. Au refus sous Chirac de l’intervention US/OTAN en Irak a succédé l’intervention en Libye, la surenchère incendiaire en Syrie (Fabius allant jusqu’à saluer les mérites des terroristes d’Al Nosra). Le gouvernement a également apporté un soutien inacceptable à la politique guerrière, criminelle d’Israël (Gaza 2014), État colonialiste, fauteur de guerre, pointe avancée de l’impérialisme occidental.

Nous devons poser la question des intérêts économiques qui ont amené à ce changement dans la politique de l’impérialisme français, notamment en lien avec les dictatures du Golfe.

Le 37ème congrès doit affirmer ou réaffirmer :

- L’exigence de l’arrêt immédiat des opérations militaires françaises à l’étranger, de la fermeture des bases militaires à l’étranger, du rapatriement de tous les soldats français.

- L’exigence de la sortie de la France de l’OTAN et de toute forme d’Europe de la défense.

- Notre condamnation de la politique de l’État d’Israël, de guerre, d’oppression et de colonisation, de son soutien par les autorités françaises. Notre solidarité avec le peuple palestinien et les pacifistes israéliens qui se battent pour une paix juste et durable.

- L’exigence de la suspension des livraisons d’armes et des accords économiques avec les dictatures obscurantistes du Golfe, à commencer par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

- La nécessaire fin de la politique de complaisance avec le régime turc à tendance dictatoriale, avec sa politique de répression des libertés, avec ses guerres contre les populations kurdes de Turquie et de Syrie, et son soutien au terrorisme.

- Notre condamnation totale de l’accord UE/Turquie sur les « migrants », concocté notamment par les premiers ministres Tsipras et Davutoglu, du marchandage d’êtres humains qu’il organise,

- l’exigence d’un accueil décent pour les réfugiés, l’expression de notre solidarité de classe avec eux, la condamnation des causes qui les poussent à partir – guerres et dictatures – du cynisme des capitalismes européens, notamment allemand à la recherche d’une main d’œuvre d’appoint.

Par ailleurs, le congrès doit être l’occasion

- de réaffirmer notre soutien à Cuba socialiste, dans la phase nouvelle, de détente, dans son affrontement avec l’impérialisme américain, l’exigence de la levée immédiate et complète du blocus US et du rétablissement de la souveraineté cubaine sur Guantanamo.

- De manifester notre soutien au peuple vénézuélien et notre condamnation de la tentative impérialiste de renversement de son expérience émancipatrice.

Le congrès peut et doit enfin être le moment de clarifier la position du PCF sur l’arme atomique française, d’exiger son démantèlement unilatéral, d’enterrer définitivement les fables de la dissuasion et de l’indépendance de l’impérialisme français, d’exiger une baisse des dépenses militaires, la (re)nationalisation et la relocalisation des usines d’armement.

Nos campagnes historiques sont plus que jamais d’actualité : « l’argent pour l’école, pour l’hôpital, pour le développement »

37e Congrès – Texte Alternatif – V : Evaluer la crise de la démocratie bourgeoise. (Dont: utter contre le FN, démasquer les illusions « réformistes radicales »)

37ème congrès du PCF – Texte alternatif  » PCF: Reconstruisons le parti de classe! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Lien vers la page de présentation du texteLien vers le texte intégral en PCF

V –Évaluer la crise de la démocratie bourgeoise en France etdans le monde (dont: Lutter contre le FN, démasquer les illusions « réformistes radicales »)


Dans tous les pays, la démocratie bourgeoise « à l’occidentale » est en crise grave. Des États comme l’Espagne ou la Belgique restent des mois sans gouvernement issu des élections. L’adhésion au système s’effondre avec une augmentation générale de l’abstention. Des formations politiques nationalistes, même ouvertement d’extrême-droite, progressent. En Europe de l’Est, où la démocratie bourgeoise ne s’est jamais vraiment imposée, l’abstention est régulièrement majoritaire et des gouvernements ultraréactionnaires sont aux commandes dans plusieurs pays. Dans le même temps, les libertés démocratiques fondamentales sont dangereusement remises en cause.

En France notamment, le système politique de l’alternance arrive à bout avec ses deux équipes qui se succèdent pour appliquer la même politique au service du patronat et du capital. La différence entre la droite et la « gauche », par rapport à ce que continuent de représenter ces notions dans le pays, tient désormais dans la répartition des rôles dans la même pièce qui se joue. Par exemple contre la Sécurité sociale, la droite attaque davantage les prestations, dont la plus symbolique, la retraite à 60 ans. La gauche en sape le financement. On a presque atteint le modèle américain avec quasiment aucune différenciation entre démocrates et républicains. Mais même ce modèle est en crise aux États-Unis comme on le voit dans la préparation de la présidentielle de fin 2016.

Une théorie est développée par des intellectuels de gauche et reprise par la direction du PCF selon laquelle cette crise serait issue d’un double échec, celui du socialisme « réel » et du mouvement communiste d’un côté, celui de la social-démocratie réformiste de l’autre. Il faudrait maintenant reconstruire la gauche. Nous réfutons entièrement ce raisonnement et sa conclusion. Pour nous, c’est le parti révolutionnaire marxiste et léniniste, le parti communiste qu’il faut reconstruire.

Avec la victoire de la contre-révolution à l’Est (y compris pour des raisons internes) et l’affaiblissement du mouvement politique révolutionnaire, la social-démocratie, le PS en France, a perdu la raison d’être qui était devenue la sienne depuis 1917 et 1920 : contenir le mouvement populaire, la lutte des classes, dans la loyauté au capital. Le PS était là pour incarner et limiter les conquêtes sociales, les réformes réelles qu’en réalité la lutte des classes conduites par les organisations révolutionnaires avait permis de gagner. Mais voilà, maintenant, il n’y a plus de « grain à moudre ». Au contraire même, le PS et la « gauche » sont mieux placés que la droite, de par cette histoire, pour détruire les acquis sociaux. Alors, sauver la « gauche », tirer le PS à « gauche », sauver le PS ? Non, merci !

Dire cela ne signifie absolument pas que nous ne fassions pas toujours une différence, notamment en ce qui concerne la défense des libertés, entre ce que représente la gauche et ce que représente la droite, également entre ce que représentent la gauche et la droite d’un côté et le danger que représente l’extrême-droite de l’autre (même si ce sont les politiciens de droite et de gauche qui font le lit de cette dernière).

Le capitalisme n’a plus besoin de la démocratie

Le capital se trouve devant une contradiction. Les formes de la démocratie bourgeoise qu’il a dû concéder dans un rapport de forces données, notamment en Europe occidentale, pour garantir sa domination constituent aujourd’hui, dans un rapport de forces bien plus défavorable pour le monde du travail, une entrave politique, un ralentisseur, à son besoin intrinsèque de maximisation des profits. Le capitalisme français en particulier est handicapé, face à la concurrence mondialisée, malgré l’aide de l’UE, par ses difficultés politiques nationales à liquider les acquis sociaux et démocratiques de notre peuple.

Communistes, nous ne sommes pas du tout des partisans de la démocratie bourgeoise dont nous avons analysé théoriquement la rasions d’être. Aujourd’hui, sa remise en cause se situe sur le front de la lutte des classes en France. Le capitalisme n’a pas la force de placer tout de suite notre pays sous dictature. L’état d’urgence, la répression des mouvements sociaux, la multiplication sous tous les prétextes des milices privées et des systèmes de surveillance y tendent cependant dangereusement.

Le capitalisme en est au stade, dans les pays occidentaux, de vider de leur sens les acquis démocratiques. 

Nous devons lutter contre l’exclusion des masses de la vie politique. L’abstention (la non-inscription même sur les listes électorales) peut être un acte politique ponctuel justifié. Mais son inscription dans la durée, jusqu’à l’indifférence, est dangereuse. La meilleure façon pour nous de s’opposer à cette tendance est de redonner son sens au vote communiste.

Il nous faut évaluer également les effets de l’éclatement du débat public et de l’information avec les nouvelles technologies de la communication. Les référents communs, comme le JT ou la presse quotidienne, s’effacent. Avec internet, la hiérarchisation de l’information est remise en cause ouvrant à de nouvelles récupérations politiques, parfois extrémistes voire sectaires (théorie du complot).

L’idéologie dominante sait aussi multiplier les débats de diversion, notamment lorsqu’ils renvoient les uns et les autres vers des identités ou des catégories présumées. Nos congrès précédents ont consacré beaucoup de temps aux questions « sociétales » notamment. La plupart méritent une position politique du Parti mais sans que jamais elle ne soit coupée des enjeux de classe profonds et des questions économiques et sociales.

Pour les capitalistes, plutôt le FN que le PCF

C’est le cas pour la plus grave des positions de diversion qu’encourage l’idéologique dominante : la division entre les travailleurs par la xénophobie et toutes les formes de racisme. Le recours par le système à l’extrême-droite remonte à 30 ans en France (alors directement par le PS) mais il est passé depuis 2012 à un nouveau stade. La montée de l’extrême-droite ne se limite pas au FN en France. A défaut pour l’instant – nous devons vérifier et réviser sans cesse la validité de ce constat – d’un parti fasciste de masse, des mouvements ultraréactionnaires, ou étroitement catégoriels (néo-poujadistes) ont envahi les rues ces dernières années et des groupuscules ouvertement néofascistes se manifestent plus bruyamment. Le mouvement est général dans les pays occidentaux mais prend des formes différentes suivant la force des traditions antifascistes et les besoins du capitalisme national (nous devons notamment étudier attentivement la poussée électorale récente du parti AfD et la signification des manifestations de rue anti-immigrés, anti-musulmans du mouvement « Pegida » en Allemagne).

En France, le FN, dans toutes ses composantes, continue plus que jamais à dévoyer et détourner les colères populaires vers la haine. Mais le nouvel appareil dirigeant de ce parti a fortement augmenté la démagogie sociale dans son discours et l’a associée de façon nouvelle à un positionnement économique étatiste et technocratique. Le système a décidé de pousser des franges beaucoup plus larges de la population, et notamment de la classe ouvrière, vers le FN et son organisation. La promotion éhontée du FN, érigé en opposant principal à la politique gouvernementale, par Valls notamment dans la dernière campagne électorale des régionales dépasse le calcul politicien à court terme. Nous devons mesurer attentivement la portée de deux prises de position récentes : l’appel solennel du président du Medef, Gattaz, à faire front contre le FN avant les élections régionales, la déclaration très calculée de Hollande comparant le discours du FN « à des tracts du PCF des années 70 ». Cette déclaration insultante pour nos camarades a suscité notre indignation générale. Il nous faut analyser en même temps à quel point le pouvoir essaie de valider et crédibiliser la démagogie sociale du FN en l’associant à notre histoire.

Mener le combat anticapitaliste est la meilleure arme contre les fascismes

L’axe de notre riposte au FN est la dénonciation de sa nature de classe au service du patronat et du capital par, en priorité, notre expression et notre action dans les entreprises, les quartiers et les campagnes, dans les luttes. Pour autant, cette position passe par le refus, largement exprimé par d’autres, de la banalisation du FN. Nous défendons sans relâche l’histoire et l’actualité de l’antifascisme. Nous ne tolérons aucun racisme, y compris dans nos rangs, en suivant le slogan toujours juste : « un raciste est quelqu’un qui se trompe de colère ». Ce refus de la banalisation du FN ne se confond en rien avec une « union sacrée », sur n’importe quelle base contre lui. Il n’est pas question pour nous de combattre le FN main dans la main avec le Medef ! Certaines positions « unitaires » récentes, notamment intersyndicales, opposant par exemple les soi-disant idéaux de « paix et de coopération » qui auraient présidé à la « construction de l’Europe » relèvent du parfait contresens ou de la tromperie dangereuse. L’opposition au FN ne saurait servir de prétexte à valider l’UE du capital qui porte intrinsèquement la mise en concurrence des peuples.

Nous avons été confrontés et nous allons être confrontés à la question de notre attitude au second tour des élections. Elle est piégeuse. Ne la laissons pas être structurante, diriger nos positionnements, notamment contre le FN. En rabattre sur nos positions anticapitalistes pour ménager des alliances électorales défensives contre le FN serait un parfait contresens. Au contraire, plus nous seront forts et clairs dans le combat anticapitaliste, dont la lutte contre le FN fait partie, plus nous serons à même d’échapper au piège électoral. Le moment venu, à partir de ce positionnement sans concession, nous pourrons faire la part des choses entre, d’un côté, l’impossibilité de cautionner, au nom de la lutte contre le FN, ceux dont la politique fait son lit et, de l’autre, l’enseignement historique qu’il ne faut laisser aucune tête de pont institutionnelle aux fascistes.

Dans le refus de la banalisation du FN, un exemple mérite d’être discuté au congrès. L’entreprise SAPAG, à Ham dans la Somme, produit des valves pour la grande industrie. Elle était menacée de fermeture imminente cet hiver par la multinationale qui l’a reprise (elle est toujours d’ici deux ans). L’intersyndicale a interpellé les élus de tous bords et organisé une réunion publique. A la tribune, se sont retrouvées toutes les étiquettes politiques dont le FN. Lorsque le FN est intervenu, avec un discours étudié en direction des salariés, personne de la tribune, pas même les élus communistes, n’a bronché. Seuls dans la salle, les représentants de la section voisine du PCF de Saint-Quentin ont manifesté ostensiblement leur refus de cette situation, entraînant un débat avec les ouvriers. Cette dernière position doit être tenue systématiquement et l’organisation du Parti doit donner le plus de moyens aux camarades pour la tenir. Faisons éclater les contradictions entre la démagogie sociale et la nature de classe du FN ! Lorsque les salariés d’Air France ont été sanctionnés, placés en garde à vue, après une lutte pour leur emploi, Philippot et Le Pen se sont rangés dans le camp des patrons. Il est impossible pour eux, sous peine de contrarier leur base bourgeoise, de ne pas dénoncer les grèves ouvrières, les manifestations pour les retraites ou le code du travail.

En bref, face au FN, soyons le mieux communistes possible !

À propos des nouveaux mouvements « radicaux ». Etats-Unis/Grande-Bretagne/Espagne/Grèce

Devant la crise de sa démocratie bourgeoise, le système encourage aussi l’émergence d’une social-démocratie de « gauche ». Il en a besoin pour contenir l’opposition populaire notamment du « peuple de gauche » attaché aux acquis sociaux et démocratiques. La vie politique reste formatée par les expériences comme l’Union de la gauche. La social-démocratie « de gauche », un certain gauchisme aussi, sont beaucoup moins stigmatisés que le point de vue révolutionnaire communiste, qui plus est en plein effacement depuis des années. Nous allons à la rencontre des aspirations que nous partageons de ce « peuple de gauche », aussi des couches moyennes en voie de prolétarisation et de paupérisation. Mais nous devons y aller sur une base de classe, sur des objectifs de lutte. Nous développons à plusieurs reprises, dans ce texte de congrès, la thèse que le PCF ne doit pas s’effacer plus encore dans cette illusion, dans une nouvelle illusion, une nouvelle tromperie social-démocrate de « gauche », même teintée « d’indignation ». L’analyse de la situation politique dans d’autres pays l’étaye.

Aux États-Unis, symétriquement au succès dans les primaires du candidat populiste de droite extrême Trump, on assiste à l’émergence de Bernie Sanders, sénateur indépendant, qui se prétend « socialiste », dans les primaires démocrates avec Hillary Clinton. Sa promotion médiatique est par elle-même le signe, comme celle de Trump, de l’épuisement du système politique américain et d’aspirations réelles à des changements sociaux, même si Sanders recueille principalement un soutien dans la petite bourgeoisie intellectuelle. Mais il n’y a aucune illusion à se faire sur Sanders. Ce « socialiste » exclut l’appropriation publique des moyens de production privés. Ses références sont Roosevelt ou Truman. Son directeur de campagne est celui qui a organisé la campagne d’Al Gore en 2000. Sur les questions très contestées des interventions américaines à l’extérieur, il les a quasiment toutes approuvées. Il est clair que la candidature Sanders est le moyen de canaliser  l’aspiration au changement pour renforcer la candidature d’Hillary Clinton, représentante directe de l’impérialisme US.

Au Royaume-Uni, Jeremy Corbyn est certainement le dirigeant du Parti travailliste le plus à gauche depuis 30 ans. Son élection est également un signe de crise de ce parti et du bipartisme britannique traditionnel. Pour autant, Corbyn est député depuis 28 ans et est un cadre du Parti social-démocrate le plus inséré historiquement et institutionnellement  dans la collaboration de classe. Il peine à rassembler le Labour sur ses positions courageuses contre les bombardements en Syrie ou pour le désarmement nucléaire. Il recule sur ses positions hostiles à l’UE et appelle maintenant à voter pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE au référendum de juin. Comme si le rôle que le système lui aurait dévolu était d’empêcher l’émergence d’une position de gauche de rupture avec l’UE.

En Espagne, le parti Podemos a canalisé, avec pour l’instant des succès électoraux, la contestation qui s’est exprimée notamment dans le mouvement diffus des « Indignés » ou dans la volonté de renouvellement politique manifestée, entre autres, par le changement d’équipes municipales dans les villes principales. Mais la nature opportuniste et politicienne de Podemos se révèle vite malgré la mise en scène d’une « nouvelle façon de faire de la politique » par son leader Pablo Iglesias. Non conformisme, «happening », « cyberdémocratie » d’un côté, mais négociations politiciennes très traditionnelles, recrutement – hautement symbolique – sur les listes électorales de l’ex général en chef de l’armée espagnole et de l’OTAN de l’autre. En fait de modernité, Iglesias s’applique, en populiste, à mettre en avant sa personne, à rejeter la forme parti, à dénigrer le Parti communiste espagnol.

Le Grèce de Syriza et de Tsipras fournit l’exemple le plus abouti du rôle de ces nouvelles formes politiques « radicales » et réformistes pour le compte du système. C’est le seule pays où l’une d’elle est arrivée au pouvoir. Le cas grec est devenu, encore plus en 2015, un sujet politique international. Cette expérience attire d’autant plus notre attention que Tsipras, dirigeant du PGE, a été et est toujours érigé en modèle par Pierre Laurent, ces dernières semaines encore, malgré l’accord UE/Turquie odieux contre les « migrants » qu’a préparé et défend Tsipras.

La Grèce présente plusieurs particularités. Le retard de développement de son économie dans la zone euro, le niveau de corruption de son appareil politique traditionnel, notamment du Parti socialiste Pasok, ont fait subir à son peuple, encore plus gravement qu’ailleurs, la dernière crise « financière » du capitalisme après 2008. Sa position géostratégique en fait un élément indispensable à l’OTAN. Les luttes sociales ont été fortes en nombre et notamment orientées par le Parti communiste grec (KKE) et le syndicat PAME suivant une ligne anticapitaliste conséquente. Les puissances capitalistes européennes et américaines avaient donc encore plus de raisons d’empêcher une rupture de ce pays avec l’euro et l’UE et le précédent qu’elle aurait représenté.

Depuis le départ, nous disposons de faits et d’analyses précis, notamment apportées par le KKE, sur la nature opportuniste et la ligne réformiste de collaboration de Syriza, malgré l’image de « radicalité » diffusée par l’idéologie dominante. Ensemble hétéroclite de petits groupes politiques, Syriza est devenue l’usine de recyclage de la social-démocratie. Le système avait besoin d’une nouvelle force d’opposition tant les partis d’alternance traditionnels, le PASOK totalement discrédité et la droite, se confondaient aux yeux du peuple. Vers 2010, le système pouvait craindre que la colère et les luttes populaires contre le gouvernement Pasok et la droite, tous deux pro-UE, débouchent sur une rupture avec l’UE. En quelques années d’attention particulière de la « Troïka » (UE, BCE, FMI), Syriza a pu monter en puissance à la fois comme force nouvelle prétendument d’opposition « radicale » mais fidèle à l’UE et l’euro. Sa réalité a éclaté dès sa victoire électorale de janvier 2015. Tsipras noue aussitôt une coalition avec un parti libéral et raciste de droite extrême (ANEL), donne des gages à l’Eglise, l’armée et aux armateurs. Il renforce ensuite l’intégration dans l’OTAN et s’allie de façon inédite avec Israël. Les mois de laborieuse négociation, début 2015, avec l’UE, la BCE et le FMI se confirment être rétrospectivement un travail politique de pédagogie de la résignation. Il débouche en juillet sur l’acceptation du pire plan antisocial infligé à un peuple d’Europe capitaliste depuis 1945. La porte est ouverte à un retour direct de la droite au pouvoir et à une poussée fasciste, encore davantage avec la gestion désastreuse de la question des « migrants ». L’utilité politique de l’exemple grec et de Syriza pour le capital vaut, comme école de la résignation, pour toute l’Europe.

Nous soumettons ces faits et analyses, désormais peu contestables, au 37ème congrès et proposons que le congrès acte une rupture avec Syriza et un rétablissement des relations officielles entre le PCF et le KKE et invite notamment ce dernier à la Fête de l’Humanité 2016.

Moins flambante que la tromperie du réformisme « radical », la seule voie pour des communistes conséquents, c’est la reconstruction d’un parti de classe sur des analyses rigoureusement anticapitalistes.

37e Congrès – Texte Alternatif – VI: Reconstruire le parti de classe, redevenir le parti de la classe ouvrière

37ème congrès du PCF – Texte alternatif  » PCF: Reconstruisons le parti de classe! Priorité au rassemblement dans les luttes ».

Lien vers la page de présentation du texteLien vers le texte intégral en PCF

VI – Reconstruire le parti de classe, redevenir le parti de la classe ouvrière


99% de la population mondiale possède autant que l’autre 1%. Le chiffre affiché par l’ONG multinationale Oxfam fait florès. Il traduit symboliquement, moralement, au-delà de la méthode de calcul, la dynamique profondément inégalitaire du capitalisme. Ce n’est pas non plus une découverte.

Que 99%, peut-être même 100%, certains à leur insu, des femmes et des hommes vivraient mieux sous un autre système que le capitalisme, c’est probable. Le slogan « l’humain d’abord » traduisait cette indifférenciation. Même Serge Dassault est humain après tout.

Mais que 99% aient également intérêt et soient également en situation d’agir pour combattre et renverser le capitalisme, c’est évident que non. Penser le contraire, c’est penser un parti petit-bourgeois sous l’emprise de l’idéologie dominante.

Quand le Front de gauche réalise des résultats électoraux supérieurs  dans des arrondissements bourgeois de Paris que dans des villes à tradition ouvrière de banlieue ou de province, cela pose question. Comme beaucoup de communistes, nous sommes sidérés devant les explications de dirigeants qui estiment que le message « exigeant » du Front de gauche est mieux compris par les couches plus éduquées et plus « politisées ».

Quelle amnésie (volontaire?) concernant notre propre histoire !

Une force historique de notre parti est d’avoir été le Parti de la classe ouvrière, d’avoir été l’outil d’une intervention politique directe et de haut niveau de centaines de milliers de ses représentants, ouvriers, employés, paysans, femmes au foyer.  

Cette originalité unique dans notre pays est pratiquement effacée. L’évolution des conditions d’exploitation, des formes de travail, de la vie sociale y sont pour quelque chose. Le travail de destruction de la direction du PCF depuis la « mutation » de 1993 en est grandement responsable avec la suppression formelle – après avoir cessé d’alimenté leur activité – des cellules, de l’activité à l’entreprise, aussi de la plupart des CDH et de la remise de carte annuelle etc.

Nous nous sommes sans doute trop interrogés, à partir des années 70, sur les contours de la classe ouvrière alors que le capital faisait évaluer rapidement les conditions du travail proprement ouvrier en France. Avec le renforcement de l’institutionnalisation du Parti et son premier affaiblissement cela constitue un ensemble, une histoire que nous devons étudier.

Mais pour nous aujourd’hui, sans nier le besoin d’une actualisation théorique, il est clair que la classe ouvrière, suivant la mise en évidence de son rôle historique par Marx, se définit, parmi ceux qui n’ont que le travail pour vivre, par un niveau d’exploitation, un niveau objectif d’intérêt à renverser le capitalisme, par une position dans la création de plus-value, par des formes de travail plus propres au développement de la conscience de classe.

Reconstruire à la base, au plus près des problèmes et des luttes

A ce 37ème congrès, nous voulons faire connaître et partager des expériences de sections du PCF, un peu partout en France, qui s’efforcent de faire vivre, revivre ce parti de classe, de reconstituer des cellules, c’est-à-dire de reconstruire le PCF, conformément à ce qu’il continue à représenter dans le pays, dans son histoire, dans son inconscient collectif, tel que de plus en plus de travailleurs, de syndicalistes, de jeunes l’attendent et le recherchent.

La question de forme, de structure est indissociable de la question de fond, des positions politiques. On comprend aisément que l’on ne conçoit pas le même parti dans une réunion le soir sur la répartition des places aux régionales entre composantes du Front de gauche et une discussion le midi, brève et furtive bien que patiemment organisée, au self sur la situation de son entreprise.

Reconstituer le Parti dans les quartiers, ce n’est pas – du moins pas seulement – venir en tant qu’élu ou candidat offrir sa compassion ou mieux son aide, certainement pas non plus utiliser le clientélisme façon PS.

Reconstituer le Parti à l’entreprise, ce n’est pas jumeler, suivant une courroie de transmission qui n’a pas lieu d’être, directions réformistes du parti et du syndicat. Les travailleurs en lutte ont raison d’utiliser toutes les tribunes. Mais l’instrumentalisation des luttes dans les meetings électoraux « pour faire bien », ou de certains militants recrutés sur les listes relève de la démagogie et du mépris. Le recul du point de vue communiste pèse lourdement sur l’orientation des syndicats de tradition révolutionnaire. Les bons militants communistes marchent sur deux pieds le syndical et le politique, c’est bien connu. Le renforcement et la diffusion d’analyses de classe communistes sont une priorité, y compris dans notre conception du mouvement syndical, de son rôle spécifique et de son indépendance.

Ce que les communistes peuvent et doivent développer, aussi pour se renforcer pour faire adhérer sur des bases de classe, c’est en priorité la traduction politique des préoccupations immédiates, la prise en main collective des problèmes, la construction de luttes, même petites. Dans les grandes entreprises et les services publics, un début de fonctionnement en réseau entre camarades (et sympathisants) commence à se réinstaurer pour diffuser des analyses de lutte. Les nouveaux moyens de communication permettent d’échanger plus facilement des tracts, des journaux de cellule ou de quartier, des modèles d’affiches. Nous voulons donner une nouvelle impulsion à ces échanges à l’occasion du congrès.

Il est significatif qu’il faille remettre aujourd’hui dans un texte de congrès national le contenu de ce qui était historiquement des formations élémentaires et fédérales du Parti. La formation des communistes est capitale. La demande est forte des jeunes adhérents et d’autres. La liquidation de nos outils, exceptionnels, de formation dans les années 90 a été scandaleuse. Des expériences nouvelles de formation se développent. Il faut les valoriser, en particulier celles qui font le lien entre nos fondamentaux théoriques et les luttes présentes. C’est une préoccupation majeure pour l’avenir du Parti.

Exiger des dirigeants de notre parti et de nos élus qu’ils mènent la lutte des classes à leur niveau

Ce travail  de reconstruction du PCF peut-il se faire dans l’indifférence devant la gouvernance de l’appareil par la direction et ses dérives réformistes et politiciennes ? Bien sûr que non !

C’est pour cela notamment que nous intervenons à ce congrès pour  sortir le parti du scénario mortifère des primaires. A trois reprises en dix-huit mois, notamment grâce aux interventions des initiateurs de ce texte, les communistes ont évité le pire.

En juin 2014, alors qu’André Chassaigne avait approuvé les amendements à la « réforme » ferroviaire et s’était abstenu sur l’article le plus grave de la loi, une pétition rapide a garanti un vote contre de la part des députés communistes. Sinon, le PCF risquait d’être totalement discrédité dans cette entreprise capitale dans la lutte des classes en France.

En juillet 2015, P. Laurent et A. Chassaigne annonçaient leur intention de voter au parlement pourle plan antisocial imposé par l’UE et Tsipras au peuple grec. En partie grâce à une pétition en deux jours, leur vote s’est heureusement inversé. Comment lutter contre l’austérité en France quand on l’approuve en Grèce ?

En novembre 2015, la forte réaction des communistes après l’adhésion des mêmes dirigeants à l’union sacrée après les attentats, état d’urgence compris a infléchi le vote de certain sur sa prolongation puis la position contre la déchéance de nationalité.

Faire vivre, renforcer le PCF doit se faire avec, sans ou même contre sa direction, comme l’avait exprimé le grand résistant André Tollet à une conférence de presse en 2000. C’est toujours et plus que jamais notre conviction.

Être le parti d’avant-garde socialiste ne se décrète pas mais c’est un objectif, même exigeant. Lorsqu’une lutte échoue, nous ne disons pas que c’est la faute des travailleurs (combien de fois pourtant l’entendons-nous ?), mais nous nous demandons ce que nous n’avons pas réussi à faire et comment nous pourrons faire  mieux pour la suite.

Au 36ème congrès, un mouvement s’est fait entendre pour la préservation du symbole du Parti, celui des travailleurs, la faucille et le marteau. Nous avions dénoncé leur suppression des cartes du Parti, transformées en carte du PGE (alors que les adhérents du PCF ne sont pas membres personnellement du PGE). La direction a été bien en mal d’expliquer aux médias la mise au placard du symbole historique. En 2014, faucille et marteau sont réapparus, même si c’est en minuscule, sur les timbres de cotisants.

Communistes, sachons utiliser cet identifiant fort en grand.