Politique

Communistes, pourquoi nous ne soutenons pas les initiatives et l’organisation des « Gilets jaunes »

Position collective, pour vivelepcf.fr, 17 novembre 2018, proposée par Corinne Bécourt, Emmanuel Dang Tran et Dominique Negri.

Le mouvement des « Gilets jaunes » bénéficient, depuis plusieurs semaines, d’une complaisance médiatique flagrante. Pour les tenants de l’idéologie dominante et le gouvernement lui-même, il est présenté comme la principale contestation à la politique du pouvoir. Nous le contestons. Nous y voyons, au contraire, un exutoire, habile et dangereux, à la colère populaire face à la politique que poursuit et aggrave le pouvoir Macron-Philippe au service du capital et du grand patronat.

Les « Gilets jaunes », mouvement plus ou moins faussement spontané, se gardent bien de pointer ces vrais profiteurs. Ils sont même soutenus, sponsorisés matériellement, par des pans entiers du patronat. La revendication principale qui ressort, portée par les pétitions et appels sur les « réseaux sociaux » est minimaliste : la « baisse du prix à la pompe ». Les « Gilets jaunes » désignent leur principal adversaire : l’Etat, l’impôt et, derrière lui également, de manière indifférenciée, la dépense publique même quand elle est sociale.

Dans ces conditions, il est logique qu’une grande partie de la droite et de l’extrême-droite se soient placées dans les « Gilets jaunes ». Il n’y a pas à parler de « récupération » ou « d’instrumentalisation » mais de compatibilité.

A gauche et à l’extrême-gauche, un certain embarras, que nous comprenons, domine. La colère devant la hausse des prix des carburants est légitime. Elle rentre dans des politiques globales que nous n’avons cessé de dénoncer. Pour autant, il nous semble que toute complaisance avec les instigateurs des « Gilets jaunes » et leur agitation du 17 novembre est malvenue et potentiellement dangereuse.

Certains se disent que le mouvement sera éphémère. C’est douteux. La baisse des prix va effectivement probablement arriver puisque que les cours mondiaux du pétrole viennent de chuter de 20% en un mois. Le pouvoir va aussi faire semblant de concéder de petites aides qui ne seront, en fin de compte, que de nouvelles subventions au marché de l’automobile… Mais si ce n’est pas de nouveau sur l’essence et le gasoil, l’idéologie dominante saura faire repartir – aidée désormais de la fiction de spontanéité participative que sont les réseaux sociaux – un autre mouvement populiste du même type, aux mêmes relents poujadistes. Soucieux de porter une cohérence de fond, communistes, nous ne pouvons rentrer dans des jeux de postures à court terme.

D’autres se proposent de participer aux actions des « Gilets jaunes » mais en y ajoutant et en essayant d’imposer leurs propres mots d’ordre. Nous pensons que c’est une illusion. L’hégémonie idéologique dans le mouvement ne quittera pas les populistes et les médias dominants. Quant aux tentations de certains politiciens de gauche, qui veulent faire « peuple » et flatter leur clientèle, en préparation des prochaines élections, elles sont plus déplacées que jamais.

Ces constats ne nous empêchent en rien, dans la clarté sur les « Gilets jaunes », de développer nos arguments et propositions de lutte, en relation avec la colère face à la hausse des carburants.

1-Nous dénonçons depuis toujours les impôts indirects, dont la taxe sur les produits pétroliers et, en premier la TVA. Ils sont injustes au point de pénaliser proportionnellement davantage les petits revenus que les gros : un impôt dégressif ! Le prétexte écolo des hausses récentes, même cautionné par le présentateur  TV et patron du cosmétique Hulot, ne tient en rien. Ces hausses doivent être annulées. La mal-nommée « Contribution au service public de l’énergie », prélevée sur nos factures d’électricité, va encore augmenter de 12% en 2019 pour atteindre 7,8 milliards d’euros, au nom de « l’écologie » et pour faire payer la solidarité envers les plus pauvres par les autres usagers moins pauvres. Ces impôts doivent tendre à être supprimés (c’est un contresens de réclamer, comme Ian Brossat, une taxation équivalente du kérosène, et, ainsi, de légitimer l’existence de ces taxes).

2-La hausse des carburants pose directement le problème du marché de l’énergie et de sa privatisation totale. Outre le transport, le chauffage est l’autre dépense énergétique qui frappe directement tous les ménages. Le processus de privatisation de GDF, démantelée, et d’EDF a conduit à une envolée des prix sans rapport avec les coûts. On fait payer aux usagers en France les investissements financiers douteux à l’étranger et les profits. Les magnats du pétrole se gavent, à commencer par Total, qui va vers 10 milliards d’euros de profit en 2018, reversés largement en dividendes à ses actionnaires. La hausse du prix du litre de fuel ou de gasoil, c’est d’abord Total et ses concurrents qui l’empochent ! Une politique de contrôle public des prix, de nationalisation et renationalisation s’impose.

3-Le droit à la mobilité. On ne peut pas séparer le poids pour les ménages de la hausse du gasoil et de l’essence du besoin de transport.  La spéculation immobilière repousse toujours plus loin des centres d’activité des catégories entières, là où sévit le plus la désertification en services publics et en commerces etc. La politique de privatisation latente des transports en commun amène des fermetures de lignes SNCF, des augmentations de tarifs, une dégradation générale des services comme la grève des cheminots de ce printemps l’a pointé. Et maintenant, le pouvoir rackette les automobilistes, d’abord les plus pauvres. Pour nous, communistes, cette nouvelle injustice doit amener à une riposte globale pour le droit à la mobilité et le service public des transports.

4-Plutôt que de « pouvoir d’achat », parlons des salaires, directs et indirects (cotisations sociales, retraites, services publics etc). Le coût pour les ménages des hausses de prix du carburant est souvent insupportable. Il représente seulement une partie des prélèvements indus sur les salaires (retraites, pensions et allocations), comme l’explosion des loyers ou des prix de l’immobilier. C’est un aspect d’une politique de classe du pouvoir qui vise à toujours plus détourner l’argent, le financement des conquêtes sociales vers le profit capitaliste. Toutes les préoccupations des travailleurs se confondent : elles doivent converger. Exigeons des hausses de salaires ! Refusons les hausses de CSG, la CSG elle-même, le prélèvement à la source ! Non au CICE (« crédit d’impôt compétitivité emploi » de Hollande), transformé par Macron en baisse de cotisations patronales à la Sécurité sociale : c’est 40 milliards d’euros détournés pour la seule année 2019 (doublement) !

Voilà les sujets de lutte vers lesquels nous voulons, communistes, développer la colère légitime contre la hausse des carburants. Le mouvement des « Gilets jaunes » et le pouvoir s’efforcent de faire l’inverse, d’évacuer les questions politiques de classe.

Nous avions dénoncé les précédentes agressions du gouvernement contre les automobilistes pauvres et/ou ruraux. Nous comprenons mieux aujourd’hui dans quelle offensive idéologique elles se situent. La hausse exorbitante du contrôle technique massacre des centaines de milliers de ménages pauvres dépendant de la voiture, pour aucun bénéfice sinon pour les garagistes. La décision d’Edouard Philippe de réduire à 80km/h la limite de vitesse sur les routes secondaires a interloqué. La justification par la baisse du nombre d’accidents est incertaine, vu l’allongement des temps de parcours. Plus crédible est apparue la nécessité de limiter les risques d’accident devant la politique de sape des dépenses (décentralisées) d’entretien des routes et la multiplication exponentielle des nids de poule. Mais politiquement, cette mesure secondaire, symbolique, a ciblé une partie de la population : les ruraux, les habitants des « périphéries », les plus pauvres, ceux qui réagissent légitimement le plus aujourd’hui à la hausse des carburants. Les mêmes, plus ou moins, sont frappés par les politiques élitistes de la municipalité de Paris qui exclut de la circulation en centre-ville les véhicules plus anciens, encore ceux des plus pauvres et au prétexte de l’écologie.

La focalisation du débat sur les taxes sur les carburants permet politiquement au pouvoir, outre d’éluder le clivage de classe, de mettre en avant un vrai-faux clivage « écologique ».  Les travailleurs, suivant leur degré d’exploitation, leur lieu d’habitation, leurs besoins de transports, sont invités à s’opposer, entre eux,  sur le niveau des sacrifices à consentir au nom de l’écologie au capitalisme peint en vert.

Evacuons tout de suite – nous serons amenés à le refaire souvent et mieux – toute ambiguïté sur notre position « écologiste » : Communistes, nous faisons une priorité de la préservation et l’amélioration du cadre de vie de l’humanité, en France et dans le monde. Pour autant, nous n’entendons pas gober la propagande du capital sur l’apocalypse climatique au nom de laquelle les travailleurs devraient accepter tous les sacrifices. Des idéologues patronaux ne cachent pas que le capitalisme « vert » et la propagande qui l’accompagne sont une voie de sortie à la crise globale du capitalisme, un moyen de reconstitution du taux de profit par une surexploitation accrue et consentie.

Sur le plan politicien, ce débat, dangereusement biaisé, peut profiter à l’extrême-droite et aux autres populistes qui ne sont pas rentrés dans le consensus des taxes écologiques et l’écologie moraliste personnifiés par l’ex-ministre Hulot.

Certains de nos camarades s’impliquent dans la mobilisation des « gilets jaunes ». Nous comprenons et même partageons leurs motivations. Mais, après réflexion, nous pensons qu’ils font erreur. L’absence, sur ce sujet comme sur quasiment tous les autres dans la préparation du 38ème congrès, de position nationale claire du PCF, mise en débat largement, les malheureuses positions électoralistes de certains dirigeants, handicapent l’expression et l’action collectives des communistes, si nécessaires. Les syndicats de tradition révolutionnaire ont clairement refusé de cautionner les « Gilets jaunes ». Cette position nous rassure mais pose aussi la question principale. Pourquoi n’a-t-on pas cherché à développer les convergences d’intérêt et de luttes, parfois évidentes, autour de la lutte des cheminots : contre les directives UE de concurrence, pour le droit à la mobilité, pour la défense des statuts du travail ? Quelles convergences de lutte va-t-on créer contre la CSG et la nouvelle étape de la casse du financement de la sécurité sociale ? Quelle mobilisation, militants progressistes, construisons-nous contre la politique de guerre et de surarmement (sabrant, au passage, le « pouvoir d’achat ») répétée par Macron le 11 novembre?

L’organisation des « Gilets jaunes » ne sent pas bon. La perspective ne peut être de se mettre à la remorques de ce populisme ni, en même temps, de remettre en selle une « gauche » d’alternance et de collaboration d’ici 2022, en passant par les élections européennes de 2019. La question centrale, pour nous communistes, est, plus que jamais, le développement des luttes de classe et de leur convergence.

L’affaire Benalla ne doit pas faire perdre de vue que c’est la politique que poursuit Macron que nous devons combattre, non sa personne et son image.

Article EDT pour le site « vive le pcf », 10 août 2018

L’affaire Benalla a tenu en haleine les médias, les politiciens, les parlementaires pendant toute la deuxième quinzaine de juillet et même au-delà : beaucoup plus de bruit que pour les ordonnances Macron de casse du code du travail ou que pour la réforme ferroviaire, malgré la durée de la lutte de cheminots. Cette seule constatation fait déjà réfléchir.

Bien loin de nous l’idée de minimiser l’affaire. L’enquête doit aller jusqu’au bout. Mais il est maintenant clair qu’elle fera des choux maigres des vidéos peu reluisantes d’Alexandre Benalla, de l’examen au scalpel des passe-droits dont le proche collaborateur de Macron a bénéficié etc.

On est très loin du scandale d’Etat, qu’on le veuille ou non. Personne n’a d’ailleurs imaginé sérieusement que le Président tomberait à l’occasion. On est très loin des sinistres barbouzeries, souvent criminelles, qui ressortent de l’histoire des septennats des années 60 à 80 et déjà un peu des quinquennats suivants, couvertes ou suscitées par ces « grands » présidents que vénèrent les politiciens à la manœuvre aujourd’hui (Mélenchon se revendique de Mitterrand !)…

Depuis 10 ans au moins, on assiste bien à un renforcement, d’une part, de la politique de répression et d’intimidation du mouvement social, d’autre part, à une privatisation partielle des forces de sécurité. Mais le cas Benalla l’illustre de façon tout à fait marginale. Il n’est pas inconcevable qu’un président choisisse son garde du corps en chef parmi ses proches.

Surtout, rappelons-nous que c’est sous Valls qu’encore un pas a été franchi dans la répression d’Etat des manifestations et des luttes. Militants, nous l’avons subie et la subissons depuis les manifestations de 2016 contre la loi El-Khomri, entre gazage lacrymogène systématique et gratuit, encerclement musclé voire violent des manifestations, nouvelles formes de provocations policières etc.  Cette décision politique assumée est allée de pair avec la montée des provocations et violences des « black-blocks » lors de certaines manifestations. En même temps, certains militants sont  tentés par des formes de manifestation comprenant une part de violence ciblée et symbolique. Nous devons poursuivre la réflexion sur ces évolutions. La manifestation du 1er mai 2018, concurrente de la manifestation syndicale, en a été précisément une illustration. Les agissements filmés de Benalla l’ont suivie.

La lutte contre le terrorisme n’a été qu’un prétexte au tournant répressif de Valls-Hollande, utilisé lors du vote de l’état d’urgence en novembre 2015. Quelques communistes l’ont dénoncé dès le départ. Notre site « vivelepcf » avait rappelé les interventions des députés communistes dénonçant, déjà en 1955, le caractère répressif et antisocial de l’institution de l’état d’urgence, en France comme en Algérie. En revanche, André Chassaigne et Pierre Laurent, à l’Assemblée et au Sénat, s’étaient ralliés à « l’Union sacrée » sécuritaire.

Les voici cet été 2018 engagés dans une nouvelle union, à gauche, avec les députés PS et FI pour déposer une motion de censure contre le gouvernement sur le cas Benalla. Ils ont également, comme les députés FI, voté la motion de censure déposée par la droite sur le même épisode. Ces prises de position sont lourdes de signification sur la stratégie poursuivie par la direction du PCF et ses porte-paroles.  

Une motion de censure est acte politique institutionnel fort de condamnation sur le fond de toute la politique d’un gouvernement.  Il n’a de sens, pour nous communistes, que comme point d’appui aux luttes. Une motion de censure contre les ordonnances Macron, contre la loi anti-SNCF aurait été bienvenue, mais impensable avec ceux qui ont accompagné la Loi El-Khomri et la « réforme » ferroviaire de 2014.

Les motions de censure sur l’affaire Benalla rabaissent le débat politique sur des questions de personnes, de comportement, et évacuent la question de l’alternative. On est aussi loin des questions institutionnelles réelles. La motion de censure Faure-Chassaigne-Mélenchon est d’ailleurs quasiment identique à celle de la droite Jacob-Vauquiez. Ce n’était surtout pas une raison pour que les parlementaires PCF aggravent leur choix en votant cette dernière (ce que n’ont pas fait Faure et les parlementaires PS, mais ce qu’ont fait les « Insoumis » après s’être répandus, dans les couloirs de l’assemblée, en manœuvres politiciennes tout azimut, y compris avec les LR).

Entre 1990 et en 1992, le Parti avait décidé que ses députés, à défaut de pouvoir déposer à eux seuls une motion de censure, voteraient celles déposées par la droite contre les gouvernements Rocard puis Bérégovoy. Mais il s’est agi de deux questions essentielles, gravissimes, que nous combattions, en toute clarté, sur la base de positions strictement opposées à celle de la droite : l’établissement de la CSG puis la destructrice « Politique agricole commune ». Rien de comparable entre ces actes politiques courageux et le vote de circonstance d’août 2018!

Le personnage de Macron, et sa mise en scène, suscitent l’agacement, le rejet, parfois la haine, ce que nous comprenons et partageons spontanément. Mais comme parti communiste, nous devons diriger ces sentiments, quand ils traduisent une opposition de classe, vers l’organisation des luttes contre sa politique.  Ce n’est pas le rôle du PCF de participer à un jeu de de chamboule-tout virtuel qui n’aboutit qu’à renvoyer l’aspiration au changement vers une nouvelle farce électorale présidentielle en 2022. On est loin de la contestation réelle des institutions…

En 2007, un philosophe sortait un livre d’opportunité, dont le titre simple est resté dans les mémoires : « de quoi Sarkozy est-il le nom ? ». Comme Macron aujourd’hui, Sarkozy était diabolisé, avec une personnalité qui s’y prêtait et s’y complaisait. A quoi l’anti-sarkozysme a-t-il mené ? A l’avènement de Hollande, avec sabotage réformiste des luttes et grandes mobilisations  pour le service public de La Poste ou contre la casse de la retraite à 60 ans.

De quoi Macron est-il le nom ? Comme Sarkozy, comme Hollande, il est d’abord le nom, sur l’emballage, de la politique au service du capital, de l’UE.

Macron est aussi le nom d’une opération politicienne plus inédite. Elle a été organisée par le système en France, avant les élections de 2017 (déjà l’affaire, déjà médiatiquement disproportionnée, Pénélope Fillon). Avec Macron, le système a réussi à esquiver la crise du système de l’alternance gauche/droite dans le cadre d’une crise plus globale de la démocratie bourgeoise. Macron a été érigé en une 3ème force du système, appuyé par ceux qui pensent qu’ils n’ont pas intérêt au changement. L’opération a été validée par une petite majorité relative, face au repoussoir FN.

Avec Macron, le patronat a trouvé un moyen d’aggraver encore sa politique antisociale dans la stricte continuité Sarkozy et Hollande avec qui Macron avait collaboré. Le brouillage des repères politiques leur a permis de procéder, jusqu’à présent, avec une certaine facilité. Mais logiquement, sous Macron, la même politique suscite le même mécontentement, la même colère populaires. Des luttes sociales importantes s’élèvent.

Depuis juin 2017, c’est la course à l’échalote, derrière Macron, pour se positionner en premier opposant. Sans grand résultat. La médiatisation de l’affaire Benalla, à défaut de traduire un tournant, sonne l’heure des recompositions politiques concrètes et le début du retour de forces politiciennes d’alternance, à droite, comme à « gauche », avec 2022 dans le viseur, en passant par les élections européennes de 2019.

Une droite cherche à se droitiser sur les questions de société et de personnes – partageant entièrement la politique économique et sociale de Macron – éventuellement en recyclant tout ou partie de l’ex-FN (certains ne sont pas privés d’un jeu infâme sur les origines sociales de Benalla, « gars des cités »).

Une nouvelle gauche plurielle commence à se reconstituer, avec des composantes institutionnelles ou populistes, qui se retrouvent des affinités. Le souvenir de la gauche au pouvoir s’éloigne. La partie du PS qui a rejoint Macron redonne un semblant de virginité au reste.

Il n’est pas du tout dit que la 3ème force autour de Macron sorte perdante de la restauration des forces d’alternance. L’affaire Benalla, sauf rebondissements improbables, va s’essouffler sans l’avoir vraiment touchée. L’opinion s’y perd et s’ennuie dans les versions des uns et des autres protagonistes qui pourraient se neutraliser. Souvenons-nous aussi que Mélenchon avait – avant de se rétracter – traité de fascistes les manifestants du 1er mai que Banalla a affrontés…

Cibler à outrance le personnage de Macron laisse sa politique globalement indemne. Les affiches du PCF qui habillent le Président en Louis XIV confèreraient presque de l’autorité à Macron. Le boycott par Mélenchon de son discours de politique générale à Versailles le 9 juillet « le roi-président » a épargné au leader insoumis une contradiction sur le fond.

Car Macron a montré, dans son discours-programme de Versailles, non seulement qu’il était capable de se montrer moins arrogant, quand il le fallait, mais surtout que le pouvoir assume dans sa cohérence tout le programme de contre-réformes structurelles revendiquées par le patronat, l’UE et le capital. 

Pour Macron, la défaite de la lutte des cheminots est consommée. Nous considérons qu’elle se poursuit sous une autre forme et peut encore s’étendre à d’autres services publics, à condition d’analyser les échecs et de mettre enfin au centre la défense et la reconquête des monopoles publics face à la politique de concurrence de l’UE. Dans la suite de ses ordonnances contre le droit du travail, Macron veut abattre tous les statuts du travail, dont, en premier maintenant, celui de la fonction publique. Dans le même mouvement, il déclare la guerre à l’assurance chômage. La hausse de la CSG en un élément en se substituant à des cotisations chômage. Avec le passage au prélèvement à la source, elle annonce aussi un nouveau démantèlement du financement solidaire de la sécurité sociale par la cotisation. En concordance, Macron poursuit un plan ordonné de transfert au privé des prestations de l’Assurance maladie, de la prise en charge de la dépendance (EHPAD), une nouvelle remise en cause du système de retraite. Au centre de son discours, Macron fait une priorité de la rénovation du cadre capitaliste européen pour lui rendre son efficacité contre les acquis sociaux et démocratiques nationaux.  Il veut encore augmenter les dépenses militaires et affirmer la vocation de gendarme auxiliaire du monde de l’impérialisme français.

A peine quelques jours après cette véritable déclaration de guerre au monde du travail et au peuple, l’attention, l’engouement,  l’initiative des cadres de la vie politique sont totalement captés par l’affaire Benalla et les perspectives politiciennes qu’elle ouvre.

Loin de faire la part des choses dans cette affaire, les porte-parole du PCF se sont également engouffrés dans l’opportunité de recherche de coalitions et recompositions politiques dans les institutions. La personnification du pouvoir, l’anti-macronisme à outrance, permettent de s’afficher et de s’intégrer dans un cartel d’opposants, sans faire les délicats sur leurs positions réformistes, leur pratique et leur perspective d’accompagnement du système. La stratégie qui a quasiment éliminé notre parti comme force indépendante (1,23% des inscrits en juin 2017), et le prive de son rôle dans la lutte des classes, est plus que jamais à l’ordre du jour des groupes dirigeants avant le 38ème congrès du PCF.

Communistes, notre place, celle de notre Parti, est dans les luttes, dans l’organisation de la riposte, sur des positions de rupture, des positions de classe, à tous les aspects de la politique du pouvoir, dans le rassemblement que nous devons privilégier, celui qui part des luttes.

38ème congrès du PCF: PRESENTATION de la motion  » PCF: Reconstruire le Parti de classe. Priorité au rassemblement dans les luttes »

TRACT : SNCF, Alstom, droit du travail, justice de proximité, audiovisuel, facs… Macron et cie : Arrêtons-les ou bien ils vont faire un massacre !

Ceux qui pensaient, il y a un an, qu’avec Macron, « le changement, ce serait maintenant » se sont lourdement trompés.

Certes, ils étaient peu nombreux : 1 sixième des électeurs inscrits au 1er tour de la présidentielle et encore, parmi eux, ceux qui ont le moins intérêt au changement. Avec sa majorité à l’Assemblée d’opportunistes et de godillots, élus à la faveur d’une abstention record, Macron n’a pas de légitimité pour continuer à casser les acquis sociaux et économiques du pays au profit du grand capital international.

Macron poursuit et complète l’œuvre de Sarkozy et de Hollande. Pas de surprise, sous le premier, il était coordinateur de la « Commission Attali » puis banquier chez Rothschild (en charge notamment de préparer la vente d’Alstom-énergie). Sous le second, il a été conseiller du Président puis le ministre de l’économie qui a, entre autres, couvert la vente d’Alstom-énergie à General Electric (des centaines d’emplois et de technologies supprimés en France – maintenant c’est au tour d’Alstom-ferroviaire) et lancé les « Cars Macron » pour couler les trains régionaux (déjà ! – il ne fera pas croire aujourd’hui qu’il veut épargner les « petites lignes » ferroviaires).

La politique de Macron pèse déjà très lourd sur le pouvoir d’achat des travailleurs.

La hausse de la CSG s’abat notamment sur les retraités. L’envolée des taxes pseudos « écologiques » sur les carburants et le gaz prive en moyenne les ménages de 600 euros par an. La « suppression » progressive de la Taxe d’habitation est compensée par les contribuables eux-mêmes via le budget de l’Etat. Un nouvel impôt local est à l’étude. La plus grosse arnaque, aux dépens des ménages, aussi des petites entreprises, des finances publiques et de la sécurité sociale, c’est le passage au « prélèvement à la source » en 2019 (nous devrons toujours faire nos déclarations de revenu).

« En même temps », Macron a supprimé l’ISF sur les fortunes financières, diminué les impôts des spéculateurs.

« En même temps », la pénurie de moyens s’étend pour les hôpitaux mais les dépenses d’armement pour faire la police dans le monde sont encore accrues.

« En même temps », Macron attaque les quelques moyens de contrôle du Parlement français (avec ses ordonnances, son projet de loi institutionnelle), renforce ce qu’il faut appeler le contrôle d’Etat sur la désinformation (« Fakes News ») et museler l’audiovisuel public.

« En même temps », Macron veut préparer, avec Mme Merkel, un accroissement des pouvoirs de l’UE des capitalistes.

Rien n’a changé alors ? Si, la communication et la mise en scène politiques !

Là où Hollande pratiquait la présidence lénifiante, Macron pratique la présidence arrogante (dont le mépris pour les « gens qui ne sont rien »).

Le système a « inventé » Macron pour contourner l’épuisement du modèle de l’alternance « gauche »/droite pour mener, à tour de rôle, la même politique.

Aujourd’hui, droite et extrême-droite sont incapables de masquer leur accord avec la politique économique et sociale de Macron. Elles attendent leur heure pour, dangereusement, utiliser des questions, comme celle de l’immigration, pour détourner la protestation populaire.

La « gauche » institutionnelle, héritière de Mitterrand, de Jospin et de Hollande, commence juste à se refaire une virginité et mettre en avant de nouvelles têtes, qui jouent la posture « populiste » ou la posture traditionnellement social-démocrate.

Ni diversion, ni illusion politicienne: Désormais, le vrai et seul lieu de la riposte apparaît clairement : les luttes sociales et leur convergence pour commencer à mettre en échec cette politique, quel que soit le gouvernement qui la met en œuvre.

Dans la période avec la locomotive cheminote!

PETITION SNCF NON A LA LIVRAISON DU RAIL A LA CONCURRENCE PRIVEE

Agents des services publics, fonctionnaires et salariés du privé, tous unis pour défendre les services publics et nos conditions de travail

Faisons des journées des 15 et 22 mars le point de départ d’une grande riposte à la politique antisociale de Macron.

Si la politique menée sous Sarkozy puis Hollande a habitué les travailleurs aux mauvais coups, Macron fait aujourd’hui le pari de pouvoir précipiter les choses. Depuis le début de son mandat il ne se passe pas une semaine sans que des attaques gravissimes tombent sur toutes les catégories de salariés et de retraités : casse du code du travail, attaques en règles contre les fonctionnaires, volonté d’en finir avec la SNCF et les cheminots, rançonnement des retraités, offensive contre le logement social… Macron, un petit air de Thatcher à la française ? Montrons-lui notre refus de sa politique au service des plus riches, montrons-lui que les travailleurs dans l’unité d’action savent se faire entendre !

La riposte à la politique de Macron doit débuter avec les journées des 15 mars (salariés des EPHAD, retraités) et 22 mars (cheminots, ensemble de la fonction publique, contrôleurs aériens, étudiants  et divers secteurs du privé…). C’est par des mobilisations massives dans nos différents lieux de travail sur nos revendications catégorielles et par le travail à la convergence de nos luttes vers ces journées d’action que nous repousserons les attaques du gouvernement. Faisons le pari d’un printemps 2018 qui mettra en échec Macron et sa politique !

Attaquer le statut des cheminots c’est attaquer tous les travailleurs !

Le gouvernement prévoit de réformer la SNCF une nouvelle fois en ayant recourt aux ordonnances afin d’accélérer les choses et d’éviter le plus possible la contestation. Sous couvert d’une dégradation du service rendu par la SNCF, dégradation orchestrée par les différents gouvernements afin de légitimer leur politique (politique du tout-TGV, investissements insuffisants, manque de personnel…), le gouvernement organise l’ouverture à la concurrence du secteur ou, dit plus simplement et plus justement, sa privatisation. Au programme, transformation de la SNCF en Société Anonyme, fin du statut de cheminot et suppression, par les régions, de très nombreuses lignes considérées comme non rentables.

Qui peut objectivement croire à cette prétendue recette miracle du gouvernement ? Qui peut croire qu’en supprimant le statut cheminot et en dégradant les conditions de travail, les trains arriveront plus souvent à l’heure ? Qui peut croire qu’en faisant la part belle au privé (qui entrera sur le marché uniquement pour le profit), les investissements nécessaires à la régénération des infrastructures seront réalisés ? Personne ! Encore moins lorsque l’on voit le résultat des privatisations dans les autres pays !

Cette réforme est présente par les médias au service du pouvoir comme inévitable du fait de la dette d’abord et de l’Union Européenne ensuite. La fameuse « dette du ferroviaire » mise en avant est un simple artifice comptable qui résulte de la séparation des activités en différents entreprises afin de préparer la privatisation. De plus, il est important de rappeler qu’un service public n’a pas vocation à être rentable. Quant à l’UE, la privatisation est en effet orchestrée par les directives européennes, mais la lutte des travailleurs permettra leur non implication comme c’est le cas par exemple au Portugal.

Il faut donc nous battre main dans la main avec les cheminots pour défendre le service public ferroviaire et le statut. Ce n’est que par l’arrêt de ce processus de privatisation et la reconquête d’un grand monopole public du rail que nous pourrons renouer avec un service public ferroviaire de qualité au service des usagers et des travailleurs, et non au service des profits privés.

A la RATP, un processus similaire de privatisation est à l’œuvre, stoppons-le !

Si les médias ne parlent pour le moment que de la SNCF, aucune illusion ne doit être entretenue. La RATP est aussi dans le viseur du gouvernement qui va là encore s’attacher à attaquer le statut, attaques déjà commencées avec par exemple le gel du salaire et la retraite. Macron l’a clairement annoncé pendant la campagne, il veut « supprimer les régimes spéciaux », les agents RATP font donc aussi partie des victimes de cette politique antisociale au service des plus riches.

Le même processus de privatisation / ouverture à la concurrence que pour le rail est à l’œuvre du côté de la RATP. L’exploitation des nouvelles lignes du Grand Paris est désormais soumise à des appels d’offre auxquelles, bien évidemment, la RATP répond mais à l’aide de sa filiale RATP Dev. Qui dit filiale, dit activité identique mais conditions de travail différentes, avec des agents hors-statut. Cela revient à organiser la concurrence entre les travailleurs pour dégrader toujours un peu plus nos acquis sociaux. A partir de 2024 et de façon progressive, la mise en concurrence va également concerner les lignes existantes. Cela ne pourra se faire sans la destruction du statut RATP à laquelle va rapidement s’atteler le gouvernement. Cheminots, agents RATP, nous vivons les mêmes attaques, construisons la même riposte dans la lutte unitaire !

Des fonctionnaires dans le viseur du gouvernement. En lutte pour la défense de nos services publics.

Parallèlement à tout cela, le gouvernement s’en prend continuellement aux fonctionnaires, présentés comme des privilégies. Après le gel du point d’indice, le report de la revalorisation des carrières, le retour de la journée de carence, le ministre Darmanin annonce la suppression de 120 000 postes, un plan de départ « volontaire » et le recours massif aux contractuels. Tout cela est inacceptable !

Pour financer ses nombreux cadeaux aux plus riches, le gouvernement doit faire des économies, il va donc les chercher du côté des fonctionnaires à qui on demande toujours plus tout en donnant toujours moins. Dans une vision de plus long terme, le projet du gouvernement est clair ; en finir là encore avec le statut de la fonction publique comme ils veulent en finir avec le statut cheminot et RATP.

Résultat de cette politique, des services publics en détresse ! On le voit dans la santé où les hospitaliers sont pressés à l’extrême pour maintenir tant bien que mal une continuité du service. Dans l’éducation, les manques de moyens sont de plus en plus criants à chaque rentrée, la réforme annoncée du lycée accentuant encore un peu plus les problèmes. Dans les collectivités locales, aux impôts, à Pôle Emploi… partout la pression s’accentue, partout les conditions se dégradent.

Il est urgent de stopper cette dégradation à toute vitesse des services publics et des conditions de travail. Là encore, avec les cheminots et les agents RATP nos revendications convergent, luttons ensemble contre ce gouvernement qui nous attaque tous !

Salariés du privé, notre mobilisation aux côtés des autres catégories sera décisive !

La stratégie du gouvernement repose sur la division, refusons-là. Non les cheminots et les fonctionnaires ne sont pas des privilégiés ! Les seuls privilégiés se sont ceux qui bénéficient de la politique du gouvernement ; les plus riches. En tant que salariés du privé, nous avons tout intérêt à soutenir la lutte des cheminots et des fonctionnaires car ces statuts représentent des références collectives. Leur destruction se répercutera directement sur le droit du travail privé.

En tant que salariés du privé, nous sommes également touchés de plein fouet par la politique du gouvernement. La loi El-Khomri puis les ordonnances Macron ont gravement attaqués le droit du travail. Dans nos entreprises, cela se traduit par une pression accrue, une stagnation des salaires, une dégradation des conditions de travail voire par un non-respect des règles les plus élémentaires de sécurité.

A partir du 15 mars, plusieurs secteurs du privé sont appelés à la mobilisation. Les salariés des EPHAD nous montrent la voie avec une grève massive dans le secteur pour revendiquer des moyens supplémentaires afin de pouvoir réaliser correctement leur mission. Dans chaque secteur, les revendications catégorielles doivent se construire et être portées par une mobilisation massive.

Cheminots, agents RATP, fonctionnaires, salariés du privé, retraités, étudiants ou privés d’emploi, nous subissons tous aujourd’hui la politique du gouvernement. Refusons le jeu de la division, et unissons-nous ! Partout faisons remonter nos revendications catégorielles, partout mobilisons-nous, partout travaillons à l’unité d’action et à la convergence des luttes. Cela débute avec les journées des 15 et 22 mars afin d’exiger :

     -l’arrêt immédiat de la casse du statut cheminot et la reconquête d’un grand monopole public du ferroviaire assurant la qualité du service et des conditions de travail.

     -la défense du monopole public RATP et du statut des agents, la fin de la privatisation des transports.

     -le maintien du statut de la fonction public, des embauches massives dans les secteurs publics déficitaires, la revalorisation des traitements.

     -le retrait de la loi El-Khomri et des ordonnances Macron cassant le code du travail.

     -le refuse de l’application des directives européennes qui organisent la privatisation et la marchandisation des services publics.

C’est par la lutte que nous gagnerons, c’est par l’unité que nous vaincrons !