Vive le PCF
(0 commentaires, 890 articles)
Cet utilisateur n'a pas partagé les informations de son profil
Articles par Vive le PCF
Le mouvement populaire en France se moque bien de qui veut jouer les Tsipras aux élections présidentielles de 2017…
Diffusé à la Fête de l’Huma 2015 avec le texte en lien
Les travailleurs, les jeunes, les retraités subissent une offensive encore aggravée contre leurs acquis sociaux, leurs conditions de vie élémentaires. La tragédie subie par le peuple grec donne la perspective. Le transfert sans précédent, le « pacte de responsabilité » – 42 milliards d’euros – du travail vers le profit capitaliste ne serait qu’un prélude. De quoi Macron est-il le nom ? Inspirateur de Hollande depuis 2012, ce suppôt du patronat est maintenant en place pour préparer l’opinion au pire quel que soit le résultat de 2017.
Ouvriers, paysans, fonctionnaires : les luttes ne cessent pas contre cette casse sociale, contre la casse de l’appareil productif répondant aux besoins du peuple. La grande manifestation à l’initiative de la CGT le 9 avril a montré le potentiel de combativité de cette avant-garde de la classe ouvrière. A l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, une lutte inédite dans sa capacité de rassemblement met le DG M. Hirsch, ancien ministre de Sarkozy, nommé par Hollande, en échec dans son rôle de relais de la casse de l’assurance maladie. A la SNCF, suite au mouvement contre la « réforme ferroviaire » de 2014, à La Poste, partout en France, la mobilisation pour les services publics rencontre le soutien du pays.
Ces luttes, les attentes de la colère populaire se heurtent à une impasse en termes de perspective politique. L’idéologie dominante sait couper la vie et la politique. L’hypocrisie est reine. L’émotion après les attentats de Charlie-Hebdo est honteusement détournée en soutien aux impérialistes criminels. Au nom du réchauffement climatique, on explique aux pauvres comment se passer de l’essentiel. Une atroce photo de gosse mort sur une plage est instrumentalisée pour faire oublier le cynisme des fauteurs de guerre impérialistes et des importateurs de main-d’œuvre. Solidarité de classe avec les migrants !
Tout cela ne réussit pas à faire passer l’Union européenne du capital pour une agence de bienfaisance. Heureusement ! Au contraire, la responsabilité de cette coalition des capitalismes européens, alliés toujours, rivaux parfois, apparaît pleinement dans le massacre « exemplaire » du peuple grec, censé mater les velléités de résistance des peuples. Le rejet des politiques nationales au service du capital, coordonnées par l’UE, avec son instrument de domination, l’euro, grandit.
Mais cette opposition de classe, venant des plus exploités, ne rencontre pas automatiquement des positions de lutte de classe. A défaut, d’un côté, les partisans de la fiction réformiste – plombée par l’expérience – d’une « Europe sociale » et « démocratisée » se répandent. Le congrès à Paris le 30 septembre 2015 de la Confédération européenne des syndicats sera inauguré par Hollande et Juncker ! De l’autre, en complément, des nationalistes sont les défenseurs nostalgiques d’un capitalisme plus national. Pour nous, communistes, la rupture avec l’UE du capital ne peut, ne doit, passer que par des luttes de classe.
A la gravité de cette situation, à l’impérieuse nécessité d’organiser les luttes, face à l’ex-UMP/PS, complétée par le repoussoir FN, la « gauche de la gauche » est à nouveau en dessous de tout. Mélenchon, dans sa démagogie, essaie de se coller à Tsipras ou à l’Espagnol Iglésias. Il ne fait pas oublier son désistement inconditionnel sur Hollande en 2012. Ses déclarations germanophobes le disqualifient. Montebourg se voudrait en Varoufakis à la française : les deux ont déjà le même conseiller politique, Matthieu Pigasse, directeur de la banque Lazard. Côté « vertes », Duflot et Cosse lorgnent, après Tsipras, sur Cohn-Bendit pour 2017.
Pour nous communistes, il n’est pas question de suivre Pierre Laurent sur ces voies de recomposition politique et ces disputes de personne pour 2017. Les élections régionales de décembre pourraient et devraient permettre de relayer le mouvement social. Cela ne se fera pas en continuant à apporter une caution aux exécutifs socio-libéraux qui relaient – globalement – la politique du gouvernement. Cela ne se fera pas en s’alliant avec des opportunistes verts ou roses au 1er tour, artisans, entre autres, des contre-réformes ferroviaire et territoriale. Tout cela dans l’idée d’une candidature inutile en 2017…
Communistes, nous proposons à l’ensemble du PCF de se remettre dans les voies de la lutte des classes avec des propositions immédiates, s’inspirant de la résistance et des positions de nos camarades grecs du KKE.
Aux démagogues qui disent « Prenez le pouvoir : votez pour moi », nous répondons : « Organisez votre colère » avec le Parti communiste.
Appel à celles et ceux qui veulent assumer la nécessité de FAIRE VIVRE ET RENFORCER LE PCF
10 septembre 2015 – 8 novembre 2014
Cet appel a été rédigé à l’occasion de la dernière conférence nationale du PCF du 9 novembre 2014. Il porte la démarche de plusieurs fédérations et sections du PCF, de militants de toute la France, engagé pour faire vivre le Parti, sur des bases politiques et organisationnelles de classe, malgré et même contre la direction du PCF.
Les calculs politiciens pour une recomposition politique aux élections régionales de 2015, pour disputer à des opportunistes la place de « Tsipras à la française » aux élections présidentielles de 2017, aussi et toujours dans la recherche de places à la remorque de la social-démocratie, confirment la poursuite de la stratégie de mutation/transformation/liquidation réformiste du PCF engagée depuis au moins 25 ans.
Pendant ce temps-là, face au pouvoir capitaliste, dans la lutte des classes, dans les entreprises et les quartiers, dans les syndicats historiquement révolutionnaires, le point de vue communiste fait lourdement défaut. La raison d’être de l’engagement des signataires de cet appel est de contrecarrer cette tendance, par et dans l’action, pour assurer un avenir au PCF dont la classe ouvrière a tant besoin en France. Cette démarche sera portée collectivement au prochain congrès du PCF. Prenez-en connaissance ! Associez-y-vous ! « Cahiers communistes » s’en fait le porte-parole.
41 milliards d’euros par an de nouveaux cadeaux au patronat et 50 milliards d’euros de coupe des dépenses publiques et sociales : avec le « pacte de responsabilité », le gouvernement est en train d’opérer un transfert inédit des différentes formes de salaire socialisé vers le profit capitaliste. Services publics, sécurité sociale, production industrielle et agricole, droit du travail, réforme territoriale : il poursuit et accélère gravement les destructions des acquis sociaux et démocratiques, sous l’égide de l’Union européenne. Il engage notre pays plus que jamais dans des guerres impérialistes.
Le Front de gauche a contribué à nourrir des illusions électorales, pourtant inconcevables, avant 2012 dont le mouvement social, le mouvement syndical paient lourdement les conséquences.
Le Front de gauche est en crise patente et incontestable. Il a échoué sur ses objectifs affichés, notamment électoraux. Son caractère politicien s’est avéré au grand jour. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon, dépositaire de fait de la propriété morale du Front de gauche – grâce à la direction du PCF – poursuit sa dérive personnelle, politicienne, populiste (bonapartiste ?), négationniste de la lutte des classes, comme il l’exprime dans son dernier livre. Il était pourtant le mieux placé pour savoir qui est François Hollande !
Le PCF paie très cher, en termes d’élus, mais surtout de crédibilité dans le pays et parmi la classe ouvrière cette stratégie. Comme nous l’avions dénoncé, avec d’autres, la stratégie du Front de gauche a prolongé et aggravé le processus d’effacement et d’abandon des orientations fondamentales et de l’organisation historiques révolutionnaires du PCF.
Pour le moins, la convocation d’une conférence nationale du PCF se justifiait. Mais, une fois de plus, la direction du Parti s’est évertuée à l’organiser de façon à éviter toute remise en cause et à faire cautionner la poursuite de sa stratégie mortifère ou liquidatrice. Surtout, la direction nationale n’a soumis aucun texte politique stratégique à la discussion des communistes. Signe plus que révélateur : la réunion du Conseil national sur la stratégie électorale pour les scrutins départementaux et régionaux de 2015 s’est tenue le 15 octobre, avant la conférence nationale.
La stratégie électorale révèle la stratégie politique déjà adoptée. Elle sera à géométrie variable : ici avec le PS, là indépendamment. Elle sera illisible nationalement et risque de coûter aussi cher qu’aux municipales.
Pierre Laurent et l’équipe dirigeante, relayés quotidiennement par l’Humanité, donnent le ton depuis plusieurs mois. Leur stratégie renouvelée consiste à combiner la main tendue aux socialistes – aux courants et personnalités qui se placent à la « gauche » du PS – et la poursuite du Front de gauche.
Mais quel communiste peut se faire des illusions sur le calcul du PS et du système avec les « frondeurs » ? Hollande et Valls grillés, il s’agit de recréer une illusion de possibilité d’alternance à gauche d’ici 2017. Sur la base du programme de Hollande de 2012 et de propositions aussi dangereuses que la fusion CSG/Impôt sur le revenu ! Quant à la gauche « mouvementiste », gauchiste, « indignée », elle s’est toujours confirmée être complice de la social-démocratie et ennemie de l’organisation communiste de classe.
Autant dire que la direction du Parti, toujours sous l’ombre de Mélenchon, plus que jamais animée de sa volonté révisionniste, fuit en avant et fonce délibérément dans le mur. Prépare-t-elle les communistes à jouer au jeu des primaires de 2016 ? On peut le redouter, après les exemples des partis italiens du PGE !
Le système politique de l’alternance, dans la démocratie bourgeoise avancée, est arrivé au bout en France, quasiment au modèle américain. Deux équipes, droite, gauche, républicains, démocrates, se concurrencent et se complètent périodiquement pour accomplir la même politique au service du capital. La disparition du camp socialiste a accéléré le processus sans laisser disparaître les résistances ouvrières nationales, l’attachement à la sécurité sociale, au secteur public, les racines du processus national émancipateur, le PCF.
A partir de la fin des années 70, notre parti a fait l’analyse de l’erreur et du piège de « l’Union de la gauche ». Il n’est pas arrivé à se départir de cette stratégie institutionnelle dans les années 80, tout en maintenant peu ou prou son organisation de classe, ses cellules. Après la destruction du Mur de Berlin – il y a tout juste 25 ans -, contrairement à d’autres partis, le PCF et ses adhérents ont refusé le retournement de veste, le changement de nom. Mais les directions du PCF se sont engagées dans les années 90 – la « Mutation » de Robert Hue a 20 ans – dans la voie des abandons et renoncements, de l’inclusion dans le système. La participation à la « gauche plurielle » sous Jospin, le congrès de Martigues en 2000, les « collectifs antilibéraux » ont marqué ce processus de destruction que poursuit le Front de gauche. Il est plus nécessaire que jamais de le contrecarrer, de dire STOP !
Nous devons – et nous le faisons tous – évaluer la place renouvelée que le système politique à bout de souffle laisse aux ultra-réactionnaires et au FN pour détourner la colère populaire vers le pire. L’antifascisme est inscrit dans l’engagement communiste.
Il n’est pas vrai que les travailleurs, notre peuple ne se battent pas contre la politique du capital ! Mais, à l’opposé des logiques politiciennes suivies par la direction du Parti, communistes, nous devons avoir l’ambition, ouvertement, d’y figurer à l’avant-garde. Sinon pourquoi être communistes ? Nous mettons en avant 4 exemples récents parmi bien d’autres.
+ En 2009, la volonté de défendre les services publics et La Poste en particulier s’est exprimée massivement. La « gauche » et ses satellites ont organisé une « votation » qui a recueilli plus de 2 millions de voix. Mais cette force s’est trouvée dévoyée vers la perspective électorale de 2012. Et la votation évitait un point principal : le rejet nécessaire de l’application de la directive européenne de mise en concurrence générale du courrier. La direction du PCF s’est coulée dans le moule unitaire, stérile. Aujourd’hui, depuis le début de l’année 2014, 6000 emplois ont été supprimés à la Poste, une augmentation de 15% du timbre est prévue, mais des dizaines de luttes résolues se sont développées dans tout le pays. Nous proposons que le PCF impulse une véritable nationalisation de la bataille de La Poste (en lien avec notre rejet de la réforme territoriale), en remettant en avant le refus des directives européennes.
+ Dès son arrivée en 2012, Hollande a validé le plan de liquidation des usines PSA en France, l’enterrement de la sidérurgie de Florange. Aucune force politique nationale n’a mis en avant la nécessité et les possibilités effectives, liées au rapport de force, de la nationalisation (avec la reprise en main nationale de Renault). Le Parti n’a pas pu relayer efficacement, sur Alstom, la proposition de nationalisation. Voilà des campagnes prioritaires à mener en s’appuyant sur la signification historique de la « nationalisation démocratique à la française » issue de la Libération, la liant avec l’intervention des salariés et de la population.
+ En juin 2014, les cheminots ont mené un mouvement de grande ampleur pour défendre une entreprise nationale centrale, des acquis sociaux importants pour tout le monde du travail. Leur mobilisation a déjoué le plan du gouvernement qui attendait une réaction résignée de complaisance. Elle préserve des luttes et des convergences de luttes dans tout le secteur des transports. Il est nécessaire aujourd’hui de revenir sur les positions de repli du porte-parole parlementaire du Front de gauche (PCF) qui s’est abstenu sur la dissolution de la SNCF de 1937 avant d’appeler à la fin de la grève. Les députés PS « frondeurs » ont voté comme un seul homme contre les cheminots et les usagers. Il est impensable de continuer à s’aligner sur eux !
+ En 2010, par millions, les salariés sont descendus dans la rue pour défendre la sécurité sociale et la retraite à 60 ans, des semaines durant. Englués dans le Front de gauche, le Parti n’a pas aidé à préciser les revendications – retrait de la loi Woerth -, a contribué à renvoyer l’issue vers les élections de 2012. Auparavant, la faiblesse du soutien à la lutte contre la casse des régimes spéciaux en 2007, a participé de l’échec de 2010. Ce rapport de force pour la sécurité sociale ne s’est pas évaporé. Dans les hôpitaux publics, les effets de la loi Bachelot se font subir comme jamais. La Sécurité sociale est la première victime du Pacte de responsabilité. La nécessité de mener une grande campagne nationale pour la Sécu est impérieuse.
Mais sur ce sujet, comme sur les autres, une clarification de nos positions théoriques est indispensable, même si, d’autant plus si, elle nous met en contradiction avec les organisations réformistes.
Exemples. La modulation des cotisations sociales patronales ne saurait être une bonne proposition : elle valide le discours sur la baisse du coût du travail au nom de l’emploi. Le thème mis en avant de la « baisse du coût du capital », derrière les mots, nous place dangereusement dans une logique de cogestion, de « moralisation » du capital. A son profit. L’abandon depuis quinze ans des positions historiques de notre Parti contre l’Europe du capital, l’alignement sur les positions d’accompagnement de la CES et du Parti de la gauche européenne sont incompatibles avec la mise en œuvre des luttes prioritaires en France, dans un esprit internationaliste.
L’impérialisme français s’est associé comme partenaire et concurrent des autres impérialismes européens dans l’UE. Cette logique s’étend au plan mondial avec le rapprochement UE/USA et les accords transatlantiques en préparation (TAFTA) contre les puissances impérialistes émergentes. Les conséquences, graves, sont économiques, sociales, diplomatiques, militaires. L’expression anti-impérialiste systématique de notre parti, pour la sortie de la France de l’OTAN, pour la condamnation de l’UE et des expéditions guerrières françaises est aussi une priorité absolue.
Communistes, responsables d’organisation du PCF qui signons ce texte, suivant l’expression de Maurice Thorez, nous sommes attachés à notre parti comme à la prunelle de nos yeux. Nous savons que sa disparition signifierait un nouveau recul sans précédent pour les travailleurs et la population. Nous constatons aussi, dans nos sections et fédérations, dans les entreprises, les villes et les campagnes, l’intérêt croissant de nombreux travailleurs et de jeunes pour le PCF et son histoire, la recherche et le besoin de son organisation inspirée du marxisme et du léninisme, de la tradition de lutte nationale.
Dans la lignée de nos prises de position et action, pour certains depuis le XXVIIIe congrès de 1994, ou depuis celui de Martigues, nous appelons les communistes, tous ceux qui ressentent le besoin de notre organisation révolutionnaire, à se réapproprier le PCF dans l’action.
Nous entendons forcer les débats qui dérangent dans le Parti en direction de l’opinion publique. Nous ne voulons rien cacher des divergences avec nos directions. Nous entendons participer à tous les mouvements contre la politique du capital, même si nous ne nous reconnaissons pas pleinement dans les intentions de leurs organisations. Mais nous y exprimerons plus que jamais notre point de vus conforme à la raison d’être de notre parti. Plus que jamais, notamment sur les luttes précitées, nous voulons engager l’action communiste, avec ou malgré la direction nationale, en direction des travailleurs, pour la riposte immédiate à la politique du capital.
Le mouvement social bute sur l’absence de perspective politique. Seules les luttes peuvent déboucher la perspective politique. Communistes, c’est le sens de notre engagement.
Responsables de fédération, de section du PCF, membres du Conseil national, nous appelons les communistes, les militants syndicaux et autres, qui partagent cette démarche à rentrer en contact avec nous.
Premiers signataires : Corinne Bécourt, secrétaire de la section de Saint-Quentin, Emmanuel Dang Tran, membre du Conseil national, secrétaire de la section de Paris XV, Claude Fainzang, membre du Conseil national, paris XIX, Armelle Hervé, secrétaire de la section de Mantes-la-Jolie, Yvelines, Eric Jalade, membre du Conseil national, secrétaire de la fédération du Tarn, Eric Monini, secrétaire de la section de Jarny, Meurthe-et-Moselle, Cyril Morlot, secrétaire de la fédération de la Haute-Saône, Dominique Negri, membre du Conseil national, secrétaire de la section de Saint-Martin-d’Hères (Isère)
Avec les éleveurs face aux profiteurs, et face au gouvernement et à l’UE qui les servent
Autour de la nouvelle « table ronde » que le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a organisée, les éleveurs ne comptaient guère de soutien réel : pas celui des transformateurs et des distributeurs qui les écrasent pour gonfler leurs marges, pas non plus celui du gouvernement qui adhère plus que jamais aux objectifs européens de développement de la concurrence et des règles du marché capitaliste, pas même celui des principaux syndicats agricoles. Xavier Beulin, président de la FNSEA, bien plus chef d’entreprise que paysan, représente, pour la première fois personnellement, ceux qui profitent du système. Il ne cesse de réclamer un « abaissement des coût sociaux ». Il a d’ailleurs été régulièrement contesté dans les actions des éleveurs.
Le 7 septembre, l’agriculture paysanne ne peut pas s’attendre à davantage de soutien des participants au Conseil européen de l’agriculture, convoqué spécialement à la demande du gouvernement français. Les luttes parallèles de cet été, exprimant la même situation et la même colère, des éleveurs laitiers de Galice en Espagne ou en Belgique notamment, seront aussi mal relayées par les représentants de chaque pays.
Les éleveurs ne relâchent pas l’action dans les régions. Des journées nationales de protestation sont programmées pour le 3 et le 7 septembre (mais sous la coupe de la FNSEA nationale). Cette lutte est décisive. Seule, elle peut et doit porter les revendications fondamentales dans le pays. La rupture avec la « loi » du marché capitaliste est vitale à court terme pour bien des exploitations, à moyen terme pour des filières entières.
Cet été, le gouvernement a tenté de temporiser pour calmer la colère, sans succès. La crise n’est pas due à des aléas conjoncturels – même si l’embargo sur les ventes à la Russie la souligne – mais à un problème structurel. L’annonce de 600 millions d’euros d’aide d’urgence fin juillet pour soulager les trésoreries a logiquement été mal accueillie. Outre l’insuffisance de la somme, 500 millions ne sont que des reports de paiement et les 100 autres des exonérations qui vont peser sur les régimes sociaux.
Lors d’une précédente « table ronde » sur la viande porcine, le gouvernement avait arrangé un accord bancal comprenant un engagement (moral) des transformateurs et distributeurs à payer à partir de juillet les porcs au prix minimum d’1,4 euro le kg, ce qui correspond tout juste au seuil de survie pour les élevages. L’échec actuel de l’accord est instructif mais le principe, pour une fois, est intéressant.
Depuis une semaine, les deux principaux acheteurs refusent d’honorer leur engagement et bloquent le marché français, arguant que ces cours « artificiels » sont bien trop supérieurs aux cours réels du marché international. Une nouvelle fois de façon cynique, ils exploitent effrontément la détresse médiatisée des éleveurs pour se faire octroyer par le gouvernement de nouvelles aides publiques, alors qu’ils profitent déjà en plein du CICE. On peut parier que c’est ce qui sortira après la table ronde du 17 août, probablement sous forme de déduction de cotisations sociales, contre un engagement précaire à revenir sur le marché réglementé « au cadran ». Les « libéraux », les propagateurs du marché capitalistes, vont utiliser cet épisode pour démontrer qu’aucune entrave à la loi du marché n’est possible dans l’Union européenne et pour pousser à la restructuration de la filière mortifère pour les éleveurs et les conditions sanitaires et sociales.
Mais d’un autre côté, l’idée qu’il y a nécessité à fixer administrativement un prix minimum, un prix rémunérateur minimum, avance. Les éleveurs porcins (pour prendre leur cas) travaillent dur, dans des exploitations familiales dont le modèle est largement approuvé. Ils respectent les normes environnementales. Ils répondent à des besoins du pays et même très insuffisamment puisque 30 à 40% du porc consommé en France est importé. Et pour cela, ils devraient gagner zéro, voire perdre de l’argent et travailler en plus à l’extérieur pour ne pas faire faillite en attendant des jours meilleurs. Pendant ce temps, en aval, les distributeurs en particulier, qui ne produisent pas, empochent des marges conséquentes et sont prêts à saigner encore davantage ceux qui produisent pour les arrondir.
Cette réalité scandaleuse est un argument de poids pour faire avancer et gagner, comme le demande notamment les syndicats agricoles progressistes comme le MODEF, le principe de fixation administrative, après négociation, d’un prix plancher rémunérateur du travail paysan, mais qui s’applique à tous les achats vers la France, y compris des concurrents du reste de l’UE, et assorti de coefficients multiplicateurs encadrant les marges des transformateurs et distributeurs. C’est en rupture avec les règles de l’Union européenne ? Et alors ?
Cet été, le gouvernement s’en est allé aussi de quelques déclarations de patriotisme économique : achetons français ! Quelle mauvaise foi ! Bien sûr, on ne peut qu’exiger que soit précisé à nouveau le pays d’origine de la viande chez les distributeurs (et cela vaut pour tous les produits), même si cela va l’encontre de l’UE. Que l’Etat, les collectivités, les hôpitaux, les écoles montrent l’exemple en achetant français : oui aussi, mais cela signifie aussi – ce n’est pas un problème pour nous – d’ignorer les règles européennes d’appel d’offres. Mais économiquement étranglées, les collectivités sont poussées vers les fournisseurs discount. Comme les consommateurs ! Culpabiliser les ménages qui ont du mal à s’en sortir chaque fin de mois dans la crise de l’agriculture française, quasiment les accuser d’un manque de patriotisme, c’est, pour le pouvoir, se défausser de manière indécente. La cause principale est dans le prix.
Des exemples de distribution en « circuit court » sont de plus en plus souvent mis en avant dans les médias, comme des producteurs qui misent sur des produits « haut-de-gamme », ou des filières plus ou moins « bio ». Très bien ! Mais ces possibilités, souvent des niches, ne pourront jamais être le modèle général. L’Ile-de-France serait bien en peine de satisfaire ses besoins alimentaires… A l’inverse, comment peut-on accepter que 20% des porcs consommés en France soient abattus et transformés à l’étranger parce que l’Allemagne notamment a généralisé l’emploi de travailleurs détachés de l’est, sous-payés et tolère le travail au noir ! Le circuit « court » qui correspond à des normes décidées à l’échelon et dans le rapport de force le plus démocratiques : c’est le circuit national.
Toutes ces options se heurtent à l’Union européenne, à sa politique agricole « commune ». Il n’y a pas d’autre choix que de rompre avec elle.
Mais entendons-nous bien, la question n’est pas pour nous de dire que l’ennemi vient de l’extérieur : les gouvernements français successifs, les grands groupes agroalimentaires, les grands exportateurs, les grands distributeurs français adhérent totalement à cette Europe. Au Conseil européen, l’agriculture paysanne française ne sera réellement défendue par personne. Le ministre français fera seulement état des difficultés rencontrées en France par le processus européen de marchandisation intégral pour mieux voir comment le faire passer. Refusant d’assumer cette politique en France, il renvoie les responsabilités décisives vers l’UE. La rupture avec l’UE, c’est dans les Etats et notamment en France qu’elle se gagne, pas à Bruxelles !
Une autre illusion est dangereuse : celle de croire qu’il y aurait eu une PAC mieux inspirée « avant ». C’est faux, même si les dispositifs des années 70/80 paraîtraient aujourd’hui préférables. La PAC a toujours visé à renforcer l’intensité capitalistique de l’agriculture et son intégration sur les grands marchés capitalistes. Mais elle a procédé par étape en commençant par liquider la petite et moyenne exploitation. Au fil des élargissements de l’UE, on mesure par exemple combien le concept de « préférence communautaire », loin d’être protecteur, a accompagné l’insertion dans la concurrence « libre et non faussée », c’est-à-dire sauvage. L’annexion de la RDA, pour ne citer que cet exemple, a donné aux grands groupes d’Allemagne de l’ouest une agriculture très industrialisée, avec d’immenses exploitations, puis l’élargissement de l’UE une main d’œuvre très bon marché de Pologne toute proche. Les étapes suivantes et finales de la PAC en extinction sont en voie : l’extension du libre-échange agricole européen à des pays encore plus ruinés et dominés comme l’Ukraine, la suite de l’insertion dans les marchés mondiaux avec les négociations à l’OMC, peut-être même un marché commun uniformisé avec l’Amérique du Nord (TIPP).
Tout cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des batailles à mener, dans un combat global, pour infléchir certaines dispositions de la PAC et de l’UE. La directive sur les travailleurs détachés, qui permet aux patrons de ne pas leur payer des cotisations sociales du pays où ils travaillent, doit être abrogée. Le refus de dumping social aux frontières de la France est sans doute le meilleur moyen de pression pour cela. La question des « aides » européennes ne peut pas non plus être réglée du jour au lendemain. Sans elles, les éleveurs notamment ne pourraient pas subsister. Mais n’oublions pas qu’elles sont conçues pour contrôler au niveau européen les agriculteurs et accompagner le processus de marchandisation. N’oublions pas non plus qu’elles sont financées à partir des contributions des Etats-membres, dont la France au deuxième rang (La France est contributeur net de l’UE à hauteur de 9,4 milliards d’euros en 2013, solde de ce qu’elle verse et de ce qu’elle « reçoit).
Mais, en même temps, s’il est une activité où le rapport de force existe, en France comme dans de nombreux autres pays, pour s’affranchir immédiatement de la politique de l’UE (de la PAC avec des mesures telles que celles que nous avons mentionnées), c’est bien l’agriculture, parce qu’il y a une situation d’urgence largement comprise par l’opinion, parce qu’elle concerne un besoin essentiel à tous, parce que la souveraineté alimentaire est une exigence spontanément partagée et que les préoccupations « écologiques » croissantes (même détournées par le système) la renforcent.
Aujourd’hui, la rupture avec les politiques de l’UE est une urgence pour notre agriculture paysanne. Bien loin d’être un « repli », elle peut accompagner et encourager les mêmes mouvements dans les autres pays.
Au-delà de l’urgence, la consolidation voire la reconstitution de filières agricoles demande d’autres politiques. L’esprit des coopératives a été largement dévoyé, l’action du Crédit agricole encore davantage. Une intervention publique nationale et locale est nécessaire. Sans parler de la perspective que nous défendons de la nationalisation de la grande distribution. Une refonte aussi de l’organisation des exportations vers des contrats de coopération et d’échange avec les pays insuffisants sur le plan alimentaire est également nécessaire, contre la libéralisation mondiale.
Organisons la solidarité avec les paysans en lutte !
Sort des migrants en Grèce : aggravé par l’hypocrisie du gouvernement Tsipras
Brève, vivelepcf, 15 août 2015
Des réfugiés fuyant les guerres du Moyen-Orient affluent, depuis des semaines, par dizaines de milliers dans certaines îles grecques. Les côtes turques n’étant distantes que de quelques kilomètres, en cette saison, la situation n’atteint pas le niveau d’horreur de la situation entre Libye et Sicile. Mais elle n’en est pas moins dramatique.
Les migrants débarquent et sont parqués dans les pires conditions. Les autorités locales sont non seulement débordées mais souvent délibérément malveillantes et intéressées. Les forces publiques semblent agir de même. Les médias ont diffusé une vidéo montrant des gardes-côte en train de couler une embarcation emplie de réfugiés. Le pouvoir central grec a manifesté impuissance sinon laxisme et une incapacité totale à dépasser son incurie sans l’intervention de l’UE, dans les îles comme sur le continent.
Comme bien d’autres, nous l’avons dénoncé : la responsabilité première de ces drames se trouve dans les politiques hypocrites et cyniques des puissances impérialistes, notamment de l’UE. Elles attisent les guerres, déstabilisent des Etats pour étendre leurs intérêts économiques, pour enrégimenter leur « démocratie » dans une croisade contre le terrorisme. Elles défendent les plus sombres dictatures. Elles repoussent ceux qui fuient les guerres et les atrocités dont elles sont complices, ou, du moins, les trient sélectivement selon leur besoin de main-d’œuvre, plus ou moins qualifiée, à sous-payer. Elles instrumentalisent leur drame dans des débats politiques nationaux de diversion teintés de xénophobie et de racisme.
Ceci étant rappelé, même ceux qui ne se font plus guère d’illusion sur Tsipras pouvaient imaginer qu’au moins, sur cette question, il trancherait avec la politique de l’UE. Et ceux qui veulent encore s’accrocher à son image peuvent penser que son gouvernement n’a pas les moyens d’agir, malgré une supposée bonne volonté.
Tsipras n’a-t-il pas d’ailleurs nommé ministre des politiques migratoires une avocate droits-de-l’hommiste, Mme Tasia Christodoulopoulou, qui, longuement interviewée dans l’Humanité dimanche du 30 avril, paraissait plus humaine sur la question de l’accueil des migrants. Mais (naïvement ?) elle fixait déjà elle-même les limites de son humanisme : « Par ailleurs j’essaierai de toutes mes forces de rendre l’UE plus humaine dans son traitement des immigrés et des réfugiés ».
Les résultats de la politique de Tsipras donnent un résultat inverse. De sinistres bidonvilles se développent jusqu’aux parcs publics d’Athènes. Ils exacerbent les tensions.
Les caisses sont vides en Grèce même pour répondre à cette situation d’urgence affirme Tsipras. Pourtant son gouvernement a trouvé quand même de quoi engager en avril, pour 500 millions d’euros, la modernisation des avions de reconnaissance de la Marine, dont l’une des missions, précisément, est de contrôler les déplacements des migrants…
Avec son franc-parler goguenard et toujours cynique, le ministre de la défense et partenaire de Tsipras, Kammenos, leader du parti d’extrême-droite ANEL allié de Syriza, avait donné le ton. En mars, il déclarait au journal italien La Reppulica : « Si l’Europe nous lâche en pleine crise, on l’inondera de migrants, on leur distribuera des papiers valides qui leur permettront de circuler dans l’espace Schengen. Ainsi, la marée humaine pourra se rendre sans problèmes à Berlin. Et tant mieux si, parmi ces migrants, se trouvent des djihadistes de l’État islamique ». Quel encouragement au peuple grec à être accueillant ! Une conception des migrants bien proche de celle de l’idéologie dominante diffusée par l’UE !
L’accord sur le 3ème mémorandum antisocial est signé maintenant. Plus pro-européen que jamais, Tsipras appelle à la « solidarité » de l’UE pour soulager son problème migratoire.
A l’opposé, des organisations, notamment le syndicat PAME lié au Parti communiste KKE, appellent à la solidarité populaire et l’organisent à Kos comme à Athènes. Les syndicats PAME de l’archipel du Dodécanèse (où se trouve Kos) ont dénoncé dans un communiqué les responsabilités conjointes de l’UE et du gouvernement et le choix de ce dernier de laisser faire les agissements des autorités locales. A Athènes, le PAME distribue des tracts aux migrants en grec et en persan affirmant leur solidarité objective de classe.
En servant les intérêts capitalistes grecs, l’UE et l’OTAN, le gouvernement Tsipras ne peut pas avoir une politique humaine à l’égard des réfugiés des guerres impérialistes. Tout est cohérent.


