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Pourquoi la Turquie a-t-elle abattu l’avion russe ?

Article du journaliste progressiste américain Conn Hallinan, repris du site « International Policy Digest », 11 décembre 2015, traduit par MlN pour Solidarité internationale PCF.

Conn Hallinan tente de démêler l’imbroglio des confrontations impérialistes telles qu’elles se manifestent dramatiquement en Syrie, sur le sol et dans les airs. Les bombardements français, intensifiés à des fins idéologiques en France après les attentats, en font partie, loin de toute solution de paix dans le pays.

 

Pourquoi la Turquie a-t-elle abattu l’avion russe ?

Ce n’est certainement pas parce que le Sukhoï 24 présentait une quelconque menace. L’avion est vieux et lent et les Russes avaient pris la précaution de ne pas l’armer de missiles de chasse aérienne. Ce n’est pas non plus parce que les Turcs ont la gâchette facile. Il y a trois ans, le président turc Recep Tayyip Erdogan déclarait avec emphase qu’une « violation momentanée de son espace aérien ne pourrait jamais être un prétexte à une attaque ». Il y a des doutes que l’avion russe soit même réellement rentré dans l’espace aérien de la Turquie.

De fait, tout l’incident du 24 novembre paraît de plus en plus douteux et on n’a pas besoin d’être un paranoïaque russe pour penser qu’il pourrait s’agir d’un piège tendu. Comme le lieutenant général à la retraite, Tom Mac Inerney, ancien chef d’état major de l’US Air Force, l’a dit à Fox News : « Cet avion n’opérait aucune manœuvre en vue d’attaquer le territoire [turc] ». Il a qualifié l’action turque « d’exagérément agressive » et a conclu que l’incident « devait avoir été prémédité ».

Tout cela a certainement dû perturber les militaires israéliens pourtant pas vraiment connus pour avoir une approche désinvolte des intrusions militaires. Le ministre de la défense israélien, Moshe Yaalon, a indiqué à la presse le 29 novembre qu’un avion russe avait violé la frontière israélienne sur les hauteurs du Golan. « Les avions russes n’avaient pas d’intention de nous attaquer, c’est pourquoi nous devons pas automatiquement réagir et les abattre quand il se produit une erreur ».

Alors pourquoi l’avion a-t-il été descendu ?

Peut-être parce que, pour la première fois en quatre ans, des acteurs majeurs avancent timidement vers un règlement de la catastrophique guerre civile en Syrie et que des forces conséquentes manœuvrent pour torpiller ce processus. Si les Russes n’avaient pas gardé leur calme, plusieurs puissances nucléaires auraient pu se trouver dans une situation inquiétante de confrontation et toute idée de fin de guerre en Syrie se serait évanouie.

Il y a de multiples acteurs sur la scène syrienne, et un nombre déconcertant d’intérêts s’entrecroisent et d’objectifs se concurrencent, ce qui, paradoxalement, rend à la fois plus facile et plus difficile de trouver un terrain d’entente. Plus facile parce qu’il n’existe pas de position unifiée parmi les protagonistes ; plus difficile parce qu’essayer de garder un troupeau de chats lourdement armés est une affaire délicate.

Le maigre résultat des joueurs en présence :

Les Russes et les Iraniens soutiennent le président syrien Bachar El-Assad et combattent une série d’organisations extrémistes allant d’Al-Qaïda à l’Etat Islamique (ISIS/DAECH). Mais chaque pays ne voit pas de la même façon à quoi pourrait ressembler la Syrie après la guerre civile. Les Russes veulent un Etat centralisé et laïque doté d’une grande armée. Les Iraniens ne se préoccupent guère de « laïcité » et privilégient des milices plutôt que des armées.

La Turquie, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la plupart des autres monarchies du Golfe essayent de renverser le régime d’Assad et sont les premiers soutiens des groupes que la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais combattent. Mais, alors que la Turquie et le Qatar veulent remplacer Assad par les Frères musulmans syriens, l’Arabie Saoudite déteste ces derniers peut-être encore davantage qu’elle ne déteste Assad. Et tandis que les monarchies du Golfe ne se préoccupent pas plus que cela des Kurdes, la Turquie les bombarde et ils sont même l’un des motifs principaux pour lequel Ankara s’implique autant en Syrie.

Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni essayent également de renverser Assad, mais sont actuellement rivés sur la bataille contre Daech, utilisant les Kurdes comme allié principal – en particulier les Parti démocratique kurde syrien, une ramification du Parti des travailleurs kurdes de Turquie (le PKK) que les Etats-Unis ont officiellement désigné comme « terroriste ». Il s’agit des mêmes Kurdes que ceux que bombarde la Turquie et qui entretiennent une alliance cordiale avec les Russes.

En fait, la Turquie va peut-être découvrir, comme prix à payer pour avoir abattu le Sukhoï-24, l’apparition soudaine de nouvelles armes russes dans les mains des Kurdes, dont certaines dirigées contre les Turcs.

La guerre en Syrie demande de suspendre sa pensée rationnelle.

Les Américains ne sont pas contents que les Russes bombardent les anti-Assad de « l’Armée de la conquête », une alliance de rebelles dominée par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda. C’est cette même Al-Qaïda qui est censée avoir détruit les tours du World Trade Center et que les Etats-Unis sont actuellement en train de bombarder au Yémen, en Somalie et en Afghanistan.

La nécessité de suspendre sa pensée rationnelle ne vaut pas que pour la Syrie.

Un certain nombre de pays arabes ont rejoint initialement la guerre aérienne des Etats-Unis contre l’Etat islamique et Al Qaïda parce que ces deux organisations se sont promis de renverser les monarchies du Golfe. Mais l’Arabie Saoudite, la Jordanie, les Emirats-Arabes-Unis et le Qatar ont maintenant abandonné cette voie pour concentrer leur force aérienne sur le bombardement des Houthis au Yémen.

Les Houthis, pourtant, sont de loin la force la plus efficace combattant Daech et AL-Qaïda au Yemen. Ces deux organisations extrémistes ont enregistré des gains majeurs ces dernières semaines parce que les Houthis sont trop occupés à se défendre par ailleurs pour les contrer.

En dépit de tous ces troubles politiques, plusieurs évolutions amènent pourtant les différentes parties vers une forme de règlement pacifique n’impliquant pas de changement de régime en Syrie. C’est précisément ce qui inquiète les Turcs et les monarques du Golfe et c’est la raison principale pour laquelle Ankara a abattu l’avion russe.

La première de ces évolutions s’est imposée au long de l’été : le flux croissant de Syriens fuyant la guerre. Ils sont déjà près de 2 millions en Turquie, plus d’un million en Jordanie et au Liban et 900.000 en Europe. Sur les 23 millions de Syriens, quelque 11 millions ont été déplacés à cause de la guerre et les Européens s’inquiètent de voir nombre de ces 11 millions finir dans des campements sur les rives de la Seine ou de la Ruhr. Si la guerre se poursuit l’année prochaine, c’est une perspective tout à fait plausible.

En conséquence, les Européens ont mis en sourdine leur exigence du départ d’Assad comme préalable à un cessez-le-feu et comptent sur les Américains pour en faire autant. La question est loin d’être réglée mais un accord général semble se dessiner suivant lequel Assad sera au moins une partie de la solution vers un gouvernement de transition. A ce stade, les Russes et les Iraniens insistent sur la tenue d’une élection à laquelle Assad serait candidat parce que ces deux puissances redoutent tout ce qui pourrait ressembler à un « changement de régime ». Le rôle qu’Assad pourrait jouer sera un point d’accrochage mais probablement pas insurmontable.

La Turquie et l’Arabie Saoudite sont intransigeantes sur le départ d’Assad mais aucun des deux pays ne tient la barre en ce moment. Si l’OTAN a soutenu la Turquie dans l’affaire de l’avion russe, suivant une certaine presse turque, beaucoup de ses dirigeants considèrent Erdogan comme un élément incontrôlable. Et l’Arabie Saoudite – dont l’économie a été atteinte durement par la baisse mondiale des cours du pétrole – est préoccupée par sa guerre au Yémen qui est en passe de devenir un coûteux bourbier.

Le rôle de la Russie.

La deuxième évolution résulte de l’intervention russe, qui semble avoir changé la donne sur le terrain, au moins au nord, où les forces d’Assad subissent durement la pression de « l’Armée de la Conquête ». Les nouvelles armes en présence et la force aérienne ont contenu une offensive des rebelles et ont permis quelques avancées des forces gouvernementales dans la bataille pour la plus grande ville de Syrie, Alep.

Les bombardements russes ont aussi lourdement affecté les insurgés turkmènes dans la région de Bayir-Bucak, zone frontalière que la Turquie a utilisée pour faire passer des armes, du ravitaillement et des combattants en Syrie.

L’apparition des Russes à annihilé les efforts de la Turquie pour établir une « zone d’exclusion aérienne » à sa frontière avec la Syrie, une proposition qui n’a jamais soulevé l’enthousiasme des Etats-Unis. Les principaux alliés de Washington, les Kurdes, sont fortement opposés à une telle zone d’exclusion aérienne parce qu’ils y voient un élément des efforts d’Ankara pour éloigner la formation d’une région autonome kurde en Syrie.

La zone de Bayir-Bucak et la ville de Jerablus constituent aussi le point de transit pour les lucratives opérations de contrebande de pétrole, apparemment supervisées par l’un des fils d’Erdogan, Bilal. Les Russes ont embarrassé les Turcs en publiant des photos satellites montrant des kilomètres de camions citernes chargeant du pétrole depuis les puits contrôlés par Daech et l’acheminant à travers la frontière sud de la Turquie.

Le président russe Valdimir Poutine l’a dit le 30 novembre : « Le pétrole des militants de l’Etat islamique pénètre en Turquie à une échelle industrielle. Nous avons toutes les raisons de penser que la décision d’abattre notre avion était guidée par le désir d’assurer la sécurité des voies de livraison de ce pétrole vers les ports ».

Erdogan et l’OTAN.

Erdogan n’a pas obtenu toute la réponse qu’il voulait de l’OTAN après que le Sukhoï-24 a été abattu. Si l’alliance militaire a soutenu la défense de sa « souveraineté » par la Turquie, l’OTAN a ensuite appelé à une résolution pacifique de toute l’affaire et à une désescalade.

Au moment où l’Europe a besoin d’une solution à la crise des réfugiés – et veut concentrer sa force de frappe sur l’organisation qui a tué 130 personnes à Paris – l’OTAN ne peut pas approuver que la Turquie l’entraîne vers une confrontation avec les Russes, rendant toute la situation encore beaucoup plus dangereuse qu’avant l’incident du 24 novembre.

Les Russes ont déployé maintenant leurs bombardiers plus modernes, de type SukhoÏ-34, et les ont équipés de missiles air-air. Les bombardiers seront maintenant escortés par des chasseurs de type Sukhoï-35. Les Russes ont aussi déployé des systèmes anti-aériens S-300 et S-400, ces derniers dotés d’un rayon d’action de 400 kilomètres. Les Russes disent ne pas rechercher de problèmes mais ils renforcent leurs armes pour prévenir qu’il s’en produise.

Est-ce qu’un accrochage entre les Turcs et les Russes pourrait conduire l’OTAN – et quatre puissances nucléaires – à entrer en confrontation ? Cette éventualité a de quoi faire réfléchir.

Vers la table des négociations

Autour du Nouvel An, les pays impliqués dans la guerre civile syrienne vont se rencontrer à Genève. Un certain nombre feront tout leur possible pour faire dérailler les négociations mais l’on peut espérer qu’il y aura suffisamment d’interlocuteurs censés – ou désespérés – pour dessiner les contours d’une solution politique.

Ce ne sera pas facile et il faut déjà décider qui s’assoira autour de la table. Les Turcs ne voudront pas des Kurdes ; les Russes, les Iraniens et les Kurdes ne voudront pas de l’Armée de la Conquête ; les Saoudiens ne voudront pas d’Assad. A la fin tout pourrait bien s’écrouler. Il n’est pas difficile de torpiller un plan de paix au Moyen-Orient.

Mais si les problèmes sont grands, un échec serait catastrophique. C’est ce qui pourrait être le ciment qui retiendra ensemble toutes les parties le temps qu’il faudra pour arracher un cessez-le-feu, un embargo sur les armes, une nouvelle constitution et des élections sous surveillance internationale.

Crise économique et politique au Brésil : mais pas de l’Etat. Analyse théorique de Mauro Luis Iasi du Parti communiste brésilien

Repris de Solidarité internationale PCF, article d’août 2015, repris le 11 décembre 2015

Une du journal de novembre du PCB

La crise politique s’aggrave au Brésil. La procédure de destitution de la présidente, Dilma Rousseff, a été engagée le 3 décembre, puis suspendue. Les scandales de corruption éclatent et éclaboussent largement d’abord les partis de centre « gauche » au pouvoir. Cela correspond à un blocage, à la crise persistante de l’économie « émergente ». Les protestations sociales sont nombreuses. La droite arrive parfois à les canaliser. Le chercheur marxiste, Mauro Iasi, analyse cette situation et dresse le constat de l’absence actuelle de perspective révolutionnaire, faute de crise de l’Etat. Sa réflexion théorique nous semble intéressante au-delà même du cas brésilien. Iasi est membre du Parti communiste brésilien PCB (et non du Parti communiste du Brésil, PCdoB, d’origine maoïste, allié au Parti des Travailleurs de Dilma Rousseff).

Brésil : Trois crises … mais une fait défaut. – Article théorique de Mauro Iasi

Par Mauro Luis Iasi, du Centre d’études et de recherches marxistes, membre du Comité central du Parti communiste brésilien, 13 août 2015, traduction MlJ pour Solidarité internationale PCF

Dans le contexte brésilien s’entrelacent deux crises: une crise économique et une crise politique. Il y en a une autre, celle qui souvent est décisive et marque les moments de rupture historique: une crise de l’Etat.

Directement ou indirectement, toutes les crises dans une société capitaliste sont liées à une crise économique, mais les liens entre les dimensions politiques et économiques de la crise ne sont pas toujours clairs. Comme nous le savons, la crise est inhérente au processus d’accumulation, mais il y a des moments où cette crise devient plus visible et où le paradoxe de suraccumulation explose en brûlant du capital, en détruisant des forces productives, avec tous les effets que nous connaissons sur les travailleurs. Ensuite la crise politique dépend de la coexistence de factions de la classe dirigeante et des accords politiques entre elles pour former un bloc dominant, ainsi que, dans une large mesure, de la forme politique établie historiquement et au sein de laquelle cette coexistence est devenue possible.

Cependant, la crise de l’Etat est quelque chose de plus profond. Elle est le signe que la contradiction est allée au-delà des limites que l’ordre bourgeois peut contenir, l’émergence de la lutte des classes ne menaçant pas seulement l’un ou l’autre segment de la classe dirigeante mais l’ordre bourgeois lui-même. C’est une crise qui, bien qu’elle se manifeste dans une conjoncture donnée, marquée par le gouvernement d’une ou l’autre faction du bloc dirigeant, est, dans le même temps, une crise de l’Etat bourgeois.

LA CRISE ECONOMIQUE

La grande illusion de la dernière période cyclique a été la croyance dans le mythe du développement capitaliste « soutenable » – comme si on pouvait éviter la crise par la gestion de l’investissement, du contrôle fiscal et monétaire, de la consommation, des dépenses publiques et de tous les autres éléments de la soi-disant « macroéconomie ». Comme Mészáros [philosophe marxiste hongrois, assistant de Lukacks. NdT] nous a avertis il y a longtemps, ceci est une vaine tentative pour contrôler un « métabolisme social incontrôlable ».

La soi-disant « soutenabilité » du capitalisme signifie, en un mot, un équilibre entre la demande croissante tirée par la consommation et une augmentation croissante de la production qui à son tour génère plus d’emplois et, en conséquence, plus de consommation et ainsi de suite. Il suffirait que l’Etat garantisse aux investisseurs capitalistes de bonnes conditions pour assurer une croissance de l’économie, une augmentation des revenus, et un surcroît de ressources pour l’investissement public – que ce soit dans les infrastructures, pour renforcer la continuité du cycle économique vertueux, ou pour des politiques compensatoires en vue de réduire les effets les plus visibles de la pauvreté absolue.

La racine de la crise actuelle est la preuve du caractère incontrôlable du capital. Le capital accumule inégalement les composants qui le constituent, devenant proportionnellement davantage du capital constant (machines, technologie, installations, etc.) que du capital variable (travail), générant ce que Marx appelait la tendance à la baisse du taux de profit.

Dans cette approche, ce qui conduit à la crise n’est pas le défaut des conditions pour la croissance de l’accumulation, mais la croissance elle-même parce qu’elle génère une suraccumulation qui rend impossible au capital le retour au cycle de sa reproduction avec des profits acceptables.

Il revient à l’Etat bourgeois, comme acteur principal, de prendre les mesures nécessaires pour activer en pratique les contre-tendances à la baisse du taux de profit et gérer la crise cyclique et périodique inévitable. L’auteur du Capital a listé six contre-tendances. Remarquez comment nous pouvons clairement les identifier dans l’action économique cyclique des gouvernements bourgeois:

- Exploitation intensifiée des travailleurs;
- Réduction des salaires;
- Augmentation de la surpopulation relative (exproprier beaucoup plus que ce qui est utilisé par le capital dans sa sphère productive);
- Réduction des coûts du capital constant (subventions, nouveaux matériels, infrastructures, etc.);
- Expansion des marchés, ou bien pour écouler la surproduction de marchandises, ou bien pour trouver de nouvelles sources de matières premières ou des machines, etc., ou, dans la phase actuelle du capitalisme, pour exporter du capital;
- Autonomisation de la sphère bancaire en vue de compenser, par les intérêts versés sur les obligations d’État ou d’autres formes, la baisse du taux de profit.

Ces mesures, qui démontrent le caractère essentiel de l’État dans le fonctionnement de l’économie capitaliste – démontant le présupposé libéral – n’empêchent ni la crise, ni la baisse tendancielle du taux de profit, mais imposent au mouvement de l’économie son caractère cyclique, avec des moments de croissance de l’accumulation, de pic, de crise, de récession, et ainsi de suite.

Ce que nous voyons aujourd’hui est un moment où on paye le prix de la croissance capitaliste décrite auparavant comme vertueuse. Selon le Bulletin de surveillance de la conjoncture (www.criticadaeconomia.com.br):

«Comparé au même mois de l’an dernier, la production industrielle a chuté de 3,2%, l’indice mensuel de juin 2015 étant le 16ème négatif d’affilée. En mesure semestrielle, l’ensemble de l’industrie a reculé de 6,3% au cours des six premiers mois de 2015, le repli le plus élevé depuis le premier semestre 2009 (-13,0%) au sommet de la dernière crise mondiale de 2008/2009. Encore plus alarmants sont les chiffres de l’effondrement des grands secteurs industriels. Ils ont déjà désactivé une grande partie de la production de biens d’équipement (machines, installations). Celle-ci a continué à baisser, de -11,2% dans la seconde moitié de l’année dernière à -20,0% dans les six premiers mois de 2015. Le secteur stratégique des biens de consommation durables est un autre exemple, que traduit également la baisse de la demande de métaux, avec une baisse passant de -10,1% dans la seconde moitié de 2014 à -14,6% dans les six premiers mois de cette année « .

Au désespoir du gouvernement, dans la période, les mécanismes qui fonctionnaient auparavant pour encourager l’investissement et la croissance économique, paraissent maintenant faire plonger l’économie.

DE LA CRISE ÉCONOMIQUE À LA CRISE POLITIQUE

Dans ce contexte de crise de suraccumulation et de nécessité de brûler du capital, l’irrationalité de la rationalité capitaliste se révèle. Le soi-disant « ajustement » mis en œuvre par le gouvernement Dilma [Dilma Rousseff, présidente, NdT] dont Levy est l’artisan officiel [Joaquim Levy, ministre des finances, NdT] (dire que l’on est pour Dilma et contre Levy revient à dire que l’on est pour les Rolling Stones mais sans Mick Jagger) répond aux intérêts du capital mais heurte les intérêts des capitalistes. Explications : s’exprime ici, une fois de plus, la vieille contradiction propre à la société bourgeoise entre l’intérêt général et les intérêts particuliers.

Le capital a besoin de brûler des forces productives, de réduire la production et la consommation, de dévaster les marchés, détruisant le pouvoir d’achat de la monnaie, d’écraser les salaires et de licencier en masse pour recréer les conditions favorables à la reprise des investissements avec des taux acceptables de profit. Cependant, si tout le monde s’accordent sur le remède, on ne peut pas attendre de chaque capitaliste en particulier qu’il soit prêt à se sacrifier pour le bien commun de l’accumulation en brûlant ses propres forces productives et en détruisant sa propre capacité de production.

Comme l’a expliqué Mandel, suivant les pistes de Marx, voilà exactement pourquoi le déclenchement de la crise est catastrophique parce que, paradoxalement, au moment qui précède, les capitalistes au lieu de ralentir, intensifient la production.

Sans d’autres interventions, une crise de cette nature mettrait en péril l’ordre du capital, comme cela est arrivé au début du XXe siècle avec les deux guerres mondiales et dans leur contexte, le déclenchement de la révolution socialiste en Russie, en Chine et ensuite dans d’autres parties du globe. Il revient à l’État à nouveau de garantir l’ordre bourgeois. Il est fondamental de transformer la crise de l’économie capitaliste en une crise de toute la société, exigeant des sacrifices partagés pour revenir à une croissance mythique qui profitera à tous.

Cependant, les différentes factions qui composent le bloc du pouvoir (dans ce moment historique, les secteurs qui composent le grand capital monopoliste), comme il est naturel de le supposer, ne s’entendent pas toujours sur la façon de gérer la crise, cherchant, selon leur proximité avec le gouvernement, à exempter leurs industries, à assurer leurs investissements et, si possible, à écraser leurs concurrents. Le seul consensus dans le bloc au pouvoir est de faire retomber le plus grand poids de la crise sur la classe ouvrière, mais même là, il y a des problèmes, parce que la survie politique de l’une ou l’autre des factions bourgeoises suppose qu’elle ne soit pas identifiée aux mesures draconiennes imposées contre toute la population pour sauver le capital.

À l’heure actuelle, la conjoncture politique peut devenir confuse pour un observateur non averti à cause des conflits internes à la bourgeoisie monopoliste et à ses expressions politiques, des luttes entre fractions profitant de la crise pour régler des comptes contre l’arrangement antérieur des forces politiques, pour occuper une place centrale dans l’administration de l’Etat bourgeois et son gouvernement.

Les signes extérieurs apparaissent renversés. Historiquement, nous avons assisté sur notre continent à la lutte entre conservateurs et libéraux. Mais les libéraux au gouvernement agissent comme les conservateurs et les conservateurs dans l’opposition se présentent comme des libéraux. Ils mettent le fardeau de la crise à la charge du bloc politique au gouvernement pour mieux prendre sa place et bénéficier du retour du cycle de croissance des taux de profit obtenu grâce au massacre des salaires et de l’emploi, à la destruction des forces productives et de la capacité de consommation.

Le PT [Parti des travailleurs de Rousseff et Lulla, NdT] a bénéficié de ce cycle, du discrédit de la coalition PSDB/DEM/PMDB à cause de la crise. Il a accédé au statut de parti de gouvernement, construit un nouveau bloc d’alliances pour un nouveau gouvernement PT / PC do B / PSB … et, bien sûr, PMDB [Le PCdoB, Parti communiste du Brésil, d’origine maoïste n’est pas à confondre avec le PCB, NdT]. Maintenant, avec l’émergence d’une nouvelle crise et ses conséquences, l’opposition tente de renverser le jeu, attirant le PMDB pour former un nouveau bloc pour une alternance pour assurer la bonne continuité de l’accumulation du capital et de ses cycles.

Le fait est que, dans ce contexte, la crise économique s’exprime également par une crise politique qui peut aboutir à un changement de coalition au pouvoir au gouvernement. De la même façon, les différents segments du grand capital monopolistique (industriel, agricole, financier, exportateur, commerçant, etc.) qui se sont accommodés du bloc au pouvoir sont maintenant à la recherche d’une alternative. En fait, ils misent sur les deux tableaux et soutiendront celui qui gagnera le concours.

Quelque chose d’important manque dans ce scénario et cette absence est cruciale pour les travailleurs, actuellement dans l’impasse politique. La transformation du PT et son choix d’un gouvernement de collaboration de classe ont désarmé de la classe ouvrière avant un scénario prévisible d’intensification de la lutte des classes. La position en retrait et défensive d’un « réformisme de faible intensité», comme le dit Andrew Singer (je crois que ça n’a jamais même été ça), a placé le cœur du gouvernement sous la dépendance économique du mythe de la croissance « soutenable » et en a fait politiquement l’otage de l’alliance avec PMDB.

L’engagement zélé à mettre en œuvre l’ajustement « nécessaire » pour assurer la continuité de l’accumulation capitaliste, posé comme condition préalable au bon développement du programme de gouvernement du PT, a fourni au bloc d’opposition l’ingrédient dont il a besoin: un gouvernement qui se présente comme « de gauche » opère lui-même un ajustement brutal contre les travailleurs pour sauver les profits des grands monopoles.

La crise crée ainsi deux dividendes pour le bloc de l’opposition conservatrice. La situation économique, la baisse de la consommation avec la dette, le chômage, l’inflation et l’érosion des salaires, le démantèlement des politiques publiques et semi-publiques d’aide aux pauvres pour accès à certains biens et services essentiels (tels que l’éducation et la santé), tout cela génère un climat étayant la thèse du manque de contrôle, couronnée par des accusations de corruption. Un scénario dans lequel une opération politique (pas au sommet du pouvoir pour le moment, mais à sa base sociale) devient possible: éloignant certains segments intermédiaires du gouvernement et les gagnant à l’opposition.

Le second dividende est pour nous le plus grave et le plus dangereux. C’est l’engagement du gouvernement pour sauver le capital en attaquant les travailleurs: s’éloignant de sa propre base sociale issue de la gauche et la plaçant sous l’influence du discours politique de droite. Une manipulation efficace identifiant le « pétisme » [de PT] avec le « communisme », permet au bloc d’opposition d’attaquer la coalition actuellement au gouvernement de l’Etat bourgeois, non pour ce qu’elle fait réellement (parce que dans ce domaine il y a accord sur les volontés de l’ordre bourgeois) mais sur des préjugés contre la gauche.

Le moralisme de la croisade contre la corruption sert ainsi autant à obtenir un soutien de la classe moyenne qu’à attaquer les bases de la classe ouvrière en offrant l’explication de la corruption comme écran de fumée pour cacher la dynamique de l’exploitation capitaliste.

LA CRISE MANQUANTE

Malgré le caractère dramatique de la crise (en partie gonflé par l’intérêt de l’opposition conservatrice), l’ordre est garanti pour l’heure. Soit par le bloc qui tente de se maintenir au pouvoir, soit par l’alternance possible avec une coalition des forces bourgeoises les plus conservatrices.

Cela montre que l’Etat bourgeois n’a pas été touché par la crise, ou, en d’autres termes, que la crise politique se limite à un affrontement sur les conditions et la forme de l’ordre bourgeois.

La classe ouvrière, vaincue et divisée, réagit comme elle peut. Elle refuse les garanties données aux entreprises contre les travailleurs, fait grève (souvent), cherche à maintenir en vie les mouvements sociaux qui luttent pour leurs revendications spécifiques (la terre, la défense de la santé publique, la défense de l’université publique et de l’éducation, contre les expropriations en ville, contre les violences policières, etc.). Cependant, ce n’est pas une expression politique susceptible de transformer la crise politique en crise de l’Etat bourgeois.

Il est commun d’accuser la gauche et son incapacité chronique à s’unir. Mais ceci est une autre perversité de la crise actuelle. Le gros problème de l’unité à gauche (une nécessité urgente) est qu’une partie considérable est empêtrée dans le paradoxe qui alimente la crise politique de la classe ouvrière. Ce paradoxe est la nécessité pour ces segments de la gauche de récupérer le soutien de leurs bases sociales (et c’est une bonne nouvelle parce qu’ils critiquent la ligne générale de la politique économique et les attaques contre les travailleurs) tout en soutenant le gouvernement qui a décidé d’attaquer les travailleurs pour préserver une politique de droite.

Le paradoxe de ce gouvernement est qu’il a besoin de mobiliser pour se défendre des catégories qui sont brutalement touchées par sa politique. Il réclame le soutien des travailleurs, mais impose un jour de réduction de salaire, des réductions de salaires et d’avantages aux fonctionnaires, et les traite comme des ennemis lors d’une grève dans laquelle ils voulaient simplement retrouver les acquis et des droits perdus. Il réclame le soutien des professeurs d’université mais démantèle l’université publique tout en transférant des milliers de réaux vers les universités privées. Il réclame le soutien de ceux qui luttent pour la terre mais dirigent des milliards de dollars vers l’agro-industrie et enterre la réforme agraire.

Une véritable unification de ces parties de la classe ouvrière, son entrée en scène, déterminée à défendre ses propres exigences, reconfigurerait les blocs politiques et mettrait au premier plan la lutte des classes entre les intérêts des travailleurs et ceux des classes dirigeantes (il semble que vont dans cette direction les restes de la gauche au sein du PT et une partie importante des mouvements sociaux). Cela déclencherait une crise de l’Etat et mettrait en danger l’ordre bourgeois, mettant la perspective de rupture au premier plan, enterrant à la fois les possibilités de recomposition de la coalition gouvernementale actuelle avec des forces du système et la possibilité d’une continuité avec une victoire électorale en 2018.

Nous ne pensons pas que le noyau dirigeant du PT a quelque intérêt à aller dans cette direction. Il parie sur une reprise de l’économie pour normaliser les choses, ramener le PMBD dans le giron gouvernemental, estimant que, dans ce scénario, le vieux chantage au risque (réel, substantiel et aujourd’hui très probable) de l’arrivée au pouvoir d’une coalition plus conservatrice est le passeport pour la continuité du cycle PT. La gauche réformiste du PT et les mouvements sociaux n’ont pas la force de renverser cette tendance au sein du PT et ne peuvent pas l’abandonner. La gauche révolutionnaire résiste aux côtés des travailleurs, mais est loin, même unie, de représenter une alternative politique à court terme. Là est le paradoxe.

Parfois, les analyses politiques conduisent beaucoup à croire que ce qui manque c’est la volonté politique, qu’avec une bonne réunion et une volonté de dialogue, tout serait résolu. Malheureusement, il n’en est pas ainsi. Ce qui manque est une sortie de la crise économique qui déborde les frontières de la crise politique et se transforme en une crise de l’Etat bourgeois.* Ceci est la bonne (et la mauvaise) nouvelle … Il se pourrait qu’elle ne fasse plus défaut bien longtemps.

* « A vrai dire, ces hésitations, ces incertitudes mêmes sont un symptôme de la crise de la société bourgeoise. Le prolétariat, en tant que produit du capitalisme, est nécessairement soumis aux formes d’existence de son producteur. Ces formes d’existence, ce sont l’inhumanité, la réification. Le prolétariat est bien, par sa seule existence, la critique, la négation de ces formes d’existence. Mais jusqu’à ce que la crise objective du capitalisme soit achevée, jusqu’à ce que le prolétariat lui-même soit parvenu à dévoiler complètement cette crise, ayant atteint la vraie conscience de classe, il est la simple critique de la réification et, en tant que tel, il ne s’élève que négativement au-dessus de ce qu’il nie. Quand la critique ne dépasse pas la simple négation d’une partie, quand, au moins, elle ne tend pas vers la totalité, elle ne peut pas dépasser ce qu’elle nie, comme le montre, par exemple, le caractère petit-bourgeois de la plupart des syndicalistes. » (György Lukács : Histoire et conscience de classe, 1922)

Mauro Iasi est professeur adjoint à l’École de service social de l’UFRJ, chercheur au NEPEM (Centre d’études et de recherches marxistes) et membre du Comité central du PCB.

COP 21 ? 100 suppressions d’emploi à Météo France en 2016 !

Brève, vivelepcf, 11 décembre 2015 

A Météo France, le climat social se refroidit encore. Les agents des 53 sites nationaux ont fortement répondu à l’appel à la grève, le jeudi 10 décembre 2015, lancé par la CGT, FO et Solidaires. La direction devait annoncer encore 93 suppressions de poste pour 2016. En 8 ans, les effectifs auront fondu de 550 agents, soit plus d’un sur six de l’établissement public.

L’annonce a lieu en pleine COP21. La contradiction est flagrante. D’un côté, des climatologues sont lourdement subventionnés pour produire des hypothèses de réchauffement climatique à 100 ans,  des milliards d’euros sont déjà prélevés chaque année pour doper les marchés « écologiques », de l’autre côté, la prévision météorologique publique subit de plein fouet la politique d’austérité budgétaire.

Qui peut nier pourtant l’importance de la prévision météo publique – plus indépendante des puissances d’argent –pour l’activité économique, pour la prévention des effets des intempéries.

La prévision à court terme : On vient de le voir, encore une fois, avec les inondations d’octobre sur la Côte d’Azur, au bilan dramatique (lié principalement à la spéculation littorale et au relâchement des règles d’urbanisme). Les études plus générales : les baisses de moyens entraînent une dégradation du traitement et de la diffusion des données satellites, les seules considérées comme fiables en matière d’estimation de la température planétaire.

Quand l’opinion est sensibilisée comme jamais par les médias à la météo et au climat, soutenons la lutte des agents de Météo France pour le maintien et le renforcement du service public de prévision et de recherche météorologiques !

Contrer le FN et le rôle que lui attribue l’idéologie dominante. Ensemble d’articles.

Alors que l’attention se porte encore davantage sur le FN, après sa poussée électorale du 1er tour des élections régionales, nous vous proposons de lire ou relire trois de nos articles :

  • « Contrer le FN et le rôle que lui attribue l’idéologie dominante », de septembre 2013
  • « Combattre l’extrême-droite : démonter sa démagogie « sociale » », de mai 2012
  • « Sur Canal +, Hollande poursuit sa campagne de promotion éhontée du FN en osant scandaleusement le comparer au « PCF des années 70 » », d’avril 2015

On remarquera le parallèle entre les propos de Hollande et ceux tenus par le président du MEDEF, Pierre Gattaz, juste avant ces élections régionales, prétendant s’opposer au FN en comparant son programme à celui de la gauche d’avant 1981. Ce parallèle est tout sauf fortuit.

 

Contrer le FN et le rôle que lui attribue l’idéologie dominante.

Communistes de plusieurs fédérations, à la suite de notre texte alternatif de congrès, nous poursuivons une réflexion sur le phénomène FN et ses nouveaux aspects. 27 septembre 2013

Le slogan « Le peuple d’abord » se joue de l’abandon de toute référence de classe dans « L’humain d’abord ».

Le slogan « Le peuple d’abord » se joue de l’abandon de toute référence de classe dans « L’humain d’abord ».

L’idéologie dominante tente, avec un succès certain et inquiétant, de faire du FN le réceptacle de toutes les colères sociales. Avec Marine Le Pen et son équipe renouvelée, la démagogie atteint un niveau inédit. Elles n’hésitent pas à reprendre, en les déformant et en cultivant l’ambiguïté, des positions historiques de notre parti : par exemple pour les nationalisations ou pour le « produire français ». Dans la suite des dérives de Sarkozy et d’autres leurs discours récurrents sécuritaires et racistes sont banalisés.

Dans le même temps, le FN reste le repoussoir qui permet au pouvoir de justifier toute sa politique, en jouant sur les réflexes, même usés, du « rassemblement républicain ». Dans son discours lénifiant du 14 juillet, Hollande a lourdement insisté sur le danger de l’extrême-droite pour légitimer son alignement sur l’Union européenne et les sacrifices imposés au peuple avec l’euro.

Identifier le danger, le repousser constituent un vrai problème pour nous communistes. Contrairement, à une période antérieure, la revendication du vote FN parmi nos collègues et nos voisins s’est aussi banalisée et ne tient plus seulement de la provocation. Mais cela va aussi de pair avec un développement du racisme et, même à un niveau faible, de groupuscules fascistes. Avec des différences locales, des similitudes avec les situations d’autres pays européens.

Nous le savons, le principal rempart à l’extrême-droite, c’est l’expression et l’organisation de classe révolutionnaires, communistes. Aujourd’hui avec les positions affadies, la conversion au réformisme et à l’Union européenne de la direction du PCF, elles sont gravement défaillantes.

Inspiré par feu son maître Mitterrand, Mélenchon, avec son populisme – comme il en a fait lamentablement la démonstration à Hénin-Beaumont – joue la surenchère avec Le Pen. Elle y gagne bien plus, parce qu’elle peut aller plus loin dans les mots, notamment contre l’Europe, que le sénateur PS honoraire. Se démarquer totalement des propos injurieux, des attaques personnelles de Mélenchon est une nécessité.

Agir spécifiquement contre le Front national a ses limites. Nous avons fait l’expérience dans les années 80 et 90. Le « diaboliser » comme en 2002 peut finir par se tourner à son avantage.

Notre action prioritaire doit se situer sur le terrain que la démagogie FN ne peut en aucun cas occuper : le terrain de classe, celui des luttes, dans nos entreprises et quartiers, dans nos syndicats, nos associations de locataires etc. Communistes, avec ou sans la direction du PCF, mettons en avant les positions de rupture qui donnent à ces luttes leur perspective !

Là, Mme Le Pen, son père et leurs acolytes sont démasqués. Leur rhétorique populiste n’arrivera jamais à cacher leur haine des luttes sociales, leur parti pris pour les possédants dont ils font partie.

Mme Le Pen n’a pu se retenir de saluer l’œuvre de Mme Thatcher dans un communiqué suivant sa mort. Quelle perspective politique offre la famille Le Pen ? Un progrès électoral pour… mieux marchander des alliances avec l’UMP. Voilà qui devrait déciller certains.

Opposants à l’UE, ces nostalgiques de l’Europe fasciste ? Leur conversion dans les mots est tout à fait opportuniste.

Qui écrivait en 1987: « Il ne suffit pas de faire l’Europe de du commerce et de l’économie : il faut aussi et surtout faire faire l’Europe de la défense et de la monnaie. (…) C’est un grand espoir pour l’Europe que les nationalistes des pays d’Europe aient transcendé leur patriotisme et leur nationalisme dans un nationalisme d’un degré supérieur » ?

Ce n’est pas Jacques Delors, c’est Jean-Marie Le Pen dans le mensuel « Europe et patries » de novembre 1987…

Contre l’extrême-droite : soyons des communistes conséquents!

Combattre l’extrême-droite : démonter sa démagogie « sociale »

Combattre l’extrême-droite : démonter sa démagogie « sociale ». Assumez les positions communistes.

Pcf Paris 15 – mai 2012 

Le FN prétend se situer « hors système ». Le combattre, c’est démonter cette posture que le système lui fait jouer. C’est combattre la démagogie « sociale » qu’il charge l’extrême-droite de reprendre.

Ce n’est surtout pas se lancer dans un concours de populisme et d’invective avec les Le Pen, père et fille. A ce jeu-là, certains espèrent se faire valoir en cachant leurs compromissions politiques. A la fin, c’est l’extrême-droite qui gagne, dangereusement.

Depuis des mois, le pouvoir sarkozyste, le ministre Guéant succédant à Besson dans cette fonction, a tout fait pour banaliser le discours sécuritaire, discriminatoire et anti-immigrés du FN, de « l’identité nationale » à la croisade inventée contre la Burqa.

C’est un choix politique bien réfléchi comme ce n’était pas par hasard que Mitterrand en 1983 assure la promotion de Le Pen à la télévision.

En période de crise, le système a besoin de l’extrême-droite. Il lui assigne trois rôles :

1-      Diviser les travailleurs, détourner la colère populaire vers des boucs émissaires

2-      Servir d’opposition de façade, stérile, de repoussoir politique pour conforter les forces de l’alternance droite/gauche et valider leur consensus fondamental sur les questions économiques et sociales.

3-      Précisément dévoyer, en les associant au discours de haine, certaines positions politiques, celles qui seront essentielles dans les luttes à venir, en l’occurrence aujourd’hui celles contre l’UE du capital.

Pour nous communistes, écarter le danger de l’extrême-droite, au-delà de la dénonciation, c’est proposer une autre perspective politique à la colère populaire, au potentiel de lutte considérable que notre peuple a montré, par exemple contre la casse des retraites en 2010.

Point par point :

1-      Nous ne tolérons rien des dérapages anti-immigrés ou raciste, d’où qu’ils puissent venir.

2-      Nous nous situons, et nous le montrons, complètement en dehors du consensus droite/PS. Nous appelons ainsi sans ambiguïté à battre Sarkozy mais ne laissons planer aucune illusion sur Hollande. Nous nous opposons à tout arrangement électoral ou gouvernemental avec la gauche « maastrichienne ».

3-      Nous défendons et assumons nos positions de rupture immédiates dans les entreprises et les quartiers où résident les travailleurs, dans une perspective de rupture avec le capitalisme. Nous ne laissons pas un pouce de terrain à la démagogie médiatisée de Mme Le Pen visant à les récupérer, à les dévoyer, à exploiter les compromissions des forces liées au système.

Quand Mme Le Pen et Mme Parisot font semblant de s’écharper, Parisot dans un livre spécial en septembre « Un piège bleu Marine », Le Pen dans ses déclarations, nous ne rentrons pas dans leur jeu. Nous portons nos propres positions.

-          Pour la défense du système de retraite solidaire, pour une convergence de lutte vers la reconquête de la retraite à 60 ans, nous devons porter plus que jamais les exigences du retour à 37,5 annuités et de la suppression de toutes les exonérations de cotisations patronales. Jean-Marie Le Pen a toujours combattu cette avancée sociale. Voilà que sa fille prône la retraite à 60 ans et l’abaissement des annuités de cotisation. Cherchez l’erreur !

-          Pour les salaires (salaire net et salaire socialisé), nous devons toujours associer la revendication de l’augmentation du SMIC à un niveau permettant une réponse aux besoins premiers, 1700 euros net tout de suite, avec le rétablissement de l’échelle mobile des salaires, supprimée par la gauche mitterrandienne en 1982/83. Marine Le Pen reprend (et déforme) cette revendication fondamentale du mouvement ouvrier. Là aussi, cherchez l’erreur !

-          Sur l’Europe, notre parti, le PCF, est le seul à avoir combattu systématiquement, de façon conséquente, l’UE du capital. Toute notre argumentation contre Maastricht est validée par les faits, par le pillage des peuples organisé par les trusts au moyen en particulier de l’euro. Plus que jamais, portons ces positions ! Que Mélenchon ait défendu Maastricht et soit un rabatteur pour l’intégration européenne, c’est son problème. En 1991, Jean-Marie Le Pen estimait à la télévision que le bilan de la « construction » européenne était « globalement positif ». Depuis 1992, les nationalistes européens du FN ont pris la posture inverse de s’opposer à Maastricht pour semer le trouble. Le Pen fille est maintenant chargée de légitimer l’UE en associant toute opposition au nationalisme raciste. Là encore, cherchez l’erreur ! Ne laissons pas faire !

Face au danger fasciste, comme l’histoire l’a montré, notre pays a besoin des communistes, de leur parti, le PCF, assumant ses positions fondamentales, de sa capacité de rassemblement dans la lutte des classes du côté des travailleurs.

Sur Canal +, Hollande poursuit sa campagne de promotion éhontée du FN en osant scandaleusement le comparer au « PCF des années 70 ».

Emmanuel Dang Tran, pour Vivelepcf, 19 avril 2015

François Hollande était l’invité de l’émission « le Supplément » ce 19 avril. Pour ses trois ans de mandat à l’Elysée, en toute connivence avec les journalistes aussi complaisants que faussement décontractés de Canal +, toujours sur son ton en mineur, il a multiplié les provocations au nez et à la barbe de ses propres électeurs de 2012.

Malgré le rejet massif de sa politique antipopulaire, encore exprimé aux élections départementales, il a réaffirmé qu’il la poursuivrait sans changement, aussi bien au plan national qu’international.

A nouveau, il a pris le prétexte de l’emploi, sans vergogne, malgré trois ans d’envolée du chômage. Plus que jamais, avec le patronat, avec les capitalistes de France et de l’UE, c’est au contraire sur le chômage que leur serviteur Hollande mise pour détruire les acquis sociaux et démocratiques, les salaires, la sécurité sociale etc.

Parmi d’autres provocations, on aura noté l’attaque contre les derniers contre-pouvoirs démocratiques du Parlement, qualifiés de « survivances des 19 et 20ème siècles », car il faut aller toujours plus vite dans l’intérêt des possédants. Hollande, Valls, Macron, après Sarkozy et Fillon, toujours avec l’Union européenne, c’est toujours le « Coup d’Etat permanent » pour reprendre la formule de Mitterrand.

Mais on retiendra surtout de cette émission comment, après les déclarations de Valls avant les départementales, Hollande a passé les bornes dans la promotion du Front national de Marine Le Pen. Porte-parole du système, Valls et Hollande s’appliquent à polariser la vie politique sur les élections de 2017 et la « menace Le Pen », à détourner la colère des travailleurs vers le vote FN.

Hollande a osé valoriser Marine Le Pen en comparant son discours « à un tract du Parti communiste des années 70 ». Encore plus anticommuniste dans le texte, Hollande réduit ainsi la différence entre le FN et le PCF : « Le PCF avait encore un certain nombre de principes » … Il n’appelait pas « à chasser l’étranger et les pauvres ».

Hollande rentre en plein dans la démagogie sociale du FN. Cela fait plusieurs années que nous analysons et dénonçons les tentatives des nouveaux dirigeants du FN de dévoyer les positions historiques et l’image du PCF comme parti des travailleurs.

Le calcul de Hollande et du système coïncide avec celui du FN. Le FN, repoussoir xénophobe et nationaliste, version Jean-Marie comme Marine, sert pour eux à dénigrer des positions progressistes aussi fondamentales que le rejet de l’Union européenne du capital ou – Hollande le reprend dans l’interview d’aujourd’hui – l’exigence de nationalisations démocratiques de secteurs clés de l’économie.

Sauf qu’entre le FN et le PCF, il n’y a pas seulement ces rivières de sang qui séparent historiquement les fascistes, les colonialistes, des résistants, des défenseurs des droits des peuples. Il y a une différence fondamentale, un fossé de classe, qu’évidemment Hollande a intérêt à ignorer. C’est là que ses propos et son calcul politiciens sont inacceptables et inquiétants.

La démagogie lepéniste, uniquement tournée vers les élections, s’arrête aux intérêts concrets du patronat. La priorité du FN, c’est de défendre la dictature de la propriété privée, de combattre les syndicats, la sécurité sociale (les « charges »), les luttes des travailleurs.

En fait, nous devons retenir une chose des paroles anticommunistes, proprement dégueulasses, de Hollande : l’hommage décerné à notre parti, à ce qu’il continue à représenter dans le pays. Le PCF, Parti de classe et de masse, organisé dans les quartiers, les entreprises, les campagnes, incarnés, dans les années 70, par des centaines de milliers de militants, d’une certaine façon aussi par une personnalité comme celle de Georges Marchais, reste la terreur des classes possédantes, de leurs serviteurs du système politique PS+UMP+FN.

Raison de plus pour le faire vivre, le renforcer sur ces bases de classes historiques, contre les forces du capital, contre leur recours au fascisme !

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