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PCF/Régionales 2015 (suite) : en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, les élus PCF n’ont pas résisté à l’attrait de vice-présidences derrière le PS et EELV
Vivelepcf, 30 décembre 2015
La dépendance du PCF-FdG au PS est des éléments qui ont certainement le plus pesé dans les très mauvais résultats de ses candidats aux élections régionales, touchés également par le vote sanction de la politique du PS au gouvernement.
Malgré des appels de militants, jusqu’au Conseil national, à aucun moment, les directions du PCF n’ont avancé la perspective d’une rupture avec la participation aux exécutifs régionaux dirigés par le PS, même pas entre les deux tours quand le jeu cynique du PS avec le FN est apparu au grand jour et, en Ile-de-France, après le dérapage scandaleux de Bartolone sur la « race blanche ».
Cette position (plutôt absence de position) est allée de pair avec le maintien en place jusqu’au bout des vice-présidents PCF dans les exécutifs de gauche sortants, bien que ceux-ci aient constitué des relais de la politique d’austérité nationale, des soutiens aux « réformes » territoriales et ferroviaires, entre autres, que les communistes combattent.
Après le résultat du second tour, dans la plupart des 13 nouvelles régions, la question ne s’est plus posée. 7 sont dominées par la droite, la Corse par les nationalistes. Dans 4 des 5 que la gauche va gérer, les listes FdG ont été éliminées au premier tour et n’ont donc aucun élu.
Reste le cas de la nouvelle grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées. La liste issue de la fusion des listes conduites par le PS et EELV l’a emporté au second tour. Il y a 7 élus PCF sur 158 qui figuraient sur la liste EELV-FdG+ « Nouveau Monde ». Ils n’ont pas résisté à la tentation d’occuper les 2 vice-présidences offertes sur 15 au sein d’un exécutif présidé par Carole Delga, PS, ex-ministre de Valls, accompagné d’un bureau de l’Assemblée qui devrait être présidé par Gérard Onesta, EELV, européiste, corédacteur du projet de constitution européenne Giscard en 2005.
Jean-Luc Gibelin, ancien syndicaliste passé directeur d’hôpital, s’est vu octroyer la 6ème vice-présidence – aux transports – et la camarade du Lot, Marie Piqué, la 15ème – aux solidarités, services publics et logement (domaines hors des prérogatives des régions).
On voit déjà les commentaires à l’encontre du Parti : « vos dirigeants sont prêts à tout pour quelques bonnes places ». Si elles émanent du PG, qui a certes refusé de participer à l’exécutif en LR-MP, mais qui a obtenu quelques bonnes places de conseillers dans la même combinaison régionale, elles ne seront pas recevables.
Tout indique que, si le cas s’était présenté, les candidats élus PCF dans les autres régions auraient également continué à cogérer les régions derrière le PS. Des particularités régionales (encore davantage effacées avec l’agrandissement des régions) l’auraient plus ou moins justifié : une plus ou moins grande distance des dirigeants régionaux du PS vis-à-vis du gouvernement, un poids du PCF autonome plus ou moins grand. En Bretagne, le vice-président sortant de la région aux transports, le PCF Gérard Lahellec vient d’être reconduit à ce poste dans l’équipe du ministre de la guerre Le Drian. Mais il s’était présenté directement sur les listes PS au 1er tour, contre les listes FdG et le résultat de la consultation dans le PCF. Il avait argué que puisque le FdG était d’accord pour valoriser le bilan des élus sortants et qu’il envisageait de toute façon le ralliement à Le Drian et une alliance avec lui, il n’y avait pas de raison de prendre le risque d’être éliminé au 1er tour…
Dans les régions, les départements (avec des nuances locales), à Paris derrière le social-libéralisme de Delanoë/Hidalgo, la direction du PCF continue à considérer le PCF-FdG comme une force d’appoint et une caution de gauche au PS. « Tirer le PS à gauche », « limiter les dégâts dans des contrepouvoirs locaux » : ces arguments ne fonctionnent plus, s’ils ont jamais fonctionné. Aux dernières régionales, la campagne commune entre les deux tours en Ile-de-France, menée sous les caméras, par Pierre Laurent en compagnie d’Emmanuelle Cosse et de Claude Bartolone, dignitaire du PS au pouvoir, a encore plombé durablement l’image du PCF.
Et ce n’est pas qu’une question d’image : c’est une question de stratégie et de ligne politiques profondes. Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées est l’exemple qui les a le mieux illustrées.
Le mal était fait avant le 1er tour dans la décision de se rallier à l’EELV Gérard Onesta. Loin de représenter une « gauche de contestation », Onesta dans EELV (Cohn-Bendit !) est un européiste libéral, militant acharné du développement des féodalités régionales européennes contre la démocratie nationale. Pour ce rôle d’avant-garde, malgré les 10% seulement obtenu par ses listes (la moitié des résultats de 2010), Onesta va obtenir du PS (le 4 janvier 2016) la présidence d’un « bureau de l’assemblée régionale » spécialement créé à sa demande.
Vis-à-vis des communistes et des électeurs, il y a eu tromperie sur la marchandise. Rien n’était clair dans les termes des consultations des communistes : leurs résultats aberrants par département le traduisent (98% dans l’un, 35% dans l’autre). Il y a eu décision directe de la direction du PCF, notamment de Marie-Pierre Vieu et de Pierre Laurent qui a même envoyé une circulaire pour demander aux secrétaires départementaux de garantir la désignation de Vieu comme chef de file des candidats du PCF. Le lendemain, Vieu s’engageait avec Onesta…
A la stratégie de satellisation dans les institutions à la social-démocratie, se double une nouvelle stratégie de recomposition à « gauche », plus poussée que le Front de gauche (EELV/Frondeurs), dans un deuxième bloc social-démocrate effaçant, reniant les positions communistes.
Encore un sombre enseignement de ces lamentables élections régionales.
Retrouver le chemin des luttes, contre le système PS/LR (ex-UMP)/FN, de plus en plus dangereux, passe par une rupture avec cette suite, sans fin, de combinaisons suicidaires de la direction du PCF.
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Un million de communistes et sympathisants rassemblés à Calcutta en Inde. Etat des lieux et réflexions par Vijay Prashad
Article du journaliste et historien marxiste indien, Vijay Prashad, paru sur le site CounterPunch le 27 décembre 2015, traduit par MlN pour Solidarité internationale PCF
Le titre original de l’article est « La brigade rouge : rassemblement et réflexion des communistes indiens ». Ici, « brigade rouge » fait référence au lieu où s’est déroulé le rassemblement de masse du Parti communiste indien à Calcutta parfois appelé « terrain de parade des brigades » en référence aux défilés militaires qui y sont organisés.
Autour d’un million de communistes et de sympathisants se sont rassemblés au centre de Calcutta lors d’un rassemblement de masse le 27 décembre 2015. Le rassemblement s’est déroulé dans un lieu [vaste espace vert au centre de Calcutta] appelé tantôt « le Maïdan » ou « Brigade Ground », terrain de parade [sorte de Champ de Mars]. Des drapeaux rouges étaient déployés d’un bout à l’autre du Maïdan. Deux événements distincts, mais liés, ont motivé cette démonstration de force. Le premier, d’importance : les élections à l’Assemblée du Bengale Occidental auront lieu en 2016. Le second est la tenue d’un plenum organisationnel par le Parti communiste d’Inde (Marxiste) [CPI-M], la première rencontre de ce type depuis 37 ans. Le plenum va durer quatre jours. Il va non seulement préparer le CPI-M aux défis électoraux à court terme mais aussi réfléchir à questions politiques à plus long terme. Le CPI-M demeure le plus important parti de gauche en Inde. Il travaille en partenariat étroit avec d’autres partis de gauche dans des alliances électorales et politiques.
Au Bengale Occidental.
Le « Front de gauche » était au pouvoir au Bengale Occidental depuis 34 ans jusqu’à ce que le parti populiste, qui penche à droite, « Trinamool Congress » (TMC) évince la gauche en 2011. Depuis lors, le TMC et son leader Mamata Banerjee ont ouvert les vannes de la violence contre la gauche. L’assassinat de ses leaders locaux est allé de pair avec la destruction de ses locaux. La presse bourgeoise a alimenté la violence avec un langage incendiaire (« La gauche continue à saigner », The Telegraph, 4 novembre 2014). Le secrétaire du CPI-M pour le Bengale, Surjya Kanta Mishra, a défini quatre axes de la répression: c’est une attaque contre la démocratie et les institutions démocratiques, une attaque contre les moyens d’existence des populations, une attaque contre la laïcité et une attaque contre la gauche. Au rassemblement, il a lancé le slogan : « Sortir Trinamool, sauver le Bengale ».
Il y a quelques mois, le moral était au plus bas chez les cadres de la gauche. Les agressions avaient produit leurs effets. Pour construire la dynamique de mobilisation pour le grand rassemblement (et en vue des élections), le CPI-M a organisé une campagne de masse avec des marches (« Jathas ») partant de chacun des 77.240 bureaux de vote de l’Etat du Bengale. Des groupes de communistes et de sympathisants, plus ou moins fournis, ont défilé là-même où c’était encore interdit il y a peu.
La violence a été au rendez-vous. Des militants du TMC ont bloqué une « jatha » alors qu’elle défilait dans la circonscription de Mishra à Narayangarh dans le sud-ouest du Bengale Occidental. Les agressions sur Mishra, qui est aussi le leader de l’opposition à l’assemblée de l’Etat du Bengale Occidental, et sur d’autres, n’ont pas empêché le mouvement des jathas d’avancer. Cela n’a pas été la seule attaque contre des jathas du CPI-M. A chaque fois qu’une jatha était bloquée, les cadres du CPI-M ont fait en sorte qu’elle puisse revenir sur le lieu de l’attaque et que la marche reprenne. Cela a constitué un symbole de confiance et de force. Il n’est pas étonnant qu’un million de personnes se soient rassemblées sur le champ de parade le 27 décembre.
Les élections qui arrivent dans l’Etat se présentent comme une épreuve complexe. Arithmétiquement, suivant les résultats des élections législatives nationales de 2015, le TMC peut perdre. Malgré une vaque en sa faveur, le TMC n’a atteint que 39% des voix et est minoritaire. Le reste des voix s’est partagé entre le Front de gauche (23%), le BJP de droite (17%) et le Parti du Congrès (10%). Mamata Banerjee a senti le danger. C’est pourquoi elle courtise, tour à tour, le BJP et le Parti du Congrès. Si l’un d’eux s’associe à elle, alors il est probable qu’elle sera imbattable. Mais les élections à venir ne se gagneront pas avec des totalisations de résultats d’élections passées.
Suite aux scandales de corruption qui ont touché le gouvernement TMC et à la dégradation des conditions de vie, on a assisté à un décrochage parmi les partisans du TMC. Où vont-ils aller ? La gauche aura à se battre pour regagner la confiance des ouvriers et des paysans qui sont allés vers le TMC depuis la fin des années 2000. C’est la seule voie. Mais la gauche sera-t-elle en mesure de tirer vers elle suffisamment de personnes d’ici les élections de cette année ?
L’arithmétique des alliances est une sirène qui peut aussi se révéler trompeuse. Tout accord avec le BJP est impossible. Ce parti est engagé dans une politique ethno-nationaliste, économiquement néolibérale. Le Congrès est théoriquement attaché à la laïcité mais les problèmes les plus importants avec lui sont d’ordre économique et politique. Une des préoccupations du « Front de gauche » est d’appeler les électeurs du Congrès à abandonner leur parti au nom de la démocratie. Mais cet appel à rejoindre les communistes est transcrit dans la presse comme un appel à une alliance électorale avec le Congrès. Le Congrès n’est pas un allié valable. C’est aussi un allié non viable. En 2016, la gauche se présentera aussi aux élections à l’assemblée de l’Etat du Kerala où le principal adversaire sera le parti du Congrès. Ce sera difficile pour la gauche de travailler avec le Congrès dans un Etat et de le combattre dans un autre.
Le temps est compté à la gauche pour régler ces questions au Bengale Occidental. Une gauche forte peut-elle émerger non seulement sur le Maïdan mais aussi dans les urnes ? Ce n’est pas une question théorique. L’épreuve se jouera dans les villages et les faubourgs du Bengale Occidental. Il faudra une bonne dose de courage aux militants de gauche pour donner confiance à leurs partisans. Comme le secrétaire général du CPI-M Sitaram Yechury l’a dit récemment, la Gauche ne pourra gagner que « si les liens de notre parti avec notre peuple s’approfondissent – avec des communistes dans le peuple comme des poissons dans l’eau ».
Le Plenum
Le CPI-M tient son plenum à ce moment pour discuter de la capacité de la classe ouvrière et de la paysannerie à constituer leurs propres organisations. Les syndicats dans les usines et les champs sont en recul devant les mécanismes créés par le capital pour saper leurs possibilités de s’organiser. Les unités de production sont éparpillées dans le monde à une telle échelle que les ouvriers sont contraints de se concurrencer entre eux au bénéfice du capital. La mécanisation de la production déplace les travailleurs réduisant des centaines de millions de personnes à accepter n’importe quel emploi. Près de 90% des travailleurs indiens sont ainsi employés dans le secteur informel.
Au cours de la dernière année, le CPI-M a étudié les changements des conditions socio-économiques en Inde et l’impact des politiques néolibérales sur les différentes classes. Après avoir tenté de comprendre ces évolutions, la direction du CPI-M a maintenant à déterminer comment organiser au mieux les ouvriers et les paysans. Comme Prakash Karat du CPI-M l’a expliqué, les nouvelles conditions exigent l’adoption de « nouveaux slogans, de nouvelles tactiques et de nouvelles formes d’organisation du travail pour développer le mouvement de classe et de masse ». Voilà ce qui sera au cœur des débats du plenum. Une part importante de la discussion portera sur les formes à adopter pour construire l’unité des travailleurs informels, des habitants des bidonvilles, des paysans itinérants sans terre : ce sont des travailleurs aussi et, même, ils constituent la masse de la classe ouvrière et de la paysannerie. Il n’existe pas de modèles tout faits pour indiquer la voie mais il y a des pistes, des idées nouvelles, comme d’organiser les travailleurs là où ils habitent plutôt que là où ils travaillent. Mais elles devront faire leur preuve dans les luttes.
Le CPI-M à lui seul compte plus d’un million de membres ayant la carte du parti. Des dizaines de millions de personnes appartiennent aux organisations de masse liées au CPI-M. Les partis avec lesquels il est allié – le CPI, le Parti socialiste révolutionnaire, le bloc « En Avant », le CPI-ML (Libération) et le SUCI (communiste) – apportent de leur côté leurs millions d’adhérents et de partisans. La gauche indienne vibre toujours. Mais elle a grandement souffert de défaites électorales (tout particulièrement au Bengale Occidental) et d’une lente défection de ses membres.
La Gauche doit non seulement créer des tactiques tenant compte du présent mais elle devra aussi tourner ses revendications vers le futur. Il ne coule pas de source pour tous que la gauche représente l’avenir, que la gauche peut réellement prendre le pouvoir et que, seule la gauche, peut trouver des solutions aux problèmes pressants d’aujourd’hui. La croyance que le futur appartient à la gauche n’existe plus. Elle doit être recréée, pas simplement par les luttes dans le présent, mais par une affirmation plus solide et confiante pour le futur. L’horizon de la gauche reste cantonné aux luttes actuelles. Il aura besoin d’être projeté dans le futur pour écarter la vision prédominante que l’avenir appartient à la droite. C’est ainsi que le marxiste péruvien, José Carlos Mariategui, voyait la situation en 1925.
« Ce qui différencie le plus clairement et le plus évidemment [la bourgeoisie et le prolétariat] dans cette ère, c’est le mythe. La bourgeoisie n’a plus de mythes. Elle est devenue incrédule, sceptique, nihiliste. Le mythe libéral ressuscité a lui aussi vieilli. Le prolétariat a un mythe : la révolution sociale. Il se dirige vers ce mythe avec une foi passionnée et active. La bourgeoisie nie ; le prolétariat affirme. Les intellectuels bourgeois s’occupent avec une critique rationaliste de la méthode, de la théorie, avec la technique révolutionnaire. Quel malentendu ! La force des révolutionnaires n’est pas dans leur science ; elle est dans leur foi, leur passion, dans leur volonté. C’est un pouvoir religieux, mystique, spirituel. C’est la force du mythe ».
Précisément ce que les communistes doivent invoquer, c’est le mythe de la révolution. La révolution est le sort que jette le sorcier du monde des morts et qu’il ne peut plus contrôler. Elle affirme la vie et apporte une alternative complète au présent. A défaut de ce mythe, restent les prétentions plus petites à gouverner – les communistes sont incorruptibles et dignes, capables de gouverner selon les besoins des gens plutôt que d’être simplement un frein à la corruption et à un système indigne. Les horizons plus larges qui étaient autrefois la marque de la gauche ont besoin ont besoin d’être ravivés à nouveau.
Le dernier livre de Vijay Prashad s’intitule « No Free Left : The futures of Indian Communism » (New Dehli LeftWord Books, 2015)
Portugal : le gouvernement PS « sauve » la banque BANIF pour 2,3 milliards d’euros. Le PCP vote contre.
Repris de Solidarité internationale PCF, 28 décembre 2015
Le candidat aux élections présidentielles du 24 janvier 2016, soutenu par le Parti communiste portugais, Edgar Silva, a vivement critiqué la politique du gouvernement socialiste. Interviewé à Porto à la suite du discours de Noël du nouveau premier ministre PS, Antonio Costa, Edgar Silva lui a reproché de poursuivre des gouvernements précédents, « ce dont le Portugal a le moins besoin, c’est bien de la politique du passé, celle d’avant le 4 octobre ». Rappelons que la droite a perdu la majorité aux élections législatives du 4 octobre et qu’un gouvernement PS, avec un soutien sans participation du PCP et du « Bloc de gauche », a fini par être installé.
L’affaire, le scandale, du renflouement et de la vente de la banque BANIF est dans tous les esprits. Le 23 décembre, le gouvernement Costa a fait passer à l’Assemblée un budget rectificatif spécial prévoyant le versement de 2,25 milliards d’euros, dont 1,8 milliard provenant directement du budget de l’Etat, à la BANIF pour permettre sa vente (l’Etat est actionnaire à 60%) à une banque espagnole pour … 150 millions d’euros. Cette soi-disant « aide » obéit à une injonction de Bruxelles pour compenser des actifs financiers douteux, « expurger les actifs problématiques » de la BANIF et la remettre dans les normes européennes. Cette opération suit un renflouement à hauteur de 1,1 milliard d’euros depuis 2012, pour les mêmes motifs, décidés par l’ancien gouvernement de droite. Ces sommes sont colossales alors que cette banque ne pèse que 3% des dépôts du pays (surtout à Madère et aux Açores).
Le PS a pu faire passer son plan éclair grâce à l’abstention du parti de droite de l’ancien premier ministre Coehlo, tous les autres partis votant contre. Le « Bloc de gauche » a tenté de proposer des amendements que le gouvernement n’a pas acceptés. Pour sa part, le PCP, par la voix de ses députés, a refusé en bloc ce coup de force.
Le PCP n’accepte pas que les travailleurs et les contribuables paient pour les malversations financières. Le PCP n’accepte pas que le pays se plie aux diktats de l’Union européenne. Le PCP refuse toujours de relayer l’illusion de possibles régulation ou supervision publiques des banques privées limitant leurs pratiques spéculatives.
Les Portugais ont déjà payé pour la BANIF.
Malgré Bruxelles, pour le PCP, la seule solution consiste à intégrer la banque dans la sphère publique. « Seule une banque placée entre les mains du peuple ne vole pas le pays » a conclu le député communiste Miguel Tiago.
Le nouveau renflouement de la BANIF représente à lui seul plus de 200 euros par Portugais. L’opération creuse le déficit public de 1% du PIB pour 2016 et accroît la dépendance de l’Etat à la finance d’autant. Aussi les quelques annonces sociales du nouveau gouvernement PS – suspension de prélèvements exceptionnels sur les pensions de retraites et les allocations familiales, rembauche de 600 fonctionnaires qui avaient été mis en disponibilité, paraissent bien modestes et fragiles en comparaison.
Les contradictions du PS au pouvoir, obligé de gouverner en s’appuyant une majorité de gauche mais fidèle à l’UE et aux puissances d’argent, ne peuvent pas ne pas éclater. Le PCP avait dit ce qu’il ferait. Il fait ce qu’il avait dit. Il a refusé le choix du maintien de la droite au pouvoir. Il appuie tout ce qui, sous la pression du mouvement populaire (qui est sa priorité), va dans le sens des intérêts populaires. Mais il combat sans concession la poursuite de la politique au service de l’intérêt du capital même si elle vient du gouvernement PS.
La situation politique portugaise est mouvante. Les élections présidentielles du 24 janvier revêtent une importance inédite.
Quelques grands patrons prétendent vouloir lutter contre le FN : inconscients, hypocrites, cyniques, ils font son jeu.
Vivelepcf, 27 décembre 2015
A l’occasion des élections régionales, plusieurs grands patrons ont exprimé publiquement leur volonté de combattre le Front national. Pourtant ils font partie de ceux qui, directement en lien avec les gouvernements successifs et l’Union européenne, ont suscité et mis en œuvre les politiques de casse sociale dont le FN exploite et détourne le rejet populaire. Qu’est-ce qui les motive à intervenir directement en politique aujourd’hui ? L’inconscience, l’hypocrisie, le cynisme ?
Avant le premier tour des régionales, il y a d’abord eu l’interview très relayée de Pierre Gattaz au Parisien le 1er décembre. Nous l’avons déjà commentée sur ce site. Comme beaucoup d’observateurs, nous y avons vu un cadeau électoral pour le FN en même temps qu’une utilisation du FN pour brouiller l’alternative politique et jeter la confusion dans le monde du travail.
Gattaz met en garde contre les propositions économiques du FN qu’il ose comparer au programme commun de la gauche d’avant 1981. En clair, Gattaz cherche à discréditer chez les travailleurs et à « gauche » des propositions de rupture essentielles comme le retour à la retraite à 60 ans, la hausse du SMIC et des salaires, la rupture avec l’euro en les associant au repoussoir FN. A cette fin, il ne craint pas de légitimer, en tant que lui-même repoussoir patronal, la démagogie sociale du FN.
Dans le même temps, les déclarations du président du MEDEF coïncident – dans le temps – avec celles des grandes confédérations syndicales (séparément ou ensemble) contre le danger FN. Voilà de quoi semer la confusion dans les entreprises. Bien sûr, le contenu des analyses patronales et syndicales diffèrent en grande partie. Mais l’importance de la montée (organisée) du FN et sa dramatisation risquent de minimiser ces différences, notamment d’ici les présidentielles de 2017, en supplantant les questions économiques et sociales et l’expression de la lutte des classes.
Cynique, hypocrite, dangereux : le discours de Gattaz se tient.
Il est d’ailleurs logiquement appuyé par un autre grand patron maître en hypocrisie (« dialogue social »), qui aime à passer pour « social » mais qui, avec Attali, est l’inspirateur direct des pires politiques de Hollande, CICE, Pacte de responsabilité, loi Macron… : Louis Gallois (ex-PDG de la SNCF, d’Airbus, actuel président du Conseil de surveillance de PSA). Dans Marianne du 18 décembre, il affirme « partager entièrement la position politique de Gattaz sur le FN » et il le félicite : « il faut bien que les gens s’expriment. Il y a une sorte de trouille à réagir au FN. Je pense qu’il était très important que Pierre Gattaz se soit exprimé ». Gattaz : quel courage !
Dans Les Echos du 10 décembre, après les 28% du FN au 1er tour, parmi d’autres personnalités, deux PDG sont interrogés sur la question : « comment lutter contre la montée du FN ? ». Leurs analyses, à l’un et à l’autre, laissent pantois.
Martin Hirsch, directeur général de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris, s’efforce depuis des mois de faire passer son plan de suppression de jours de repos des personnels, en même temps qu’il engage la fermeture de plusieurs établissements et des centaines de suppressions d’emploi. Aux Echos, il prétend s’exprimer, non en tant que DG de l’AP-HP, mais en tant que président de « l’Institut de l’engagement ». Comme cet « humaniste » ne « s’engageait » pas dans son occupation professionnelle ! Face au FN, Hirsch fait une priorité de « de ne pas donner d’armes au « tous pourris », « tous s’arrangent entre eux ». D’où la nécessaire remise en cause des comportements qui alimentent ce sentiment ». Mais Martin Hirsch s’est-il regardé ? Tout le monde, du moins à l’AP – HP, sait qu’il a été ministre de Sarkozy avant d’être nommé au plus haut poste à l’AP – HP par Hollande ! Est-il donc hypocrite jusqu’à l’inconscience ? Quand quelqu’un comme lui donne de telles leçons contre le FN, comment le citoyen, l’électeur peuvent-ils les percevoir ? Passons rapidement sur la suite de son interview où il refait la publicité de son « service civique » et de son RSA destinés principalement à fournir de la main d’œuvre gratuite au patronat.
Autre interviewé par Les Echos sur le FN, Stéphane Richard, PDG d’Orange. Ses propos dépassent ceux des précédents dans l’inconscience, l’hypocrisie et le cynisme. Le premier actionnaire d’Orange reste l’Etat et Richard, n’est PDG d’Orange depuis 2011 que par la grâce des gouvernements, rappelons-le. Rappelons aussi qu’il poursuit la politique de liquidation et de pillage du service public au profit des banques et des actionnaires privés, marquée par un véritable et reconnu massacre social.
Mais en tant que « chef d’entreprise » (apolitique !), il estime avoir des « choses à dire » sur le FN. Il lance notamment : « On ne peut pas compter sur le personnel politique en place depuis vingt ou trente ans pour offrir une alternative au FN. Il faut faire exploser les partis en place si l’on veut un renouvellement. On pourrait créer un nouveau parti, ou avoir un rassemblement citoyen contre le FN ». L’ex-collaborateur de Borloo et Largarde dans leur cabinet ministériel, ancien candidat UMP, sait de quoi il parle ! Encore un qui ne se regarde pas dans la glace!
Le nouveau parti qu’il propose ? Le parti des patrons et des milliardaires ! Il complète en effet dans les Echos : « Je souhaite que les dix premières fortunes de France, les Arnault, Pinault, Bouygues, Drahi, Niel créent ensemble un fonds de 1 milliard d’euros pour financer les projets des jeunes, de la déradicalisation, des campagnes anti-FN ». Face au FN, ou plutôt au prétexte du FN : aller vers la dictature directe du grand capital ! Au passage, Richard invite à violer la loi sur le financement des partis politiques… Plus loin que Gattaz, Richard donne aux démagogues du FN un certificat d’opposants au grands capital !
Le FN contre les grands patrons, les grands patrons contre le FN ? Les dirigeants du FN doivent bien rire ! Les salariés de France Telecom, avec cet idéologue décomplexé à leur direction, beaucoup moins !
Tout cela rappelle le photomontage des années 30 du graphiste allemand John Heartfield, même si nous ne sommes pas dans les mêmes circonstances : « Des millions sont derrière moi – le sens du salut hitlérien » où l’on voit derrière Hitler, non des millions de personnes mais de gros capitalistes lui donnant des millions de marks…
C’est d’abord dans le combat de classe contre le patronat et le capital que pourra être démasquée et réduite l’extrême-droite.



